Histoire de l’abbaye d’Hautecombe en Savoie/II-CHAPITRE Ier

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CHAPITRE Ier


Amédée III, comte de Savoie. — Fondation du nouveau monastère à Charaïa. — Amédée d’Hauterive, abbé d’Hautecombe.

Deux noms semblables se présentent au début de la deuxième période du monastère d’Hautecombe : Amédée de Savoie et Amédée d’Hauterive.

Depuis Humbert aux Blanches-Mains, cinq ou six princes de la Maison de Savoie avaient ceint la couronne comtale. Leurs règnes. marqués seulement par quelques faits isolés, laissent le champ ouvert à beaucoup de conjectures. Amédée III est un peu plus connu et commence la série des souverains de cette dynastie dont l’histoire. sera désormais liée à celle de notre abbaye.

Son père, Humbert II le Renforcé, terminait, en l103[1], une vie troublée par des guerres incessantes. L’aîné de ses enfants lui succéda, sous la tutelle de Gisle de Bourgogne, sa mère, et d’Aymon, comte de Genevois.

Aux trente premières années de ce long règne, écoulées dans une paix relative, succéda une ère de luttes intérieures et d’expéditions lointaines. La stérilité de la comtesse de Savoie, Mahaut ou Mathilde d’Albon, réveille l’ambition des prétendants à la succession d’Amédée, dont la sœur, Adélaïde, reine de France, impatiente de s’en assurer la possession, engage son mari Louis le Gros à mettre garnison dans les principales villes de la Savoie. La guerre est imminente ; mais l’heureuse naissance d’Humbert III vint la conjurer.

Cet événement si désiré dut être considéré par Amédée comme une récompense à ses pieuses libéralités, où il fut égalé par peu de princes de sa famille.

Monastères fondés, églises enrichies, infortunes soulagées, tels sont les principaux souvenirs que nos annales nous ont conservés de ce seigneur féodal ; et certainement

l’espoir d’un héritier guida souvent sa main dans l’accomplissement de ces saintes œuvres.

Parmi les maisons religieuses qui le reconnaissent pour leur fondateur, nous en trouvons une qui, mieux que touteautre, a transmis son nom a la postérité, c’est celle dont nous écrivons l’histoire.

Nous avons vu que, vers 1125, les religieux de Cessens vinrent se fixer sur la rive occidentale du lac du Bourget, qu’ils s’établirent sur un sol couvert de bois et de rochers, concédé sans titre ou abandonné sans opposition à ces pieux colons. Quels que fussent leurs droits a leur arrivée, il est avéré aujourd’hui que la concession authentique de la terre de Charaïa ne leur fut pas octroyée au moment de leur installation, et, sans pouvoir assigner à cette charte une date précise, on doit la reporter entre les années 1139 et 1144, période pendant laquelle saint Amédée présida aux destinées de l’abbaye. Nous allons nous en convaincre en esquissant la biographie de cet illustre personnage.

Il naquit vers l’an 1110 au château de Chatte[2], près de Saint-Antoine, dans le Dauphiné. Son père, Amédée de Clermont, seigneur d’Hauterive et de plusieurs autres bourgs et châteaux, était neveu de Guigue, comte d’Albon, et parent de l’empereur d’Allemagne. Son illustre origine brillait dans sa personne. Courageux à la guerre, prévoyant dans ses desseins, gai et aimable[3], il réunissait toutes les qualités pour accomplir une glorieuse carrière dans le monde. Malgré ces avantages et sa puissance, il voulut suivre la vie humble et pénitente des nouveaux disciples de saint Benoit.

Dans le Dauphiné même, venait de s’élever, par les soins de Gui de Bourgogne, archevêque de Vienne, l’abbaye de Bonnevaux[4], de l’ordre de Cîteaux. Deux ans après. en 1119, le seigneur d’Hauterive s’y présenta avec son fils et seize chevaliers, entraînés par son exemple. Tous furent admis comme novices, à l’exception du jeune Amédée, qui n’avait encore que neuf ans. On le garda cependant dans le couvent pour l’appliquer à l’étude des lettres. L’année suivante, Amédée le père et ses compagnons, ayant terminé leur noviciat. prononcèrent leurs vœux définitifs. Mais, en 1121, Amédée, voyant que l’instruction de son fils n’était point assez soignée dans ce monastère naissant, quitta Bonnevaux pour aller avec lui à Cluny, dont la règle donnait plus de place à l’étude des lettres. Il y fut reçu avec la plus grande déférence.

Le but poursuivi par le seigneur d’Hauterive ne fut point atteint dans cette nouvelle résidence ; car, peu de jours après, le jeune Amédée fut appelé à la cour de l’empereur d’Allemagne. Henri V reçut son jeune parent avec bienveillance, lui donna les maitres les plus renommés et l’entoura d’une sollicitude paternelle. Rassuré sur l’éducation de son enfant, Amédée rentra la même année à Bonnevaux.

Il n’était point cependant sans inquiétude. La pensée de son fils, jeté jeune encore au milieu de l’éclat et des dangers de la cour impériale, troublait la sérénité de son âme. Il suppliait le Dieu auquel il s’était consacre de ne point permettre que cet enfant bien—aimé oubliât les préceptes qu’il lui avait enseignés et dont il était lui-même la vivante réalisation.

Ses vœux furent comblés. Quatre années s’étaient à peine écoulées depuis l’arrivée dlmédee à la cour d’Allemagne. que l’empereur vint à mourir[5]. « Instruit alors dans les lettres divines et humaines, » pour parler le langage de ses biographes, et parvenu à l’âge requis pour entrer en religion. Amédée quitta la cour pour le cloître et alla demander, cette même année, son admission au noviciat de Clairvaux. Il lut accueilli avec joie et honneur, et prit d’abord l’habit religieux.

C’est là que le futur abbé d’Hautecombe passa les premières années de sa vie religieuse sous la conduite de saint Bernard. Ses rapides progrès dans la perfection chrétienne lui attirèrent bientôt une grande réputation de science et de sainteté. Aussi, avant d’atteindre sa trentième année, il quitta Clairvaux pour prendre le gouvernement de l’abbaye d’Hautecombe.

Vivian, rebuté par la rudesse des habitants voisins et par l’étroitesse des terrains occupés par sa colonie, arrivé à un âge où son courage faiblissait et où le calme du cloître sous la direction de saint Bernard était l’objet de tous ses vœux, se démit de ses fonctions pour se rendre à Clairvaux. Saint Bernard, comprenant les difficultés que le nouveau monastère avait à surmonter, choisit pour remplacer son ancien ami, le jeune profès Amédée, plein de vie, de doctrine et de sainteté. Ce choix, fait du consentement de tous les religieux de Clairvaux, comblait les vœux de la communauté des rives du lac du Bourget, qui avait demandé cet abbé.

C’était en 1139 : l’état de l’abbaye d’Hautecombe « levait changer notablement sous l’administration d’Amédée. Il parait qu’il voulut tout d’abord régulariser et s’assurer par titre la possession des terres occupées par les moines, et qu’à cet effet, il demanda au comte Amédée III la confirmation de cette occupation. Tel fut vraisemblablement le motif qui amena le pieux comte de Savoie à signer cette charte que l’on regarde comme la charte de fondation de l’abbaye d’Hautecombe, bien qu’elle ne fît que confirmer un état de choses préexistant.

L’original n’en a pas été conservé. Deux anciens auteurs l’ont publiée, Delbene et Guichenon : le premier la donne telle qu’il l’a lue dans les archives d’Hautecombe, sans se permettre aucune correction[6]. Guichenon, qui écrivit l’histoire de la Maison de Savoie trois quarts de siècle plus tard, a reproduit cette charte avec quelques variantes dans le texte et en y ajoutant la date erronée de 1125, comme nous l’avons vu[7]. Voici la traduction de la leçon de Delbene, que nous reproduisons textuellement aux Documents, n° 3 :

« Moi, Amédée, comte de Savoie, avec le suffrage de mon épouse, je donne à Dieu et à la bienheureuse Marie, à Amédée, abbé d’Hautecombe, et à ses frères du même lieu, tant présents que futurs, sans aucune restriction frauduleuse, la terre allodiale que j’ai ou que j’ai le droit d’avoir, sur la rive du lac de Châtillon, comprenant près. champs, arbres fructifères et infructifères, etc., appelée autrefois Charaïa et Exendilles et actuellement Hautecombe. Les autres possesseurs de droits sur cette terre les ont abandonnés aux frères susdits et ont signé le présent acte pour confirmer cet abandon. Si, par hasard, quelqu’un de nos héritiers ou toute autre personne venait à attaquer cette donation et tentait de la violer de quelque manière que ce soit, qu’il soit maudit. Et de même qu’Adam fut chassé du paradis pour avoir désobéi au Seigneur, qu’il soit retranché de la société des fidèles, que l’entrée du ciel lui soit fermée à jamais, que les portes de l’enfer s’ouvrent pour lui et qu’il y soit tourmenté éternellement avec le démon ; et qu’ainsi cette donation reste incommutable jusqu’à la fin des siècles. »

Suivaient les nombreuses signatures des témoins et celles des seigneurs ayant des droits sur les terres cédées. Oblitérées par le temps, Delbene n’a pu lire que celles de Bernard de Chevelu, Torestan, Villelme Soffred, Arbussa et ses fils, Soffred Cibons et son épouse, Jehan Ruffus[8].

Cette donation, à laquelle prirent part tous ces personnages marquants de l’époque, reçut ensuite l’approbation d’Arducius, évêque de Genève. Aucun de ces deux actes ne porte de date ; mais, nous le répétons, il faut les reporter entre les années 1139 et 1144[9].

Les tristes conditions de ce nouvel établissement, qui avaient abattu le courage de l’abbé Vivian, nous sont retracées dans le récit de la visite du seigneur d’Hauterive à son fils, que nous trouvons dans les annales de Cîteaux. Ce vieux gentilhomme, rentré à Bonnevaux depuis le départ du jeune Amédée de la cour d’Allemagne, suivait toujours de son affection son fils doublement chéri. Joyeux de |’avoir vu choisir par saint Bernard, préférablement à tant d’autres plus expérimentés, pour gouverner une abbaye récemment fondée, il demanda et obtint l’autorisation de venir le voir à Hautecombe. A la vue de cette communauté menacée de mort avant d’avoir pu naître, obligée de vivre sur une bande de terre resserrée entre une âpre montagne et un lac, ne pouvant communiquer avec ses frères que par eau ou en gravissant des sentiers perdus dans des bois épais, n’ayant pour voisins que des gens pillards et féroces, à cette vue, disons-nous, le religieux de Bonnevaux conseilla à son fils de quitter cette localité si détestable :

« Votre communauté, lui dit-il, ne peut demeurer plus longtemps ici. Dés que,par un travail de tous les jours, vous avez pu faire produire quelques fruits à cette terre stérile, vous les verrez enlever par vos voisins rapaces. Retournez à Clairvaux et choisissez un autre lieu. »

Mais l’abbé d’Hautecombe, parlant le langage qu’il avait appris à l’école de saint Bernard, lui répondit : « S’ils nous enlèvent nos biens temporels, ils ne peuvent point nous priver des biens éternels que nos travaux nous procurent ; et puisque ce sont ces biens éternels que nous cherchons, nous ne trouverons aucun lieu ni aucune population plus favorables[10]. »

Il resta courageusement à son poste et bientôt ses vertus et celles des religieux, formés par son exemple, attirèrent au couvent les biens temporels et un grand nombre de novices, car, si l’on croit la tradition, il y aurait eu, à Hautecombe, du vivant de saint Bernard, deux cents moines. Suivant un de ses anciens biographes, le seigneur d’Hauterive, après être resté quelque temps à l’abbaye, où il était venu pour instruire son fils, s’en alla au contraire après avoir été instruit[11]. Aussi peut-on rappeler, à l’occasion de cette prélature, le portrait d’un parfait abbé, retracé par un écrivain moderne :

« L’abbé est l’unité cachée qui pénètre les divers éléments de la vie religieuse, et les réunit pour en former un tout homogène ; l’abbé est l’âme qui doit vivre dans tous les membres, les préserver de la dissolution, les faire mouvoir de la manière la plus convenable et les maintenir dans une activité salutaire ; l’abbé est le représentant visible de cet esprit invisible d’où la maison de Dieu tire son origine, qui doit être son but et dans lequel toutes les occupations et toutes les actions des habitants de la maison de Dieu trouvent leur importance et leur destination ; l’abbé est placé sur la hauteur, afin qu’il puisse veiller sur l’ensemble et sur chaque partie, et, prévoyant tous les dangers, les écarter à temps avec prudence en allant au-devant d’eux avec une mâle résolution ; c’est par lui que doit être conservé et transmis à la postérité tout ce que la maison de Dieu a reçu de la pieuse antiquité ; c’est donc à lui et à la sublime tâche qui lui est imposée que se rapportent surtout ces paroles de l’apôtre : « Gardez pour le Saint-Esprit l’excellent dépôt qui nous a été confié[12]. »

L’estime de saint Bernard pour l’abbé d’Hauterive nous est encore attestée par la mission dont il le chargea, probablement peu de temps après qu’il lui eut confié la direction d’Hautecombe. Le roi de Sicile, Roger Ier, avait demandé à l’abbé de Clairvaux deux religieux pour fonder un monastère dans ses États. Celui-ci, redoutant d’envoyer sur une terre étrangère des religieux qui devaient vivre d’abord en dehors de la règle et sans abbé, pria celui d’Hautecombe de faire partir pour Montpellier, où devaient passer les députés du roi de Sicile, « son père ou un autre messager raisonnable et discret » pour l’on-user et répondre que la communauté était instituée et partirait quand le roi aurait fait connaître sa volonté à ra sujet, mais qu’il y aurait péril à envoyer ainsi a l’étranger deux religieux devant vivre sans être gardés[13].

Amédée d’Hauterive ne resta pas de longues années à la tète de son abbaye. Sa réputation s’étendit au loin, et l’évêché de Lausanne étant devenu vacant par la résignation de Guy de Marlanie, il y fut appelé par les unanimes acclamations du clergé et du peuple. L’étendue de ce diocèse, les violences et les usurpations alors fréquentes demandaient un prélat d’une grande fermeté, versé dans la connaissance des hommes, et politique autant que juste. Se croyant indigne d’un pareil honneur, il refusa la dignité à laquelle il était appelé, préférant se dévouer toujours à la prospérité de son monastère : mais il dut céder à un ordre du Souverain Pontife.

Il fut sacré évêque le 21 janvier 1145, jour où l’Église célèbre la fête de sainte Agnès. Le 21 janvier avait été, d’après une tradition consignée dans le Cartulaire de Lausanne, celui de sa nnaissance, celui où il commença l’étude des lettres, celui où il embrassa la vie monastique, et enfin celui où il fut fait abbé et ensuite évêque.

Cette même année, un autre disciple de saint Bernard monta sur le trône pontifical sous le nom d’Eugène III.

Connu de cet ancien moine de Clairvaux comme il l’était de l’empereur d’Allemagne, il s’efforça de faire profiter son diocèse de leur haut patronage. Il demanda d’abord à Conrad la confirmation du temporel de l’évêché de Lausanne, dépendant directement de l’empereur. Celui-ci, par diplôme donné à Worms en 1140, prit sous sa protection l’église de Lausanne et toutes ses possessions ; et l’année suivante, Eugène III lui octroya une semblable faveur, ratifia les donations d’Henri IV et révoqua les aliénations du domaine épiscopal, opérées par Lambert, l’un des prédécesseurs d’Amédée.

La possession de son évêché étant ainsi garantie et régularisée, Amédée voulut ensuite régler ses rapports avec ses sujets et son clergé.

Un évêque n’était point, à cette époque, un simple représentant de l’autorité ecclésiastique, il était également, et quelquefois même avant tout, un seigneur temporel, possédant tous les droits de la souveraineté. Celui de Lausanne relevait bien de l’empereur, mais son autorité était peu restreinte par cette haute suzeraineté. Il devait compter davantage avec ses sujets : leurs droits réciproques étaient réglés par des coutumes, qui avaient obtenu force de loi par la sanction pratique des évêques, mais qui n’avaient point été rédigées. L’esprit d’organisation d’Amédée le poussa à faire reconnaître officiellement ces usages par les intéressés : et, pour les conserver d’une manière définitive et sûre, il en ordonna la rédaction. Ce premier monument écrit des coutumes du diocèse devint la base du gouvernement temporel de Lausanne. Complété dans le xive siècle par de nouveaux articles, il forma une véritable constitution, connue sous le nom de Plaict général de 1368[14]. Vers la fin de 1147, le Souverain Pontife étant venu en France, l’évêque de Lausanne se trouvait dans le nombreux cortège de cardinaux et de prélats qui l’accompagnèrent. A son retour en Italie, Eugène III s’arrêta quelques jours à Lausanne, d’où il expédia plusieurs bulles. Il chargea Amédée de plusieurs négociations importantes, et, dans une lettre adressée, à cette occasion, à l’empereur Conrad, il donna une nouvelle preuve de l’estime dont il entourait ce prélat, car il l’appelle « un homme discret et prudent, versé de longue date dans les règles de la discipline religieuse, en qui il a une pleine confiance[15]. »

Mais revenons à Hautecombe, où le souvenir d’Amédée reste toujours vivace et où l’on sentira encore longtemps les effets de sa bienfaisante influence.

  1. Le 19 octobre 1103, d’après l’obituaire de l’église de Maurienne. Il fut inhumé dans la cathédrale de Moûtiers. La tradition, affirmant ce fait, a été corroborée par la découverte d’ossements humains et d’un bois de cerf, qui eut lieu en 1827, le 13 août. (Mémoires de l’Académie de la Val d’Isère, 11e vol., p.306 et suiv.)
    La présence de ce bois de cerf a vivement préoccupé les archéologues. Les uns ont voulu y voir la preuve que cette tombe renfermait les dépouilles mortelles d’un prince ; — le cerf étant la victime réservée aux chasses royales : — les autres, que le cerf avait été l’animal choisi par Humbert pour être peint sur son écu pendant la croisade. Il n’est nullement prouvé, en effet, qu’il ne prit point part à la première croisade, bien que ce soit l’opinion généralement admise. Paradin et Guichenon affirment qu’il en fit partie. Dans la liste des noms des croisés, dressée par ordre de Louis-Philippe une salle du palais de Versailles, figure Humbert III, dit le Renforcé, sire de Salins. D’autre part, on sait qu’après le secours apporté par Humbert le Renforcé à l’archevêque de Tarentaise, Héraclius, contre le seigneur de Briançon, vers 1082, Salins devint la récompense du succès de l’expédition, soit que Humbert garda cette localité par droit de conquête, soit qu’il la reçut gracieusement de la reconnaissance de son protégé ; et Salins fut le siège du gouvernement des comtes de Savoie dans la Tarentaise.
    M. Henri Martin, au tome III, p. 201, de son Histoire de France, dit : « A côté de Guilhem IX, duc d’Aquitaine, chevauchaient Guelfe ou Welf, duc de Bavière : Étienne, comte de Bourgogne ; Humbert, comte de Savoie, etc.
  2. Chatte ou Chaste est une commune du canton de Saint-Marcellin (Isère) à 3 kilomètres au sud-ouest de cette ville. C’est par erreur que la plupart des biographes de saint Amédée le font naître à la Côte-Saint-André — Voir, pour plus de détails, la Notice historique sur saint Amédée, par M. l’abbé Grémaud, qui nous a beaucoup servi dans cette partie de notre travail.
  3. Manrique, Annales cisterc., I, 103.
  4. Fondée en 1117. — D’après Moréry, ce Gui était fils du duc de Bourgogne, Guillaume le Grand, et fut élu pape a Cluny, en 1117, sous le nom de Calixte II. Dictionnaire historique, édition de 1699.)
  5. Henri V, né en 1081, succéda a son père Henri IV, en 1106. Par sa mort, arrivée en 1125, se termina la Maison de Franconie et la prétention des Allemands au nom de Francs ou de Français. (Sismondi.)
  6. De Origine familiæ cistercianæ et Altacombæ ; Chambéry, 1594. Lettre déjà citée.
  7. Suprà, p. 33 et 34.
  8. Il y avait peut-être encore celle de Nantelme Atanulfus, qui, vers cette époque, de concert avec ses fils, abandonna a l’abbaye tous ses droits sur la montagne de Charaïa et d’Exendilles (Bibliothèque de l’auteur. — Titres retrouvés dans le dossier d’un procès entre l’abbaye et différentes communes des Beauges) ; celle du comte de Genève (ibid.) ; celle d’un Berlion de Chambéry ou de son père Gauthier, car l’un des deux « fut présent, l’an 1141, à une confirmation que fit Amédée de Savoie de plusieurs biens à l’abbaye d’Hautecombe, qu’il avait précédemment donnés à divers particuliers. » (Levat, op. cit.) Cette dernière allégation viendrait corroborer l’opinion émise précédamment que cette charte ne fit que consacrer en faveur du monastère des droits dont il était déjà en possession. L’année 1144 serait-elle la véritable date de la Charte de fondation d’Hautecombe ?
  9. Voir l’acte de confirmation d’Arducius aux Documents, n° 4.
    Le monastère d’Hautecombe se trouvait sur les confins du vaste diocèse du Genève. La limite de ce diocèse sur le sol savoisien, après avoir franchi le Rhône entre Lucey et Chanaz, suivait la crête du Mont-du-Chat jusqu’au col ou passe actuellement la route de Chambéry à Yenne et où se rencontraient les trois diocèses de Belley, Grenoble et Genève. Du col, elle descendait la montagne en ligne droits, laissant le village de Bourdeau au diocèse de Grenoble, traversait le lac, venait aboutir a la base méridionale du Corsuet, côtoyait les paroisses de Saint-Sigismund et de Pugny appartenant au diocèse de Grenoble, rejoignait les montagnes d’Azi et de Nivolet, en laissant au même diocèse les paroisses de Saiut-Michel des Déserts, Thoiry, Puisgros, atteignait la crête de la montagne qui ferme la vallée de l’Isère au-dessus de Saint-Jean de la Porte, puis suivait cette sommité jusqu’à la gorge de Tamié. De ce point, où se réunissaient les diocèses de Grenoble, de Tarentaise et de Genève, et où l’on voyait, à une lieue de distance, celui de Maurienne, elle rejoignait le mont Bisanne entre Ugine et Beaufort, puis le massif du Mont-Blanc, et de là aboutissait à Saint-Gingolph, en suivant la crête des Alpes qui séparent le Valais de la Haute-Savoie. (Voir le Régeste genevois.)
  10. Vie d’Amédée d’Hauterive, le père, par un anonyme, insérée dans les Annales de Cîteaux, I, 378.
  11. Amédée le père avait paru, en 1132, avec l’abbé, le prieur et quelques autres moines de Bonnnevaux, à l’acte de fondation de l’abbaye de Tamié. Besson, Mémoires ecclésiastiques, p. 351.) L’auteur regretté de l’intéressante histoire de cette maison religieuse a confondu Amédée le père avec son fils, l’abbé d’Hautecombe.
  12. Widmer, Vie de l’abbé Charles-Ambroise de Glutz.
  13. Cette lettre, la seule connue qui ait été adressée par saint Bernard au bienheureux Amédée d’Hauterive, a été publiée par l’abbé Migne, Patrologie, vol. CLXXXII, col. 640. — Nous en donnons le texte aux Documents, n° 5.
  14. Grémaud, op. cit.,16.
  15. Jaffé (Regesta Pont., p. 611) place cette lettre en juin 1150.