Histoire de l’abbaye d’Hautecombe en Savoie/II-CHAPITRE XII

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CHAPITRE XII


Amédée V confirme les droits de juridiction cédés par Thomas Ier aux religieux d’Hautecombe. — Extension de leurs possessions dans les Beauges. — Procès. — Jean et Conrad, abbés. — Nombreuses inhumations sous leurs prélatures.

A Philippe Ier succéda Amédée V, dont nous résumerons plus loin la brillante carrière politique. Nous ne nous arrêterons ici qu’à un seul acte de son règne, qui jette un grand jour sur l’étendue des concessions faites au monastère par le comte Thomas.

Pendant les premières années de la souveraineté d’Amédée, probablement à la suite de contestations avec ses officiers subalternes, les religieux d’Hautecombe sentirent la nécessité de faire mieux définir leurs droits. Ils s’adressent au nouveau comte et lui demandent d’expliquer et de confirmer les libéralités octroyées par son aïeul en 1232, afin qu’à l’avenir ils puissent opposer à tout contradicteur une charte où leurs droits soient nettement développés et précisés. Amédée s’empresse d’accéder à leur désir et, par lettres patentes données au château de Montmélian, en janvier 1287, il confirme à l’abbé Jean et aux religieux toutes les donations à eux faites par Thomas Ier. Et, pour qu’aucune difficulté ne puisse s’élever entre lui ou ses successeurs et cette communauté, il confesse et déclare que l’abbaye d’Hautecombe possède « le plein domaine et rentière juridiction omnimode, le mère et le mixte empire et le pouvoir du glaive sur les villages cédés et sur leurs territoires, sur les habitants de l’Tun et l’autre sexe et aussi sur les terres et fermes qui appartiennent à ces habitants ; hommes, terres et villages mentionnés dans la charte susdite, » et dépendant de Cérarges, Clarafond, Fresenei, Drumettaz et Méry, dans les limites indiquées par l’acte de 1231[1]. En outre, le comte inféode, de sa propre autorité, au monastère le Val-de-Crenne, Valle de Criona, vallon central de la paroisse actuelle de Saint-Pierre de Curtilles, s’étendant sur le revers de la montagne d’Hautecombe et parallèlement à cette montagne. Il le concède avec les mêmes droits de juridiction et autres que ceux ci-dessus énumérés.

Une seule réserve est faite à ce droit absolu de juridiction : c’est la défense d’élever des fourches patibulaires. « Et si quelqu’un de leurs hommes (de l’abbé et du couvent) est condamné à être pendu, qu’il le soit à un arbre éloigné des chemins publics, où il pourra rester attaché huit jours au plus. »

Le comte « ordonne et enjoint à tous ses baillis, juges, châtelains, métraux et autres officiers et délégués, tant présents que futurs, » de respecter et faire respecter les donations ci-dessus rapportées, sous la peine de son indignation[2].

L’abbaye d’Hautecombe était donc bien une véritable puissance féodale, arbitre de la vie et de la mort de ses sujets[3], ne relevant du comte de Savoie que par les droits de patronage et de haute suzeraineté, possédant tous attributs d’un souverain, moins, probablement, ceux de battre monnaie, d’établir des impôts, d’élever des forteresses, de construire des ponts et des routes, et quelques autres prérogatives formant ce que l’on appelait les droits régaliens[4], réservés au pouvoir royal.

Elle était cependant, comme nous venons de le voir, privée du droit de dresser des fourches patibulaires. C’était un signe de l’autorité, variant de forme suivant la dignité et le rang du justicier. La traverse de bois composant cet appareil d’exécution était portée par huit piliers, si le justicier était un duc ; par six, s’il était comte ; par quatre, s’il était baron ; par trois, s’il était châtelain. Les fourches patibulaires, ou potences, étaient dressées hors des villes[5]. Aussi fut-il interdit à l’abbé d’Hautecombe de suspendre les condamnés aux arbres voisins des chemins publics. Plus tard, nous verrons un abbé réclamer le droit d’avoir des fourches patibulaires et l’obtenir.

Tel est le premier acte que nous connaissions de l’administration de l’abbé Jean, premier de ce nom. Actif et vigilant, il fit partout respecter et définir les droits de l’abbaye, et s’efforça de les améliorer et de les étendre. Nous allons en voir de nouvelles preuves.

Le 18 février 1292, il abandonne à Amédée II, comte de Genevois, la donation que Robert, évêque de Genève, avait faite à l’abbaye d’une certaine rente en blé à prendre à Gruffy. Le comte lui donne, en retour, une quantité équivalente de grains, livrables au lieu appelé Belne, dans la paroisse de Rumilly en Albanais[6].

Les droits territoriaux de l’abbaye s’étaient considérablement étendus dans les Beauges pendant le xiiie siècle. A ses premières possessions, situées sur la paroisse de Jarsy, étaient bientôt venus se joindre le domaine utile, soit la jouissance de la montagne de Margériaz, sous certaines restrictions, et, en outre, divers droits dans d’autres localités.

Sans pouvoir fixer l’origine de ces droits sur les pâturages de Margériaz, nous savons qu’ils étaient antérieurs à 1210 ; car, cette année-là, ils furent contestés par Guy de la Palud, qui finit par abandonner ses prétentions et reconnaître celles du monastère.

Dans les dernières années du xiiie siècle, les religieux les défendent en invoquant leur possession plus que centenaire[7].

En 1269, Béatrix, épouse de Pierre-Thomas de Grésy, donne à l’abbaye, sur sa dot, trois sols forts de rente si elle meurt sans enfants, et deux seulement si elle laisse des enfants, à percevoir dans l’hospice de Jeanne Crosti, de la paroisse d’Arith en Beauges.

Treize ans plus tard, l’abbaye acquit des droits de pacage sur la paroisse de Bellecombe. Le 15 des kalendes de septembre (18 août) 1292, Jacques et François du Cengle lui concèdent, moyennant 3 sols genevois de rente annuelle et 100 sols d’introge (droit de mise en possession), la faculté de faire pâturer leur bétail dans la partie de la montagne du Semnoz qui leur appartient, de passer sur le territoire de Glapigny en s’y rendant et par le Cengle en revenant ; plus, le droit de pâturage tout le long du parcours, et celui de s’arrêter une nuit dans chaque trajet. Les dommages que les animaux pourraient causer aux donateurs ou à leurs héritiers seront réglés par l’avis « d’hommes probes. »

L’abbaye possédait encore des droits de pâturage et d’affouage sur d’autres montagnes des Beauges, ainsi qu’il résulte d’une transaction passée entre l’abbé Jean et Pierre, seigneur de Duingt, vers la fin du xiiie siècle.

La seigneurie de Duingt, qui s’étendait sur la rive occidentale du lac d’Annecy, en face de l’abbaye de Talloires, appartenait, au moyen-âge, à la famille de Duingt-Val-d’Isère. De cette famille sortirent Bernoline, mère de saint Bernard de Menthon, et Richard, premier biographe de ce dernier et son successeur dans l’archidiaconat d’Aoste en 1008[8].

En 1219, figure, parmi les otages du comte de Genève, à Desingy, un Raymond de Duingt. Ce personnage, ou son homonyme, avait concédé aux moines d’Hautecombe certains droits sur le revers septentrional de la montagne de Cherel, dont le versant opposé, tombant sur Jarsy, leur appartenait depuis la fin du xiie siècle[9]. Ces concessions donnèrent lien à de fréquentes discussions qui furent souvent terminées par des transactions. Voici le résumé de celle convenue devant le notaire Guillaume de Cruseilles, entre Jean, abbé d’Hautecombe, et Pierre, coseigneur de Duingt[10].

L’abbé d’Hautecombe prétendait tenir en albergement, des seigneurs de Duingt, le droit de faire paître et d’abreuver ses bestiaux dans toutes les alpes ou pâturages de la montagne de Cherel et, en outre, sur toutl’espace compris entre cette montagne et le village de Chevalline. Pierre de Duingt, au contraire, restreignait ce droit aux pâturages de Cherel, sous le servis de 13 sols annuellement dus par l’abbaye. Cette redevance était reconnue par les deux parties.

Après de nombreuses allégations et explications[11], les amiables compositeurs, Émion d’Annecy, doyen d’Arvullionai (Vullionnex), et Jacques Eschaquet, d’Annecy, amènent les parties à une transaction dans laquelle on reconnaît à l’abbé : 1° le droit de pacage et d’abreuvage sur la montagne de Cherel et sur les autres pâturages voisins compris entre les limites indiquées dans l’acte ; 2° le droit de couper et d’enlever tous les bois de haute ou de basse futaie qui lui seront nécessaires pour construire ou réparer les bâtiments, pour la confection et l’entretien des instruments de travail ou autres ustensiles à l’usage des personnes soumises à son autorité, ainsi que pour le chauffage ; 3° s’il ne veut user du droit de pacage pour les troupeaux du monastère, il pourra le céder à une paroisse ou communauté, à condition qu’elle payera le même servis et qu’elle ne sera pas plus puissante que le seigneur Pierre de Duingt ; 4° l’abbé proteste contre toute dérogation de ses droits sur la montagne de Cherel et sur les pâturages, par suite de cette transaction, et ne s’interdit que celui d’opérer des défrichements nouveaux.

Le coseigneur de Duingt s’engage, de son côté, à respecter les droits des religieux, qui viennent d’être définis ; à ne point faire conduire ses troupeaux ni ceux de sa famille dans leurs pâturages ; et, pour sanctionner cette transaction et prouver qu’il l’accepte, il déclare avoir reçu de l’abbé 40 livres viennoises pour lui et 6 pour sa femme Marguerite et pour sa famille. Il promet ensuite, par serment et par l’hypothèque de tous ses biens, de défendre et maintenir cet accord contre tous, et spécialement contre Richard de Duingt, son oncle paternel, et contre les héritiers de ce personnage. Et si l’abbé venait à être inquiété par eux ou par les successeurs de Pierre de Duingt, ce dernier s’engage à l’indemniser de tous les dommages soufferts à l’occasion des droits spécifiés dans la transaction, et sans autre preuve de ces dommages que la déclaration assermentée de l’abbé.

L’acte est passé à Annecy, dans la maison de Pierre Rengy, en présence des témoins suivants : Pierre de l’Ile, Henri de Menthon, Mouripet de Deleris, Pierre Marchant de Talloires, Mermet Regnis d’Annecy et Rodet Althod de Duingt[12].

Variés et étendus, s’exerçant, loin du monastère, dans une région montagneuse et élevée qui semble avoir communiqué à ceux qui l’habitent une trop grande idée de leur individualité pour respecter toujours la propriété de leur voisin, ces divers droits étaient souvent violés et amenaient d’interminables procès.

Au pied du versant septentrional du groupe de montagnes de Cherel, se trouvent les communes de Giez et de Saint-Gingoux. Leurs habitants avaient obtenu certaines concessions sur ces montagnes et engagèrent une lutte avec l’abbaye, qui dura pendant tout le xve siècle et qui obligea les religieux à recourir à Rome pour invoquer contre leurs adversaires les armes spirituelles. Nous en donnons le résumé aux Notes additionnelles, n° 4.

À l’autre extrémité du massif des Beauges, les voies de fait sur les gens de l’abbaye suivaient les usurpations de pâturages. L’abbé d’Hautecombe, las de subir ces procédés, veut y mettre ordre. Dans le courant de l’année 1297, il fait citer, devant le juge-mage de Savoie, Jacquemet et Guyonnet, qui dénient les droits du monastère ; en même temps, il s’adresse au comte de Savoie pour qu’il fasse punir ceux qui ont insulté et frappé, sur le mont Margériaz, un frère convers défendant les droits de l’abbaye. Sur cette plainte, le comte donne ordre à son châtelain de Montmélian de sévir contre les auteurs de ces méfaits.

Au mois de janvier de l’année suivante, et le samedi après la Saint-Vincent, le juge de Savoie ordonne au métrai d’Arvey de citer devant lui, à Montmélian, Jacquemet et Guyonnet, de la Fougère[13], pour entendre la sentence définitive entre eux et l’abbaye.

Au jour indiqué, le mercredi avant la fête de la Purification de l’an 1298, le juge de Savoie rend sa sentence et déclare qu’à l’abbaye appartiennent l’usage et le domaine utile de la montagne, soit de l’alpe de Margériaz, depuis Eschavonette jusqu’à la sommité de la montagne ; et qu’au-dessous d’Eschavonette, l’abbaye n’a qu’un droit de pacage ; que, cependant, les habitants de la Fougère peuvent faire paître leurs bestiaux dans la partie de la montagne qui est au-dessus d’Eschavonette, depuis le jour où l’abbaye a retiré les siens jusqu’au printemps[14].

Nous ne savons en quelle année prit fin la prélature vigilante de l’abbé Jean Ier. En 1308, nous trouvons sur le siège d’Hautecombe Conrad. Par l’acquisition du fief de Montagny, qu’il fit, cette année-là, d’Étienne Chabod ou Chaboud, de Chambéry, il arrondit les possessions de l’abbaye groupées autour de Méry[15]. A la même date, il reçut la charge de l’administration de l’Hôtel-Dieu de Lyon, comme nous le verrous plus loin. Cinq ans après, il fut nommé abbé de Clairvaux (1313). Décédé le 17 janvier 1316, il fut inhumé dans l’église du collège de Saint-Bernard, à Paris[16]. Sous la prélature de ces deux abbés, le cloître d’Hautecombe continua de s’ouvrir fréquemment pour recevoir les dépouilles mortelles de la famille de Savoie. Les premières qui vinrent rejoindre celles du comte Philippe Ier furent celles de Béatrix de Savoie, appelée par Guichenon Béatrix comtesson. La volonté trop autoritaire de son père Amédée IV, qui lui avait prescrit d’entrer au couvent de Betton, ne s’harmonisait point avec ses goûts ; elle préféra de bonne heure la couronne d’épouse au voile cistercien. Après la rupture d’un projet d’alliance avec l’infant d’Aragon, elle épousa Pierre Bouvier, sire de Châlons, comme nous l’avons dit précédemment. Devenue veuve sans postérité, elle se serait remariée l’année suivante, suivant Guichenon, à don Manuel, fils puîné de Ferdinand, roi de Castille et de Léon. Sa mort arriva le 22 février 1292, et son corps fut transporté à Hautecombe[17].

L’année suivante, fut inhumée Jeanne de Montfort, seconde femme de Louis Ier sire de Vaud ; et, en 1294, Sybille de Baugé, première femme d’Amédée V, mère d’Édouard et d’Aymon, comtes de Savoie. Par son mariage, cette princesse apporta la riche province de Bresse à la Maison de Savoie qui la garda Jusqu’en 1601, soit pendant 329 ans. Son union avait été célébrée à Chillon en 1272, et, le 11 juillet suivant, elle reçut de son mari le château de Saint-Genix d’Aoste. Morte le 27 mai 1294, elle fut ensevelie à Hautecombe, le 4 juin de la même année, à côté de son dernier fils Jean, qui y avait été inhumé cinq jours auparavant, le 30 mai 1294[18].

Dans son testament, elle fit plusieurs legs aux églises et monastères de la Savoie et, en premier lieu, à celui d’Hautecombe. Elle choisit sa sépulture dans le cimetière de l’église de cette abbaye, à laquelle elle lègue « 200 livres viennoises, qui devront être employées à acquérir 10 livres viennoises de rente annuelle, à l’effet de célébrer deux services annuels pour la testatrice et ses successeurs : l’un, le jour de sa mort ; l’autre, la veille de la fête de l’Assomption. » Entre autres libéralités, citons 10 livres viennoises, pour constituer 10 sols de rente annuelle, données à l’hospice du Mont-de-Jupiter (Montjoux ou Grand-Saint-Bernard), de même que l’hospice de la Colonne-de-Jupiter (Petit-Saint-Bernard) et à celui du Mont-Cenis. Elle institue pour son héritier universel son fils Édouard et ordonne à Aymon, son autre fils, d’entrer dans l’état ecclésiastique ; puis elle règle minutieusement les substitutions qui devraient avoir lieu si Édouard mourait sans enfants, si Aymon, son substitué, venait lui-même à mourir sans postérité, et ainsi de suite, en substituant ses descendants les uns aux autres[19]. L’esprit de la loi salique, affermie dans les institutions de la monarchie par son époux, est fortement empreint dans ces dispositions : néanmoins, les femmes n’y sont point absolument exclues du trône.

Pendant une huitaine d’années, aucune tombe princière ne s’ouvrit à Hautecombe. Mais, en 1302 ou 1303, eurent lieu les funérailles de Marguerite, fille d’Amédée V, décédée peut-être au château du Bourget : car ce sont les comptes de Jacquemin de Lanzo, châtelain du Bourget, qui nous font connaître cette inhumation. Ils constatent que, dans le laps de temps écoulé entre le mois de mai 1302 et le mois d’avril 1303, le châtelain a payé à Jean, de Maurienne, et à Péronnet, de la Chambre, clercs de la comtesse, 73 sols, deniers forts, à l’occasion de ses funérailles[20].

Dans le courant de l’année 1303, fut transporté à Hautecombe le corps de Louis Ier, sire de Vaud, frère cadet d’Amédée V[21]. Né en octobre 1200, il avait été fait prisonnier à 16 ans, pendant la guerre que les Astésans et les Turinais soutenaient contre la plupart des membres de la famille de Savoie réunis. Rendu à la liberté, il alla en France, où il signa un traité d’alliance contre la famille de Rossillon, avec Aynard de Poitiers, à condition que son allié lui ferait épouser Jeainne de Montfort, comtesse de Forêts, union qui se réalisa ; et, aujourd’hui, un cénotaphe de la basilique (d’Hautecombe rappelle leur double souvenir. L’année suivante, il accompagna Louis IX en Afrique, assista au siège de Tunis et, plus tard, nous le trouvons, à Saint-Denis, aux funérailles du saint roi.

Lorsque mourut son oncle Philippe, le comté de Savoie passa à son frère, Amédée V. Il en obtint, pour son apanage, les possessions de sa famille dans le pays de Vaud et dans ses environs. Ainsi fut formé le fief ou la seigneurie de Vaud, qui ne fit retour au comté de Savoie qu’en 1359.

Après quelques années de résidence dans ses États, où il eut à régler des différends avec le comte de Bourgogne et l’évêque de Lausanne, reprenant sa vie aventureuse, il s’attacha à la personne de Charles II, roi de Naples et de Sicile, guerroya avec lui dans ce royaume et termina ses jours à Naples, en janvier 1302. Son corps, déposé dans l’église de Saint-Pierre d’Ara, fut ensuite amené à Hautecombe, par ordre d’ Amédée le Grand[22].

Il légua, dans son dernier testament, à l’abbaye d’Hautecombe, pour le salut de son âme et pour faire célébrer huit services annuels, 20 livres viennoises de rente annuelle, plus le mère et le mixte empire, à l’exception des peines corporelles, sur les hommes que l’abbaye possédait à Lavours et Lignin, dans le Bugey[23]. Cette libéralité fut ensuite confirmée par son fils, Louis II, comme nous le verrons.

  1. Voir suprà, p. 121 et suiv.
  2. Voir Documents, n° 14.
  3. Le Capitulaire de Charlemagne, de l’an 806, proscrit avant tout aux églises d’exercer la justice civile et criminelle sur leur territoire. — Voir Montesquieu, Esprit des lois.
  4. Les droits régaliens comprenaient à peu près ce que les lois romaines rangeaient sous la dénomination de choses publiques.
    En France, on appelait régale le droit qu’avait le roi de percevoir les revenus des évêchés et monastères vacants, — appelé en Savoie droit de garde. — et même celui de pourvoir, pendant la vacance du siège, aux bénéfices qui étaient à la collation de l’évêque.
  5. Celles de Chambéry s’élevaient à Leschaux (apud calces) localité située aujourd’hui sur la commune de la Ravoire, à deux kilomètres sud-est de la ville. Celles du seigneur d’Aix, sur la Roche du Roi.
  6. Archives de Cour, Abbaye d’Hautecombe, paquet I, n° 3.
  7. Voir, aux Documents, n° 23, une reconnaissance des droits de l’abbaye sur Margériaz.
  8. Devenue la propriété d’une famille d’Antioche, cette seigneurie fut achetée, vers la fin du xve siècle, par Hélène de Luxembourg, épouse de Janus de Savoie, qui avait le comté de Genevois en apanage. Après la mort de cette princesse, elle passa à sa fille Louise, puis à Philippe, duc de Genevois-Nemours, et successivement aux de Monthoux et aux de Sales. J. Philippe, Annecy et ses environs, p. 226.
  9. Suprà, p. 114.
  10. Elle fut extraite des protocoles de Guillaume de Cruseilles et rédigée en forme authentique par le notaire Pierre de La Perrière, le 30 juin 1299, suivant commission donnée par Jean de Vallières, juge dans le comté de Genevois.
  11. La charte ajoute : Et litis circuitas.
  12. Voir Documents, n° 20.
  13. Village de la commune de Saint-Michel des Déserts.
  14. Bibliothèque de l’auteur. Pièces produites dans un procès entre différentes communes des Beauges et la Sainte-Chapelle de Chambéry.
    Voir Documents, n° 23.
  15. Cette même année, Amblard d’Entremont, évêque de Maurienne, donnait, par son testament, à l’abbaye d’Hautecombe, 200 livres viennoises, pour y tenir un chapitre une fois seulement et, en outre, pour fondation d’une messe annuelle. (Hist. du dioc. de Maurienne, par Angleys, p. 472).
  16. Manriquez, Series abb. Clarœv.
  17. Guichenon, Savoie, p. 274 et suiv.
  18. Monum. Hist. patriæ, III, 675. (Cron. abb. Altac.)
  19. Guichenon, Preuves, p. 150 et suiv.
  20. Archives de la Chambre des Comptes de Turin.
  21. Cibrario, Altac.
  22. * Guichenon, Savoie, 1080. — Un magnifique tombeau en marbre recueillit ses restes mortels et ceux de sa femme, Jeanne de Montfort, inhumée dix ans auparavant. Il s’élevait dans la chapelle de Saint-Michel, non loin de celui de Boniface, archevêque de Cantorbéy. (Delbene, Fragmentum descriptionis Sabaudiæ.)
  23. Archives de Cour. Voir Documents, n° 24.
    Nous avons là une nouvelle prouve que la propriété féodale n’emportait point par elle-même le droit de rendre la justice, puisque l’abbaye possédait Lavours et Lignin avant de jouir de cette nouvelle prérogative.