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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre IX

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IX


Délivrée pour l’instant de toute crainte comme de tout contrôle, la réaction s’en donna à cœur joie. On déclarait couramment, dans les cercles de droite, que le manifeste d’octobre 1905 n’avait rien changé, que l’autocratie était toujours libre de reprendre les concessions qu’elle avait faites. On vit un Doubrovine, président de l’Union du peuple russe et organisateur de pogroms (pillages et massacres de juifs), écrire au tsar pour le féliciter du coup d’État de juin 1907 et recevoir une réponse bienveillante ; on vit le grand-duc Constantin accepter le titre de membre de l’Union qui avait fait régner la terreur à Odessa. Amendes et suspensions pleuvaient sur les journaux ; les prisons débordaient ; la Pologne était écrasée, la Finlande systématiquement molestée ; un procès scandaleux, qui fit frémir tout le monde civilisé, tenta d’accréditer définitivement, aux dépens du juif Beïlis, l’infâme légende du meurtre rituel, Beïlis, après deux ans de détention, fut acquitté par un tribunal où les paysans étaient en majorité (10 novembre 1913) ; mais le tsar, circonvenu par Stcheglovitov, ministre de l’Intérieur, crut qu’un coupable avait échappé au châtiment, et vingt-cinq avocats de Pétersbourg furent condamnés à six ou huit mois de prison pour avoir déclaré que ce procès était « une perversion des fondements de la justice » (juin 1914).

Le seul événement heureux pour la Russie, au cours de cette triste législature, fut la conclusion d’une entente avec la Grande-Bretagne, confirmée par la visite d’Édouard VII à Reval (9 juin 1908). Alliée désormais à la France et à l’Angleterre contre les desseins ambitieux des Empires centraux, la Russie devait subir de plus en plus l’influence des grandes démocraties de l’Occident et tourner le dos à l’autocratie patronnée par le Junkertum prussien.

Arrêtons un instant notre récit pour exposer brièvement, à la veille des élections de 1912, quel était, en théorie et en fait, le régime politique de la Russie.