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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre XV

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XV


L’extrême-droite comptait que les élections pour la quatrième Douma, où la pression gouvernementale, exercée par le ministre de l’Intérieur Makharov, dépassa toute mesure, lui assureraient une énorme majorité. Une bonne moitié des électeurs ne purent prendre part au vote, ayant été convoqués trop tard ; beaucoup de paysans furent invités à voter dans les villes, ce qui les aurait obligés à perdre cinq jours de travail. On savait que les députés de la droite avaient presque tous été nommés par suite d’accords à l’amiable entre les gouverneurs et les évêques[1]. L’événement démentit les prévisions. La Douma se trouva presque impuissante par suite de l’absence d’une majorité. Nombre de députés paysans et même ecclésiastiques, élus comme réactionnaires avec l’appui du gouvernement, passèrent à l’opposition. Les grands caractères, les hommes politiques énergiques et probes se trouvaient, cette fois encore, parmi les cadets, dont le chef était Milioukov, ancien professeur aux Universités de Moscou et de Chicago, longtemps en exil, estimé et écouté toujours. Parmi les travaillistes, le plus remarquable des nouveaux élus était A. Kerensky, député de Saratov. Âgé de trente ans, connu par un remarquable rapport sur la répression sanglante de la grève des mines de la Léna, il appartenait à une famille noble et était le gendre d’un sénateur de Kazan. Une passion intense pour la liberté et la justice l’avait jeté dans les rangs de l’extrême-gauche. « Ses discours à la Douma ont été fort remarqués, écrivait un journaliste, le 12 février 1913 ; on entendra beaucoup parler de lui. » À côté de Kerensky on signalait comme un homme d’avenir le député caucasien Tchkheidze, seul survivant de la troisième Douma parmi les démocrates socialistes.

  1. Discours de Roditchev.