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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre XXX

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XXX


Trepov aurait bien voulu se défaire de Protopopov, collaborateur intime de Stürmer. Le foyer des intrigues pacifistes auxquelles furent mêlés ces deux hommes était à Stockholm, où avait été constitué, au début de 1916, ce qu’on appelait le parti des verts, amplement muni de moyens de persuasion. Pouriskevitch a raconté que Trepov offrit cent cinquante mille roubles à Raspoutine s’il voulait faire renvoyer Protopopov. Contre son habitude, le Sibérien refusa le cadeau. C’est qu’il touchait bien davantage du parti des verts, dont il était le principal agent. Il avait reçu, dit-on, comme instructions de faire tout en son pouvoir pour entretenir des troubles intérieurs dans l’Empire ; les crises ministérielles des derniers temps de l’autocratie furent son œuvre, suivant le programme de ses patrons allemands.

On croit que Raspoutine avait été acheté, vers 1915, par la Bulgarie et par l’Allemagne ; on ajoute qu’il aurait introduit auprès du tsar un médecin du Tibet qui brisait sa volonté avec des drogues. Une anecdote amusante le montre intervenant auprès du grand-duc Nicolas lui-même pour diriger les opérations militaires.

— La Sainte Vierge m’est apparue et m’a dit que tu devais faire tel mouvement.

— C’est singulier, répondit le grand-duc ; elle m’est apparue à moi aussi et m’a dit que je devais te donner du pied au derrière.

Tout cela peut être controuvé. Mais il y a des propos du thaumaturge qui, attestés par des personnes dignes de foi, ont la valeur de textes historiques. À la fin de 1916, Raspoutine disait : « Je ne suis qu’un simple paysan, mais à qui Dieu a parlé. Le tsar sait que la vie de son fils unique dépend de mes prières. De grands personnages ont voulu m’écarter : je crache sur eux. L’esprit de Dieu est en moi. L’impératrice fait toutes mes volontés (elle s’était fait photographier à ses côtés). J’ai dit au tsar que la guerre est un crime et que la guerre sera sa perte. Il faut tout d’abord que je travaille à la finir »[1].

  1. Figaro du 31 mars 1917. — On a publié des fragments de lettres de l’impératrice à Raspoutine : « Je vous aime et n’ai foi qu’en vous. Dieu veuille que nous nous revoyions bientôt. Je vous embrasse. Votre fille. » (Journal de Genève, 4 mai 1917.)