Histoire de la vie de Hiouen-Thsang et de ses voyages dans l’Inde/Livre 3

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慧立 Hui Li, 彦悰 Yan Cong
Traduction par Stanislas Julien.
(p. 114-175).


LIVRE TROISIÈME.


Ce livre commence à A-yu-tho (Ayôdhyâ — Oude) et finit a I-lan-na (Hiraṇyaparvata ).

De là il fit six cents li au sud-est, passa le fleuve King-kia (Gange) et arriva au royaume d’A-yu-tho (Ayôdhyâ)[1]. Il y a une centaine de couvents où l’on compte plusieurs milliers de religieux qui étudient à la fois le Grand et le petit Véhicule.

Dans la capitale, il y a un ancien couvent. Ce fut là que Fa-sou-pan-tou-pou-sa (le Bôdhisattva Vasoubandhou) composa des Traités (Çâstras) sur le grand et le petit Véhicule, et les expliqua à la multitude des religieux.

Dans un grand couvent qui est situé à quatre ou cinq li au nord-ouest de la capitale, près des bords du Gange, il y a im Stoûpa haut de deux cents pieds, qui lut bâti par le roi Wou-yeou (Açôka). Là, jadis, le Bouddha expliqua la Loi pendant trois mois.

À côté de ce Stoûpa, on montre un endroit où ont marché les quatre Bouddhas passés. À cinq ou six li au sud-ouest de la ville, il y a un ancien couvent où le Bôdhisattva A-seng-kia (Asam̃gha) expliqua la Loi. Pendant la nuit, ce Bôdhisattva monta au ciel des Touchitas, et reçut de Ts’e-chi-pou-sa (Maïtréya bôdhisattva) le Yu-kia-lun (le Yôgaçâstra), le Tchoangyen-ta-ching-lun (lisez : Ta-ching-tchang-yen-king-lun[2], Soûtralañgkâra ṭîkâ), et le Tchong-pien-fen-pie-lun (Madhyânta vibhañga çâstra). Le jour suivant, il descendit du ciel et expliqua la Loi à la multitude.

A-Seng-kia (Asam̃gha), qu’on appelle aussi Wou-tcho, était originaire du royaume de Kien-to-lo (Gandhara), Dans le premier millier d’années après le nirvana du Bouddha, il fit son apparition dans le monde, et embrassa la vie religieuse dans l’école des Mi-cha-se (Mahiçâsakas). Quelque temps après, il adopta la doctrine du grand Véhicule. Chi-thsin-pou-sa (Vasoubandhou bôdhisattva), l’un de ses disciples, embrassa la vie religieuse dans l’école Choue-i-tsie-yeou-pou (l’école des Sarvâstivâdas). Dans la suite, il adopta aussi les principes du grand Véhicule, et ses confrères le reconnurent pour leur supérieur. Doué de lumières et de vertus, et possédant à un haut degré le talent d’écrire, il composa une multitude de Traités (Çâstras), pour expliquer et éclaircir le grand Véhicule, et devint le docteur le plus renommé de l’Inde. C’est à lui que l’on doit[3] : 1° le Che-ta-ching-lun (Mahâyâna samparigraha çâstra) ; 2° le Hien-yang^hing-kiao-lun (c’est-à-dire le Traité pour mettre en lumière la sainte doctrine) ; 3° le Touî-fa-lun (Abhidharma çâstra) ; 4° le Kiu-che-lun (Abidharmakôcha çâstra) ; 5° le Weï-tchi-lun (Vidyâmâtra siddhi), etc. Le Maître de la loi, après avoir visité avec respect les monuments sacrés, partit du royaume d’A-yu-tho (Ayodhyâ), suivit le cours du Gange, et, avec quatre-vingts personnes qui s’étaient embarquées sur le même bateau, il descendit dans la direction de Test, pour aller vers le royaume de ’O-ye-mou-kia (Ayamoukha). Quand il eut fait une centaine de li, il vit les deux rivages du fleuve ombragés d’arbres’O-chou-kia (Açôkas) dont le feuillage était extrêmement touffu. Ces arbres abritaient, de chaque côté, une dizaine de bateaux de pirates. Ceux-ci, faisant force de rames, s’avancèrent à leur rencontre au milieu du courant, et se montrèrent tout à coup à leurs yeux. Plusieurs passagers, saisis d’épouvante, se précipitèrent dans le fleuve. Aussitôt les brigands entourèrent la barque et la conduisirent au rivage. Là ils forcèrent tous les passagers de quitter leurs vêtements, et les fouillèrent pour trouver ce qu’ils pouvaient avoir de précieux. Or ces brigands adoraient la divinité T’o-kia (la déesse Dourgâ). Chaque année, en automne, ils cherchaient un homme bien fait et d’une belle figure ; après l’avoir tué, ils prenaient sa chair et son sang, et les offraient en sacrifice à cette divinité, pour obtenir le bonheur. Quand ils eurent examiné le Maître de la loi, dont la taille noble et la figure distinguée répondaient à leurs vues cruelles, ils se regardèrent l’un l’autre d’un air joyeux. « Nous allions, dirent-ils, laisser passer l’époque du sacrifice qu’exige notre déesse, faute de trouver un sujet digne d’elle ; mais voici un religieux d’une belle stature et d’un visage charmant. Tuons-le pour obtenir le bonheur. »

« Si ce corps vil et méprisable, leur dit Hiouen-thsang, pouvait répondre dignement au but de votre sacrifice, en vérité je n’en serais pas avare ; mais comme je viens des pays lointains pour honorer l’image de la Bôdhi (de l’Intelligence) et le Pic du Vautour [Grïdhrakoûta), me procurer des livres sacrés et m’instruire dans la Loi, ce vœu n’étant pas encore accompli, je crains, hommes généreux, qu’en m’ôtant la vie, vous ne vous attiriez les plus grands malheurs. » Tous les hommes du bateau prièrent ensemble les pirates, il y en eut même qui offrirent de mourir à sa place ; mais ils s’y refusèrent obstinément. Sur ces entrefaites, le chef des pirates envoya des hommes pour chercher de l’eau au milieu du bois fleuri d’Açôkas, et les chargea de construire un autel en terre pétrie avec de la vase du fleuve ; puis il ordonna à deux satellites de tirer leurs sabres, d’entraîner Hiouen-thsang au haut de l’autel et de le sacrifier immédiatement. Mais le Maître de la loi ne laissa voir sur sa figure aucune marque de crainte ni d’émotion. Les pirates en furent surpris et touchés. Hiouen-thsang, voyant qu’il ne pourrait échapper, pria les brigands de lui accorder quelques moments de répit, et de ne point le presser avec violence. « Laissez-moi, leur dit-il, entrer dans le Nirvana avec une âme calme et joyeuse. »

Alors le Maître de la loi songea avec amour à Ts’e-chi (Mâitrêya), et tourna toutes ses pensées vers le palais des Touchitas, formant des vœux ardents pour y naître, afin d’offrir à ce Bôdhisattva ses respects et ses hommages, de recevoir le Yu-kia-sse-t’i-lun (Yôgâtchâryya bhoûmi çâstra), d’entendre expliquer la Loi excellente [Saddharma), et d’arriver à l’Intelligence accomplie (à l’état de Bouddha) ; puis de redescendre et renaître sur la terre pour instruire et convertir ces hommes, leur faire pratiquer des actes de vertu supérieure et abandonner leur infâme profession ; et enfin de répandre au loin tous les bienfaits de la Loi, et de procurer la paix et le bonheur à toutes les créatures. Alors il adora les Bouddhas des dix contrées du monde, s’assit dans l’attitude de la méditation et attacha énergiquement ses pensées sur Ts’e-chi (Mâitrêya bôdhisattva) y sans laisser poindre aucune idée étrangère.

Tout à coup, au fond de son âme ravie, il lui sembla qu’il s’élevait jusqu’au mont Soumérou, et qu’après avoir franchi un, deux et trois cieux, il voyait, dans le palais des Touchitas, le vénérable Mâitrêya assis sur un trône resplendissant, et entouré d’une multitude de Dévas. Dans ce moment, il nageait dans la joie, de corps et d’âme, sans savoir qu’il était près de l’autel, sans songer aux pirates altérés de son sang. Mais ses compagnons s’abandonnaient aux cris et aux larmes, lorsque soudain un vent furieux s’élève de tous côtés, brise les arbres, fait voler le sable en tourbillons, soulève les flots du fleuve et engloutit tous les bateaux. Les pirates sont saisis de terreur, et interrogeant les compagnons d’Hiouen-thsang, « D’où vient ce religieux et quel est son nom, » leur demandèrent-ils.

C’est, répondirent-ils, un religieux renommé qui vient de Chine pour chercher la Loi ; si vous le tuez, seigneurs, vous vous attirerez des châtiments sans nombre. Ne voyez-vous pas déjà, dans les vents et les flots, des signes terribles de la colère des esprits du ciel ? Hâtez-vous de vous repentir. »

Les brigands, saisis d’effroi, s’exhortèrent mutuellement au repentir, et, se prosternant jusqu’à terre, renoncèrent à leurs projets homicides.

Dans ce moment, un des pirates ayant touché de la main Hiouen-thsang, il ouvrit les yeux et leur dit : « Mon heure est-elle arrivée ? > — « Maître, répondirent les brigands, nous n’oserions vous faire du mal ; nous désirons, au contraire, vous montrer notre profond repentir. »

Le Maître de la loi, ayant reçu leurs hommages et leurs excuses, leur enseigna que ceux qui se livrent au meurtre, au vol et à des sacrifices impies, endureront, dans la vie future, des souffrances éternelles. « Comment osez-vous, leur dit-il, pour contenter ce corps méprisable, qui passe en im instant comme l’éclair ou la rosée du matin, vous attirer des tortures qui doivent durer pendant un nombre infini de siècles ? »

Les pirates se prosternèrent jusqu’à terre et lui offrirent d’humbles excuses. « Nous étions, lui dirent-ils, frappés d’aveuglement et de folie, et nous avons commis des crimes odieux. Si nous n’avions pas rencontré un maître vénérable dont la vertu a touché les esprits célestes, comment aurions-nous pu entendre ses instructions ? À dater de ce jour, nous jurons de renoncer à notre infâme métier, et nous voulons que le Maître soit témoin de notre conversion. »

En disant ces mots, ils s’exhortèrent au bien les uns les autres, ramassèrent leurs instruments de meurtre et les jetèrent dans le fleuve ; puis ils restituèrent à chaque passager ses vêtements et ses provisions. Après quoi, ils reçurent tous avec respect les cinq défenses.

Bientôt les vents et les flots se calmèrent. Les pirates, transportés de joie, saluèrent le Maître de la loi et prirent congé de lui.

Les compagnons de Hiouen-thsang sentirent redoubler pour lui leur respect et leur admiration. De près ou de loin, ceux qui apprirent cet événement, en furent émus et émerveillés. Sans l’immense ardeur avec laquelle il cherchait la Loi, comment aurait-il pu opérer un tel prodige ?

De là il fit trois cents li à l’est, passa au nord du Gange et arriva au royaume de’O-ye-mou-kia (Ayamoukha)^^1.

De là il fit sept cents li au sud-est, passa au sud du Gange et au nord de la rivière Yen-meou-na (Yamounâ), et arriva au royaimie de Po-lo-ye-kia (Praydga)^^^2.

Au sud-ouest de la capitale, au milieu d’un bois de Tchen-po-kia ( Tchampakas), il y a un Stoûpa qui fut bâti par Wou-yeou (Açoka). Jadis, dans cet endroit, le Bouddha dompta les hérétiques.

À côté, il y a un couvent où Ti-p’o-pou-sa (Dévabô

1 Inde centrale.

2 Inde centrale. dhisattva) composa le traité Kouang-pe-lun (Çâtaçâstra vâipoulyam) et vainquit des hérétiques du petit Véhicule (Hînayâna).

À l’est de la capitale, deux fleuves se réunissent ensemble. À l’ouest du confluent, il y a un plateau qui a quatorze ou quinze li de tour et dont le terrain est droit et uni. Depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, des rois et de grands personnages, doués d’humanité et d’affection pour les hommes, se rendent en cet endroit afin de répandre des bienfaits et des aumônes. C’est pourquoi on l’a appelé la Grande plaine des aumônes. Maintenant, le roi Kiaï’ji-wang (Çilâdityarâdjâ), marchant sur leurs traces, amassa pendant cinq ans des richesses immenses ; puis, pendant soixante-quinze jours, il les distribua en dons et en aumônes. Depuis les Trois précieux jusqu’aux orphelins et aux indigents, il n’y eut personne qui ne participât à ses largesses.

De là, se dirigeant au sud-ouest, il entra dans une grande forêt, remplie d’animaux féroces et d’éléphants sauvages ; puis, après avoir fait cinquante li, il arriva au royaume de Kiao-chang-mi (Kâuçâmbî)[4]. On y voit une dizaine de couvents qui comptent environ trois cents religieux.

Dans un ancien palais de l’intérieur de la ville, il y a un grand Vihâra haut de soixante pieds, où le roi Ou-to-yen-na (Oudâyanarâdjâ) a fait placer une statue du Bouddha, sculptée en bois et surmontée d’un dôme en pierre.

Jadis Jou-laï (le Tathâgata), étant monté au ciel des Tao-li (des Trâyastrimçats), y passa un été pour expliquer la Loi en faveur de sa mère. Le roi, qui pensait à lui avec amour, pria Moa-lien [Mâadgalydyana) d’enlever au ciel un artiste habile pour qu’il pût contempler la figure vénérable et l’attitude majestueuse du Bouddha. À son retour, il le sculpta en bois de sandal rose et donna à son visage une ressemblance parfaite. Lorsque l’honorable du siècle (le Bouddha) descendit sur la terre, ce fut cette même statue qui vint au-devant de lui.

Au midi (du Vihâra), on voit les ruines^^1 d’un bâtiment antique qu’habita jadis le maître de maison Kiuchi’lo [Gôçira ?).

À une petite distance au sud de la ville^^2, il y a un ancien couvent qui fut bâti sur l’emplacement du jardin de ce maître de maison [Grïhapati). Au centre, on voit un Stoûpa haut de deux cents pieds, dont la construction est due au roi Wou-yeou (Açôka).

Plus loin, au sud-est, s’élève un pavillon à double étage, où jadis Chi-tlisin [Vasoubandhou) composa le traité Weï-lchi-lun [Vidydmdtra siddhi çdsfra).

Plus loin, à l’est, dans un bois dAn-mo-lo (d’Amras) « manguiers », on voit les anciens fondements d’une maison où jadis WoU’tcho’poU’Sa [Asathgha bôdhisattva) composa le traité Hien-yang-lun (lisez : Hien-yang-ching-kiao-lun). De là il fit cinq cents li à l’est et arriva au royaume

1 Si-yu-ki, liv. V, loi. 16.

2 Si-yu-ki, liv. V, fol. 16 : au sud-est. de Pi’so-kia (Vâisâka). Il y a une vingtaine de couvents où l’on compte environ trois mille religieux de l’école Tching-liang-pou (l’école des Sammitiyas) qui se rattache au petit Véhicule.

À gauche de la route qui se dirige au sud-est, il y a un grand couvent. Ce fut là que jadis Ti-p’a-che-mo- ’o^lo-han [ÏArhat Dévaçarman) composa le traité A-pi- fa-mo-tchi-’chin-tso-lun [Abhidharma vidjnâna kâyapâda), et nia dans ses conférences l’existence du moi et du non- moi. Dans ce même couvent, Kia-po-lo-o-lo-han (l’Arhat Gopâla) composa le Ching-kiao-yao-chi-lun (le Traité des vérités essentielles de la sainte doctrine[5]), et affirma dans ses conférences l’existence du moi et du non-moi. Ces opinions contradictoires suscitèrent bientôt des disputes opiniâtres.

Ce fut en cet endroit que Hoa-fa-pou-sa (Dharmapâla bôdhisattva) terrassa, dans l’espace de sept jours, cent maîtres des Çâstras du petit Véhicule. On montre aussi un endroit où, pendant six ans, Jou-lai (le Tathâgata) expliqua la Loi.

Il y a un arbre haut de soixante et dix pieds. Jadis le Bouddha, ayant jeté une petite branche dont il s’était servi pour curer ses dents (dantakâchtha), elle prit aussitôt racine et donna naissance à cet arbre haut et touffu qui existe encore aujourd’hui. Les disciples des docteurs hérétiques viennent souvent pour l’abattre ; mais à peine a-t-il été coupé qu’il repousse et redevient aussi florissant qu’auparavant.

De là il fit cinq cents li au nord-est et arriva au royaume de Chi-lo-fa-si-ti (Çrâvastî). Il a environ six mille li de tour et possède[6] une centaine de couvents où l’on compte plusieurs milliers de religieux qui tous suivent l’école Tching-liang-pou (l’école des Sammitîyas), Du temps du Bouddha, c’était dans la capitale de ce royaume que résidait le roi Po-lo-sse-na (Prasênadjit).

Dans l’intérieur de la ville, on voit encore les ruines antiques du palais de ce roi.

À une petite distance à l’est de la ville, il y a un Stoûpa élevé sur d’anciennes fondations. Ce fut là que le roi Chin-kiun (Prasênadjit) fit construire pour le Bouddha une grande salle de conférences.

Un peu plus loin, il y a encore une tour. C’était là qu’était le Vihâra de la religieuse Po-lo-che-po-ti (Pradjâpatî), tante du Bouddha.

Plus loin, à l’est, il y a une tour élevée sur l’emplacement de l’antique demeure de Sou-ta-to (Soudatta).

À côté de cette maison, il y a un grand Stoûpa. Ce fut là que les (hérétiques) Yang-kia-li-mo-lo (Añgouli-malyas) abjurèrent leurs erreurs.

À cinq ou six li au sud de la ville, on voit le bois Tche-lo-lin (Djêtavana) ; c’était là qu’était le jardin de Ki-kou-to (Anâthapiṇḍika ou Anâthapiṇḍada). Jadis il y avait là un couvent dont il ne reste plus que les ruines.

À droite et à gauche de la porte orientale, on voit des colonnes de pierre hautes de soixante et dix pieds, qui furent élevées par le roi Wou-yeou (Açôka). Toutes les maisons sont détruites, à l’exception d’un petit bâtiment en briques au milieu duquel on voit une statue en or du Bouddha.

Jadis, le Bouddha étant monté au ciel pour expliquer la Loi en faveur de sa mère, le roi Ching-kian [Prasênadjil), par un sentiment d’affection profonde, fit fondre cette statue, à l’exemple du roi Tchou-aî-wang [Ouiâyanarâdjà) qui, dans une circonstance semblable, avait fait sculpter en sandal (rose) une statue du Bouddha.

À une petite distance, derrière le couvent, on voit l’endroit où un brahmane hérétique tua une femme et calomnia le Bouddha.

À cent pas environ, à l’est du couvent, on voit une fosse large et profonde. Ce fut là que Ti-p’o-ta-to (Dévadatta), pour avoir voulu empoisonner le Bouddha, tomba vivant dans l’enfer.

Au midi de cet endroit, il y a une autre grande fosse. Ce fut là que le Bhikchou Kiu-kia-li (Koukâli), pour avoir calomnié le Bouddha, fut englouti vivant dans l’enfer.

À huit cents pas au sud de la fosse, on voit aussi l’endroit où la fille du brahmane Tchen-tche (Tchantcha), pour avoir calomnié le Bouddha, fut précipitée vivante au fond de l’enfer. Ces trois fosses sont tellement creuses qu’on n’en peut voir le fond.

À soixante et dix pas à l’est du couvent, il y a un Vihâra, remarquable par sa grandeur et son élévation, où l’on voit la statue du Bouddha assis en face de l’orient. Jadis, en cet endroit, le Bouddha discuta avec des docteurs hérétiques.

Plus loin, à l’est, il y a un temple des Dévas (Dévâlaya) dont les dimensions sont les mêmes que celles du Vihâra. Lorsque le disque brillant du soleil se meut dans le ciel, l’ombre du temple des esprits n’atteint pas le Vihâra ; mais, au contraire, l’ombre du Vihâra couvre constamment le temple des Dévas.

Plus loin, à une distance de trois ou quatre li à l’est, il y a un Stoûpa. Jadis, Che-li-lseu (Çâripouttra) discuta en cet endroit avec des hérétiques.

À soixante li au nord-ouest de la capitale, il y a une ancienne ville. Dans le Kalpa des sages (Bhadrakalfa), à l’époque où les hommes vivaient vingt mille ans, c’était la ville du père de Kia-ye-fo (Kâçyapa bouddha).

Au sud de la ville, il y a un Stoûpa[7]. Ce fut là que Fo (le Bouddha), après avoir acquis l’Intelligence accomplie, vit son père pour la première fois.

Au nord de la ville, il y a une tour où sont déposées les reliques de tout le corps de Kia-ye-po-fo (Kâçyapa bouddha). Ces deux tours ont été élevées par le roi Wou-yeou (Açôka).

De là il fit huit cents li au sud-est, et arriva au royaume de Kie-pi-lo-fa-sou-tou (Kapilavastou). Ce royaume a quatre mille li de tour. On y compte dix villes désertes dont le sol est couvert, de plantes incultes. La capitale est ruinée à un tel point qu’il est impossible de déterminer quelle était son étendue. Les murs du palais du roi offrent une circonférence de quatorze à quinze li. Ils sont construits en briques et leurs fondements sont encore hauts et solides.

Dans l’intérieur de cette enceinte, on voit d’anciennes Fondations qui jadis appartenaient au palais du roi Tsingfan-wang (Çouddhôdana râdjâ). On a construit par-dessus un Vihâra où s’élève la statue.

Plus loin, au nord, on voyait les anciens fondements du palais de la princesse Mo-ye (Mâyâ). On a construit par-dessus un Vihâra dont sa statue occupe le centre.

À côté, il y a un (autre) Vihâra qu’on a élevé dans l’endroit où Chi-kia-pon-sa (Çâkyabôdhisattva) descendit dans le sein de sa divine mère (Mâyâdévî) ; on y voit la statue représentant le Bodhisattva au moment où il descend du ciel pour s’incarner. Suivant l’école Chang-tsopou (l’école des Kâçyapîyas), ce fut le troisième jour du mois Oa-tan-lo-’an-cha-tch’a (Outtarâchâdha] que le Bodhisattva descendit dans le sein de sa divine mère (Mâyâdêvi) ; cette époque répond ici (en Chine) au quinzième jour de la cinquième lune. Les autres écoles fixent sa naissance au vingt-troisième jour (du même mois) qui répond ici (en Chine) au huitième jour de la cinquième lune.

Au nord-est (de ce Vihâra), il y a un Stoûpa élevé dans l’endroit même où le rïchi ’O-si-to (Asita) tira l’horoscope du prince royal (Koumârarâdjâ). A gauche et à droite de la ville, on montre l’endroit où le prince royal lutta avec les Çâkyas^^1. On voit aussi

1 Avec cinq cents Çâkyas. Lalitavistara, page 137. l'endroit où le prince royal traversa la ville à cheval, et le lieu où auparavant il fit retourner son char, en voyant, aux quatre portes de la ville, des hommes morts de vieillesse et de maladie, et un Cha-men (Çramana) qui par dégoût abandonnait le siècle.

De là il fit cinq cents li à Test à travers des forêts sauvages et arriva au royaume de Lan-mo (Râmagrâma)[8].

La population est clairsemée. À l’est de l’ancienne ville, il y a un Stoûpa en briques, haut de cent pieds, qui fut bâti, après le Nirvâṇa de Jou-laï (du Tathdgata), par im ancien roi de ce pays, quand il fut revenu avec une portion de ses çarîras (reliques). En tout temps, il projette une lueur brillante.

À côté, il y a un étang de dragons (nâgahrada). Les dragons qui l’habitaient se métamorphosaient souvent en hommes et faisaient respectueusement le tour du Stoûpa ; des éléphants sauvages, qui pratiquaient la Loi, apportaient des fleurs et venaient constamment les offrir.

À côté et à une petite distance, il y a un couvent dont la direction générale est confiée à un simple novice. Voici ce que la tradition raconte à ce sujet. Jadis, y avait un Pi-tsou (Bhikchou) qui avait invité ses condisciples à venir de loin pour honorer ce Stoûpa. Ceux-ci, ayant vu que des éléphants cueillaient des fleurs et venaient les déposer devant la tour, coupaient des herbes avec leurs dents et arrosaient la terre avec leur trompe, en furent émus et émerveillés. Il y eut alors un Pi-tsou (Bhikchou) qui, renonçant à la pratique des grandes règles de la discipline, fit vœu de rester en cet endroit pour y offrir constamment ses hommages. « Ces éléphants, dit-il à ses compagnons, ne sont que des animaux, et pourtant ils savent offrir des fleurs et arroser la terre pour honorer la tour. Et nous, qui appartenons à la classe des hommes, nous qui, pour nous attacher au Bouddha, avons quitté la famille (embrassé la vie religieuse), comment pourrions-nous les regarder avec indifférence et ne pas prendre part à leurs pieux devoirs ? »

En disant ces mots, il prit congé de ses compagnons et se fixa en cet endroit. Il construisit une habitation, cultiva la terre, sema des fleurs et planta des arbres fruitiers, sans jamais être arrêté par la fatigue, pendant les chaleurs de Tété ou les rigueurs de l’hiver. Les princes des royaumes voisins, instruits de son dévouement, donnèrent chacun une partie de leurs richesses et de leurs joyaux pour construire et orner ensemble ce Kia-lan (Sam̃ghârâma) ; après quoi, ils prièrent ce Bhikchou d’en prendre la direction. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, cet usage s’est constamment perpétué.

Après avoir fait cent li à travers ime grande forêt qui est située à l’est du Couvent du Novice (Çramanéra samghârâma) y il trouva im Stoûpa construit par Wouyeou [Açôka). Ce fut en cet endroit que le prince royal (Koumârarâdjâ) y après avoir traversé la ville, détacha ses vêtements précieux, son bonnet divin et son aigrette de perles, les confia à (son cocher) Tchen-to-kia (Tch’andaka) et lui ordonna de s’en retourner[9]. Dans ce lieu et dans celui où il fit couper ses cheveux, on a élevé des Stoûpas pour en conserver le souvenir.

Après être sorti de cette forêt, on arrive au royaume de KeGu-chi-na-kie-lo (Kouçinagara), dont les villes sont désertes et en ruines.

Dans l'intérieur de la capitale, à l'angle nord-est, il y a un Stoûpa qui fut bâti par le roi Wou-yeou (Açôka) au-dessus de l'ancienne maison de Chun-t'o (Tchounda). Dans cette maison, il y a un puits qui fut creusé jadis pour servir aux cérémonies religieuses, et dont l'eau est encore pure et transparente.

À trois ou quatre li au nord-ouest de la ville, on passe le fleuve'O-chi-to-fa-ii (Adjitavati) ; et, à une petite distance du fleuve, on arrive à une forêt d'arbres So-lo (Salas)[10]. Le Sâla ressemble à l'arbre Ho, mais son écorce est d'un blanc verdâtre[11] et ses feuilles sont polies et luisantes. On voit quatre de ces arbres[12] d'une hauteur égale ; ce fut là que Jou-laï (le Tathâgata) entra dans le Nie-pan (Nirvâna).

Il y a un grand Vihâra construit en briques, dans l'intérieur duquel se trouve une statue représentant Jou-laï au moment où il vient d'entrer dans le Nirvana ; il est couché, la tête tournée vers le nord.

À côté, il y a un grand Stoûpa haut de deux cents pieds, qui fut bâti par Açôka. Ce prince éleva en outre, au même endroit, une colonne de pierre, pour rappeler le Nirvâna du Bouddha ; mais on n’y a pas inscrit l’année ni le mois de cet événement.

La tradition rapporte que le Bouddha demeura dans le monde pendant quatre-vingts ans, et qu’il entra dans le Nirvâna le quinzième jour de la seconde moitié du mois Fei’che-kie (Vâiçâkha). Cette époque répond ici (en Chine) au quinzième jour de la deuxième lune. Suivant l’école Choue-i-tsie-yeou-pou (l’école des Sarvâstivâdas), ce fut dans la seconde moitié du mois Kiala-ti-kia (Kârtika) qu’il entra dans le Nirvâna. Cette époque répond ici (en Chine) au huitième jour de la neuvième lune.

Depuis le Nirvâna jusqu’aujourd’hui, les uns comptent douze cents ans, les autres quinze cents ans ; il y en a enfin qui affirment qu’il s’est écoulé plus de neuf cents ans, mais que le nombre de mille ans n’est pas encore complet.

Quand le Bouddha fut assis dans un cercueil d’or[13], il expliqua la Loi en faveur de sa mère ; il sortit son bras et interrogea ’O-nan (Ânanda), puis il laissa voir ses pieds et les montra à Kia-ye (Kâçyapa). On brûla son corps avec des bois odorants, et huit rois se partagèrent ses os (reliques).

Le souvenir de ces diverses circonstances a été consacré par autant de Stoûpas.

De là il traversa encore une grande forêt, et, après y avoir fait environ cinq cents li, il arriva au royaume de Po-lo-ni-sse (Varânaçî). Ce royaume a quatre mille li de tour ; la capitale est voisine du fleuve King-kia (Gange) ; elle a dix li[14] en longueur et de cinq à six li en largeur. Elle possède une trentaine de couvents où l’on compte environ deux mille religieux du petit Véhicule (Hînayâna) qui suivent l’école I-tsie-yeou-pou (l’école des Sarvâstivâdas).

Après avoir passé la rivière de Po-lo-ni-se (Varânaçî) il fit dix li au nord-est et arriva au couvent de la Plaine des Antilopes (Mrïgadàva). Sa tour et son dôme se confondent avec les nuages, et il est renfermé entre quatre galeries qui se joignent à angles droits. On y compte quinze cents religieux du petit Véhicule, qui suivent l’école Tching-liang-pou (l’école des Sammitîyas).

Dans l’intérieur d’une vaste cour, il y a un Vihâra haut d’environ cent pieds[15] ; on y monte à l’aide de degrés en pierre. Tout autour[16], on voit une centaine de niches construites en briques et régulièrement disposées les unes au-dessus des autres. Chacune de ces niches renferme une statue d’or du Bouddha relevée en bosse. Au centre de la chapelle, il y a une statue du Bouddha en cuivre ; sa dimension est exactement celle du corps du Tathâgata qu’elle représente tournant la roue de la Loi[17].

Au sud-est du Vihâra, il y a un Stoûpa haut de cent pieds, qui fut construit par le roi Wou-yeou (Açôka), Devant ce monument, s’élève une colonne de pierre haute de soixante-dix pieds, dans l’endroit même où le Bouddha tourna pour la première fois la roue de la Loi.

À côté, on voit l’endroit où Mei-ta-li-pou-sa (le Bôdhisattva Mâitreya) reçut une prédiction.

Plus loin, à l’ouest, il y a un Stoûpa. Ce fut là que, dans le Kalpa des sages (Bhadrakalpa), à l’époque où la vie des hommes était de vingt mille ans, le Bouddha, remplissant jadis le rôle de Hou-ming-pou-sa (Prabhâpâla bôdhisattva), reçut de Kia-che-fo (Kâçyapabouddha) une prédiction sur sa destinée future[18].

Au midi de l’endroit où Çâkya reçut cette prédiction, on voit un lieu où les quatre Bouddhas passés ont laissé la trace de leurs pas. Il a une longueur d’environ cinquante tchang (cinq cents pieds)[19] ; sa hauteur est de sept pieds. Il est formé d’une assise de pierres bleues. Au-dessus, on a élevé les statues des quatre Bouddhas dans l’attitude de la marche.

À l’ouest du couvent de la Plaine des Antilopes (Mrîgadâva sam̃ghârâma), on voit l’étang où se baignait le Tathâgata, l’étang où il lavait ses vêtements et celui où il nettoyait les vases religieux. Tous trois sont gardés par des dragons divins qui en éloignent les souillures des hommes.

À côté de ces étangs, il y a un Stoûpa élevé à l’endroit où le Bouddha, menant la vie d’un Pou-sa (Bôdhisattva), prit la forme d’un éléphant blanc armé de six défenses, et donna ses dents à un chasseur.

On montre encore le lieu où, ayant un corps d’oiseau, il s’associa avec un singe et un éléphant blanc, fixa le rang d’âge d’après l’arbre Ni-keou-liu (l’arbre Nyagrôdhay, et partit pour faire le tour du monde et convertir les hommes ; le lieu où il remplit le rôle de roi des cerfs (Mrîgarâdjâ), et celui où il convertit Kiao-ichin-joa (Kaundinya),’An-pi (Açvadjit)^ Po-ti (Bkadrika), P’o'fou (Vâchpa), Chi-li-kia-ye (Daçahala Kâçyapa) et Mo-ho-nan (Maliânâman).

De là il suivit le cours du fleuve King^ia (Gange), et après avoir fait trois cents li à l’est, il arriva au royaume appelé Tchen-tchou-koue^^2.

1 Nyagrôdha, figuier de l’Inde. Ce passage du texte serait inintelligible sans le secours de la relation originale : Le Tathâgata, à l’époque où il menait la vie d’un Bodhisattva, s’affligea de voir que les hommes du siècle n’observaient point les rites. Il se montra sous un corps d’oiseau, et, après qu’il se fût associé avec un singe et un éléphant blanc, ils se demandèrent en cet endroit : Quel est celui qui a vu le premier cet arbre nyagrôdha ? Chacun d’eux raconta ce qui le concernait, et aussitôt il fixa, pour tous les trois, le rang drainé et de cadets.

2 C’est-à-dire : « le royaume du maître des combats. » Dans l’encyclopédie Fa-youen-tchou-lin, liv. XXXVIII, fol. 19, on trouve aussi : Tchen-wang-koue « le royaume du roi des combats. » C’est le seul que Hiouen-thsang se contente de donner en chinois, au lieu d’en 6giifer l’orthographe indienne en signes phonétiques. Le nom original peut être Youddkapati poura ou Youddharâdjâ poura. Cette double lecture doit être proposée, parce que nous ignorons si le second mot indien est maître (pati) ou roi (râdjâ).

De là, il se dirigea au nord-est, passa le Gange, et après avoir fait de cent quarante à cent cinquante li, il arriva au royaume de Fei-che-li (Vâiçâlî).

Ce royaume a cinq mille li de tour ; la terre est grasse et fertile, et produit en abondance des fruits d’An-mo-lo (Âmra) et de Meoa-tche (Môtcha). La capitale n’offre partout que des ruines ; ses anciens fondements occupent une circonférence de soixante à soixante-dix li ; elle n’a qu’un petit nombre d’habitants.

À cinq ou six li au nord-ouest du palais, il y a un couvent à côté duquel s’élève im Stoûpa. Ce fut en cet endroit que le Bouddha expliqua l’ouvrage de Pi-mo-lokie ( Vimalakirti soutra).

Plus loin, à trois ou quatre li au nord-est, il y a un Stoûpa qu’on a bâti à côté de l’antique demeure de Pim<hlo-kie (Vimalakîrti), et où éclatent souvent des prodiges extraordinaires. À peu de distance de ce Stoûpa, on voit une maison construite avec des pierres grossièrement assemblées. Ce fut en cet endroit que Vou-heou-tch’ing (Vimalakirti) tomba malade et expliqua la Loi.

À côté, l’on voit aussi l’antique demeure de P’ao-tsi (Ratnâkara) et celle de la fille de l’An-mo-lo (Âmra-dârikâ).

Plus loin au nord, à une distance de trois ou quatre li, il y a un Stoûpa. Ce fut en cet endroit que s’arrêta le Bouddha lorsque, suivi des Dêvas et des hommes, il se dirigeait vers Kia-chi-na (Kouçinagara), pour entrer dans le Nirvana.

Plus loin, à l’ouest, il y a encore un endroit d’où le Bouddha contempla pour la dernière fois la ville de Feï-che-li (Vâiçâlî).

Plus loin, au sud, se trouve l'endroit où la fille de l’An-mo-lo (l’Âmra) fit don de son jardin au Bouddha, On voit aussi Tendroit où le Bouddha promit au roi des démons (Pâpiyân) d'entrer dans le Nirvana.

En sortant des frontières méridionales de Fei^he-li (Vâiçâlî), et à une distance.de cent li du fleuve Kingkia (Gange), on arrive à la ville de Che-fet-to-pou-lo ( Çvétapoura ), où il se procura les livres sacrés du Recueil des Pou-sa [Bâdhisattva pitaka soûtras).

Ensuite, en allant au sud, on passe le fleuve King-kia (Gange), et l'on arrive au royaume de Mo-kie-to (Magadha)^^1. Ce royaume a de cinq à six cents li de tour. En général, on y montre de l'estime pour l'étude et du respect pour les sages. Il y a une cinquantaine de couvents où

1 Inde centrale. L'ouvrage que nous traduisons omet deux royaumes que la relation originale décrit avant Magadha (liv. VII, fol. 17 à 19) : savoir : Fo-li-tchi (Vridjî) et Ni-po-lo (le Népal), Voici comment s’exprime le Si-ya-ki (je supprime les détails étrangers à l’itinéraire) : On fait trois cents li au sud-est du couvent de Çvétapoura, et Ton arrive au Gange, dont les deux rives (celle du midi et celle du nord) offi'Oil chacune un Stoupa.

De là on fait cinq cents li au nord-est et on arrive au royaume de Fo-li'chi (Vridjî).

… Au nord-est de l’endroit où le Bouddha convertit les pécheurs, après avoir fait cent li, on trouve un Stoupa à l’ouest de l’ancienne ville.

De là à quatorze ou quinze cents li au nord-ouest, on frandiitdei montagnes, on entre dans une vallée et l’on arrive au Népal.

De là on revient à Vâiçâli, on passe le Gange au sud et l’on arrive à Magadha. l’on compte environ dix mille religieux, dont le plus grand nombre étudie la doctrine du grand Véhicule.

Au sud du fleuve » il y a une ancienne ville qui a soixante-dix li de tour. Quoiqu’elle soit déserte et ruinée, les parapets de ses murailles subsistent encore^^1. Jadis, lorsque la vie des hommes avait une durée incommensurable, on l’appelait Keou-sou-mo-pou-lo [Koasoumapoura). Le palais du roi était orné d’ime multitude de fleurs ; de là Tprigine de ce nom. Dans la suite, lorsque la vie des bommes diu*ait plusieurs milliers d’années, d’après le nom de Tarbre Po-t’o-U, on cbangea son nom en celui de Po-fo-li-tseu-tcKing {Pdtalipouttrapoura).

Dans la centième année après le Nirvana du Bouddha, ii y eut im roi nommé *0^hou-kia [Açôka], qui était l’arrière-neveu du roi Pin-pi-so-lo-wang [Bimbisârarâdjâ).

De la ville Wang-che-tchi’ng (Râdjagrîhapoara), il transporta dans cette ville sa résidence royale.

Depuis cette époque il s’est écoulé bien des siècles ; aussi n’en reste-t-il que les anciennes fondations, et des centaines de couvents anciens, à peine deux ou trois sont encore debout.

Au nord de l’ancien palais, et près de la rive du Gange, il y a une petite ville où l’on compte un millier de maisons. Au nord du palais, il y a une colonne de pierre haute de quelques dizaines de pieds, dans l’endroit

1 La leçon du Si-ya-ki (liv. VIII, fol. i vo) est un peu différente : Ses fondations subsistent encore. même où le roi Wour-yeou (Açôka) avait construit un enfer^^1.

Le Maître de la loi resta sept jours dans la petite ville et visita avec respect les monuments sacrés.

Au sud de l’enfer, il y a un Stoûpa ; c’est l’un des quatre-vingt-quatre mille Stoùpas que le roi Açôka fit construire par la main des honunes. Dans l’intérieur » on a déposé un ching (dixième de boisseau) des reliques du Tathâgata, qui répandent constanunent un éclat divin.

Plus loin, il y a un Vihâra où Ton voit une pierre sur laquelle a marché le Tathâgata. Sur cette pierre, on voit les traces des deux pieds du Bouddha, longues d’im pied et huit pouces et larges de six pouces. Au bas des pieds, il y a une roue à mille rais. Aux extrémités (de l’empreinte) des dix doigts, on voit des fleurs sur— montées du signe mystique ouan

des figures de pois— sons en relief, etc. qui brillent avec éclat. Ce sont les traces que laissa le Bouddha lorsque, sur le point d’en— trer dans le Nirvana, il fut parti de Fei-che-li (Vâiçâlî) et arriva en cet endroit. Alors, sur le rivage méridional du fleuve, se tenant debout sur une grande pierre carrée, il regarda avec émotion’O-nan (Ananda) et lui dit : « C’est pour la dernière fois que je contemple de loin

1 Suivant le Si-yu-ki (liv. VIII, fol. 3) qui en donne la description. Açôka y avait réuni tous les instruments de torture qu on suppose exister dans l’enfer des bouddhistes.

2 Voyez Wilson, Dict. sanskrit, au mot Svastica, On dit qu’il tire son origine de la forme des cheveux bouclés du Bouddha, qui tournaient de gauche à droite. le trône de diamant (Vadjrâsanam)^^1 et la ville du roi (Râdjagrîha).

Au nord du Vikâra, il y a ime colonne de pierre haute de trente pieds. On lit dans les mémoires historiques que le roi Wou-yeoa [Açôka) divisa en trois parties Tîle Tchen-poa-tckeou (le Djamboadvipa), et les donna au Bouddha, à la Loi et à T Assemblée des religieux ; il partagea de la même manière ses joyaux et ses richesses, pour racheter son héritier^^2.

Au sud-est de Tancienne ville, on voit les antiques fondements du couvent iSCitt-Am-f oo-/an-mo [Koukkoutdrdma), qui fut bâti par Açôka. Ce fut là qu'il convoqua mille reUgieux et leur fit les quatre offrandes.

Après avoir adoré, pendant sept jours, tous ces monuments sacrés, il fit, au sud-ouest, sept Yôdjanas, et arriva au couvent de Ti-lo-chi-kia (Tilaçâkya ?).

Dans ce couvent, il y avait quelques dizaines de religieux qui, ayant appris l'arrivée du Maître de la loi, vinrent tous à sa rencontre et lui servirent de guides.

De là il fit cent li au sud, et arriva à l'endroit où s'élevait Y Arbre de rintelligence [Bâddhidrouma)^^3. Cet arbre est protégé par des mtu's en briques très-élevés et fort solides, qui ont une étendue considérable de Test à l'ouest, et se rétrécissent sensiblement du sud au nord. La porte principale s'ouvre à l'est, en face de la rivière

1 Burnouf, Introd. au bouddhisme indien, p. 887, en note.

2 Si-yu-ki, liv. VIII. fol. 5 : pour se racheter lui-même.

3 Figuier sacré, appelé aussi Bâdhivrikcha. Ni-lien-chen (Nâirañdjâna) ; la porte méridionale est voisine d'un grand étang couvert de fleurs de lotos. À l’ouest, une ceinture de montagnes escarpées en défend l’entrée. La porte du nord communique avec un grand couvent, dans l’intérieur duquel on voit, à chaque pas, des monuments sacrés, tantôt des Vihâras, tantôt des Stoûpas, que des rois, des ministres et de riches maîtres de maison ont construits par amour pour les Saints, afin d^honorer et de conserver leur mémoire.

Au milieu de ce couvent, on voit le Trône de diamant [Vadjrâsanam) qui fut construit au commencement du Kalpa des sages {Bhadrakalpa). Il s'est élevé en même temps que le ciel et la terre. Il s'appuie sur le centre des trois mille grands chiliokosmes ; en bas, il descend jusqu'à la roae d'or, en haut il est de niveau avec les limites (la surface) de la terre. La partie composée de diamant a environ cent pas de tour. En employant ici l'expression de diamant, on veut dire qu'il est ferme, solide, indestructible, et capable de résister à tous les chocs du monde. S'il n'était pas appuyé sur sa base, la terre manquerait de stabilité ; si le trône n'était pas fait de diamant, personne ne pourrait entrer dans ï extase de diamant (Vadjrasamâdhi ou Vadjrayôga)^^1. Maintenant (tout Bôdhisattva) qui veut dompter les démons et arriver à l'état

1 Suivant le dictionnaire San-thsang-fasoa, liv. L, fol. 4« 3 y a cent huit sortes d*extases ; la dixième est appelée Vextase de diamant. Lorsque les Bôdhisattvas se sont fixés dans cette extase, leur intelligence est ferme et solide ; elle peut briser toutes les séductions mondaines, de même que le diamant peut, par sa solidité, échapper à la destruction et briser les corps qui se heurtent contre lui. Le texte du Si-yu-ki, liv. VIII, de Bouddha, doit s’asseoir sur ce trône ; s’il s’asseyait ailleurs, la terre perdrait son équilibre. C’est pourquoi les mille bouddhas du Kalpa des sages [Bhadrakalpa) viendront tous s’asseoir sur ce trône.

Le lieu où Çâkyamouni arriva à l’état de Bouddha s’appelle aussi le siége de l’intelligence [Bôdhimanda). Lorsque le monde tremble jusque dans ses fondements, ce lieu seul n’est point ébranlé. Dans cent ou deux cents ans, lorsque les hommes seront devenus moins vertueux, ils iront vers VArhre de Vintelligence [Bôdhidrouma] et ne verront plus le Trône de diamant (Vadjrâsanam).

Après le Nirvana du Bouddha, les rois des royaumes marquèrent leurs frontières, au sud et au nord, au moyen de deux statues de Kouan-tseu-ts’aî-pou-sa [Avalôkitêçvara hôdhisattva) assis du côté de l’est. Suivant la tradition, quand le corps de ce bôdhisattva sera enfoncé en terre et sera devenu invisible, la Loi du Bouddha devra s’éteindre complètement. Aujourd’hui le Bôdhisattva du côté du sud est déjà enfoncé en terre jusqu’à la poitrine. U Arbre de Vintelligence, dont il est parlé plus haut, est Varhre pi’pO’lo [pippala). Du vivant du Bouddha, il était haut de plusieurs centaines de pieds ; mais depuis, de méchants rois l’ayant souvent coupé et abattu, il n’a plus aujourd’hui que cinquante pieds. Le Bouddha s’assit sous cet arbre pour obtenir Y Intelligence sans supérieure {Anout tara bôdhi) ; c’est pour cela qu’on l’a appelé l’Arbre de l’intelligence (Bôdhidrouma). Le tronc de l’arbre est d’un blanc-jaune, et ses feuilles, vertes et luisantes, ne tombent ni en automne ni en hiver. Seulement, quand vient le jour du Nirvana du Talhâgata, elles se détachent tout d’un coup pour renaître le lendemain aussi belles qu auparavant. Tous les ans, à pareil jour, les rois, les ministres et les magistrats se rassemblent au-dessous de cet arbre, l’arrosent avec du lait, allument des lampes, répandent des fleurs et se retirent après avoir recueilli de ses feuilles.

Quand le Maître de la loi fut arrivé, il offrit ses hommages à l’Arbre de l’intelligence et à la statue du Tathâgâta, construite par les soins de Ts’e-chi-pou-sa (Maitréya bôdhisattva) à l’époque où il obtint l’intelligence parfaite. Après l’avoir contemplée avec une foi ardente, il se prosterna contre terre, poussa des gémissements et s’abandonna à la douleur. « Hélas ! dit-il en soupirant, quand le Bouddha obtint l’Intelligence accomplie, j’ignore dans quelle condition je traînais ma misérable vie. Maintenant que me voici arrivé en ce lieu dans les derniers temps de la statue^^1, je ne puis songer, qu’avec la rougeur sur le front, à l’immensité et à la profondeur de mes fautes ! » À ces mots un ruisseau de larmes inonda son visage. Dans ce moment, plusieurs milliers de religieux, qui

1 C’est-à-dire à une époque où la statue d’Avalôkitêçvara, déjà presque entièrement enfoncée en terre, est sur le point de disparaître et annonce une fin prochaine de la Loi du Bouddha. sortaient de la retraite d’été, arrivèrent en foule de tous côtés. Tous ceux qui virent le Maître de la loi dans cette attitude douloureuse ne purent retenir leurs soupirs et leurs larmes.

Dans cet endroit, sur une étendue d’un yôdjana, on ne voit partout que des monuments sacrés. Hiouen-thsang y resta huit ou neuf jours qu’il consacra à les adorer l’un après l’autre.

Le dixième joiur, les religieux du couvent de Na-lan-fo (Nâlanda vihâra) envoyèrent au-devant de lui quatre hommes d’une vertu éminente. Il partit avec eux et après avoir fait sept yôdjanas, il arriva au village où est situé le couvent. Ce fut dans ce village (appelé Nâlanda grdma) que naquit l’honorable Mo-lien (Mâudgalyâyana). Au moment de son arrivée, il vit en outre deux cents religieux et un millier de fidèles qui accouraient au-devant de lui avec des étendards, des parasols, des parfums et des fleurs. Ils tournèrent autour de lui en célébrant ses louanges et entrèrent dans le couvent de Nâlanda. Une fois arrivés, ils se joignirent à la multitude des premiers religieux. Quand le Maître de la loi eut fini de les saluer, ils placèrent sur l’estrade du président un fauteuil particulier et le prièrent de s’y asseoir. La multitude des religieux et des fidèles s’assit pareillement. Après quoi on chargea le Wcî-na (le Karmadâna — le sous-directeur) de frapper la plaque (sonore) Kien-tchi (Ghanti) et d’inviter à haute voix le Maître de la loi à demeurer dans le couvent, et à faire usage en commun de tous les ustensiles et effets de religieux qui y étaient rassemblés.

Alors vingt hommes d’un âge mûr, versés dans l’intelligence des Soûtras et des Çâstras, et d’un extérieur grave et imposant, furent envoyés pour présenter le Maître de la loi au vénérahle Tching-fa-thsang (Saddharmakôcha ?) qui n’était autre que le maître Kiaï-hien (l’Âtchâryya Çîlabhadra). La multitude des religieux qui l’entourait d’estime et de respect, n’osait proférer son nom et lui donnait le titre pompeux de Tching-forthstuy « le Trésor de la droite loi ».

Il suivit ses guides et entra pour le saluer. Dès qu’il fut en sa présence, il lui rendit tous les devoirs d’un disciple et épuisa tous les témoignages du respect Se conformant aux règles du respect et aux usages consacrés parmi eux, il marcha sur ses genoux en s’appuyant sur ses coudes, fit résonner ses pieds et frappa la terre de son front.

Après l’avoir interrogé et comblé de louanges, Fa-thsang (Dharmakôcha ?) fit apporter des siéges, et pria le Maître de la loi et les religieux de s’asseoir. Cela fait, il demanda au Maître de la loi de quel pays il venait « Je viens de la Chine, répondit-il ; je désire étudier sous votre direction le Yu-kia-lun (le Yôgaçâstra). » En entendant ces mots, Dharmakôcha ne put retenir ses larmes. Il appela un de ses disciples nommé Fo-topa-Co-lo (Bouddhahhadra), qui était son propre neveu. Il était âgé de soixante-dix ans, et était versé dans l’intelligence des King et des Lun (des Soutras et des Çâstras) ; il excellait surtout dans l’art de parler. « Veuillez, lui dit Fa-thsang (Dharmakôcha), raconter à l’assemblée l'histoire de ma maladie et de mes souffrances depuis ces trois dernières années. »

À ces mots, Khio-hien (Bouddhabhadra) laissa échapper un cri de douleur ; puis, essuyant ses larmes, il s'exprima ainsi :

« Autrefois le Ho-chang (Oupâdhyâya ) souffrait d'un rhumatisme aigu ; à chaque accès, ses mains et ses pieds se contractaient avec force, et il ressentait de cuisantes douleurs, comme si on les eût brûlés avec le feu ou percés avec le fer. Pendant plus de vingt ans, ces accès n'avaient pas plutôt cessé qu'ils renaissaient sur-le-champ. Mais, il y a trois ans, ses souffrances revinrent avec une nouvelle intensité. Fatigué d'un sort aussi misérable, il voulait renoncer à toute nourriture pour en finir avec la vie, lorsque, pendant la nuit, il vit en songe trois Dévas, le premier de couleur d'or, le deuxième, couleur de lieou-li (lapis-lazuli), et le troisième, couleur d'argent blanc. Leur taille était belle et leur figure pleine de dignité ; ils étaient vêtus d'habits de cérémonie aussi légers que brillants. L'un d'eux s'approchant du Maître, l'interrogea en ces termes :

« Est-il vrai que vous voulez quitter ce corps ? Les livres sacrés disent que le corps est né pour souffrir ; ils ne disent point qu'il faille se débarrasser de son corps. Dans une de vos existences passées, vous étiez jadis roi, et vous faisiez endurer de cruels tourments à tous les êtres vivants ; voilà ce qui vous a attiré ce châtiment. Maintenant il faut que vous examiniez attentivement vos fautes passées, et que vous vous livriez à un sincère repentir. Supportez vos douleurs avec calme, et employez tout votre zèle à publier les King et les Lan (les Soulras et les Castras). Par là vos angoisses se dissiperont d’elles-mêmes. Mais, si vous persistez à vous dégoûter de la vie, vous ne verrez jamais la fin de vos souffrances.

En entendant ces paroles, le Maître les salua avec respect.

L’homme de couleur d’or, montrant celui qui était de couleur bleue, dit au Maitre : « Vous ne connaissez pas ce personnage ; c’est Kouan-tseu-ts’aï-pou-sa (le Bôdhisattva Avalokitêçvara). » Puis, montrant celui qui était de couleur d’argent, il lui dit : « Celui-ci est le Pou-sa Ts’e-chi (le Bôdhisattva Mâitrêya).

À l’instant le Maitre salua profondément Ts’e-chi (Mâitrêya) ; puis, l’interrogeant : « Votre serviteur Kiai-hien (Çîlabhadra), dit-il, a toujours désiré de naître dans votre honorable palais ; j’ignore, si j’obtiendrai ou non ce bonheur.

— Quand vous aurez répandu au loin la droite Loi, lui dit Mâitrêya, vous êtes sûr d’y renaître.

Le personnage de couleur d’or prit ensuite la parole : « Moi, lui dit-il, je suis Man-tchou-che-li-pou-sa (le Bôdhisattva Mañdjouçri). Ayant vu tous trois que vous vouliez abandonner votre corps, sans utilité pour vos semblables, nous sommes venus exprès pour vous exciter au bien. Il faut que, docile à nos avis, vous mettiez en lumière la droite Loi, ainsi que le Ya-kia-lun (le Yôgaçâstra), etc. et que vous les fassiez connaître à tous ceux qui les ignorent. Votre corps reprendra peu à peu le calme et le repos, et vous ne vous inquiéterez plus de votre maladie. Il y a ici un religieux de la Chine, qui aime à acquérir l’intelligence de la grande Loi ; son vœu le plus ardent est d’étudier sous vos yeux. Attendez-le et donnez-lui vos instructions.

Après avoir entendu ces paroles, Fa-thsang (Dharmakôcha) le salua humblement et lui dit : « J’obéirai avec respect à vos nobles avis. » À ces mots, ils disparurent.

Depuis cette époque, les souffrances du Maître sont complètement dissipées. »

En entendant ce récit extraordinaire, la multitude des religieux fut remplie d’admiration. Le Maître de la loi, l’ayant recueilli lui-même de ses propres oreilles, ne put se défendre d’un sentiment de douleur et de joie. Mais, renouvelant ses témoignages de respect et de reconnaissance, « S’il en est ainsi, dit-il aux religieux, mon devoir est de faire tous mes efforts pour vous écouter et me livrer à l’étude. Je désire profiter de votre bienveillance affectueuse et recevoir vos instructions. »

Maître, lui demanda encore Fa-thsang (Dharmakôcha), depuis combien d’années êtes-vous en route ?

— Depuis trois ans, répondit-il. Puisque mon arrivée est d’accord avec votre ancien songe, veuillez m’instruire et m’éclairer ; mettez le comble à ma joie, en me permettant de vous montrer les sentiments d’un disciple docile et dévoué. »

En achevant ces mots, il quitta Çîlabhadra et sortit. Il se dirigea alors vers le couvent bâti par le roi Yeou-wang (Bâlàditya). Celui-ci l’établit dans un pavillon à double étage de la maison de Khio-hien (Bouddhabhadra), et lui offrit, pendant sept jours, tout ce qui lui était nécessaire. Ensuite il le plaça dans une maisoD magnifique, située au nord de celle de Hoa-fa-pou-sa (du Bôdhisattva Dharmapâla), et lui fournit toutes sortes de provisions. Chaque jour, Uioaen-thsang recevait cait fi-uils de Tchen-pou-lo (Djambira), vingt fruits de Pwlang (Poùga), vingt fruits de Teou-keou {Djdti)^ une once de Long-nao (Karpoùra), et un Ching (dixième de boisseau) de l’espèce de riz appelé Kong-ta-jin-miK Les grains sont plus gros que ceux des haricots noirs, et ils donnent une bouillie d’un goût fin et parfumé ; les autres riz n en approchent pas. Il ne vient que dans le royaume de Maghada ; on ne le trouve nulle part ailleurs ; il est uniquement consacré à la nourriture du roi et des religieux les plus renommés. Telle est l’origine du nom qu’on lui donne. Chaque mois (le roi) lui envoyait trois teoa d’huile, et chaque jour la quantité nécessaire de beurre, de lait et des autres provisions. (Par ses ordres), un homme par (un Çramana) et imPolo-men (un Brahmane), dispensés de tous devoirs religieux, le promenaient sur un char, sur un éléphant ou en palanquin. Les dix mille religieux internes ou étrangers, qui habitaient le couvent de Nâlanda, prési-

1 Littér. « le riz qu’on fournit aux hommes éminents. J’ignore le nom indien. daient à ces fournitures, et y ajoutaient ce qui était nécessaire pour les dix compagnons du Maître de la loi. On peut juger par là des marques de respect qu’il recevait en visitant les pays étrangers.

Le mot Na-lan-t’o (Nâlanda) veut dire en chinois « celui qui donne sans se lasser. » Voici ce que les vieillards racontent à ce sujet. Au sud du couvent situé au milieu d’un jardin d’arbres’An-mo-Io ( Amras) « manguiers, » il y avait un étang qui était habité par un dragon nommé Na-lan-fo (Nâlanda). À côté, on construisit un couvent qu’on appela, pour cette raison, le couvent de Na-lan-t’o (Nâlanda vihâra).

On rapporte encore que jadis Joa-laï (le Tathâgata), à l’époque où il menait la vie d’un Pou-sa (Bôdhisattva), devint roi d’un grand royaume, et fixa sa résidence en cet endroit. Touché de compassion pour les orphelins et les indigents, il répandit constamment des bienfaits et des aumônes. Les habitants, pénétrés de reconnaissance, surnommèrent cet endroit : Le pays de celai qai donne sans se lasser (Ndlandadêça ?).

Dans l’origine, ce lieu était un jardin d’Amras, appartenant à un riche maître de maison (Grïhapati). Cinq cents marchands l’achetèrent au prix d’un million de pièces d’or et le donnèrent au Bouddha.

Dans cet endroit, le Bouddha expliqua la Loi pendant trois mois, et parmi ces marchands, il y en eut beaucoup qui obtinrent le fruit (de l’Intelligence — Bôdhi).

Après le Nirvana du Bouddha, un ancien roi de ce royaume, nommé Cho-kia-lo-’o-t’ie-to (Çakrâditya), rempli de respect et d’amour pour le Bouddha, construisit à ses frais ce Kia-lan (Sam̃ghârâma).

Ce roi étant mort, eut pour successeur son fils Fo-fok’io’to [Bouddhagoapta), qui, après avoir pris les rênes de ce grand royaume, construisit plus loin, au sud, un autre Kia-lan (Sam̃ghârâma).

Un peu plus loin à l’est, son fils, le roi Ta-fa-^ie^o (Tathâgata), bâtit un autre couvent.

Plus loin au nord-est, son fils Po-lo-o-t’ie-to (Bâliditya) bâtit un autre couvent. Dans la suite, voyant qu’un saint religieux venait de la Chine, et se dirigeait vers lui pour recevoir de ses mains les provisions nécessaires, il fiit transporté de joie, quitta son trône et embrassa la vie religieuse.

Il eut pour successeur son fils Fa-che-h (Vadjra), qui, plus loin au nord, construisit un autre couvent.

Quelque temps après, le roi de l’Inde centrale bâtit à côté un autre couvent.

De cette manière, six rois, qui montèrent successivement sur le trône, se livrèrent chacun à de pieuses constructions. Le dernier de ces rois entoura tous ces couvents d’ime enceinte de murs en briques et les réunit en un seul. Une porte qu’il établit y donnait accès. Il ouvrit des salles séparées (pour les conférences), et partagea en huit cours l’espace qui se trouvait au centre des Sam̃ghârâmas, Des tours précieuses étaient rangées dans un ordre régulier ; des pavillons ornés de corail s’élevaient comme » des pics élancés ; des dômes hardis se dressaient au milieu des nues, et les faîtes des temples semblaient voler au-dessus des vapeurs du ciel. De leurs fenêtres, on voyait naître les vents et les nuages, et au-dessus de leurs toits audacieux, le soleil et la lune entraient en conjonction. Tout autour, serpentait une eau azurée que des lotus bleus embellissaient de leurs calices épanouis, et çà et là de beaux Kie-ni (Kanakas) « Butea frondosa » laissaient pendre leurs fleurs d’un rouge éblouissant, et des bois d’Amras « manguiers » les protégeaient au dehors de leur ombrage épais.

Dans les diverses cours, les maisons des religieux avaient chacune quatre étages. Les pavillons avaient les piliers ornés de dragons et des poutres où brillaient les couleurs de l’arc-en-ciel, des chevrons sculptés, les colonnes ornées de jade, peintes en rouge et richement ciselées, et des balustrades découpées à jour. Les linteaux des portes étaient décorés avec élégance, les toits étaient couverts de tuiles brillantes dont l’éclat se multipliait en se reflétant, et variait à chaque instant de mille manières.

Les Sam̃ghârâmas de l’Inde se comptent aujourd’hui par milliers ; mais il n’en est point qui égalent ceux-ci par leur majesté, leur richesse et la hauteur de leur construction. On y compte, en tout temps, dix mille religieux, tant du dedans que du dehors, qui tous suivent la doctrine du grand Véhicule. Les sectateurs des dix-huit écoles s’y trouvent réunis, et l’on y étudie toutes sortes d’ouvrages, depuis les livres vulgaires, les Weî-to (Vêdas) et autres écrits du même genre, jusqu’aux traités In-ming (Hêtouvidyà), Ching-ming (Çabdavidyâ), la médecine (Tchikitsdâvidyâ), les sciences occultes (Kriyâ) et l’arithmétique (Samkhyâna). On y compte mille religieux qui peuvent expliquer vingt ouvrages sur les Soutras et les Castras, cinq cents qui en comprennent trente, et dix seulement, y compris le Maître de la loi, qui en possèdent cinquante. Mais le maître Kiai-kien (Çîlabhadra) les avait tous lus et approfondis. Sa vertu éminente et son âge vénérable lui avaient donné le premier rang parmi les religieux. Dans l’intérieur du couvent, une centaine de chaires étaient occupées chaque jour, et les disciples suivaient avec zèle les leçons de leurs maîtres, sans perdre un seul instant.

Dans le séjour de tous ces hommes vertueux, régnaient naturellement des habitudes graves et sévères ; aussi, depuis sept cents ans que ce couvent existe, nul homme n’a jamais enfreint les règles de la discipline. Le roi l’entoure de respect et de vénération, et il a affecté le revenu de cent villes pour subvenir à l’entretien des religieux. Tous les jours, dans chaque ville, deux cents familles leur apportent régulièrement plusieurs centaines de boisseaux de riz, du beurre et du lait. C’est pourquoi tous les étudiants ne demandaient rien à personne, et se procuraient sans peine les quatre choses nécessaires^^1. Leurs progrès dans l’étude et leurs succès éclatants étaient dus surtout aux libéralités du roi. Après avoir séjourné pendant longtemps dans le

1 Savoir : 1° des vêtements ; 2° le boire et le manger ; 3° des objets de literie ; 4° des médicaments. couvent de Nâlanda, le Maître de la loi se dirigea vers la ville de la maison du roi (Râdjagrîha), pour y visiter avec respect les monuments sacrés. L’ancienne ville de la maison du roi s’appelait dans l’Inde Kiu-che-kie-lopou-lo (Kouçdgarapoura). Cette ville était située au centre du royaume de Mo-kie-fo (Magadha). Dans les temps anciens, beaucoup de princes et de rois y ont fixé leur résidence ; et comme ce pays produisait une graminée odorante appelée Kiu-che (Kouça), on lui a donné, pour cette raison, le nom de Kouçdgarapoura. Des quatre côtés s’élèvent des montagnes qui semblent taillées à pic. À l’ouest, on y pénètre par un petit sentier, et au nord s’ouvre une large porte. Ce pays est allongé de l’est à l’ouest et se rétrécit du sud au nord ; il peut avoir cent cinquante li de tour. Dans l’intérieur, il y a encore une petite ville dont les fondations occupent une étendue de trente li. De tous côtés on y voit des bosquets d’arbres Kie-ni-kia [Kanakas] qui fleurissent, sans interruption, à toutes les époques de l’année, et dont les pétales sont de couleur d’or.

En dehors de la partie de la ville qui regarde le nord, on voit un Stoûpa. Ce fut en cet endroit que Ti-po-ta-to (Dêvadatta) et le roi Weï-seng-youen (Adjâtaçatrou) lâchèrent un éléphant ivre qui gardait le trésor, pour tuer le Bouddha.

Au nord-est de ce lieu, il y a un autre Stoûpa. Ce fut là que Che-li-fo (Çâriputtra) obtint le fruit (de la Bôdhi — devint Bouddha), après avoir entendu le Pi-tsou ’O-chi-po-chi (Bhikchou Açvadjit) expliquer la Loi.

Au nord de cet endroit, à une petite distance, il y a une fosse large et profonde. Ce fut là que Che-li-ki(hto (Çrigoupta), séduit par les paroles des hérétiques, voulut faire périr le Bouddha, en le précipitant dans une fosse remplie de feu et en lui faisant manger du riz empoisonné.

À côté, et au nord-est de la grande fosse, à l’angle de la ville, il y a un autre Stoûpa. Ce fut en cet endroit que le grand médecin Chi-po-kia (Djivaka) construisit pour le Bouddha une salle où il put expliquer la Loi.

À côté, on voit encore l’ancienne maison de Chi-pokia (Djivaka).

Au nord-est de la ville (Kouçâgarapoura), il fit quatorze ou quinze li, et arriva à la montagne Ki-li-t’o-lo-kiu-t’o-chan (Grĭdhrakoûṭa parvata). Cette montagne se compose de sommets contigus que domine le Pic du Nord, qui est d’une hauteur remarquable, et qui, par sa forme, ressemble (de loin) à l’oiseau Ts’ieou (vautour) ; il ressemble aussi à une tour élevée ; de là sont venus les deux noms qu’on lui donne (Pic du Vautour et Tour du Vautour). Cette montagne offre de fraîches fontaines, des rochers extraordinaires et des arbres couverts du plus riche feuillage.

Lorsque Jou-laï (le Tathâgata) était dans le monde, il habitait souvent cette montagne et y expliquait le Fa-hoa (le Saddharma poundarika), le Ta-pan-jo (le Mahâpradjñâ pâramita soûtra), et un nombre infini d’autres Soûtras.

Le Maître de la loi, étant sorti par la porte du nord de la ville, fit environ un li et arriva au jardin des Bambous de Kia-lan’^fo (Kalanta vênouvana). Jadis, Joa-laï (le Tatâdgata) habita souvent dans ce jardin, et y composa les règles de la discipline (Vinaya). Le maître de ce jardin, qui s’appelait Kia-lan-to (Kalanta), l’avait d’abord donné à des hérétiques ; mais quand il eut vu le Bouddha et entendu la Loi sublime, il regretta de n’avoir pas donné son jardin au Tathâgata. Dans ce moment, les esprits de la terre, ayant appris ses intentions, firent éclater des calamités et des prodiges pour effrayer les hérétiques et les faire sortir sur-le-champ. « Le maître de maison (Kalanta), leur dirent-ils, veut donner son jardin au Bouddha ; il faut que vous partiez à l’instant même. » Ceux-ci se retirèrent la colère dans l’âme.

Kalanta, ravi de joie, construisit un Vihâra, et quand il l’eut achevé, il alla lui-même inviter le Bouddha, qui l’accepta avec empressement.

À l’est du bois des Bambous ( Vênouvana), il y a un Stoûpa qui fut construit jadis par le roi’O^he-to-chetou-lou (Adjâtaçatrou).

Après le Nirvâṇa du Bouddha, les rois partagèrent entre eux ses çariras (reliques). Weî-seng-youen (Adjâtaçatrou) y en ayant obtenu sa part, éleva cette tour en l’honneur du Bouddha, avant de s’en retourner dans son royaume. Le roi Wou-yeou (Açôka), ayant ouvert son âme à la foi, voulut construire des Stoûpas sur toute la surface de l’Inde. Il ouvrit cette tour et en prit les reliques ; mais il en laissa une petite quantité qui, jusqu’à ce jour, répand encore un grand éclat.

En faisant cinq ou six li au sud-est du bois des Bambous y on trouve, à côté de la montagne, une autre plantation du même genre, au centre de laquelle s’élève une grande maison. Ce fut en cet endroit qu’après le Nirvâna du Bouddha, le grand Kia-che (Mahâkâçyapa), avec neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Arhâns, forma la collection des Trois Recueils (Tripitaka). À l’époque de ce concile, une multitude innombrable de saints personnages se réunirent sous sa direction. Kâçyapa leur parla ainsi : « Dans cette assemblée, ceux qui savent qu’ils sont doués des trois lumières et des six facultés surnaturelles, et qu’ils embrassent, sans confusion ni erreur, tous les Recueils de la loi du Tathâgata, je les invite à demeurer ici. Quant aux autres, ils peuvent aller où bon leur semble. » À cette époque, il choisit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Arhân, qui restèrent dans ce lieu consacré à l’étude. Kâçyapa dit alors à ’O-nan (Ânanda) : « Vos fautes ne sont pas encore effacées ; ne souillez point par votre présence la pureté de cette auguste assemblée. » Ananda fut couvert de confusion et se retira. Pendant une nuit, de toutes les forces de son âme, il s’efforça de briser les liens qui l’attachaient aux trois mondes, pour obtenir le rang de ’O-lo-han (d’Arhân). Il revint alors et frappa à la porte. « Vos liens sont-ils tous brisés ? » lui demanda Kia-che (Kâçyapa). »

— « Ils le sont tous, » répondit ’O-nan (Ânanda).

« S’il en est ainsi, reprit Kâçyapa, il n’est pas besoin d’ouvrir la porte ; entrez par où vous voudrez.

’O-nan (Ânanda) entra alors par une fente de la porte, salua le religieux et lui baisa les pieds. Kâçyapa le prit par la main et lui dit : « Je désirais vous voir effacer toutes vos fautes et obtenir le fruit (de la Bôdhi — devenir Bouddha) ; c’est pour cela que je vous ai éloigné de l’assemblée ; vous devez le savoir, n’en gardez point le rancune. »

— « Si mon cœur conservait de la rancune, reprit’O-nan (Ânanda), comment pourrais-je dire que j’ai brisé tous mes liens ? »

Alors il salua Kâçyapa, lui témoigna sa reconnaissance et s’assit.

En ce moment, on venait de commencer la retraite depuis quinze jours.

« Le Tathâgata, dit Kâçyapa à Ananda, affirmait constamment, au milieu de l’assemblée, que vous avez beaucoup d’instruction et que vous embrassez toutes les connaissances ; veuillez, en conséquence, monter au fauteuil et lire à l’assemblée le Sou-ta-lan-thsang (Soûtrapitaka), « le Recueil des Soûtras. »

Ânanda obéit et se leva ; puis, se tournant vers la montagne du Nirvâna, il s’inclina plusieurs fois avec respect. Après quoi, il monta au fauteuil et récita les King (les Soûtras). L’assemblée tout entière les reçut de sa bouche et les écrivit.

Ensuite il ordonna à Yeou-po-li (Oupali) de lire le Pi-naï-ye-thsang (Vinayapitaka) « le Recueil des règles de la discipline. » Lorsqu’il eut fini, Kâçyapa lut lui-même l’ A-pi-t’a-mo-thsang (Abhidharmapiṭaka) « le Recueil des traités métaphysiques. »

Après avoir achevé de rassembler, pendant la retraite de trois mois, les ouvrages des Trois Recueils, il les écrivit sur des feuilles de tâla (palmier) et les répandit dans l’Inde entière. Les saints religieux se dirent alors : « En formant ce vaste recueil, nous avons voulu reconnaître les bienfaits du Bouddha. Pour nous, si nous pouvons le lire aujourd’hui, nous en sommes redevables à leurs pieux efforts. »

Comme le grand Kâçyapa occupait le fauteuil de président au milieu des religieux, son école fut appelée Chang-tso-pou (Sthaviranikaya) ou l’École du Président.

À vingt li à l’ouest de cet endroit, il y a un Stoûpa construit par le roi Wou-yeou (Açôka). Ce fut en cet endroit que se réunit l’école de la Grande Assemblée {Mahdsamgha nikaya ou des Mahâsamghikas). À l’époque de Kâçyapa s’occupait de réunir les écrits des Trois Recueils, les hommes d’étude et les hommes affranchis de l’étude, qui ne faisaient pas partie du concile, se rassemblèrent en cet endroit, au nombre de plusieurs mille. « Pendant la vie de Jou-Iaï (du Tathâgata), se dirent-ils entre eux, tous les hommes étudiaient sous la direction d’un seul maître ; mais après le Nirvana de l’Honorable du siècle, on nous a exclus du concile. Ne sommes-nous pas capables de former aussi le Recueil de la Loi pour reconnaître les bienfaits du Bouddha ? Ils rassemblèrent donc de nouveau le Recueil des Soûtras, le Recueil de la Vinaya, le Recueil de l’Abhidharma, le Recueil des Mélanges (Samyoukta santchaya pitaka ?), le Recueil des Formules mystiques (Vidyâdhara pitaka), et formèrent ainsi une collection particulière de Cinq Recueils.

Comme ce concile comprenait à la fois les laïques et les saints (c’est-à-dire les religieux), on l’appelle Ta-chong-pou « l’École de la grande Assemblée » (Mahâsam̃gha nikaya ou des Mahâsam̃ghikas).

Plus loin, au nord-est, à une distance de trois ou quatre li, on arrive à la ville Ho-lo-che-ki-li-hi-tching (Râdjagrĭhapoura). Les murs extérieurs sont détruits depuis longtemps ; mais les murs intérieurs sont encore debout[20] et ont vingt li de tour. Il y a une porte de face qui y donne accès. Dans l’origine, lorsque le roi Pinpi-so-lo (Bimbisâra) résidait dans la ville Chang-maokong-tching (Kouçâgârapoura), la population était fort nombreuse, et les habitations, pressées les unes contre les autres, eurent souvent à souffrir des ravages du feu. Le roi rendit alors un décret qui menaçait ceux qui, faute d’attention et de vigilance, laisseraient prendre le feu dans leur maison, de les transférer dans la Forêt froide (Çîtavana). Dans ce royaume on appelle ainsi un lieu abhorré où l’on jette les cadavres (Çmaçânam — un cimetière). Mais peu de temps après, le feu prit dans le palais. Le roi dit alors : « Je suis le maître des hommes ; si je viole moi-même mes propres décrets, je n’aurai plus le droit de réprimer les écarts de mes sujets. »

Le roi ordonna alors au prince royal de rester pour gouverner à sa place, et alla demeurer dans la Forêt froide (c’est-à-dire dans le cimetière).

Pendant ce temps-là, le roi de Feî-che-li (Vâiçâli), ayant appris que Pin-pi-so-lo (Bimbisâra) habitait en dehors de la ville, dans une plaine déserte, voulut lever des troupes, pour s’emparer de lui par surprise.

Les officiers placés au loin en observation, en ayant été informés, firent un rapport au roi, qui construisit alors une ville fortifiée. Comme le roi avait commencé à habiter dans cet endroit, on l’appela pour cette raison Wang-che-tching (Râdjagrĭhapoura) ; c’était précisément la ville nouvelle. Dans la suite, le roi Che (Adjâtaçatrou) lui ayant succédé, y établit sa cour. Elle continua à servir de résidence royale, jusqu’à l’époque où le roi Açôka, ayant transféré sa cour à Po-t’o-li (Pâtalipouttra), donna cette ville (Râdjagrĭha) aux Brahmanes. Maintenant, dans cette ville, on ne voit point d’hommes de diverses croyances ; il n’y a plus que des Brahmanes, qui forment un millier de familles.

Dans l’Intérieur de la ville Kong-icVing (Kouçâgâror poura), à l’angle sud-ouest, il y a xm Stoâpa. C’était là qu’était jadis l’antique demeure du maître de maison Tchou-ti-sse-kia (Djyôtichka).

À côté, on voit l’endroit où Lo-hou-lo (Râhoula) fut reçu religieux.

Au nord-ouest du couvent de Na-lan-fo (Nâlanda), il y a un grand Vihâra haut de deux cents pieds, qui fut bâti par le roi P’o-lo-’o-t’ie-to (Bâlâditya). Il est d’une construction noble et imposante. Dans l’intérieur, il y a une statue du Bouddha, exactement semblable à celle qu’on voit près de l’Arbre de l’intelligence (Bôdhidrouma).

Au nord-est du Vihâra, il y a un Stoûpa. Jadis en cet endroit Jou-laï (le Tathâgatâ) expliqua la Loi pendant sept jours.

Au nord-ouest, il y a un endroit où se sont assis les quatre Bouddhas passés.

Le Vihâra tout en cuivre qu’on voit au sud de ce lieu a été construit par les soins du roi Kiai-ji (Çilâditya). Quoique le travail ne soit pas encore achevé, on voit, d’après le plan arrêté d’avance, qu’il aura cent pieds d’élévation.

Tout près à l’est, à une distance de cent pas, on voit une statue en cuivre du Bouddha, haute de quatre-vingts pieds. Pour la couvrir, il a fallu élever par-dessus un pavillon à six étages ; elle fut fondue jadis par le roi Moaan-tcheou (Poûrnavarma).

À quelques li plus loin, à l’est, il y a un Stoûpa. Lorsque le Bouddha, commençant à arriver à l’Intelligence parfaite, se dirigeait vers la ville de la maison du roi (Râdjagrĭha), il arriva jusqu’à cet endroit. Ce fut là que le roi Pin-pi-so-lo (Bimhisâra] et un nombre immense de ses sujets vinrent au-devant du Bouddha et eurent le bonheur de le voir.

Après avoir fait encore trente li à l’est, il arriva à la montagne appelée In-to-lo-chi-lo-kiu-ho-chan (Indra

Devant le couvent du pic oriental de la montagne, il y a un Stoûpa. Ce couvent s’appelle Seng-so-kia-lan (Hañsa sam̃ghârâma). Jadis les religieux de ce couvent suivaient la doctrine du petit Véhicule, appelée la doctrine graduelle, et faisaient usage des trois aliments purs. Un jour, le Bhikchou, qui était l’économe du couvent, n’ayant pu se procurer les provisions nécessaires, se trouva dans la plus grande perplexité. Il vit en ce moment une troupe d’oies qui volaient dans les airs. Les ayant regardées un instant, il s’écria en riant : « Aujourd’hui, la pitance des religieux manque complètement ; mahâsattvas (nobles êtres), il faut que vous ayez égard aux circonstances. »

À peine avait-il achevé ces mots, que le chef de la troupe tomba du haut des nuages, comme si on lui eût coupé les ailes, et vint rouler au pied du Bhikchou (de l’économe). Celui-ci, rempli de confusion et de crainte, en informa ses confrères, qui ne purent lui répondre qu’en versant des larmes et en poussant des sanglots : « Cet oiseau, dirent ils entre eux, était un Bôdhisattva ! et nous, comment oserions-nous le manger ? Quand Jou-laï (le Tathâgata) a établi ses préceptes, il a voulu, par degrés, nous détourner du mal. Mais nous, nous nous sommes attachés à ses premières paroles, qui n’avaient d’autre but que de nous attirer d'abord à lui, et nous les avons prises pour une doctrine définitive. Insensés que nous sommes ! nous n’avons pas osé changer de conduite, et par là, nous avons causé la mort de cet oiseau. Dorénavant, il faut suivre le grand Véhicule, et ne plus manger uniquement des trois aliments purs[21]. »

Alors ils firent construire une tour sacrée, y déposèrent le corps de l’oie (hañsa), et l’ornèrent d’une inscription, pour transmettre à la postérité le souvenir de son pieux dévouement. Telle fut l’origine de cette tour.

Le Maître de la loi visita pieusement tous ces monuments sacrés ; après quoi il revint au couvent de Nalan-t’o [Nâlanda], et pria le Maître Kiaî-hien [Çilabhadra) de lui expliquer le Yu-kia-lun [Yôgaçàstra]. Cette conférence eut lieu en présence de plusieurs milliers d’auditeurs.

À peine le Maître avait-il fini d’exposer son sujet, qu’on vit, en dehors de la multitude, un Brâhmane qui poussait des cris et des gémissements, et qui, ensuite, se mit à parler et à rire.

On envoya un religieux lui en demander la cause. Il répondit : « Je suis originaire de l’Inde orientale. Un jour, sur la montagne de Pou-tse-kia (Poutchékagiri ?), je vis la statue de Kouan-iseu-ts’aUpoa-sa (du Bôdhisattva Avalôkitêçvara), et je formai le vœu de devenir roi. Le Bôdhisattva m’apparut en personne et m’adressa de sévères reproches. « Gardez-vous, me dit-il, de former un tel vœu ; dans la suite, en telle année, tel mois, tel jour, le Maître de la loi Kiaï-hien (Çilabhadra), du couvent de Nâlanda, expliquera, en faveur d’un religieux de la Chine, le Yu-kia-lun (le Yôgaçâstra) ; il faut que vous alliez l’écouter. Pour avoir ainsi entendu la Loi, dans la suite vous obtiendrez de voir le Bouddha ; qu’avez-vous besoin de devenir roi ? » Aujourd’hui, je reconnais que l’arrivée du religieux de la Chine et les explications que vous lui donnez, coïncident exactement avec la prédiction qui m’a été faite autrefois ; voilà pourquoi j’éprouve à la fois un sentiment de douleur et de joie. »

Là-dessus, le Maître de la loi Kiaï-hien (Çîlabhadra) le pria de rester pour assister aux conférences. Au bout de quinze mois, quand l’explication des livres fut achevée, il chargea quelqu’un de conduire le brâhmane auprès du roi Kiaï-ji (Çilâditya râdjâ), qui lui assigna pour sa subsistance le revenu de trois villes.

Le Maître de la loi, pendant qu’il demeurait dans le couvent, entendit trois fois le Yu-kia-lun (Yôgaçâstra) ; une fois le Chun-tching-li-lun (Niyâya anousâra çâstra) ; une fois le Hien-hiang (lisez : Hien-yang-ching-kiao-lun) et le TonUfa-lun [Ahhidharma çâstra) deux fois le In-ming-hin [Hctoavidyd çâstra) y le Ching-minjlun {Çahdavidyd çâstra) et le Tsi-liang-lun ; trois fois le Tchong-lun [Prdnyamoùla çdstra tikd)^ et le Pe-Zon [Qtta çâstra). Précédemment, dans le royaume de Kachmire, il avait déjà entendu expliquer le Kiu-che (Abhidharma kôcha), le P’o-cha (Abhidharma vibhâchâ çâstra) et le Lou-tso-’o-pi-t’an (Chaḍpadâhhidharma çâstra), etc. Quand il fut arrivé dans ce couvent, il voulut les lire de nouveau, pour dissiper les doutes qui lui restaient Il étudia à la fois les livres des Brâhmanes et l’ouvrage appelé Ki’lun, qui traite des caractères Fan de l’Inde. Leur origine se perd dans l’antiquité et personne ne sait qui les a inventés.

Au commencement des Kalpas, le roi Fan (Brahmâ) les expliqua le premier, et les transmit aux Dêvas et aux hommes. Comme ces caractères furent expliqués par Brahmâ, on les appela pour cette raison Fan-chou, ou Écriture de Brahmâ. Le texte primitif était fort étendu et embrassait un million de çlôkas. C’est l’ouvrage qu’on appelait anciennement Pi-kia-lo-lun ; mais cette prononciation est incorrecte. Pour être exact, il faut dire Pi-ye-kie-la-nan (Vyâkaraṇam), mot que l’on traduit par Ching-ming-ki-lun (Traité mnémonique pour la connaissance des sons). On lui a donné ce nom, parce qu^il renferme, d’une manière fort étendue, toutes les règles de la langue et sert à les expliquer avec clarté.

Dans l’antiquité, au commencement du Kalpa parfait (Siddhakalpa ?), le roi Fan (Brahmâ) fut le premier à l’expliquer ; il comprenait alors un million de çlôkas. Ensuite, au commencement du Kalpa stationnaire (Sthirakalpa ?), Ti-chi (Indra) l’abrégea et le rédigea en cent mille çlôkas. Enfin, dans le royaume de Gandhara, de l’Inde du Nord, un brâhmane nommé le Rĭchi Po-ni-ni (Pânini), de la ville de Tou-lo (Çâlâtoula), l’abrégea encore et le rédigea en huit mille çlôkas. C’est l’ouvrage qui est maintenant en usage dans l’Inde.

Dans ces derniers temps, un brâhmane l’abrégea encore, à la demande d’un roi de l’Inde du Sud où il était né, et le rédigea en deux mille cinq cents çlokas. Cette édition est fort répandue dans les royaumes des frontières ; mais les savants de l’Inde ne la suivent point.

Voilà les Traités qui sont la base des sons et des lettres de l’Inde. Parmi les ouvrages qui en sont dérivés et qui sont destinés à en faciliter l’intelligence, il y a un livre, en mille çlôkas, qui est l’abrégé du Ki-lun (Vyâkaraṇam) ; il y a en outre un mémoire sur les formes des lettres, en trois cents çlôkas.

On distingue deux classes[22] de mots : la première s’appelle Men-tsé-kia (?), elle comprend trois mille çlôkas ; la seconde s’appelle Ouen-na-ti (Ounâdi), elle se compose de deux mille cinq cents çlôkas.

Pour distinguer l’origine et la forme des mots, il existe un Traité des huit limites (terminaisons) en huit cents çlôkas. Dans cet ouvrage, on expose en abrégé les racines et les particules qui servent à la formation des mots.

Ces différens Traités offrent deux classes de mots : la première s’appelle Ti-yen-to (Tryanta) ; elle possède dix-huit modulations (terminaisons) ; la seconde s’appelle Sou-man-to (Soupanta), elle possède vingt-quatre modulations (terminaisons). Les noms de la classe Ti-yen-to (Tryanta) s’emploient dans les morceaux élégants ; on en fait rarement usage dans les textes ordinaires.

Les vingt-quatre modulations (terminaisons) de la classe Sou-man-ta (Soupanta) s’emploient indifféremment dans toutes sortes de textes.

Quant aux dix-huit modulations (terminaisons) de la classe Ti-yen-to (Tryanta), elles se présentent sous deux formes : la première s’appelle Pan-lo-sa-mi (Parasmêpadam) ; la seconde, O-ta-mo-ni (Âtmanêpadam). Chacune des deux a neuf flexions (pour les trois nombres) ; c’est pourquoi elles en ont ensemble dix-huit.

Voici les neuf premières : si l’on considère en général une action, il y a trois manières de s’exprimer (c’est-à-dire trois nombres pour chaque personne). Ainsi, lorsqu’on parle d’autrui (lorsqu’on parle de la troisième personne), il y a trois manières (trois nombres) ; lorsqu’on dit moi et nous (lorsqu’on parle à la première personne), il y a trois manières (trois nombres) ; lorsqu’on dit toi et vous (lorsqu’on parle à la deuxième personne), il y a trois manières (trois nombres).

En effet, dans ces trois façons de parler (prises l’une après l’autre), on parle d’un (c’est le singulier) ; on parle de deux (c’est le duel) ; on parle de plusieurs (c’est le pluriel). Voilà pourquoi il y a trois façons de parler.

Les deux mots (radicaux de chaque voix, active et moyenne) sont les mêmes, seulement leurs sons (finals) sont différents ; voilà comment il y a deux classes (voix) distinctes, ayant chacune neuf modulations (terminaisons).

Suivant le son Po-lo-sa-mi (la voix Parasmépadam), on peut dire qu’une chose existe ou n’existe pas.

Si l’on veut dire exister, être, ce mot a trois noms (formes) :

P’o-po-ti (Bhavati) « il est ; »

P’o-po-pa (Bhavapa, lisez : Bhavatah) « ils sont tous deux ; »

P’o-fan-ti (Bhavanti) « ils sont. »

Si l’on veut exprimer les trois modes qui s’appliquent à autrui (c’est-à-dire à la seconde personne), on dit :

P’o-po-sse (Bhavasi) « tu es ; »

P’o-po-po (Bhavapa, lisez : Bhavathah) « vous êtes tous deux ; »

P’o-po-ta (Bhavathah) « vous êtes. »

Voici les trois formes usitées lorsqu’on parle de soi— même (c’est-à-dire à la première personne) :

P’o-po-mi (Bhavâmi) « je suis ; »

2 P’o-po-hoa (Bhavâvah) « nous sommes tous deux ; »

P’o-po-mo (Bhavâmah) « nous sommes. »

Dans les quatre Fei-t’o (Vêdas), au lieu de cette dernière forme, on dit souvent P’o-po-mo-sse (Bhavâmas).

En employant la seconde forme ’O-ta-mo-ni (Âtma-nêpadam), on donne au style de l’élégance et de l’éclat. Le sens n’en éprouve aucun changement[23] ; mais il acquiert une beauté remarquable.

La classe des mots Sou-man-to (Soupanta) a vingt-quatre modulations (terminaisons) ; on veut dire qu’elle embrasse en général huit modulations (terminaisons pour chaque nombre).

Chaque mot (substantif ou adjectif) a trois formes : 1° Lorsqu’on parle d’an (le singulier), 2° lorsqu’on parle de deux (le duel), 3° lorsqu’on parle de plusieurs [le pluriel). C’est ainsi qu’on trouve vingt-quatre modulations (terminaisons).

Dans ces vingt-quatre modulations (terminaisons), chaque mot (nom) est susceptible de trois sons (genres) : 1° le son mâle (le genre masctdin), 2° le son femelle (le genre féminin), 3° le son qui n’est ni mâle ni femelle (le genre neutre).

Parlons maintenant des huit modulations (formes de cas) des noms : la première (le nominatif) expose la forme de toutes les lois (de toutes les choses exprimées) ; la deuxième exprime l’action qu’on fait (accusatif) ; la troisième exprime ce avec quoi l’on fait une chose (instrumental) ; la quatrième exprime pour qui l’on fait une chose (datif) ; la cinquième exprime ce d’où vient xme chose (ablatif) ; la sixième exprime ce à quoi appartient une chose (génitif) ; la septième exprime ce sur quoi s’appuie ime chose (locatif) ; la huitième exprime la chose qu’on appelle (vocatif).

Attachons, par exemple, le son mâle (la terminaison masculine) au mot homme, pour obtenir les huit modulations (formes de cas) ; (c’est-à-dire donnons les huit cas du mot masculin homme, dans les trois nombres).

Dans la langue de l’Inde, le mot homme se dit Pou-lou-cha (Pouroucha) ; il est doué des trois modulations (nombres).

NOMINATIF (dans les trois nombres).

1° Sing. Pou-lott’cha (Pouroucha) « vir ; »
2° Duel, Pou-loU’chao (Pourouchâu) « duoviri ; »
3° Plur. Pou-lou-cha-so (Pourouchds) « viri. »

ACCUSATIF (dans les trois nombres).

1° Sing. Poa-lou-chan (Pouroucham) « virum ; »
2° Duel. Poulou-chao (Pourouchâu) « ambos viros ; »
3° Plur. PouAou-choang (Pourouchân) « viros ; »

INSTRUMENTAL (dans les trois nombres).

1° Sing. PoU’lou-chai-na (Pourouchéna) « a viro »
2° Duel. Pou-loU’Cha-pien (Pourouchâhhyâm) « aduobnsviris ; »

3° Plur. Pou-lou-cha-pi (Pourouchâbhi) et Pou-lou-cha-sse (Pourouchâis) « a viris. »
DATIF (dans les trois nombres).

1° Sing. Pou-lou-hia-ye (Pourouchâjra) «vîro ;»
2° Duel. PoU’loU’cha-pien (Pourouchdhhyâm) « ambobus viris ; »
3° Plur. Pou-lou-chai-cho (Pourouchéchou) «viris.

ABLATIF (dans les trois nombres).

1° Sing. Pou-lou-cha-to (Pourouchâi) « ex viro ; »
2° Duel. Pou-lou’cha-pien [Pourouchâhhyâni) « ex ambobus vi- ris ; »
3° Plur. Pou-lou-che-cho (Pourouchéchou) « ex viris. »

GÉNITIF (dans les trois nombres).

1° Sing. Pou-lou-cha-tsic (Pourouchasya) « viri ; »

2° Duel. Pou-loa-cha-pien (Pouroachâbhyâm) « amborum virorum ; »
3° Plur. PoU’lou-cha-nan [Pourouchânâm) « virorum. »


LOCATIF (dans les trois nombres).

1** Sing. PoU’loU’tcVai (Pourouché) « in viro ; »
2" Duel. Pon-lou-cha-yu [Poarottchayôs) « in ambobus viris ; »
3® Plur. Poa-loa’chai’tseou {Pourouchéchou) « in viris. »

VOCATIF (dans les trois nombres).

1* Sing. Hi {Ha) Paa-lon-cfia [Pouroucha] « o vir ; »
2° Duel. Hi [Ha) Pou-lou-chao [Pouroachâa] « o ambo viri ; »
3" Plur. Hi {Ha) Pou-loa-cha {Poaroucha) « o viri. »}}

Nous nous bornons à offrir ce peu d’exemples pour donner une idée du reste, car il nous serait difficile d’exposer tout (c’est-à-dire toute la grammaire) d’une manière complète et détaillée.

Le Maître de la loi acquit l’intelligence de toutes les règles de la langue (indienne) et, en discourant avec les hommes de ce pays sur les textes purs (sacrés), il acquit une habileté qui devint de jour en jour plus merveilleuse. De cette manière, il approfondit pendant cinq ans tous les livres (des Trois Recueils) et tous les ouvrages brâhmaniques.

Il sortit alors du royamne de Mo-kie-to (Magadha) et revint au royaume de I-lan-na-po-fa-to (Hiraṇya parvata). Sur sa route, il rencontra le couvent appelé Kia-pou-te-kia-lan (Kapôta sam̃ghârâma).

À deux ou trois li au sud de ce couvent, il y a une montagne isolée qui est taillée en terrasse, et dont le sommet hardi et imposant est embelli par une riche végétation, des bassins d^eau pure et des fleurs parfumées. Comme c'est un lieu remarquable par la beauté de ses sites, on y a bâti un grand nombre de temples sacrés, où Ton voit éclater souvent des miracles et des prodiges aussi rares qu'extraordinaires.

Dans un Vihâra qui occupe le centre du plateau, s'élève une statue en bois de sandal, de Kouan-tseu-t’sai-pou-sa (d'Avalôkilêçvara bôdhisattva) dont la puissance divine excite le plus profond respect. En tout temps, on voit plusieurs dizaines d'hommes qui se privent de manger et de boire, pendant sept ou même quatorze jours, pour lui adresser des vœux. Ceux qui sont animés d'une foi ardente voient immédiatement l'image entière du Bôdhisattva. Alors du milieu de la statue, il sort, environné d'un éclat imposant, leur parle avec bienveillance et leur accorde l'objet de leurs vœux. Il y a aussi un nombre considérable d'hommes à qui il est donné de le voir dans toute sa majesté. Aussi la multitude de ses adorateurs s'accroît-elle de jour en jour. Les personnes qui lui rendent des hommages assidus, craignant que la foule de visiteurs ne salît cette vénérable statue, ont fait élever autour, à une distance de sept pas, une balustrade en bois hérissée de pointes de fer. Ceux qui viennent saluer et adorer la statue, sont obligés de se tenir en dehors de la balustrade. Ne pouvant l'approcher, ils jettent de loin les fleurs qu'ils viennent lui offrir. Ceux qui réussissent à fixer leurs guirlandes de fleurs sur les mains et sur les bras du Bôdhisattva, regardent cela comme un heureux présage, et se persuadent qu’ils verront l’accomplissement de leurs vœux.

Le Maître de la loi voulut y aller et adresser aussi ses vœux. Il acheta toute sorte de fleurs et en tressa des guirlandes ; puis, quand il se vit près de la statue, il adora le Bôdhisattva avec toute sincérité de son âme et célébra ses louanges. Après quoi, se tournant vers son image, il le salua profondément et lui adressa ces trois vœux ; premièrement : « Après avoir étudié dans l’Inde, je désire retourner dans mon pays natal et y vivre dans une quiétude parfaite et loin de tout danger. Comme présage de succès, je demande que ces fleurs se fixent sur vos vénérables mains. »

Secondement : « Par l’effet de la vertu que je cultive et de l’intelligence à laquelle j’aspire, je désire naître un jour dans le ciel des Touchitas et servir Mâitrêya Bôdhisattva ; si ce vœu doit s’accomplir, je souhaite que ces fleurs se fixent sur vos deux vénérables bras. »

Troisièmement : « La sainte doctrine nous apprend que, dans la multitude des hommes de ce monde, il y en a quelques-uns qui ne sont nullement doués de la nature du Bouddha, Moi, Hiouen-thsang, j’ai des doutes sur moi-même et j’ignore si je suis ou non de ce nombre. Si je possède en moi la nature du Bouddha, et si, en pratiquant la vertu, je puis, à mon tour, devenir Bouddha, je désire que ces guirlandes de fleurs se fixent sur votre vénérable cou. »

En achevant ces mots, il lança les guirlandes de fleurs, et les attacha toutes trois suivant son désir.

Ayant obtenu complètement ce qu’il souhaitait, il s’abandonna à tous les transports de la joie. À cette vue, les personnes voisines, qui étaient venues comme lui pour adorer la statue, et les gardiens du VikârUy battirent des mains et frappèrent du pied la terre en signe d’admiration. « Dans l’avenir, dirent-ils, si vous arrivez à l’état de Bouddha, nous souhaitons avec ardeur que vous vous souveniez de l’événement de ce jour, et que vous nous fassiez passer les premiers (à l’autre rive, c’est-à-dire au Nirvana). »

De là il partit à petites journées et arriva au royaume de I-lan-na (Hiranya parvata). Il y a une dizaine de Samghârâmas où l’on compte environ quatre mille religieux du petit Véhicule (Hînayâna) qui suivent l’école I-tsiêyeou-pou (l’école des Sarvâstivâdas).

Dans ces derniers temps, il y eut un roi qui déposa le prince de ce royaume, donna aux religieux la capitale et y construisit deux couvents qui renfermaient chacun mille religieux. Là vivaient deux hommes d’une vertu éminente ; l’un s’appelait Ta-fa-kie-to-kio-to (Tathâgaior goupta) et l’autre Thsien-ti-seng-ho (Kchântisinka) ; tous deux étalent fort versés dans la doctrine de l’école Sa-po-to-pou (l’école des Sarvâstivâdas). Hiouen-thsang y resta un an et lut sous leur direction le Pi-p^o-cha-lun [Vibhâchâ çàstra), le Chun-tching-li-lun (Niyâya anousâra çâstra), etc.

Au sud de la capitale, il y a un Stoûpa où jadis, pendant trois mois, le Bouddha expliqua la Loi aux Dêvas et aux hommes.

À côté y on voit encore les vestiges des quatre Bouddhas passés.

Sur la frontière occidentale du royaume, au sud du fleuve King-kia (Gange), on arrive à une petite montagne isolée. Jadis, le Bouddha y resta en retraite pendant trois mois et soumit le démon Po-kiu-lo (Vakoula).

Au sud-est de cette montagne, au bas d’un roc escarpé, il y a une large pierre où l’on voit les traces qu’a laissées le Bouddha en s’y couchant. Elles ont un pouce de profondeur ; leur longueur est de cinq pieds deux pouces et leur largeur de quatre pieds un pouce.

On y voit aussi une dépression d’environ un pouce dans l’endroit où le Bouddha plaça son Kiun-tchi-kia (Kouṇḍikâ) « pot à eau ; » elle offre en creux le dessin d’une fleur à huit pétales. Sur les frontières méridionales du royaume, on rencontre une forêt sauvage où habitent beaucoup de grands éléphants remarquables par leur force et la hauteur de leur taille.

    fol. 17 v°, diffère un peu du nôtre : La partie faite de diamant a cent pas de tour ; les mille Bouddhas du Kalpa des sages s’y assiéront et entreront dans l’extase de diamant (Vadjrasâmadhi ou Vadjrayôga); c’est pour cela qu’on l’appelle le Trône de diamant (Vadjrâsanam).

  1. Inde centrale.
  2. Ouvrage d’Asam̃gha.
  3. Suivant le Chin-i-tien, liv. CI, § 7, cet ouvrage et les suivants ont été composés par Wou-tcho (Asam̃gha).
  4. Inde centrale.
  5. J’ignore le titre sanscrit.
  6. Il y a ici une omission. Suivant la relation originale, c’était dans la capitale, en partie ruinée du temps de notre voyageur, qu’il y avait une centaine de couvents. Cf. Si-yu ki, liv. VI, fol. I.
  7. Les mots « Il y a un Stoûpa » sont tirés du Si-yu-ki, liv. VI, fol. 7.
  8. Inde centrale.
  9. Voyez le Lalitavistara, page 214.
  10. Shorea robusta. Wilson.
  11. Je traduis ainsi d'après le Si-yu-ki, liv. VI, fol. 16, qui donne la leçon thsing-pe « blanc verdâtre » » au lieu de « l'écorce est verte et les feuilles sont blanches. »
  12. Je corrige encore le texte d'après la relation originale, où on lit sse-chou « quatre arbres « au lieu de sse choang « quatre paires (d'arbres). »
  13. Ce récit est fort abrégé ; il faut le lire en entier dans le Si-yu-ki, liv. VI, fol. 19.
  14. Suivant le Si-yu-ki, liv. VII, fol. 1 : dix-huit ou dix-neuf li.
  15. Le Si-yu-ki, liv. VII, fol. 2 ro porte : haut de deux-cents pieds.
  16. Si-yu-ki, liv. VII, fol. 2 ro
  17. C’est-à-dire : prêchant la Loi.
  18. Si-yu-ki, liv. VII, fol. 2 : Il lui prédit qu*il arriverait à l’état de Bouddha accompli et recevrait le titre de Çâkyamouni.
  19. Le Si-yu-ki, liv. VII, fol. 2, porte : cinquante pieds.
  20. La relation originale donne une leçon différente (liv. IX, fol. 15) : Quoique les murs intérieurs soient détruits, leurs fondements ont
  21. C’est-à-dire manger de toute sorte d’aliments, comme le fit
  22. Le morceau qu’on va lire présentait des difficultés sans exemple dans la langue chinoise, et il eut été inintelligible pour moi si j’avais été étranger au sanscrit. Je l’aurais volontiers retranché comme offrant trop peu d’intérêt aux indianistes ; mais M. E. Burnouf, que j’eus besoin de consulter, fut d’avis qu’on serait curieux de voir de quelle manière un Chinois, qui n’a aucune idée de la grammaire, parle des ouvrages qui traitent de cette science et des premiers éléments de la langue indienne. Du reste, à l’exception du mot men-tse-kia, dont je n’ai pu découvrir la correspondance sanscrite, il trouva que ce fragment était suffisamment clair et exact.
  23. On veut dire, sans doute, que souvent la voix moyenne s’emploie dans le même sens que la voix active. C’est ce qui a lieu aussi en grec et en latin.