Histoire de la ville d’Agde depuis sa fondation/Avant-Propos

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La France serait bien mieux connue, si chaque ville avait son historien, et si, par le recueil de ce qui s'est passé de plus important dans son pays, de ce qu'il y a de plus remarquable, de ce qu'il produit de plus utile, de ce qu'il présente de particulier, on fournissait à une main habile de nombreux et précieux matériaux pour l'histoire et la statistique générale de ce royaume.

Mais trouverait-on facilement, dans chaque lieu, quelqu'un qui, surmontant les dégoûts d'un travail auquel il faut que la patience prenne autant de part que la réflexion, consentit à frustrer ses plaisirs du temps que demanderaient de pénibles recherches et des lectures assidues, au bout desquelles on n'a souvent rien à recueillir ? Qu'est-ce, d'ailleurs, que la réputation d'homme laborieux, auprès de celle d'homme d'esprit ? On ne doit guère s'attendre à voir préférer la première, qui coûte bien plus d'application qu'elle ne donne de relief, à la seconde, qui s'acquiert à si bon marché dans ce siècle plus disert qu'éloquent, où la pompe des mots en impose sur la valeur des choses, et où l'on accorde si libéralement le talent de bien dire, à celui qui n'a souvent pour partage que l'habitude de parler beaucoup.

Mais le mérite de l'historien ne consiste pas seulement dans l'amour du travail ; il faut qu'il y joigne l'amour du vrai et la résolution de ne pas s'en écarter ; il faut qu'il sache mettre de la réserve dans l'expression de la vérité sans altérer la vérité, pour ne pas manquer à la réserve, et qu'il ne consente, en faveur des convenances, qu'au sacrifice des noms, des désignations, des personnalités, sans leur accorder le retranchement des faits généraux, quelque souvenir qu'ils rappellent. Telles ont été les règles que j'ai suivies dans le précis historique de la ville d'Agde. Je n'ai pas surchargé cette partie de bien des détails qui m'ont paru d'un trop faible intérêt. J'en ai été moins avare dans la statistique où j'ai réuni, autant que je l'ai pu, ce qui a subsisté à ce qui subsiste, pensant que je ne saurais en faire trop, à cet égard, pour ceux de mes lecteurs qui habitent Agde, ou dont cette ville a été le berceau.

Les diverses histoires du Languedoc, d'autres histoires générales ou particulières, d'anciens ouvrages, de vieux manuscrits, des registres publics m'ont fourni, non tout ce que je désirais et que j'avais besoin d'y trouver, mais une bonne partie de mes matériaux. Le reste est le fruit de mes observations ou de mes découvertes qui n'ont été que trop bornées. L'accent du doute a toujours accompagné l'émission de mes conjectures.

Un auteur qui, sous le rapport de sa conduite politique, n'a jamais eu besoin d'indulgence, et qui n'en a manqué pour personne, devrait pouvoir compter sur celle de tous ses lecteurs, dans le jugement qu'ils porteront de sa première production. Mais, si le projet même de cet ouvrage a trouvé quelques contradicteurs, comment ne pas s'attendre que son exécution rencontrera quelques critiques ? Peut-on espérer de plaire à tout le monde, et ne voit-on pas toujours des défauts dans ce qui ne plaît point ? Je me flatte, cependant, que la satisfaction que mes concitoyens éprouveront généralement à lire tout ce que j'ai pu recueillir sur la ville d'Agde, les disposera à me savoir gré d'avoir mis à découvert la faiblesse de mes talens, pour leur faire mieux connaître leur pays.

Tout change par la succession des siècles. Lorsque, dans des temps éloignés du nôtre, on voudra regarder derrière soi pour voir ce qu'était Agde à l'époque où nous vivons, on appréciera mieux l'utilité de cet ouvrage qu'on ne le fera aujourd'hui, bien qu'on y trouve des dates bonnes à conserver, des faits ignorés, le motif de certains usages, des conjectures et des réflexions auxquelles on peut se plaire à joindre les siennes, l'origine, les fondateurs, la destination primitive et actuelle de plusieurs établissements ou édifices, et une esquisse du passé jointe à la peinture du présent. Si, dans les siècles précédens, quelqu'un eût écrit sur le même sujet pour lequel j'ai pris ici la plume, de quel secours ne m'aurait-il pas été, quelles lumières ne m'aurait-il pas fournies ! tandis qu'au contraire, l'obscurité enveloppe presque entièrement le premier et le moyen âge de la ville d'Agde, qu'on ne voit guère plus clair dans les temps plus modernes, et qu'il m'a fallu plutôt crayonner que peindre, parce que bien des objets demeurent confondus et cachés dans un lointain, où il est impossible de les distinguer. Mais, parce que je ne puis dire à mes lecteurs tout ce qu'ils peuvent désirer de savoir, ce n'est pas une raison pour ne leur rien faire savoir de ce que je vais leur dire.