Histoire des églises et chapelles de Lyon/Bon-Pasteur

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H. Lardanchet (vol. IIp. 172-177).

LE BON-PASTEUR

La coquette église du Bon-Pasteur, dont la flèche élancée se profile sur la colline de la Croix-Rousse, est de construction récente. Ce fut en 1855 que Mgr de Bonald songea à créer une nouvelle paroisse pour mieux desservir le quartier ouvrier situé entre les Chartreux et Saint-Polycarpe : il confia cette tâche à M. Callot, missionnaire diocésain de Lyon. Celui-ci « préoccupé à la fois de la paroisse à fonder et de l’église à bâtir, commença par réunir autour de lui quelques bons paroissiens, capables de l’aider de leurs lumières et de leurs efforts ; c’était le commencement de son conseil de fabrique. Le plus pressant était d’entreprendre la construction d’une église où les nouveaux paroissiens du Bon-Pasteur pourraient se réunir pour prier.

« En considération de M. Callot et du caractère de la nouvelle paroisse, entièrement composée d’ouvriers en soie, la Chambre de Commerce voulut bien disposer de la somme de 25.000 francs ; diverses souscriptions furent aussi ouvertes soit dans la paroisse, soit dans la ville. Avec ces premières ressources, M. le curé put sans retard prendre ses mesures, et commença par acheter un emplacement pour construire l’église.

« Il jeta les yeux sur la propriété de la famille Bavilliers, qui comprenait, outre une grande maison, actuellement n" 34 de la rue du Bon-Pasteur, un vaste clos y attenant et une petite maison (n° 38), qui devait servir de cure. C’est dans ce modeste édifice qu’avait habité l’abbé Rozier, célèbre botaniste lyonnais qui fut ensuite tué par une bombe dans son lit, rue Vieille-Monnaie, pendant la nuit du 29 septembre 1793. C’est encore dans cette maison que naquit une femme illustre. Mlle Violette Roux, qui, épouse de Joseph Michaud, de l’Académie française, eut un des salons les plus attrayants de la Restauration. Doublement historique, mais peu commode, cette maison ne servit de cure que trois ans à peine. Après avoir été, pendant une trentaine d’années la propriété de la famille Palud, cette maison devint « l’ermitage » d’Auguste Vettard, poète lyonnais, mort en 1894.

On se mit à la construction de l’église provisoire, et « le dimanche 16 mars 1856, celle-ci fut solennellement ouverte aux fidèles de la nouvelle paroisse, placée sous le patronage de Saint-Vincent-de-Paul. La cérémonie se fit au milieu d’un concours extraordinaire et d’une satisfaction générale, pendant que le canon de nos forts annonçait à la France la naissance du prince impérial ». C’est alors que parut l’esprit ingénieux du nouveau curé. Le lendemain, M. Callot apprit « que leurs majestés impériales adoptaient, en qualité de parrain et de marraine, tous les enfants de la France, nés le 16 mars 1856. M. le curé, lui aussi, était père depuis la veille, et cet enfant, c’était sa paroisse. Pourquoi l’empereur ne l’adopterait-il pas » ? Le digne curé s’empressa d’écrire à l’empereur, et revendiqua l’adoption solennelle de son enfant spirituel. Quinze jours à peine s’étaient écoulés, lorsqu’un décret impérial, du 29 mars 1856, établissait l’existence légale de la paroisse du Bon-Pasteur.

Là ne devaient pas se borner ces rapports si providentiellement commencés. On sait le voyage accompli, en 1860, à Lyon par l’empereur et l’impératrice. Ceux-ci traversèrent, le dimanche 10 août 1860, la paroisse qu’ils avaient prise sous leur protection, et passèrent devant la modeste église du Bon-Pasteur. « M. Goiran, maire du premier arrondissement, accompagné de ses adjoints, attendait devant la porte principale de l’église, avec M. le curé, son conseil de fabrique et l’élite de ses paroissiens. Leurs majestés firent arrêter leur voiture à quelques pas ; M. le maire et M. le curé purent alors présenter leurs hommages. L’empereur témoigna à M. le curé le plaisir qu’il éprouvait de la coïncidence de la naissance du prince impérial avec l’ouverture de son église. M. le curé fit des vœux pour le prince impérial et pour l’église née le même jour, et ajouta : « Ils grandiront tous deux ! »

Les circonstances vont permettre de faire mieux. En 1869, l’impératrice et le prince impérial manifestent le désir de poser la première pierre de l’église définitive. M. Callot, devenu évêque d’Oran, accourt de cette ville pour présider la cérémonie dont voici le procès-verbal officiel :

« À la gloire de Dieu, l’an du Seigneur 1869, le 25 août, sous le pontificat de S. S. le pape Pie IX, sous l’épiscopat de S. E. Mgr le cardinal de Bonald ; Napoléon III,
Le Bon-Pasteur, façade latérale et flèche.

empereur ; S. E. M. Duvergier, ministre de la Justice et des cultes ; M. Henri Chevreau, sénateur, chargé de l’administration du département du Rhône ; a été posée par sa majesté l’impératrice et son altesse le prince impérial, la première pierre de l’église qui doit remplacer la chapelle provisoire, ouverte le 16 mars 1856, jour de la naissance du prince impérial. Mgr Callot, évêque d’Oran, fondateur et premier curé de la paroisse, a présidé la cérémonie et béni cette première pierre en présence de M. l’abbé Durand [François-Joseph), curé actuel de ladite paroisse, de MM. Béraud et Magand, ses vicaires, de M. Tisseur, architecte de la nouvelle église, de M. Lachaise, maire du 1er arrondissement, de Messieurs ses adjoints et de Messieurs les membres du conseil de fabrique. »

M. Clair Tisseur, architecte — que les lettrés lyonnais connaissent sous le pseudonyme de Nizier de Puitspelu — avait dressé « le plan, qui plus tard, dans le courant de 1875, fut soumis à l’examen du Conseil municipal. Il en fut question dans plusieurs séances : on vota 400.000 francs pour la construction, payables en huit années, à partir de 1870. Pour la façade, il était convenu qu’on construirait un perron de 4m50 de longueur avec une rampe d’escaliers droits de chaque côté. Sur le devant, on simulerait les portes de la crypte. Pour l’exécution entière du plan, on promettait de dégager le devant de l’église en démolissant la caserne, tout en l’émettant l’exécution de ce dernier point à une époque ultérieure indéterminée. Y eut-il véritablement promesse ferme de faire disparaître la caserne, et quelle est la personne autorisée qui se fit le garant d’un tel engagement ? Aucune pièce officielle ne l’indique.

« Cette démolition ne pouvait dépendre seulement de la municipalité, mais ressortissait du ministère de la guerre. M. Durand alléguait bien certaines paroles du général de Miribel, certaines promesses de la ville, mais de là à des engagements formels et décisifs il y a loin. M. Durand, tout rempli de l’espoir de voir un jour se réaliser son rêve, supposait déjà tous les obstacles renversés. » Ce n’est hélas qu’un rêve qui a abouti au triste résultat de rendre l’église inaccessible par la façade.

Intérieur du Bon-Pasteur.

M. le curé Durand fit des efforts considérables pour la construction du monument, et c’est à lui que revient l’honneur d’avoir doté notre ville d’une nouvelle et belle église. On ne saurait pourtant passer sous silence trois sérieux griefs à lui reprocher. Il a placé son église à l’extrémité de la paroisse, escomptant pour plus tard une nouvelle délimitation qu’il n’a pas obtenue ; il a, comme on l’a vu, privé son église d’accès par la façade, espérant, bien à tort, la démolition d’une caserne ; enfin il a voulu une flèche élevée, dominant la ville, et cela contre les règles de l’architecture romane, voici quelques détails a ce sujet :

« Pour se conformer au style de l’époque à reproduire (xie-xiie siècles), l’architecte voulait construire un clocher du genre de celui d’Ainay, c’est-à-dire avec la forme d’un tombeau antique et flanqué à son sommet de quatre cornes tumulaires. Un clocher de ce genre eût été évidemment bien adapté à l’église, mais qui l’eût vu d’un peu loin ? Il fallait dominer la ville. M. Durand se refusa à laisser construire un tel clocher : il gagna à sa cause M. Malleval, premier commis de M. Tisseur, et on commença un clocher octogonal. M. Tisseur envoya à M. le curé, par main d’huissier, l’ordre de démolir ce commencement de clocher : M. Durand s’y refusa, et, par sa ténacité, obtint enfin l’achèvement d’un clocher tel qu’il le voulait : octogonal, à deux étages de fenêtres et surmonté d’une flèche. »

Le 11 juin 1883, l’édifice étant terminé, on procéda à sa consécration. » Comme le cérémonial exige que le prélat consécrateur puisse entrer par la porte principale de l’édifice, M. le curé demanda à la municipalité la permission de construire un escalier provisoire pour ce jour-là. La permission ayant été refusée, M. Durand passa outre, et, pour la circonstance, un escalier de bois à deux rampes conduisit au portail. Mgr Caverot procéda aux cérémonies liturgiques suivies d’une messe solennelle, dite par un des vicaires généraux, à l’autel majeur qui seul avait été consacré. »

Deux ans plus tard, nouvelle cérémonie imposante. Mgr Gonindard, sacré, le 10 mai 1885, évêque de Verdun, allait donner à l’église du Bon-Pasteur, les prémices de son ministère épiscopal. « Quinze jours après, le lundi de Pentecôte, 25 mai, le nouvel évêque vint procéder aux cérémonies de consécration de l’autel de la Sainte-Vierge. »

Mgr J.-B. Callot, curé du Bon-Pasteur, puis évêque d’Oran (1867-73).

Au-dessus de la porte principale, dans un tympan, est représenté le Bon Pasteur enseignant tous les âges. Les portes latérales possèdent également des tympans ornés des sujets suivants à droite : L’Adoration des Mages et à gauche Saint Joseph, patron de l’église universelle.

Pénétrons dans l’église et entrons dans le chœur ; le maître-autel, de marbre blanc, est vaste et décoré par devant d’un bas-relief représentant les disciples d’Emmaüs, la mise au tombeau et la résurrection ; au retable sont sculptés des ornements avec sujets tirés de la vie de Notre-Seigneur.

Dans la voûte de l’abside se déroule une magnifique fresque, sur fond or, œuvre de M. Tollet. Le Christ est assis et montre son cœur, il est entouré de saints et saintes, savoir : à gauche, la Vierge Marie, la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, sainte Catherine de Sienne, sainte Gertrude, sainte Mecthilde, enfin Jeanne d’Arc tenant l’étendard ; à droite, saint Joseph, saint François de Sales, le P. de La Colombière, Jésuite, le P. Eudes, Pie IX et un zouave pontifical portant le drapeau du Sacré-Cœur. Sur les murs du sanctuaire se détachent, en relief, les statues des quatre évangélistes avec leurs symboles ; ils encadrent deux peintures ; à droite, Moïse rendant grâce à Dieu, tandis que le peuple recueille la manne dans le désert ; à gauche, le miracle de La multiplication des pains par Notre-Seigneur. Derrière l’autel on a placé les orgues, et, de chaque côté, les stalles en chêne sculpté. Le sanctuaire est fermé par une première table de communion, en marbre blanc, décorée de colonnettes et de colombes. Une seconde barrière sépare le chœur des trois nefs. Tout autour des murs de la grande nef, ainsi qu’au fond de l’église, s’ouvrent les tribunes. La chaire occupe le milieu de l’église ; elle est en pierre avec dossier orné d’une statue de Moïse ; les panneaux de la cuve sont décorés du Christ, des évangélistes et des docteurs de l’église. Au fond de la nef on a gravé, sur deux plaques de marbre, les noms des principaux bienfaiteurs de l’église.

À droite de la grande nef s’ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge. L’autel, de marbre blanc, est décoré d’un bas-relief représentant le couronnement de Marie avec retable où sont sculptés des anges. L’autel est surmonté d’une statue de pierre représentant la Vierge Mère, encadrée d’un haut retable de pierre sculptée avec scènes :d’un côté, Marie donnant le rosaire ; de l’autre, elle remet le scapulaire. Contre les deux pilastres de la chapelle, on a placé les statues de saint Antoine de Padoue et de sainte Philomène. Au fond de la petite nef de droite se trouvent les fonts baptismaux ; ils sont en pierre et ornés d’un retable avec ange sculpté portant un enfant, ainsi que de bas-reliefs représentant le paradis terrestre et la chute originelle.

Dans la petite nef de gauche s’ouvre la chapelle Saint-Joseph ; l’autel est de marbre blanc avec bas-relief : la mort du bienheureux patriarche, et des anges sculptés. L’autel est surmonté de la statue de saint Joseph entourée d’un retable élevé dans lequel sont sculptés deux scènes : le mariage de saint Joseph avec la Vierge Marie et le songe du saint patriarche. Contre les pilastres sont placés la statue du Sacré-Cœur et le tableau de la Sainte Face. Au fond de cette nef, adossé au mur, se trouve un petit autel dédié à Notre-Dame de Pitié ; il est surmonté d’un groupe représentant Jésus mort dans les bras de sa mère assise au pied de la croix.

L’église est éclairée par de nombreux vitraux ; les cinq verrières du chœur sont l’œuvre de M. Laurent, de Tours ; elles représentent le Bon Pasteur portant la brebis et entouré, à gauche des saints Pierre et François de Sales, à droite, des saints Paul et Vincent de Paul. Dans la grande nef six vitraux, de chaque côté, œuvre de notre collaborateur, L. Bégule, offrent la représentation, à droite, des saints Jean l’évangéliste, Polycarpe, Pothin, Irénée, Just et Bonaventure ; et à gauche, des saintes Blandine, Cécile, Clotilde, Catherine, Claire et Élisabeth. Dans la tribune on a placé les trois vitraux : la Foi, l’Espérance et la Charité. Enfin les petites nefs sont éclairées par des verrières géminées, imitant l’art ancien, et dont les sujets sont les enseignements de Notre-Seigneur et ses paraboles.