Histoire des églises et chapelles de Lyon/Filles de la Charité

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H. Lardanchet (vol. IIp. 63-83).

SŒURS SAINT-VINCENT DE PAUL

Vers le milieu du xviie siècle, une association de Dames de la Charité fut fondée à Lyon sous le nom et le patronage de sainte Françoise, veuve romaine canonisée en 1606. Cette œuvre étendait son action bienfaisante sur les paroisses Saint-Pierre-le-Vieux et Sainte-Croix, remplacées depuis le Concordat par la paroisse Saint-Jean, et sur la paroisse Saint-Georges qui a été conservée.

Une notice historique de l’œuvre de sainte Françoise fut commencée par M. l’abbé Rozier, curé archiprêtre de Saint-Jean de 1842 à son décès le 30 mai 1859. Malheureusement son travail ne put être terminé et il s’arrête à la révolution. Tout ce que nous dirons ici de la maison Saint-Jean est emprunté, sauf indication contraire, à cette notice et aux archives de l’œuvre Sainte-Françoise.

Les statuts de la société furent approuvés, le 2 mars 1656, par Antoine de Neuville, abbé de Saint-Just et vicaire général de Camille de Neuville, son frère, archevêque de Lyon. D’après une tradition conservée dans la société Sainte-Françoise, saint Vincent de Paul serait venu à Lyon inaugurer l’œuvre. Rien ne le prouve : il est même vraisemblable que si saint Vincent en eût été le fondateur, il lui aurait donné les mêmes forme et règlement qu’il donnait à toutes les Charités qu’il établissait. Cependant l’analogie qu’on remarque entre le règlement de Sainte-Françoise et celui des Dames de Charité de Châtillon-en-Dombes, alors du diocèse de Lyon, montre l’influence exercée par l’œuvre établie par saint Vincent à Châtillon, en 1617, et à Mâcon en 1623. Les dames de Lyon étaient d’ailleurs bien préparées aux œuvres de la charité chrétienne, car, dès l’an 1579, elles avaient offert à l’administration de l’Hôtel-Dieu d’aller chaque jour, à tour de rôle, visiter les malades et assister à leur repas. L’offre fut acceptée, et une liste des Dames fut dressée. (Dagier, Histoire de l’hôpital général, tome I, p. 118.)

La société Sainte-Françoise fut encouragée et récompensée de son zèle par les éloges et faveurs spirituelles qui lui furent accordés par les papes Alexandre VII en 1(161 et Clément X en 1706. Cependant les Dames de Sainte-Françoise expérimentèrent bientôt, comme l’avaient fait celles de Paris, qu’elles ne pouvaient pas toujours rendre aux pauvres les services réclamés par leur état ; aussi voulurent-elles se donner des aides en appelant à leur secours les Filles de la Charité. La venue à Lyon des religieuses fut procurée par un prêtre de grand mérite, M. Démia, fondateur des sœurs Saint-Charles ; on lit, en effet, dans sa vie : « Informé qu’un grand nombre de pauvres honteux, par l’extrême répugnance qu’ils avaient à se retirer à l’hôpital, étaient réduits dans leur maladie à une extrême misère, M. Démia conçut le dessein de faire venir à Lyon les Filles de la ^Charité. Il pria une dame d’une grande piété, Mme Pichon, d’entreprendre cette œuvre. En conséquence, M. Démia demanda à messieurs de Saint-Lazare deux sœurs pour les établira Lyon. Elles arrivèrent dans cette ville le 14 août 1671, et comme la maison qu’elles devaient occuper n’était pas encore meublée, M. Démia les logea pour quelques jours dans la sienne. » C’est de ce moment que date cette organisation si ingénieuse et qui portera désormais tant de fruits : l’œuvre dirigée et soutenue par les Dames de Charité, c’est-à-dire des personnes du monde, et le travail confié par elles à des Filles de la Charité ou sœurs Saint-Vincent de Paul.

Par acte du 6 février 1679, Mme Pichon, née Louise Pérachon, constitua, au capital de 6.000 livres, une rente perpétuelle de 300 livres, dont 200 devaient être « payées aux deux filles de la Charité qui servent présentement les pauvres malades des susdites paroisses, sans être tenues d’en rendre autre compte que celuy auquel elles sont obligées par leur institution » ; 45 livres de cette rente annuelle étaient le prix de la maison qui était achetée pour l’œuvre, et dans laquelle « outre le logement des dites sœurs de Saint-Lazare, il y aura un lieu pour tenir les écoles des petites filles pauvres et pour la demeure de deux filles qui auront la direction des dites écoles ». Les 55 livres restantes devaient être le gage de ces deux filles chargées des classes.

Les conditions de cette constitution de rentes étaient les suivantes ; nous en respectons la teneur et le style : 1° Les supérieures de la communauté des filles de la Charité, servantes des pauvres malades, établies au faubourg Saint-Lazare de Paris, s’obligeront de fournir et entretenir à perpétuité deux filles de la Charité et une troisième lorsqu’on fournira les fonds nécessaires pour son établissement, pour assister les pauvres malades des paroisses Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Georges et Sainte-Croix, et pour enseigner les pauvres filles de ces paroisses ; en sorte que, quand les unes viendront à mourir ou à être rappelées, la communauté sera tenue d’en envoyer d’autres.

2° Elles seront établies sous la juridiction de Mgr l’archevêque de Lyon et de M. le curé de la paroisse Saint-Pierre-le- Vieux.

3° Le supérieur général de la Mission pourra les visiter, confesser ou assigner un confesseur, les rappeler en substituant d’autres à leur place.

4° Pour le temporel et entretien des pauvres, elles seront entièrement soumises aux Dames de charité établies dans leur paroisse, et particulièrement à la supérieure pour la réception des pauvres, distribution des bouillons et congé des pauvres.

5° Elles ne seront pas tenues d’assister les filles qui auraient été débauchées, ni les femmes dans leur accouchement, ni de sortir la nuit pour visiter les malades, ou les veiller.

6° Elles feront elles-mêmes les sirops, confitures, décoctions, tisanes, infusions et remèdes suivant l’ordonnance des médecins.

7° Elles seront tenues de n’assister que les pauvres malades et de n’employer le temps que pour eux, pas même pour messieurs les ecclésiastiques s’ils ne sont pauvres ; elles n’iront jamais chez eux sans grande nécessité et accompagnées.

8° Elles tiendront un mémoire de la recette et dépense, qu’elles présenteront tous les mois à la trésorière des Dames de charité.

9° Elles seront entretenues de gros linge et ustensiles aux dépens de la Charité, et en cas de maladie, comme les autres pauvres, aux dépens de la Charité qui leur fournira les remèdes.

10° Les frais des voyages des sœurs que les Dames demanderont à être changées, comme de celles qui seront envoyées en leur place et de celles qui mourront, seront fournis par les dites Dames de charité. Quant à celles qui seront rappelées pour aller en d’autres maisons, leur voyage sera supporté par les Filles de Saint-Lazare, et non par les Dames, si ce n’est qu’elles eussent demeuré six ans et qu’elles fussent rappelées pour demeurer à Paris.

11° En cas de décès d’une religieuse, son corps sera levé par M. le curé et porté sans pompe pour être enterré en l’église ou cimetière de la paroisse, et suivi par des sœurs avec une bougie en main ; outre la grand’messe et vigile, seront célébrées deux autres messes basses aux frais de la confrérie.

Le 15 décembre de la même année 1679, ce traité fut ratifié à Paris, par devant notaire et signé par M. Edme Jolly, supérieur général, sœur Mathurine Guérin, supérieure de la communauté des Filles de la Charité, sœur Suzanne Parent, assistante, Marie Chelle, économe, et Françoise Michaud, officière.

Le contrat portait aussi que, au cas où rétablissement des sœurs vînt à cesser, ou qu’on voulût y apporter quelque changement, la somme versée appartiendrait de plein droit à messieurs de l’hôpital du Pont-du-Rhône, aussi bien que la maison en l’état qu’elle se trouverait.

Mme Pichon choisit pour la demeure des sœurs une maison, « la plus proche de l’église de Saint-Pierre-le-Vieux, qu’elle put trouver, tant pour donner aux sœurs plus de facilité d’exercer leur dévotion, que pour les mettre plus en vue aux paroissiens, afin de les émouvoir et inciter davantage à faire des charités pour les pauvres malades ».

Cetlte maison était située au coin de la rue Pisse-Truie, aujourd’hui Saint-Pierre-le-Vieux et de la rue d’Or, aujourd’hui rue Dorée. Cet emplacement fut cédé à la ville, en 1842, pour former l’avenue du Doyenné.

La maison des sœurs n’était pas grande : 28 pieds de long sur 12 de large à un bout, et 16 à l’autre. Elles durent y faire des réparations importantes, voûtes de cave, puits, etc. À l’occasion de ces réparations, le Chapitre primatial qui avait juridiction sur ce bout de la rue, et l’autorité civile de qui dépendait le côté du Gourguillon, reconnurent la nécessité d’élargir cette rue très fréquentée, et de lui donner la largeur réglementaire de seize pieds. Pour cela, il fallait reculer la maison des sœurs de huit pieds et ne leur laisser qu’une largeur inutilisable de quatre ou cinq pieds.

Pour les indemniser des dépenses faites en réparations, le Consulat et le Chapitre, de concert, s’engagèrent, par acte du 21 juin 1680, à payer les 45 livres de rente annuelle qui étaient le prix de leur maison, à leur donner la maison voisine, à l’ouest, soumise aussi au reculement, et également à payer 110 livres de rente annuelle. Enfin, par acte du 15 décembre 1680, Mme Pichon acheta la troisième maison, à la suite, avec jardin, laquelle tombait en ruine et devait aussi être reculée. Elle l’obtint pour 1 00 livres de rente, mais comme elle en recevait 70 d’indemnité pour le reculement, le prix de l’acquisition était réduit à 30 livres. C’est sur l’emplacement de ces trois immeubles, qu’on dut bâtir l’habitation des sœurs et les classes. Il ne reste aucune pièce concernant cette construction. L’acte du 21 juin 1680 donne le nom des premières sœurs, et elles étaient déjà trois : Anne Dupré, Jeanne Girardin et Cantienne Amyet. Leur conseil était M. Jean Le Hait, supérieur de la maison des prêtres de la Mission, établie à Lyon depuis 1668.

Les dames de la paroisse Saint-Michel, près d’Ainay, laquelle comprenait les paroisses actuelles d’Ainay, Saint-François et Sainte-Croix, voyant le bien que faisait la société, demandèrent à en faire partie ; elles y furent admises avec approbation de l’autorité ecclésiastique donnée le 8 août 1681. À cette occasion, le 5 mars 1682, M. Perrachon, marquis de Saint-Maurice, voulut contribuer, par une rente annuelle de 47 livres, à l’entretien de la troisième sœur, à la condition qu’elle visiterait les pauvres de la paroisse Saint-Michel. Mais, en 1695, après quatorze ans d’union, les dames de Saint-Michel formèrent une société distincte, et établirent les Filles de la Charité dans leur paroisse. Ce fut le commencement de la Marmite actuelle transférée du 18 de la rue de la Charité, dans son local actuel, rue Auguste-Comte ; 27. À ce propos, on se demande souvent pourquoi ce terme de la Marmite appliqué à ce genre d’établissement : la raison en est simple, avant la révolution, et jusque vers 1830, les maisons des sœurs Saint-Vincent-de-Paul étaient appelées, à Lyon, des Marmites, à cause du genre d’aumônes qui y était fréquemment usité.

En 1698, il y avait déjà quatre sœurs à la Marmite de Saint-Pierre-le-Vieux, dont deux faisaient la classe ; elles avaient remplacé les deux religieuses dont il est question dans l’acte de fondation. Le 30 mai 1698, on installa une cinquième sœur, dont l’institution fut fournie par les bénéfices de la pharmacie.

Mme Pichon parut, à un certain moment, vouloir révoquer sa fondation ; mais, en octobre 1698, elle déclara devant notaire confirmer ses premières dispositions et reconnut que les pauvres trouvaient dans cette œuvre le soulagement et l’assistance qu’on en pouvait attendre.

À la même époque, les Filles de la Charité furent appelées à l’hôpital de la Charité de Lyon. Elles devaient y remplacer les sœurs de la Providence, de Paris, reçues par acte du 22 décembre 1697, « après avoir fait preuve de leur utilité pendant neuf mois ». Malgré cet essai de neuf mois, sept mois après, le 22 juillet 1698, le recteur de l’hôpital de la Charité, signait à Paris, devant notaire, un traité avec la communauté des Filles de la Charité, pour leur entrée à l’hôpital. Le traité fut approuvé et ratifié par les administrateurs « pour être exécuté en sa forme et teneur pendant tout le temps qu’ils le jugeront à propos et utile à l’hôpital de la Charité ».

Ils ne le jugèrent pas longtemps satisfaisant, car, huit mois après, le 8 mars 1699, le bureau déclare que « Messieurs de Saint-Lazare et la supérieure des Filles de la Charité, établies à Paris, du nombre desquelles il en était venu douze dans cette maison, n’ayant pas agréé la ratification conditionnelle, faite par le bureau, du contenu qui avait été passé avec elles, et le bureau ayant d’ailleurs considéré qu’il ne convenait pas à cette maison de la faire servir par des personnes engagées à une communauté et qui se trouveraient soumises à deux autorités différentes, comme seraient les Filles de la Charité, qui, aux termes du contrat, dépendraient de leurs supérieur et supérieure et de messieurs les recteurs, tous ensemble ; que l’institution de ces Filles était même plutôt pour servir les pauvres malades que les valides ; pour ces raisons et plusieurs bonnes considérations, le bureau a résolu et délibéré de ne plus garder dans la maison les dites Filles de la Charité et de la faire servir par telle autre personne qu’il verra bon être » (Archives de la Charité, Inventaire sommaire, E, 47, 48). Un peu plus loin, l’Inventaire porte : « Payé par le trésorier 80 livres pour les appointements échus jusqu’au 26 mars 1699 des sœurs de la Charité qui avaient servi la maison, et 322 livres 4 sous pour quatre places à la diligence de Paris ou retournaient les dites religieuses. » L’inventaire a dit plus haut qu’il était venu douze sœurs, et ici il n’est question que de quatre places ; on ne voit pas pourquoi cette différence. M. Henri de Boissieu, racontant ce fait dans le Correspondant du 25 novembre 1902, ajoute : « Ces religieuses, dont l’éloge serait superflu, avaient malheureusement commis une légère faute, celle de ne pas tenir suffisamment compte du caractère lyonnais. Elles avaient le tort, impardonnable à Lyon, de s’appuyer sur leur supérieur général ou même sur l’archevêque, ce qui exaspérait les recteurs laïques si chatouilleux sur les chapitres de l’indépendance et de l’autorité. »

À l’Hôtel-Dieu aussi, quelques années auparavant, il avait été question d’appeler les Filles de la Charité, mais ce projet n’eut pas de suite, on ne sait pourquoi. En 1661, raconte Dagier (Histoire de l’hôpital général, tome Ier, p. 413), « Monsieur le recteur président offre à sa compagnie, dans le cas où elle persisterait dans son projet d’appeler à l’Hôtel-Dieu, pour le service des malades, des Filles, dites sœurs grises de Paris, de meubler à ses frais l’appartement qui leur sera destiné ». Il ne fut plus question de ce projet.

L’année même, 1699, où les sœurs Saint-Vincent quittaient l’hospice de la Charité, elles étaient appelées à Saint-Paul pour aider les Dames de cette paroisse, qui, depuis vingt-quatre ans, en 1675, avaient établi l’œuvre de la Marmite dans la maison dite du Cygne, rue de Bourgneuf. C’est la maison où habitent encore les sœurs de Saint-Paul, la rue de Bourgneuf étant devenue le quai Pierre-Scize.

Cependant, à Saint-Pierre-le-Vieux, le travail des religieuses augmentant toujours, les Dames en demandèrent une sixième, le 3 décembre 1703. Elle leur fut accordée, le 6 mai 1704, et retirée bientôt après. Les Dames, dans leurs assemblées de décembre 1705, janvier et février 1706, sollicitèrent son retour, et M. Gallien, ancien visiteur de Saint-Lazare, leur exposa que les nombreuses demandes faites à sa communauté, le mettaient dans l’impossibilité de les satisfaire ; il les pria d’attendre jusqu’à l’année suivante, 1707.

L’époque de l’arrivée de la septième sœur n’est pas connue : ce fut vraisemblablement en 1711, car on s’occupa alors du prix de la pension des sœurs et on le porta à 150 livres. Mais, en 1727, une somme de 6.000 livres ayant été léguée à la société Sainte-Françoise par Mme veuve de Souternon, pour en affecter le revenu à la pension de la sixième sœur et aussi de la septième qui avait été payée jusque-là sur la pharmacie, un nouveau traité fut conclu entre la société Sainte-Françoise et la communauté, pour fixer cette pension à 200 livres pour chacune. Cet acte, du 20 février 1732, porte la signature de M. Bonnet, supérieur général, et des sœurs Pasque Carlier, supérieure, Marie-Anne Bonnegoye, Suzanne Platran et Suzanne Chevalier, officières.

On trouve quelques détails intéressants sur la communauté des Filles de la Charité, à cette époque, dans les circulaires que leur adressait M. Bonnet, supérieur général de 1711 à 1735. Il serait trop long d’entrer ici dans ces renseignements circonstanciés et parfois très intimes.

La maison de Saint-Pierre-le-Vieux était relativement importante puisque, avec ses sept sœurs, elle dépassait de deux unités la moyenne d’alors. Ce nombre s’accrut encore, en 1767, par la fondation d’une huitième sœur, et peu de temps après arriva la neuvième. Lorsqu’éclata la Révolution, elles étaient neuf, dont six étaient payées par des fondations faites à l’œuvre, et les trois autres par des dons adressés directement aux sœurs, dont elles n’avaient à rendre compte qu’à leurs supérieurs, enfin par le produit de leur pharmacie.

La maison que les sœurs occupaient dut aussi s’agrandir. L’œuvre acheta, en 1736, le petit jardin et le bâtiment du sieur Roman, joignant la propriété des religieuses Trinitaires ; et, en 1746, elle acquit de la veuve Dulieue, une maison située à la suite, sur la rue Pisse-Truie, qui semblait alors rougir de son nom et vouloir s’appeler rue de Rozin ou Saint-Pierre-le-Vieux. C’est cette dernière appellation qui prévalut.

Le bien accompli par l’œuvre Sainte-Françoise et par les sœurs de la Charité en explique les progrès. On faisait à l’œuvre des dons et fondations en faveur des pauvres des trois paroisses sur lesquelles elle étendait son action.

Des chanoines et autres ecclésiastiques de Saint-Just, ainsi que des personnes charitables de cette paroisse, firent profiter leurs pauvres des charités de l’œuvre Sainte-Françoise, en y fondant des portions quotidiennes de pain, bouillon et viande. De 1740 à 1790, il y eut seize portions fondées. Il fallait pour chacune un capital de 3.000 livres au moins, ou de 150 livres de revenu. Pour les 16 portions fondées en faveur de Saint-Just, le capital s’élevait à 51.800 livres et le revenu à 2.460.

Parmi les dons faits à la société Sainte-Françoise on note, en 1687, quatre maisons situées à Saint-Georges. Le sieur Amable Berthon, conseiller du loi, les avait léguées à son neveu Jean Bissalard, et si celui-ci mourait sans enfants, ce qui arriva, à ses confrères les pénitents du Saint-Crucifix, appelés de Saint-Marcel, pour être par eux employés en faveur des pauvres honteux ou malades de la paroisse Saint-Georges. Les pénitents de Saint-Marcel, effrayés des charges annexées à ce legs et des procès à soutenir avec la veuve du testateur et d’autres, offrirent aux Dames de Sainte-Françoise de leur céder cet héritage, et celles-ci acceptèrent en 1687. Elles comprirent bientôt, mais trop tard, le fardeau dont elles s’étaient chargées : nombreuses rentes à payer, plusieurs procès à soutenir, réparations urgentes à faire, et pour faire face à tant d’obligations, des maisons habitées par des pauvres qui ne pouvaient payer leur loyer. L’œuvre dut faire de nombreux débours au détriment des pauvres de Sainte-Croix et de Saint-Pierre-le- Vieux. Le conseil de l’œuvre, auquel assistaient les trois curés des paroisses intéressées, ne trouva pas d’autre moyen de rétablir une juste compensation qu’en rendant les maisons de Saint-Georges communes à toute l’œuvre et en confondant leur revenu dans la caisse générale de l’œuvre.

En 1789, les bâtiments produisaient 1.210 livres de revenus dont voici le détail : les maisons nos 90 et 91 : 390 livres ; la maison n° 110, avec jardin : 250 livres ; enfin la maison n° 111, avec jardin : 570 livres ; ajoutons cependant que les frais de réparations et autres réduisaient ce revenu de moitié.

L’œuvre était riche surtout en rentes placées ; par exemple 826 livres sur le clergé de France ; 390 sur le clergé de Lyon ; 420 sur les chapitres de Saint-Jean et de Saint-Just ; 800 sur les hôpitaux de Lyon ; 4.975 sur la ville de Lyon ; 700 sur la trésorerie de France ; 300 sur la ville de Paris ; enfin sur des particuliers. Au moment de la Révolution, elle possédait, outre la maison des sœurs, un capital d’environ 250.000 livres, et près de 10.000 livres de revenu. Un état de l’œuvre, rédigé par la supérieure des sœurs, établit de fait un revenu total de 9.470 livres, alors que les calculs de M. Rozier, faits sur les actes, le portent à 10.281.

Le bien ne se fait pas sans difficultés : il en survint pour la maison de Saint-Pierre-le-Vieux du côté de la pharmacie. Outre les services qu’elle rendait aux pauvres.

la pharmacie était pour la maison une ressource, et fournissait l’entretien d’une ou deux sœurs. On n’y préparait que des remèdes simples et d’une efficacité éprouvée. Les sœurs avaient même la propriété de plusieurs recettes importantes qui avaient de la vogue. L’assemblée ou conseil du o mai accepta avec reconnaissance un remède contre la rage qui fut enseigné et offert par le commandeur-curé de Saint-Georges. Or, la vente des remèdes éveilla la susceptibilité des apothicaires de la ville, et, dès 1690, la pharmacie des sœurs fut attaquée. Les supérieurs, par crainte et par prudence, interdirent la vente des remèdes ; mais les Dames ayant fait comprendre à M. Cornier, visiteur, le préjudice que celle mesure causait à l’œuvre, celui-ci promit de plaider leur cause, dès son retour à Saint-Lazare de Paris. Mme Pichon, énergique malgré sa vieillesse, s’indigna de ce qu’elle appelait hésitation et faiblesse ; elle menaça de révoquer la fondation qu’elle avait faite. La supérieure générale, émue de tant de plaintes, permit alors un débit modéré des remèdes en faveur des Dames de la société et de leur famille. C’est alors, en 1698, que Mme Pichon fit la déclaration dont il a été question, pour rétracter ce qu’elle aurait pu faire de contraire à la fondation.

Il était cependant difficile de se renfermer dans les limites assignées ; on s’en écarta peu à peu et on finit par reprendre l’habitude de vendre des remèdes à tous indistinctement. Pendant longtemps les apothicaires semblèrent en prendre leur parti. Mais, en 1763, une plainte fut déposée contre les pharmacies des Marmites du Doyenné, de Saint-Paul et de Saint-Pierre-le-Vieux. Elles furent défendues par les curés des paroisses intéressées, et, malgré cela, condamnées, le 7 février 1763, chaque maison à 100 livres d’amende et aux dépens. Cependant « les sœurs furent maintenues dans leur titre et qualité de sœurs de la Charité, et, en conséquence, dans le droit et faculté de composer et distribuer gratuitement aux pauvres les remèdes à eux nécessaires ». Une troisième attaque eut lieu en 1789 ; pour parer le coup qui, cette fois, aurait pu être fatal aux pharmacies, les Dames de Sainte-Françoise, chargèrent un savant théologien, M. Jacques, de rédiger un mémoire qui fut présenté à l’archevêque, Mgr de Marbœuf, et au doyen du chapitre. La Révolution qui survint rendit ces précautions inutiles.

D’autres difficultés se présentèrent du côté des hôpitaux de Lyon. Les recteurs de l’Hôtel-Dieu et ceux de la Charité qu’on appelait aussi l’Aumône générale, ne voyaient pas de bon œil une œuvre qui était pour eux une rivale, et attirait à elle les ressources qui leur semblaient destinées. L’Hôtel-Dieu manifesta son mauvais vouloir et prétendit, en 1690, racheter par le paiement du capital les rentes annuelles el perpétuelles qu’il avait à servir aux Dames de Sainte-Françoise : il échoua, car les rentes n’étaient pas rachetables. Trois ans plus tard les recteurs arrêtèrent qu’ils ne recevraient plus les pauvres malades de Saint-Pierre-le-Vieux, Sainte-Croix et Saint-Georges et qu’il ne leur serait plus accordé de remède. Cette mesure cependant ne fut pas mise à exécution par crainte de l’indignation générale. Un nouveau conflit survint au sujet des quêtes. L’Hôtel-Dieu faisait quêter tous les deux ans, à la mi-carême ; les Dames de Sainte-Françoise ou sœurs de la Marmite, se permettaient d’en faire autant, à l’époque de la fête de sainte Françoise qui coïncidait parfois avec la quête de l’Hôtel-Dieu. Les recteurs obtinrent du sénéchal de Lyon que les quêtes des Dames ne pussent se faire en même temps que la leur. (Dagier, tome II, page 36.)

En 1716, une semblable difficulté s’éleva avec la Charité. Les Dames allaient s’installer pendant toute l’octave du Saint-Sacrement dans l’église de cet hôpital pour y faire leur quête. Les recteurs, trouvant le procédé trop hardi, portèrent plainte au chapitre de la Primatiale en réclamant sa bienveillante intervention. Les Dames s’adressèrent à l’archevêque et obtinrent de lui de continuer leurs quêtes annuelles à la Charité, qui cependant avait grand besoin de ressources pour faire face à ses charges. En 1743, est-il raconté dans l’Histoire de l’hôpital par Dagier (tome II, p. 109), « des Dames dites de la Charité, ont formé le projet d’établir à Lyon un autre hôpital pour les pauvres incurables ; mais les recteurs et administrateurs s’y opposent. Dans un mémoire qu’ils présentent à sa Majesté, ils exposent le préjudice que cet établissement porterait à l’Hôtel-Dieu ; car, ajoutent-ils, pour peu que les aumônes diminuent, l’Hôtel-Dieu ne sera plus en étal de subsister ».

Les écoles des Filles de la Charité étaient également en butte à de nombreuses difficultés. Il existait à Lyon un bureau des petites écoles, créé en 1679, par l’archevêque, pour administrer les classes de la ville, établies par Charles Démia, fondateur des sœurs Saint-Charles. Cette administration prétendait exercer son autorité sur toutes les écoles de la ville, recevoir les dons, nommer les maîtres et maîtresses. En 1684, à l’occasion d’un legs Langlois, une ordonnance épiscopale reconnut l’indépendance de l’école des sœurs ; un autre décret de 1717, rendu au sujet d’un legs Josserand, de 3.000 livres, en faveur de toutes les écoles de Lyon, obligea le bureau à remettre aux sœurs de la Marmite la seizième partie du legs, et, à l’avenir, de tous les legs qui seraient faits pour les écoles. » Le bureau essaya souvent, dit le biographe de M. Démia, de faire révoquer cette ordonnance, qu’il trouvait injuste à cause de la proportion du seizième attribuée à l’école de Saint-Pierre-le-Vieux ». C’est sans doute pour répondre à une de ces attaques que fut rédigé un mémoire conservé aux archives de la société Sainte-Françoise. Il donne sur les classes les détails suivants : « Les sœurs sont au nombre de sept, entre lesquelles trois sont uniquement employées pour prendre soin de l’école des pauvres filles, qui sont au nombre de 200. Elles ont soin d’attirer dans ces classes toutes les pauvres filles, en privant de la portion qu’on distribue journellement aux infirmes, les pères et mères qui refusent d’envoyer leurs filles à l’école. Les sœurs ne bornent pas leurs soins à les instruire, à les mener à la messe et à confesse ; elles s’appliquent encore à soulager leurs besoins en fournissant aux unes du linge et des habits, et en procurant aux autres des apprentissages aux frais des Dames. »

Nous voici arrivés aux mauvais jours de la Révolution. La communauté est alors gouvernée par sœur Thérèse, pleine d’ardeur et de dévouement. Pendant le siège de Lyon, elle ne quitta point ses pauvres ; s’étant mise à la disposition du conseil siégeant à l’Hôtel de ville, elle rendit des services signalés. Une bombe, lancée par les assiégeants, éclata sur la maison, elle ne voulut pas l’abandonner : » un bon soldat, disait-elle, doit mourir à son poste ». Dans le feu de la persécution, elle s’éclipsa quelque temps, puis, lorsque le calme commença à se rétablir, elle revint à son œuvre chérie. Les archives de la maison permettent de donner de plus amples détails sur la période révolutionnaire. Un décret du 18 août 1792 supprima les congrégations séculières, confréries et costumes religieux. L’article 2 ajoute : « néanmoins dans les hôpitaux et les maisons de charité, les mêmes personnes continueront comme ci-devant le service des pauvres et le soin des malades, à titre individuel, sous la surveillance des corps municipaux et administratifs », jusqu’à une organisation définitive qu’on avait en vue. Les sœurs purent rester à leur poste en prenant un costume laïque, et elles y demeurèrent environ un an. On pense bien qu’elles n’avaient pas une entière liberté pour leurs œuvres que l’administration civile voulait diriger.

Le 21 décembre 1792, an 1er de la république, le corps municipal arrête : « 1° que les citoyennes, préposées à la manutention des Marmites sont autorisées à distribuer aux infirmes de leur arrondissement les chemises, couvertures, bouillons, portions, cordiaux et autres secours semblables, comme aussi de faire blanchir les chemises des infirmes, le tout sous la surveillance des citoyens et citoyennes ci-devant trésoriers et trésorières de l’œuvre, et qu’à cet effet, il sera procédé à la levée des scellés apposés sur ces objets ; 2° que la distribution de pain et autres objets comestibles et de chauffage faite par l’œuvre des Marmites, demeure supprimée, attendu que la société fraternelle est chargée de fournir ces secours. Toutefois, l’œuvre des Marmites ne cessera pas de faire ces distributions avant que l’on soit assuré qu’elles seront faites par la société fraternelle. » Dix jours après, le 31 décembre 1792, la municipalité faisait écrire à la citoyenne ci-devant administratrice de l’œuvre « pour la prier de vouloir bien lui continuer ses soins ».

Cependant, en 1793, le régime de la Terreur suscita à Lyon la révolte qu’on sait. La Convention envoya une armée pour réduire la ville. Le siège dura du 8 août au 9 octobre. Puis ce furent des massacres horribles. Le procès-verbal d’une visite faite à la maison, le 21 janvier 1801, par le maire du 6e arrondissement de l’Ouest, raconte ce qui se passa au temps de la Terreur : « Cet hospice, dit-il, fut détruit, on vendit et dilapida les meubles et les effets, les sœurs furent obligées de se disperser sur différents points de la République, mais leur zèle ne se ralentit point par la persécution ; se rappelant les devoirs sacrés de leur institution, elles se réunirent et sollicitèrent, dès l’an IV (1796), leur rentrée dans cette maison. »

L’établissement avait été mis en vente, les biens confisqués et déclarés nationaux, comme, en particulier, les immeubles voisins appartenant aux religieux Trinitaires ; mais il ne trouva pas d’acquéreurs et demeura entre les mains de la municipalité.

La loi du 2 brumaire an IV (22 octobre 1793) et celle du 28 germinal suivant mirent provisoirement les hôpitaux et maisons de secours en possession de leurs immeubles ; aussi, le 23 thermidor an IV (août 1796), de nombreux citoyens signent-ils une nouvelle pétition aux administrateurs du département du Rhône pour obtenir de rentrer en possession des maisons, revenus et papiers de l’œuvre de la Marmite. Le 24 fructidor suivant (16 septembre), l’administration municipale du canton de l’Ouest, séant à la ci-devant manécanterie « lecture faite de la pétition présentée par un grand nombre de citoyens, tendant à ce que les biens de l’œuvre ci-devant établie rue Pisse-Truie, lui soient rendus, que les filles qui la régissaient, sous le nom de Filles de la Charité, y soient rappelées, « estime qu’il y a lieu de faire droit à la pétition, à la réserve néanmoins que les biens ne seront aucunement remis entre les mains des Filles de la Charité, mais seront régis par des citoyens. »

Un arrêté de l’administration départementale, en date du 28 fructidor an IV (20 septembre 1796), réintégra les sœurs dans leur œuvre, et, depuis cette époque, dit le rapport de 1801, déjà cité, « malgré la privation des ressources qu’elles avaient anciennement, elles n’ont cessé de visiter les pauvres et les malades et de leur distribuer des remèdes, sans exiger d’eux aucune rétribution ».

En 1797, les commissions administratives des hospices avaient la surveillance des Marmites (Dagier, t. II, p. 372) ; mais une loi du 1er frimaire an V attribua aux bureaux de bienfaisance la régie des secours à domicile et des œuvres consacrées aux indigents. C’est pour cela, sans doute, que le 23 floréal an IV (12 mai 1798), l’administration centrale du Rhône certifie et atteste que l’œuvre de la Marmite du ci-devant Saint-Pierre-le-Vieux, appelé maintenant bureau de bienfaisance du canton de la Raison, n’a été réuni à aucun autre hospice et que, pour la régir et administrer, les citoyens Desgranges, Lamartinière et Dumont ont été nommés administrateurs, et la citoyenne veuve Goye, trésorière.

Le 1er nivôse an 9 (décembre 1800), le ministre Chaptal rappelle la sœur Deleau, et l’installe, comme supérieure générale, rue du Vieux-Colombier, à Paris. La communauté avait alors 260 établissements rétablis, que Napoléon autorisa en l’an XI. En 1800, une pétition en faveur de la pharmacie des sœurs, menacée par une affiche du 15 prairial an 8, dit que « les citoyennes, dites sœurs, ont toujours travaillé pour les besoins des pauvres et que les profits qu’on a pu faire ont toujours été versés dans le sein des pauvres ». Le 21 nivôse an IX (H janvier 1801), le maire de l’arrondissement de l’Ouest visite la Marmite, par ordre du préfet, pour s’informer des revenus aliénés et de ceux qui restent à l’œuvre. Il trouve un total de 3.764 livres, composé du revenu annuel de 2.964 livres et de 800 livres que doivent les hôpitaux.

Dans ce chiffre, la maison, qui était le siège de l’œuvre, figurait pour 644 livres, ce qui suppose qu’on en avait loué une partie, peut-être parce qu’on ne faisait plus la classe et qu’il n’y avait que quatre sœurs.

Bientôt après, une note non datée porte le revenu annuel à 4.950 livres, parce que, depuis l’an IX, on reçoit de l’État 2.512 livres, résultant de la liquidation qui a été faite de ce qui était dû par la ville de Lyon et la trésorerie de France.

Le brouillon d’un rapport adressé, en 1859, par Madame de Carambert à Monseigneur l’archevêque, dit que l’association Sainte-Françoise disparut au moment de la tempête révolutionnaire de 1793, pour reparaître en 1804. « Tout d’abord, elle s’empressa de recueillir les quelques débris qui avaient échappé au naufrage et reprit le cours dé ses distributions charitables aux indigents de son ancienne circonscription jusqu’en 1827 ». Les pièces officielles citées plus haut montrent que les pétitions des citoyens, le zèle des sœurs et le concours de l’administration civile avaient réorganisé le service des pauvres huit ans plus tôt, en 1796.

Les sœurs avaient dû prendre des vêtements séculiers en 1792 et n avaient pas encore été autorisées à reprendre l’habit religieux. La circulaire de la mère Deschaux, du 2 janvier 1805, annonce que permission est accordée de reprendre l’ancien costume, le 25 mars suivant. En voyant la communauté adopter le costume noir pour plus d’uniformité et maintenir la prohibition du voile, on est autorisé à croire que, même avant la Révolution, on s’était relâché au sujet de l’uniformité dans le costume, et qu’il y avait une tendance à s’habiller comme les religieuses. L’usage du noir dura jusqu’en 1835.

M. Courbon, vicaire général de Lyon.

En 1805, les sœurs de Saint-Jean eurent la joie, mêlée sans doute de quelques regrets, de savoir le cœur de saint Vincent à quelques pas de leur maison. Au moment de la dispersion des deux communautés de Paris, en 1792, et par crainte de profanation, il avait été emporté à Turin, avec l’autorisation du supérieur général, M. Coyla de la Garde et avec la promesse de le rendre aussitôt que la congrégation serait rétablie en France. Or, le 1er janvier 1805, le cardinal Fesch, archevêque de Lyon et oncle de l’empereur, écrivait à l’archevêque de Turin : « En ma qualité de grand aumônier de l’Empire, les Missionnaires et les Filles de la Charité étant rétablis, je réclame ce dépôt et vous prie de le remettre au général de Menou qui me le fera parvenir. » Le cardinal parlait ensuite de « restitution ». La restitution fut faite par ceux qui étaient les dépositaires de la précieuse relique. Les prêtres de la Mission, dispersés en Italie, la concédaient à leur maison-mère que, d’après la lettre du cardinal, ils croyaient rétablie. Il n’en était rien. Mais, à défaut de la maison-mère des missionnaires, on avait celle des Filles de la charité, provisoirement installée rue du Vieux-Colombier, qui gardait déjà le corps de saint Vincent ; elle aurait pu tout aussi bien garder son cœur. On ne paraît pas avoir eu cette pensée à Lyon, mais on crut que saint Vincent, ayant été curé à Châtillon-sur-Chalaronne (Ain), qui avait appartenu jusque-là au diocèse de Lyon, il était naturel de garder son cœur à la Primatiale, et pour cette raison, dit Mgr Lyonnet, dans sa vie du cardinal Fesch (tome II, p. 232), Napoléon fit remettre à son oncle la précieuse relique. Celui-ci, à son tour, la remit solennellement au Chapitre de l’église Primatiale, le dimanche 19 septembre 1805, (Vie de M. Duplay). Comme consolation, le vicaire général, M. Courbon, céda aux religieuses de Lyon le précieux volume (t. II de la Vie des saints, par le Père Giry), dans l’intérieur duquel on avait enfermé la relique et le reliquaire lui-même. On leur en donna une attestation portant la signature des trois vicaires généraux et la date du 5 octobre 1805. Elles ont fidèlement gardé l’attestation avec le volume, respecté comme une relique.

C’est en mars 1806 que mourut la vaillante supérieure Thérèse Bonard ; elle fut remplacée par sa compagne, sœur Jonard.

Mgr Lyonnet, prêtre du diocèse de Lyon, puis évêque de Valence (1857) enfin archevêque d’Albi (1865-1875).

L’œuvre continuait modestement et semblait même faire quelques progrès. Les rentes et loyers du 1er août 1807 au 2 août 1808, atteignirent 5.505 livres. Un décret impérial, daté du camp de Friedland, 15 janvier 1807, restitua « aux sœurs de la Charité, formant l’association connue sous le nom de la Marmite de Sainl-Pierre-le-Vieux, la petite maison située à Lyon, rue Dorée, et provenant du chapitre de Saint-Jean ». C’est là même que les sœurs habitaient depuis la fondation de l’œuvre, en 1679 ; la maison leur avait été rendue en 1796, mais le décret l’attribue par erreur au chapitre. L’occasion de ce décret qui confirmait la propriété des sœurs, semble indiquée par les paroles suivantes « sauf à donner un autre lieu d’une égale valeur à la caisse d’amortissement, à laquelle cette maison avait été cédée en exécution de notre décret impérial du 8 mars 1806 ». En 1806, on aurait donc disposé par erreur de cette maison comme si elle n’avait pas été depuis dix ans restituée aux sœurs. L’Empire ne fut pas pour les œuvres de charité une époque de liberté. Le préfet avait défendu aux Marmites la distribution des légumes secs. Il y eut quelque contravention à cette défense. De là, le 5 juin 1812, une lettre de rappel à l’ordre et de reproches.

De 1809 à 1815, les sœurs furent soumises à une pénible épreuve. Napoléon, qui voulait tout réglementer, plaça, en février 1809, les congrégations hospitalières de femmes sous la protection de madame Mère. Il voulut aussi soustraire les Filles de la Charité à la direction du supérieur de la Mission et les soumettre à l’administration des évêques. La mère Deschaux, légitime supérieure, étant morte le 17 avril 1809, l’élection de sa remplaçante fut annoncée le jour même par une circulaire de l’assistante^ comme devant se faire le lundi de la Pentecôte. Elle ne put avoir lieu à cette date à cause du conflit soulevé par le gouvernement. M. Hanon qui gouvernail la famille de Saint-Vincent, par ordre du pape Pie VII, avec le titre de vicaire général, s’opposa aux prétentions de l’empereur, et, comme conséquence, un décret impérial du 27 septembre 1809, supprima la congrégation de la Mission. L’élection de la sœur Mousterot put se faire le 10 décembre 1809. Elle fut reconnue comme supérieure générale, légitimement élue, mais obligée bientôt après, par le gouvernement, de se démettre, elle fut renvoyée de la communauté.

Le 15 mai 1810, la sœur Durgueilh, nommée à sa place par l’influence du gouvernement et de l’archevêque de Paris, se présenta à la compagnie comme légitime supérieure depuis la démission de sœur Mousterot, par la raison qu’elle avait été proposée avec elle à la dernière élection. Malgré cette raison, la légitimité de sœur Durgueilh fut refusée par un grand nombre de maisons. On ne trouve, par exemple, aucune de ses circulaires à Saint-Jean, ni à Saint-Paul, ni à la Marmite, de 1809 à 1815 ; les archives de Saint-Paul ont conservé l’ordre venu de la préfecture « pour les sœurs de la Charité desservant différentes œuvres de la Marmite, de partir dans les vingt-quatre heures pour le lieu de leur naissance, monseigneur le cardinal ayant promis d’envoyer d’autres sœurs pour ce service ». La raison de ce brusque renvoi était le refus de « reconnaître la supérieure de leur ordre ». Le renvoi fut signifié aux sœurs de Saint-Paul, le 10 avril 1812 ; elles partirent le 11 au soir et le lendemain matin elles étaient remplacées provisoirement par trois sœurs Saint-Charles. À la Marmite d’Ainay, aujourd’hui paroisse Sainte-Croix, rue Auguste-Comte, les sœurs furent aussi renvoyées, mais non remplacées, car le 12 avril, les Dames, dans leur délibération, demandent l’autorisation de remplacer, par des filles laïques, les respectables sœurs que M. le préfet, par ordre du ministre, a obligées de se retirer.

À Saint-Jean, on ne trouve rien sur cette affaire, si ce n’est l’absence des circulaires de 1809 à 1815 ; dans celle de M. Hanon, du 24 février de cette année, est écrite en post-scriptum la permission pour les sœurs Jonard, Perrin et Bauzin, de reprendre l’habit religieux, ce qui indique qu’elles avaient dû quitter la maison et l’habit.

L’expulsion des sœurs de Lyon, en 1812, fut fatale à une maison fondé en 1806, sur la paroisse Saint-Nizier, rue des Quatre-Chapeaux, et mentionnée dans les almanachs de Lyon sous la rubrique : Sœurs dites des incurables ; ceux-ci ne pouvant être reçus dans les hôpitaux de la ville, devaient être soignés à domicile. Comme les sœurs de Saint-Paul, celles de Saint-Nizier furent remplacées par des sœurs Saint-Charles ; ces dernières y sont demeurées depuis, et tiennent la pharmacie des Quatre-Chapeaux. De nos jours, les sœurs Saint-Charles remplacent également à l’hôpital de Trévoux, les Filles de la Charité expulsées, sous Napoléon Ier, pour le même motif. La maison d’Ainay ne paraît pas avoir souffert de cette crise, car on trouve dans ses archives les circulaires de 1809 à 1815, ce qui semble prouver qu’elle ne fut point fermée.

Cette épreuve fut terrible pour la communauté, et faillit la perdre. Voici ce qu’en disait à la Chambre, en 1830, le député baron de L’Épine : il s’agissait aussi de la suppression des Lazaristes et autres missionnaires : « Rappelez-vous, Messieurs, ce décret de colère qui, en 1809, fut lancé sur les Lazaristes. Quel en fut l’effet immédiat sur les sœurs de la Charité ? Ce fut une désorganisation complète qui dépeupla leurs maisons et faillit anéantir leur congrégation. » (Vie de M. Étienne, p. 50). La pacification de la communauté ne se fit pas sans difficulté. M. Hanon, arrêté en 1811 et renfermé dans la forteresse de Fenestrelle en Piémont, où était aussi détenu le cardinal Pacca, fut remis en liberté le 13 avril 1814. Arrivé à Paris le 1er juin, il exigea que la sœur Durgueilh se démît, et restitua la sœur Mousterot, régulièrement élue en 1809. Sœur Durgueilh s’y refusa, porta l’affaire à Rome, où elle se sentait appuyée par le cardinal Mattei, dont elle se réclama dans sa circulaire du 1er janvier 1815. La réponse de Rome fut un bref adressé, le 24 février 1815, à M. d’Astros, vicaire général de Paris, le chargeant de signifier à la communauté, qu’une nouvelle élection, qu’il présiderait en qualité de visiteur apostolique, se ferait en présence de M. Hanon et dans laquelle toutes les prérogatives de celui-ci seraient respectées. L’élection eut lieu le 12 mars, et la sœur Baudet fut élue.

Mgr de Pins, administrateur apostolique de Lyon (1821-1850).

Dès le 1er janvier 1815, M. Hanon avait invité toutes les sœurs sorties, à rentrer, soit dans leur ancienne maison, soit dans toute autre de la communauté, dont la supérieure voudrait les accepter provisoirement. Permission était donnée de reprendre l’habit à toutes celles qui seraient au moins deux ensemble, dans un établissement de charité quelconque ; permission aussi de renouveler les vœux à celles qui le demanderaient. M. Hanon mourut le 24 avril 1816, sans avoir pu achever la réconciliation. Il restait dans quelques maisons des divergences entre les restées et les rentrées. Pour en finir, il fallut un nouvel appel à la concorde et à l’observation des règles, par une circulaire du 1er juillet 1816. En mai 1818, sœur Jonard était remplacée par sa compagne sœur Perrin, qui l’était elle-même, en 1828, par sœur Bauzin ; c’étaient les trois sœurs que M. Hanon avait autorisées, en février 1815, à reprendre l’habit et à renouveler leurs vœux. Elles se succédèrent dans la conduite de la maison. Mais la dernière, sœur Bauzin, affaiblie par l’âge, dut, en 1832, avoir une assistante, sœur Merle, qui lui succéda.

L’œuvre de la Marmite ou Sainte-Françoise avait repris ses distributions aux pauvres dans tout le territoire qu’elle avait avant la Révolution. La paroisse Saint-Just en faisait partie depuis que, par ses fondations successives de 1740 à 1790, elle avait droit à seize portions. En 1827, le curé de Saint-Just et celui de Saint-Irénée, ne remettant plus à l’œuvre que le tiers de leurs quêtes et retenant leurs Dames dans leurs paroisses, tendaient par là même à une séparation. L’œuvre accepta en ne donnant plus à leurs pauvres que les portions auxquelles ces paroisses avaient droit en proportion des revenus sauvés du naufrage de la Révolution, soit huit pour Saint-Just et six pour Saint-Irénée. Pour les mêmes motifs, une mesure semblable fut prise, en 1831, pour la paroisse Saint-Georges et dès lors, à côté de l’œuvre générale qui n’eut plus pour objet que la distribution des portions, on trouve l’œuvre particulière de Saint-Jean qui lit bénéficier ses pauvres des 5.000 francs de quêtes et des annuités des Dames.

Nous voici à l’époque où, sous l’épiscopat de Mgr de Pins, on voit l’œuvre s’accroître rapidement. Le 5 août 1839, M. Charpentier, demeurant quai Saint-Clair, 5, fit une donation de 32.000 francs aux Filles de la Charité de Saint-Jean pour fonder une Providence en faveur de six jeunes filles orphelines de Saint-Jean et de Saint-Georges. La donation ne pouvait être autorisée parce que les sœurs n’avaient point d’existence légale. La demande en fut faite, paraît-il, et n’aboutit pas, par suite de l’opposition de la communauté, dit une lettre de M. Gilardin, président du Bureau de bienfaisance du 6° arrondissement. M. Charpentier disposa alors de la somme de 32.000 francs pour sa providence en faveur du cardinal de Bonald. La maison Lagneau, rue Saint-Pierre-le-Vieux, 9, fut achetée en son nom, le 10 novembre 1842, au prix de 20.000 francs. Les 12.000 francs restants devaient produire un revenu pour l’œuvre. La maison des sœurs ayant reçu l’autorisation légale, le 30 mai 1855, le cardinal lui fit cession de la maison Lagneau, le 22 octobre suivant.

Un important accord fut conclu, le 16 août 1842, entre la ville de Lyon et le bureau de bienfaisance du 6e arrondissement, représentant les sœurs et l’œuvre, au sujet du percement de la rue du Doyenné. La ville, est-il dit dans l’acte, a depuis longtemps conçu le projet de faire communiquer la place Saint-Jean avec celle Saint-Georges par l’ouverture de cette rue. Ce projet avait même reçu un commencement d’exécution depuis l’archevêché jusqu’à la rue Saint-Pierre-le-Vieux ; là, on fut arrêté par la difficulté de trouver un local pour loger les sœurs en attendant la reconstruction de leur maison qui arrivait jusqu’à la rue Dorée et qui était condamnée à être démolie pour faire place à la nouvelle rue. Une intéressante lettre de M. Gilardin à M. Terme, maire de Lyon, en date du 17 avril 1841, révèle une autre difficulté. La municipalité avait la prétention de disposer de cette maison comme de son bien propre, par la raison que le bureau de bienfaisance en était le propriétaire légal. M. Gilardin montre, en faisant l’historique de l’œuvre, que la maison est la propriété indivise des sœurs et de l’œuvre Sainte-Françoise, et que c’est parce que ni l’une ni l’autre n’a d’autorisation légale que le bureau en est le représentant légal. Un mémoire, daté d’avril 1840, faisait remarquer à la municipalité que si un propriétaire peut céder de son droit, les mandataires des pauvres ne sauraient consentir au plus léger sacrifice qui compromettrait leurs intérêts. Enfin la ville s’étant fait autoriser, le 3 mai 1841, à recourir à l’expropriation, on traita de gré à gré. Elle donna 70.000 francs pour la démolition de la maison et la cession d’une bande de 8 mètres ; on ajoutait 3.000 francs d’indemnité pour le déplacement des sœurs. Outre le logement des sœurs et le local pour le service des pauvres, la maison qu’on allait démolir comprenait des parties louées dont on retirait un revenu annuel de 736 francs ; peut-être s’agit-il du local où on faisait des classes avant la Révolution.

Pour avoir, dans la maison qu’elles allaient construire, autant de logement que dans l’ancienne, les sœurs durent acheter à leur voisin M. Mory un terrain de 16 mètres de long qui lui restait sur la nouvelle rue. L’acte fut signé en mars 1844 ; le terrain coûtait 10.230 francs, à raison de 100 francs le mètre de superficie. Il fallut aussi surélever la maison Lagneau, afin de gagner en hauteur ce qu’on perdait en surface. Les constructions se firent en 1843 et 1844 ; la faillite de l’entrepreneur Lenoir donna beaucoup de tracas et nécessita de nombreuses formalités de paiements. Pour élargir la rue Saint-Perre-le-Vieux, la ville exigea qu’on bâtit en reculement. Le terrain qu’on lui cédait ainsi, joint à celui qu’on lui avait abandonné entre la rue Dorée et la nouvelle rue du Doyenné, formait un total dont le prix, à 100 francs le mètre, fut estimé 17.381 francs par acte du 10 avril 1846 ; une partie fut payée en 1849 et le reste ne fut réglé qu’en octobre 1861. après beaucoup de démarches et de difficultés surmontées par la sœur Callamand.

Le bienheureux J.-A. Bonnard, prêtre du diocèse de Lyon, martyrisé, peinture annamite, au grand séminaire de Lyon.

Le 7 janvier 1847, M. Aladet, représenté par sœur Joséphine Merle, achetait au sieur Mory trois maisons situées à l’angle des rues du Doyenné et Bellièvre, portant les numéros 12, 14 et 16. Elles provenaient des anciens religieux Trinitaires et touchaient par le nord et l’ouest à la propriété de la Marmite. Elles étaient en mauvais état et sans locataires : aussi, jusqu’à leur démolition, les sœurs demandèrent-elles d’être déchargées d’impositions. La contenance totale était de 598 mètres et le prix de 34.000 francs. Sœur Callamand, installée à Saint-Jean le 21 janvier 1850, fît élever en 1851 et 1852, sur une partie de l’emplacement de ces maisons le bâtiment affecté à l’orphelinat. Le prix de cette construction s’éleva à 67.000 francs. Elle donna occasion à quelques différends avec les voisins, à propos de jours fermés et d’autres servitudes : une transaction fut signée à ce sujet entre M. Aladet et les époux Théverut. La maison achevée, on l’orna, et à côté du portrait des anciennes supérieures de la communauté, on plaça ceux de Mgr Fransoni, archevêque de Turin qui, exilé, vécut dans cette maison plusieurs années, des bienheureux Ciel et Perboyre, prêtres de la Mission, martyrisés dans des contrées inhospitalières, dignes émules de notre bienheureux Bonnard, élevé à Lyon, et qui lui aussi donna sa vie pour sa foi.

En 1852, à l’occasion d’un legs de 6.000 francs on sollicita l’autorisation légale, qui fut accordée le 30 mai 1853. L’article 1er du décret est ainsi conçu : « La congrégation des sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul, existant à Paris, en vertu d’un décret impérial du 8 novembre 1809, est autorisée à fonder à Lyon (Rhône), rue du Doyenné, 4, un établissement de sœurs de son ordre, à la charge pour les membres de cet établissement de se conformer exactement aux statuts approuvés pour la maison-mère par le décret précité. »

La maison de Saint-Jean voyait se multiplier à Lyon les établissements de la communauté. En 4823, avait été fondée une maison de charité sur la paroisse Notre-Dame Saint-Louis, aujourd’hui Notre-Dame Saint-Vincent. Un ouvroir fut ouvert, en 1846, pour le tirage de la soie, Montée du Chemin-Neuf, 49, là où quelques années plus tard devaient habiter les missionnaires. Mais cette maison fut fermée en 1848 à la suite du pillage et de l’incendie des ateliers par les Voraces ou insurgés de la Croix-Rousse. En 1847, ce fut la fondation de la maison de charité de Saint-Bonaventure ; en mars 1848, la maison de santé de la route de Vienne. Les désordres de 1848 ralentirent cet élan qui reprit en 1855 par la fondation de l’asile des garçons incurables de Saint-Alban. En 1857, s’ouvrirent la providence et les écoles de la nouvelle paroisse de la Rédemption ; la pharmacie des ouvriers en soie à Saint-Polycarpe ; l’hôpital militaire et les écoles de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul, ces deux dernières fondations destinées à disparaître en 1904 et 1906. Une note de Mme veuve de Corombert, dit que le 14 décembre 1858, M. le curé Rozier donna lecture à l’assemblée de fragments d’un ouvrage composé par lui sur la fondation et la marche de l’œuvre de Sainte-Françoise ; il s’agit de la notice malheureusement inachevée et résumée dans notre travail. M. Rozier mourut le 30 mai 1859, et le 22 juin l’assemblée faisait l’éloge de celui « qui pendant dix-sept ans avait prodigué à l’œuvre son zèle et ses lumières ».

De décembre 1856 à 1860, il est plusieurs fois question dans les registres de l’œuvre de Saint-Jean d’une nouvelle répartition ou séparation des intérêts de Saint-Jean et de Saint-Georges. Le brouillon d’un mémoire adressé à Mgr l’archevêque et communiqué par M. Rozier à Mme Corombert, le 31 mars 1859, rappelle la destination des portions qui fut faite, en 1827, avec Saint-Just et en 1831 avec Saint-Georges. A cette paroisse, il avait été attribué trente-cinq portions et soixante-quinze à Saint-Jean. D’après le mémoire, c’est M. le Curé de Saint-Georges qui demande une nouvelle répartition, et on propose de lui donner un peu moins, c’est-à-dire un tiers, vu que Saint-Jean représente les deux anciennes paroisses de Saint-Pierre-le-Vieux et de Sainte-Croix. Le mémoire est accompagné d’un tableau des ressources de l’œuvre qui peut se résumer ainsi. L’œuvre générale possède un revenu total de 4.832 francs ; le revenu des loyers est de 900 francs, soit un total de 5.732 francs. L’œuvre particulière de Saint-Jean possède un revenu annuel de 5.251 francs. Les quêtes produisent 3.000 francs et les annuités de 130 dames 3.120 francs, soit un total de 13.371 francs.

Le différend avec Saint-Georges se termina aux assemblées de juillet 1860 et janvier 1861. L’œuvre cédait à Saint-Georges les deux maisons estimées 18.000 francs, sur lesquelles il n’avait droit qu’à un tiers et en échange Saint-Georges offrit 600 francs de la rente annuelle qui lui était due. Saint-Jean gagnait à ce traité de n’avoir plus la charge de la réparation des deux maisons portant les nos 78 et 82.

Le 6 mars 1860, sœur Callamand écrivait au président du 10e comité de bienfaisance pour le prier de s’adresser au comité central et d’obtenir de la ville, le paiement d’une somme de 17.000 francs encore due pour la cession de terrains qu’on lui avait faite en 1843. Cette lettre importante fait l’historique de la maison et montre la propriété commune des sœurs et de l’œuvre Sainte-Françoise sur tout l’immeuble. Outre la question de justice, sœur Callamand invoquait le besoin de ressources pour réparer le mur lézardé du nouveau bâtiment, payer les dettes et construire une salle pour les pauvres.

Une œuvre fondée en 1860 par sœur Callamand fut celle des Bonnes Mères ou petit hospice pour les vieilles femmes. Le registre des Dames, du 13 mars 1860, appelle cette œuvre une providence de vieilles femmes créée chez les sœurs, et il ajoute « qu’elles pourront recevoir les portions de la marmite ».

Le 9 novembre 1861, M. Étienne, supérieur général de la congrégation de la Mission et des Filles de la Charité, installait à Lyon, montée Saint-Barthélémy, 34, deux de ses missionnaires et un frère. Ce retour à Lyon, des fils de Saint- Vincent, soixante-neuf ans après que la révolution les en avait chassés, fut une grande consolation pour sœur Callamand qui avait beaucoup travaillé à obtenir ce résultat, avec le concours de M. Brac de La Perrière, président des conférences de Saint- Vincent de Lyon. Le premier emploi des missionnaires fut l’aumônerie de deux réunions de la Sainte-Famille qui se faisaient l’une dans la crypte de l’Immaculée-Conception, l’autre dans [la chapelle du pensionnat des Frères des Écoles chrétiennes établi dans l’ancienne maison des Lazaristes et qui en porte encore le nom. Les missionnaires étant mal logés, ils s’installèrent en août 1862, montée du Chemin-Neuf, 49, et le 14, M. Étienne bénissait lui-même la chapelle et la Maison. Les sœurs eurent cette même année la consolation de voir s’installer à Lyon l’œuvre des Pauvres malades que M. Étienne avait rétablie à Paris en 1840. Le bureau de l’œuvre Sainte-Françoise fit bon accueil à cette œuvre-sœur, et le 10 mars 1863, comme témoignage de sympathie, mais sans engagement pour l’avenir, elle donna 300 francs à l’œuvre de la visite des malades pauvres.

Le 11 avril 1862, le registre des Dames signale le désir du bureau de faire nommer par le 10e comité de secours un architecte qui serait adjoint à celui de sœur Callamand, en vue de vérifier les travaux à faire rue du Doyenné, 4, c’est-à-dire pour la construction de la chapelle des enfants de Marie, avec au-dessous, une salle pour recevoir les pauvres.

La maison de Saint-Jean ne faisait pas seulement des constructions, elle obtenait aussi des merveilles. Un fait extraordinaire que plusieurs qualifièrent de miraculeux se produisit grâce à l’intercession du bienheureux Vianney, curé d’Ars, décédé depuis trois ans et pour lequel on avait dans la maison un vrai culte. Une enfant de la providence, Adélaïde Joly, âgée de neuf ans, s’étant heurtée contre un mur en tombant, fut atteinte d’une tumeur blanche au bras gauche. Les médecins désespéraient de la guérison ; un lacet des souliers du vénérable serviteur de Dieu, fut appliqué sur le bras de la patiente pendant une neuvaine de prières. La guérison survint de suite, et fut tellement complète que bientôt il ne subsista plus aucune trace de la maladie. Ce récit est l’extrait textuel du décret de la Congrégation des Rites, du 18 février 1904, déclarant l’authenticité de ce miracle en vue de la béatification du vénérable serviteur de Dieu. Une seconde grâce fut obtenue en 1864, en faveur de sœur Callamand. À la suite d’un rhumatisme à la tête, qui avait commencé le jour même de ses vœux, le 15 octobre 1840, elle avait perdu l’œil droit. Une neuvaine faite à saint Jean Népomucène, lui avait obtenu la guérison du rhumatisme, mais son œil resta dans le même état. Il demeura privé de la vue pendant vingt ans. En 1863, sœur Callamand fut menacée de perdre l’œil gauche ; malgré les traitements des médecins, son état empirait, et elle finit par être obligée de cesser tout travail ; elle ne reconnaissait pas une personne à deux pas. En 1864, M. Étienne, de passage à Lyon l’autorisa, pour obtenir sa guérison, à faire une neuvaine et à aller assister à Dax, à l’inauguration du monument érigé au lieu de la naissance de saint Vincent. La neuvaine devait se terminer le 24 avril, jour de l’inauguration. Beaucoup de personnes, surtout à Lyon et à Alger, s’unirent à cette neuvaine, et en particulier les 200 enfants de Marie de Saint-Jean. Elles priaient avec tant de ferveur, qu’elles se tenaient pour sûres d’être exaucées ; au moment même où la procession se faisait au bureau de saint Vincent, elles montaient au Chemin-Neuf à la chapelle des missionnaires portant chacune un cierge et un chandelier auprès de la relique du saint fondateur pour le remercier d’avance de la guérison obtenue par son intercession. Au Bureau, cependant, la journée se passait sans modification et sœur Callamand se résignait à reprendre le chemin de Dax avec son infirmité, lorsqu’elle eut la pensée de demander sa guérison, non plus pour elle-même, mais pour récompenser la foi de tant de jeunes cœurs. Elle repartit, et sur la route de Dax, bordée de peupliers, elle commença à voir. Une seconde neuvaine fut commencée pendant laquelle elle allait deux fois par jour au monument de saint Vincent, et son œil alla de mieux en mieux. Elle persévéra dans la prière et à la fin de la cinquième neuvaine, l’œil était parfaitement guéri. Depuis, elle put reprendre son travail et le continuer sans éprouver la moindre fatigue. Tel est le résumé de la relation qu’elle en fit elle-même et que M. Étienne inséra dans sa circulaire du 4 août 1864, où il raconta huit autres miracles obtenus par l’intercession de saint Vincent.

Aujourd’hui les œuvres dirigées par les Filles de la Charité sont plus nombreuses et plus prospères que jamais. Après la guerre surtout, et sous la ferme impulsion de Mgr Ginoulhiac, la maison du Doyenné s’est agrandi et décoré. Le matériel n’a pourtant pas diminué le spirituel et le lecteur ne constatera pas sans émotion que ces religieuses. fidèles disciples de saint Vincent, ont depuis deux siècles et demi collaboré dans notre ville, comme on vient de le voir, à de nombreuses œuvres de charité et de dévouement. Il suffira pour me résumer de rappeler les quatre établissements aujourd’hui existant : le Doyenné, l’œuvre des Messieurs à Ainay, l’œuvre des Dames ou de la Marmite, rue Auguste-Comte ; enfin la maison de Saint-Paul à Pierre-Scize.

Mgr Ginoulhiac, archevêque de Lyon (1870-1875).

La chapelle des sœurs Saint-Vincent-de-Paul occupe le premier étage de leur maison du Doyenné. Elle n’est pas très vaste, ne devant servir qu’aux religieuses. L’autel de marbre est simple, orné, par devant, de cinq arcades ouvertes. Sous la table de l’autel repose le corps de saint Maxime martyr : les chairs de ce confesseur de la foi ont naturellement disparu, mais les ossements ont été habillés d’un corps factice de cire. Le chœur de l’église est séparé de la nef par une architrave supportée par deux colonnes. Au bas de la chapelle s’ouvre une salle allongée qui sert au besoin à l’agrandir. Récemment, on a fait construire une autre chapelle pour la congrégation des enfants de Marie de la paroisse : ce sont elles qui en ont fait tous les frais. Elle est vaste et belle. Sous l’autel repose le corps du martyr saint Polydore et tout autour se trouvent quatre statues représentant saint Joseph, saint Vincent de Paul, les bienheureux Ciel et Perboyre, ces deux derniers de la congrégation de la Mission. Le chœur et les murs de la nef sont décorés de belles fresques dues au pinceau de deux religieuses de la maison. Enfin les fenêtres sont décorées de vitraux avec médaillons de gracieux effet.