Histoire des églises et chapelles de Lyon/Saint-Eucher

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H. Lardanchet (tome Ip. 305-309).

SAINT-EUCHER

La Croix-Rousse tire, on le sait, son nom d’une croix rouge plantée, au xvie siècle, au carrefour de la montée de la Boucle et de la grande roule qui allait de la porte Saint-Sébastien, par Montluel, vers la Suisse et la Champagne. Elle fut plusieurs fois abattue et restaurée. Quant on la détruisit, en dernier lieu, elle occupait le centre de la place. Des auberges pour les rouliers s’étaient autrefois groupés tout autour : telle fut la première population de ce quartier. En 1624, les Augustins-Déchaussés s’établirent sur le plateau même, où ils furent chargés du service religieux relevant au spirituel des trois paroisses du bas de la colline : Saint-Vincent, Notre-Dame de la Platière et Saint-Pierre-Saint-Saturnin.

Après le Concordat, l’ancienne chapelle Augustine fut convertie, sous le nom de Saint-Denis, en église curiale du faubourg considérablement accru, et on lui attribua tout l’espace compris au delà des remparts, entre le Rhône et la Saône, jusqu’aux confins de Cuire et de Caluire, c’est-à-dire l’étendue de toute une ville. Au demeurant, la Croix-Rousse portait dès lors ce titre, et commençait à montrer l’activité industrielle qui devait donner à Lyon une juste célébrité. La population dépassant bientôt 20.000 âmes, il fallut diviser le territoire en de nouvelles églises. Le premier démembrement par la fondation de Saint-Charles de Serin, en faveur des riverains de la Saône, qui étaient, de fait, les plus éloignés de Saint-Denis, date de 1824. Mais les habitants du cours d’Herbouville et des rues situées vers le versant oriental ne tardèrent pas à trouver aussi que trop de distance les séparait de Saint-Denis, outre qu’il fallait, pour y venir, gravir les pentes escarpées de la montée Rey, de la montée du Boulevard ou des Gloriettes, la montée Bonnafous n’existant pas encore.

MM. Cabias, maire, Peysselon, adjoint, Sandier, Dugas, Pallière, Dallemagne, Picquet, firent des démarches afin d’obtenir l’érection d’une troisième paroisse pour la Croix-Rousse. De concert avec les principaux propriétaires et sans autre délai, ils se mirent à édifier une église près de la place de la Boucle. Le 7 avril 1840, M. Peysselon écrivit à Mgr de Pins, évêque d’Amasie et administrateur apostolique du diocèse de Lyon, lui demandant un curé. Sa Grandeur ne fil pas attendre sa réponse et, dès le 14, nomma un prêtre en qui il avait toute confiance, son aumônier particulier, M. Benoît-Honoré Giroud, né à Lyon, en 1800, et déjà chanoine d’honneur de la primatiale. Le 19 avril, jour de Pâques, M. Giroud bénit l’édifice, aussitôt envahi par une foule recueillie. Les autorités civiles étaient au complet. La grand’messe fut célébrée avec des ornements d’emprunt sur un autel improvisé ; la musique militaire suppléa aux chantres. Le grand séminaire avait député quatre clercs, pour officier plus solennellement. Mmes Bertrand-Arnoux et Gamot-Bianchi firent une quête employée à l’achat d’un premier ornement qui servit le dimanche suivant. Par une généreuse émulation, les notables s’empressèrent de fournir les objets les plus indispensables : calice, ostensoir, chandeliers, chasubles, aubes, rochets, surplis, enfin des confessionnaux et des chaises. Citons parmi ces bienfaiteurs, MM. Dugas, Sandier, Pallière, Picquet, Oulevey, Fougasse, Bertrand, Ochs, Philippe.

Mgr de Pins avait choisi pour patron de la nouvelle église saint Eucher, lequel n’avait patronné jusque là, au moyen âge, que la recluserie de Fourvière. Il était réservé à notre âge de réparer ainsi envers ce docte et grand évêque de Lyon, comme envers saint Pothin, l’indifférence des siècles précédents. Aussi bien quelques mots de biographie sur ce prélat ne seront point superflus. Certains des faits qu’on va lire sont douteux, contestés et attribués à un autre personnage du même nom d’Eucher, mais comme ce n’est point ici le lieu d’engager des discussions historiques, il suffira de rapporter la légende telle qu’on la trouve communément relatée par les historiens.

Eucher naquit en Provence, vers la fin du ive siècle ; fils d’un sénateur, sénateur lui-même, il joua un rôle important au milieu des bouleversements de l’empire. Il possédait d’immenses domaines sur les bords de la Méditerranée, en face des îles de Lérins ; il épousa la noble patricienne Galla, aussi riche en vertus qu’en biens de ce monde, et en eut deux fils, Salonius et Véran, devenus plus tard tous deux évêques, et deux filles, Tullia et Consorce, dont l’église a conservé la mémoire dans le calendrier. Quand il eut achevé d’instruire ses enfants, il se résolut, d’accord avec sa femme, à quitter le monde et à embrasser la vie monastique. Il se retira à Lérins sous la discipline et le patronage de saint Fortunat, puis dans l’île de Léro, aujourd’hui Sainte-Marguerite, enfin dans une grotte du cap Roux où, en 431, le clergé et le peuple de Lyon vinrent le chercher pour le mettre sur le siège primatial des Gaules.

Saint-Eucher.

Eucher fut vingt ans évêque de notre ville, fit progresser la foi dans les vastes campagnes de son diocèse, assista à plusieurs conciles, en présida quelques-uns. II avait une prédilection pour le monastère de l’Île-Barbe, dont l’abbé Maxime devint son auxiliaire dans l’administration du diocèse ; il aimait à s’enfermer dans le monastère de cette île célèbre, pour étudier et méditer.

Eucher écrivit et prononça nombre d’homélies dont huit sont restées fameuses et dont l’une, consacrée à sainte Blandine, est un chef-d’œuvre d’élévation et de piété ; il mourut vers 454. Saint Mamert, évêque de tienne, affirme qu’Eucher fut, et de beaucoup, le plus grand des prélats de son temps. Le savant cardinal Baronius a voulu qu’il y ait eu, sur le siège de Lyon, deux Eucher, dont il place le second entre saint Viventiol et saint Loup, de 520 à 528, non sans lui prêter une partie de la vie et des travaux du premier. L’opinion la plus probable assure qu’il y a là une confusion. S’il parut un autre Eucher que le nôtre, ce fut, selon toute vraisemblance, un évêque d’Avignon du vie ou du viie siècle siècle.

Revenons à l’histoire de la paroisse Saint-Eucher. La première fête du saint patron fut célébrée, le 29 novembre 1840, avec tout l’éclat possible. Le supérieur du grand séminaire prêta une chaire en bois, mais qui fut bien occupée. L’abbé Plantier, professeur d’hébreu à la Faculté de théologie, y parut une résurrection d’Eucher lui-même et par sa parole brillante et par son visage d’ascète. Des auditeurs ravis prophétisèrent qu’il deviendrait lui aussi évêque. On sait que Mgr Plantier illustra le siège de Nîmes.

L’église appartient au style grec et la voûte en est romane. L’intérieur mesure 46 mètres de long sur 14 de large. Un pourtour règne derrière l’autel ; le chœur est vaste et commode, l’acoustique parfaite. L’édifice repose, indépendamment des murs d’enceinte, sur huit piliers et dix-huit colonnes ; il est éclairé par trente-trois fenêtres, dont vingt sont ornées de vitraux divers. Le maître-autel, celui de Notre-Dame-du-Rosaire et celui de Saint-Joseph sont en marbre blanc ; ceux du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Pellevoisin en bois peint. Le buffet de l’orgue est combiné de telle façon qu’il laisse apercevoir du fond de la nef, l’image du Sacré-Cœur, rayonnante, derrière la croix, sur le vitrail de l’abside. Une belle fresque représente, dans la coquille de la voûte, la fraction du pain à Emmaüs. Quatre médaillons dessinent les évangélistes au-dessus des piliers du chœur. La chaire en marbre de Carrare, inaugurée le 13 janvier 1841, fut par malheur une méprise de l’auteur, M. Andouin : il donna au pourtour extérieur les mesures fixées pour l’intérieur et ne fit, malgré la correction et l’élégance de la forme, qu’un monument trop étroit et de mesquine apparence ; la partie inférieure se termine par une pomme de pin renversée, en mémoire des armoiries parlantes de Mgr de Pins.

Au résumé la décoration générale de l’édifice est sobre, en harmonie avec le style, et d’un effet à la fois ample et gracieux. La cloche porte le nom du cardinal de Bonald, son parrain : Maurice. Ajoutons que Saint-Eucher possède une relique de la vraie croix, provenant de celle que l’on connaît sous le nom de grande croix de saint Bernard.

Le maître-autel de marbre blanc porte au bas l’inscription : « D.O.M. Sub invocatione S. Eucherii. » La coupole de l’abside est ornée d’une belle fresque : Jésus et les disciples d’Emmaüs, et, au fond, derrière les orgues, se voit le vitrail du Sacré-Cœur, celui-ci est entouré de l’invocation : « Salut de ceux qui espèrent en vous. » Contre les piliers du chœur on a placé les statues de saint Eucher et de saint Irénée.

Dans le transept de droite, s’ouvre la chapelle Saint-Joseph ; au-dessus de l’autel la statue du saint est entourée de deux bas-reliefs de terre cuite : la Fuite en Égypte et l’Atelier de Nazareth. Le vitrail de la chapelle représente la mort du saint patriarche. En descendant la nef de droite on voit, au-dessus de la porte de la sacristie, une statue de l’ange gardien conduisant un enfant. Les petites nefs sont éclairées par des verrières avec sujets, dont voici l’énumération : 1° la Cène, vitrail donné par la confrérie du Saint-Sacrement ; 2° Notre-Seigneur apparaît à saint François d’Assise et lui accorde l’indulgence de la portioncule ; 3° Communion de saint Louis de Gonzague, vitrail donné par les jeunes gens du cercle paroissial. Dans le fond de l’église, du côté droit, un petit oratoire fermé contient un groupe en prière représentant Notre-Dame de Pitié ; sur le socle de la statue est écrit : « Consolatrix afflictorum ». Derrière le groupe on a peint une fresque représentant les saintes femmes vénérant les instruments de la Passion : la croix, le suaire, la couronne d’épines. Dans le vitrail dédié à Notre-Dame des Sept-Douleurs, la Vierge se tient auprès de la croix.

Au milieu de la nef droite se trouve une modeste chapelle du Sacré-Cœur : l’autel est décoré d’un cœur accosté du monogramme du Christ ; au-dessus de l’autel, un tableau représente Jésus accompagné de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque et saint François de Sales. Dans cette chapelle se dit, chaque jeudi, une messe réparatrice.

Dans le transept de gauche s’ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge ; l’autel est surmonté d’une statue de la Mère de Dieu ; de chaque côté deux niches contiennent les statues de sainte Catherine, et de sainte Philomène. Le vitrail qui éclaire la chapelle représente sainte Anne et la Vierge enfant. Dans la nef de gauche on a placé un saint Antoine de Padoue. Plus bas, s’ouvre la chapelle Notre-Dame de Pellevoisin : la statue de la Vierge porte le scapulaire ; elle est surmontée d’une peinture : la Flagellation. Au fond, un oratoire fait face à celui de Notre-Dame de Pitié ; il renferme les fonts baptismaux ; le vitrail représente le baptême de Clovis.

Arrêtons-nous quelques instants aux vitraux de l’église ; en voici l’énumération : 1° saint Dominique reçoit le rosaire, verrière donnée par la confrérie du saint Rosaire ; 2° sainte Françoise Romaine distribue du pain aux pauvres ; c’est un don des dames de Charité à leur patronne ; 3° le bon Samaritain, avec la sentence : « Allez et faites de même » ; 4° la Présentation de la Vierge au temple ; donné par les enfants de Marie.

Au-dessus de la porte principale, on a placé un grand crucifix. La chaire est de marbre, mais simple. Contre les deux premiers piliers se trouvent les statues de saint Pierre et de Notre-Dame de Lourdes.