Histoire des croyances en Chine/01

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Histoire des Croyances religieuses et des Opinions philosophiques en Chine
(p. 11-18).



Première Leçon


SommaireA. — Le peuple chinois au début de son histoire. Religion primitive. — B. Les empereurs électifs 堯 Yao et 舜 Chounn. Culte impérial. Le Ciel, Souverain d’en haut ; les monts et fleuves ; les Génies locaux. Le bûcher. Les sept Recteurs et les six Météores. — C. Notion antique de la mort. Après la mort, Génies du ciel, Génies de la terre, Mânes non glorieux. La musique évocatrice avant l’offrande. — D. Le Ciel, Souverain universel. Son mandat. — E. Superstitions prohibées. — F. Divination par l’écaille de tortue. — G. La première dynastie. Historique. Texte unique. — H. Résumé.


A. Au lever de la toile, vingt deuxième siècle avant J. C., le peuple chinois nous apparaît d’emblée comme un peuple sédentaire, déjà civilisé, n’ayant plus rien du primitif (voyez page 17, notes). Établi dans le pays qu’il habite encore, appliqué à l’agriculture comme il l’est encore, ses mœurs étaient en bien des points ce qu’elles sont encore. Des clans puissants étaient les vrais dépositaires du pouvoir. Ils avaient à leur tête un empereur, chef suprême de la nation. Celui-ci pouvait choisir son successeur, avec leur assentiment ; ou les chefs des clans se chargeaient de pourvoir à la succession ; en tout cas, dans les premiers temps, l’empire ne fut pas héréditaire, et l’influence de l’aristocratie est sensible. Au dessous de cette aristocratie gardienne du trône, des officiers, prolongements de l’empereur. Puis, en bas, très bas, le peuple, assez bien soigné, pas trop exploité, protégé avec sollicitude ; délibérément privé de toute instruction théorique ; dirigé, en pratique, pour tout et jusque dans les moindres détails ; comme on dirige des mineurs incapables de se conduire. Cependant, tout en haut, l’empereur a peur du petit peuple, et se garde de le tyranniser. Non qu’il craigne une révolte. Il craint pis que cela. Croyant que son mandat impérial lui a été donné par le Ciel pour qu’il fasse du bien au peuple, il craint que le Ciel ne lui retire ce mandat, si le peuple venait à se plaindre de lui avec raison.

Père de son peuple, l’empereur est aussi son pontife. C’est pour le bien du peuple, qu’il honore le Ciel, le Souverain d’en haut. C’est pour le bien du peuple, qu’il invoque les Génies des monts et des fleuves. C’est pour le bien du peuple, qu’il salue les Génies des localités. Culte officiel, auquel les seigneurs avaient une part subordonnée, chacun dans son ressort et dans une certaine mesure. Le peuple était spectateur de ce culte officiel ; mais il n’avait pas droit d’y participer, sous peine de lèse majesté. Son culte à lui, se rendait au Génie tutélaire de son hameau, au Patron des terres cultivées par ceux de son village, devant un tertre élevé au nom de l’empereur. Ce Génie, ce Patron local, être transcendant innomé, était censé délégué par le Génie de la principauté ou de la préfecture, qui l’était par celui de l’empire, qui l’était par le Ciel. Hiérarchie du monde invisible, à l’instar de celle du monde visible. — Ciel, Génies et Mânes, ces deux dernières catégories n’en faisant au fond qu’une seule, les Génies étant l’aristocratie des Mânes, les Mânes glorifiés. Culte officiel impérial, pour la totalité de l’empire ; culte officiel délégué aux seigneurs ou aux fonctionnaires, dans les diverses sections du territoire ; culte privé des particuliers à leur tertre natal. Voilà, dans ses grandes lignes, la religion chinoise d’avant le vingtième siècle. Animisme, sous un Être suprême unique, dont aucun texte ancien n’explique la nature ni l’origine. — Laissons parler les documents de cette période, peu nombreux mais très clairs. Ils sont tous tirés des Annales. Je n’emploierai que ceux qui sont reconnus comme authentiques par tous les critiques.


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B. Le premier empereur historique 堯 Yao, abdiqua, en 2073, en faveur de 舜 Chounn, et mourut en 2045. Chounn mourut en 1992, laissant l’empire à 禹 U, dont le règne commença en 1989, les trois années du deuil impérial étant retranchées. U le Grand ayant eu pour successeur son fils, est compté comme le premier empereur de la première dynastie 夏 Hia, 1989 1559. Au premier jour de l’an 2073, Chounn reçut l’abdication de Yao, dans le temple et devant la tablette de l’Ancêtre chef de la lignée... L’Ancêtre étant ainsi informé. Chounn annonça son entrée en fonctions, par un sacrifice, au Souverain d’en haut, au Ciel... Ces deux termes désignent le même titre, disent les Commentateurs unanimement. Le terme Ciel s’applique à son essence, le terme Souverain exprime sa puissance.

Ce sacrifice fut offert au tertre impérial de la capitale. — Après avoir ainsi vénéré le Ciel, Chounn salua en esprit, de loin, les monts et les fleuves principaux de l’empire, en se tournant vers leurs positions géographiques. Il les salua, disent les Commentateurs, pour que l’empire obtint les pluies nécessaires, et fût préservé de toute inondation. — Enfin, dit le même texte, Chounn fit le tour de la foule des Génies ; c’est à dire qu’il leur adressa un salut circulaire collectif, par lequel ils furent censés salués tous, dans toutes les régions de l’espace... La foule des Génies, ce sont, disent les Commentateurs, les Génies moins importants que ceux des monts et des fleuves ; ceux des collines, des digues, des canaux, etc. Âmes d’hommes célèbres défunts, logées, ou dans des lieux terrestres plus notables, ou dans les ouvrages jadis édifiés par eux. On les supposait plus ou moins puissants, et influents dans un certain rayon.

L’empire était divisé en quatre régions. Chaque région avait, comme centre politique et hiératique, une haute montagne. En 2073, après les cérémonies de l’avènement à la capitale, Chounn visita successivement ces quatre centres. Sur chacune des quatre montagnes, il alluma un bûcher, pour avertir le Ciel de sa présence, du zèle qu’il mettait à s’acquitter de ses fonctions d’empereur... Le ciel est si haut, disent les Commentateurs, qu’il n’est pas possible de s’aboucher avec lui directement ; mais la flamme et la fumée établissent communication. — Cela fait, Chounn s’inclina vers les monts et les fleuves de la région. La foule des Génies n’est pas nommée ici, mais il est moralement certain qu’elle reçut son salut. — Enfin l’empereur conféra avec les seigneurs réunis en comices, renouvela leurs investitures, s’enquit si les régales étaient bien observées, etc. Sa tournée dura toute l’année. Rentré à la capitale, Chounn annonça son retour à l’Ancêtre, et lui offrit un bœuf. Cette tournée impériale se faisait alors tous les cinq ans, toujours avec le même cérémonial.

Les Annales racontent que, en 2073, lors de son entrée en charge, Chounn constata la position harmonieuse des sept Recteurs, et fit une offrande aux six Météores. Les sept Recteurs sont les sept corps célestes mobiles, soleil lune et cinq planètes. Les six Météores sont, le vent, les nuées, le tonnerre, la pluie, la froidure, la chaleur. — Les corps célestes étaient considérés par les Anciens d’alors, comme le sémaphore du Ciel, un appareil complexe au moyen duquel le Souverain d’en haut donnait des indications et des avertissements aux hommes. Les météores, favorables ou défavorables, étaient aussi censés produits par lui. Le culte chinois antique des corps célestes et des météores, ne fut donc pas inspiré par des théories animistes ou naturistes. Il fut une expression de la foi religieuse du temps.


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C. En l’an 2045, le vieil empereur Yao monta et descendit, disent les Annales, c’est à dire qu’il mourut. L’idée de survivance après la mort, dans un état différent, ressort clairement des textes des Anciens. Ils crurent que la mort divise l’homme en deux partie, l’âme supérieure plus subtile qui monte dans les hauteurs, et l’âme inférieure plus dense qui descend en terre unie au cadavre. Ils n’entendirent pas la division du composé humain, comme résultant adéquatement en âme et cadavre. Ils n’eurent, à aucune époque, la notion d’une âme spirituelle au sens chrétien du mot. L’âme supérieure subtile est toujours dite ressembler à la vapeur, à la fumée. — Le peuple fit pour l’empereur Yao défunt, comme pour père et mère, disent les Annales ; c’est à dire qu’il pleura sa mort durant trois ans. Le principe chinois fut toujours que, les parents ayant souffert et travaillé durant trois ans pour engendrer un enfant et lui donner sa première éducation, après leur décès l’enfant leur doit en retour trois années de pleurs.

En l’an 2042, nommant ses divers ministres, l’empereur Chounn prépose un certain 伯夷 Pai-I aux trois sortes de rits, c’est à dire au culte en général, et spécialement au culte des Ancêtres dans leur temple. Les trois sortes de rits s’adressaient aux trois sortes d’êtres transcendants, Génies des régions célestes, Génies des régions terrestres, Mânes non glorieux entre deux. Ces derniers sont nommés ici pour la première fois. Tous êtres de même nature d’ailleurs. — Un certain 夔 K’oei est préposé à la musique en vue d’établir les relations entre les Génies, les Mânes et les hommes. C’est là, en effet, le but de la musique, art sacré et non profane chez les Anciens. Les sons des instruments et les voix des chanteurs, avertissaient, attiraient les Génies et les Mânes. Leur effet allait plus loin. Intimement liés aux nombres mère de la gamme, les accords de la musique étaient censés avoir, comme certains chiffres, une répercussion cosmique ; faire vibrer harmonieusement l’éther mondial, quand ils sont consonants et non dissonants, et attirer ainsi paix et prospérité. K’oei lui-même se vante, en 2002, que sa musique produit cet effet : quand les phonolithes résonnent, quand les cordes vibrent, quand les chants retentissent, les Ancêtres viennent visiter », dit il... Visite spirituelle, mentale, imaginaire, diront plus tard les Commentateurs. Est il bien sûr que les Anciens l’aient entendu ainsi ?.. Sans doute ils ne crurent jamais que les Ancêtres viendraient manger et boire leurs offrandes. Mais les bronzes de la deuxième dynastie nous montreront qu’ils venaient au moins humer les offrandes, et qu’on relevait sur le sable ou sur la cendre, les empreintes de leurs pieds et de leurs main.


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D.   Cueillons, dans des conversations familières tenues, en 2002, par le vieil empereur 舜 Chounn, avec ses 禹 U et ---- Kao-yao, et conservées dans les Annales, les sentences suivantes qui vont à notre sujet, et montrent comment on parlait en ce temps là. U dit : — Prince, veillez sur vous dans l’exercice de votre charge ; que votre conduite montre à tous que vous êtes le mandataire du Souverain d’en haut ; alors le Ciel vous continuera votre mandat, vous comblera de biens. — Kao-yao dit : L’œuvre du Ciel, un homme (l’empereur) est chargé de l’accomplir pour lui sur la terre... C’est le Ciel qui a déterminé les relations, c’est le Ciel qui a déterminé les rits... Le Ciel avance celui qui a mérité, le Ciel dégrade celui qui a démérité... Veillez à satisfaire le peuple, à ne pas indisposer le peuple. Car le Ciel écoute les appréciations du peuple, et voit les choses par ses yeux. Le Ciel récompense ou punit le prince, selon que le peuple le loue ou le blâme. Il y a communication entre le haut et le bas. — Et le vieil empereur Chounn conclut ces discours édifiants par ces paroles : Oui, soyons attentifs à ce que le Ciel demande de nous, à tout moment et dans les moindres choses. Il ressort avec évidence de ces textes, que le Souverain d’en haut, le Ciel, dont ces Anciens parlent ainsi en l’an 2002, était pour eux un être personnel et intelligent. Il est clair aussi, par les attributs généraux qu’ils lui donnent, qu’ils le considéraient comme le maître universel, non comme le législateur de leur race seulement.


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E.   Avant l’an 2073, au nom de l’empereur 堯 Yao encore régnant, 舜 Chounn dut sévir contre une confédération de peuplades Miao, établies dans le bassin du fleuve Hoai ou sur les rives du Fleuve Bleu, parentes des peuplades 黎 Li dont l’histoire ancienne chinoise parle plusieurs fois. Ces Li, ces 苗 Miao, dont les 苗子 Miao-tzeu actuels du 貴州 Koei-tcheou sont probablement les derniers restes, n’étaient pas de même race que les Chinois, avaient d’autres mœurs et une autre religion. Ils paraissent avoir été très superstitieux, adonnés au fétichisme et à la magie. Les Annales nous apprennent que, après sa campagne, Chounn chargea deux personnages de rompre les communications entre la terre et le ciel, afin qu’il n’y eût plus de descendre et visiter. Tous les Commentateurs interprètent que, au contact de ces étrangers, le peuple chinois avait commencé à s’adonner à des superstitions, et que Chounn rétablit le culte national dans sa pureté primitive. Tous affirment, à la même occasion, que plus tard la décadence de la religion primitive chinoise, fut le résultat de la contamination des Chinois par les superstitions des Li et des Miao, Les deux catégories des Génies et des hommes, doivent avoir chacune son habitat propre. Chacune doit rester chez elle. Quand les hommes rendent aux Génies le culte officiel, les Génies les bénissent et les hommes sont heureux. C’est là le seul rapport permis. Les Li, puis les Miao, troublèrent l’ordre. Les Génies et les hommes s’entremêlèrent. Tout le monde se permit de faire des offrandes aux Génies, et de leur demander des faveurs par l’intermédiaire d’évocateurs particuliers. Il en résulta une promiscuité indécente. Chounn fit rompre ces communications privées de la terre avec le ciel, et remit en vigueur les lois du culte antique. L’ordre rétabli par lui dura jusqu’au temps où la troisième dynastie tomba en décadence (770 avant J.-C.). Alors le culte ancien fut perverti définitivement.


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F. Un texte des Annales, qui peut remonter à l’an 2065, nous apprend que le pays de 九江 Kiou-kiang était tenu de fournir à l’empereur les grandes tortues. Il s’agit des tortues dont les écailles servaient à consulter si telle ou telle décision serait faste ou néfaste, si un projet conçu réussirait ou non. Elles devaient avoir douze pouces de diamètre. L’animal dont la carapace atteignait ces dimensions, était censé âgé d’au moins mille ans. Mais ce n’est pas à sa longue expérience de la vie qu’on en appelait ; c’est au fait que sa carapace dorsale bombée et sa plaque ventrale plate, ressemblaient à la cloche céleste tournant par son bord sur le plateau terrestre, ce qui est la notion chinoise antique du cosmos. L’animal logé entre les deux écailles, représentait l’humanité. Analogie de figure, donc correspondance essentielle !.. J’expliquerai plus tard au long, comment se pratiquait la divination officielle par l’écaille de tortue. Constatons seulement ici, qu’elle date des origines.


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G.U le canalisateur du nord de la Chine, que la postérité appela le Grand par reconnaissance pour ce service, étant mort en 1979, son fils lui succéda. L’empire devint ainsi héréditaire. La première dynastie prit pour titre, le nom de la nation, 夏 Hia. Elle dura, d’après la chronologie traditionnelle, 430 ans ; Sous le troisième empereur, le petit fils de U le Grand, elle était déjà en pleine décadence. Révoltes continuelles des seigneurs, un empereur expulsé, un autre assassiné, un fils posthume ( ?) renouant le fil de la succession interrompu pendant quarante années, plusieurs règnes incroyablement longs et absolument vides d’événements, une suite de blancs et de lacunes ; enfin 桀 Kie un tyran détrôné par le fondateur de la seconde dynastie ; voilà, en peu de mots, le bilan des Hia, dont l’histoire n’inspire aucune confiance. Il se peut que la durée assignée à cette dynastie, soit surfaite de deux siècles et plus. — Notons, en passant, que, vers l’an 1610, furent faits les premiers instruments chinois en fer. Jusque là le cuivre et le silex avaient été seuls employés. Le fer se substitua peu à peu au cuivre. Le silex continua longtemps encore à servir pour divers usages.

Il ne nous reste, de toute cette période, dans les Annales, qu’une seule pièce authentique. Comme elle est du fils de U le Grand et date de l’an 1976, elle se rattache plutôt à la période précédente. Un grand feudataire, le seigneur de Hou, ne voulut pas reconnaître K’i le nouvel empereur, et se déclara indépendant en refusant les signes de vassalité, dont le principal était l’usage du Calendrier impérial, fixant le premier jour de l’année et des lunaisons. L’empereur marcha contre ce rebelle. Avant la bataille qu’il lui livra à Kan, il fit à ses troupes la harangue substantielle que voici : « Hommes des six légions, je vous le dis avec serment... Le seigneur de Hou ayant rejeté le calendrier officiel, le Ciel lui a retiré son mandat, et moi je vais lui infliger le châtiment décrété par le Ciel. — Hommes de droite, si vous n’attaquez pas à droite ; hommes de gauche, si vous n’attaquez pas à gauche ; conducteurs des chars, si vous ne dirigez pas vos chevaux droit à l’ennemi, vous aurez failli à votre devoir. Ceux qui auront obéi, seront récompensés devant les tablettes de mes Ancêtres. Ceux qui auront désobéi, seront mis à mort devant le tertre du Patron du sol. (Annales, Kan-cheu.) Nous savons ce que cela veut dire. L’empereur est le mandataire du Ciel. Il invoque ce mandat, quand il exige l’obéissance de ses sujets. — En campagne, l’empereur transportait avec lui, sur un char, les tablettes du temple de ses ancêtres. C’est devant elles qu’il les avertissait et les priait ; qu’il récompensait, comme en leur nom, ceux qui s’étaient distingués. — Le grand tertre du Patron du sol de l’empire, était à la capitale. Un moindre se trouvait dans le chef lieu de chaque fief. Un petit, dans chaque agglomération humaine. Quand l’empereur était en tournée ou en campagne, on en élevait un temporaire, là où il stationnait. C’est devant ce tertre que se faisaient les exécutions des coupables.


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H. Voilà tout ce que nous apprennent les textes d’avant le vingtième siècle. Ils sont des temps où Hammourabi régnait à Babylone, où Abraham quitta la Mésopotamie. Ils sont antérieurs de bien des siècles, au brahmanisme et au Mazdéisme. En résumé : Culte religieux d’un Être suprême, Ciel, Souverain d’en haut, Souverain universel, qui voit et entend tout, qui récompense et punit, qui fait et défait les princes ses mandataires ; ce culte réservé au gouvernement, est interdit au peuple. — Culte animiste rendu aux Génies des monts, des fleuves, de certains lieux ; âmes d’hommes glorieuses, défunts célèbres, bienfaiteurs de la nation ; culte réservé au gouvernement et interdit au peuple. — Culte du Patron local du sol, au tertre de chaque village ; le seul culte public permis au peuple. Culte privé des Ancêtres, par toutes les familles, chacune honorant les siens. On est avec eux en communication incessante. On les informe de tout. On les invite par la musique. On leur fait des offrandes. On espère leur bénédiction. — Divination officielle, espèce de science exacte, pour jurer des intentions et de l’assentiment du Ciel. Astrologie et météorologie cultivées dans le même but, pour savoir si le Ciel est content ou non. En terminant, j’appelle l’attention sur ce fait important. Absence complète, dans la religion primitive chinoise, de tout mythe, de toute fable, de toute poésie. Quelques dogmes assez clairs, un culte uniforme très simple, une barrière officielle opposant aux innovations du dedans et aux importations du dehors.

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Notes. — Trois noms résument la préhistoire chinoise... Fou-hi le Pasteur... Chenn-noung l’Agriculteur... Hoang-ti le Souverain Jaune, c’est-à-dire le Seigneur de la terre, car la couleur jaune symbolise le lœss chinois. Trois stades successifs dans l’évolution du groupe humain, qui devint l’empire chinois. D’abord l’état nomade de hordes errantes, vivant d’élevage, de chasse et de pêche. Puis l’état semi-nomade de hordes parentes et alliées, appuyé sur des stations agricoles fixes, des fermes. Enfin la fixation au sol, l’état sédentaire définitif, sous un grand chef commun unique, de la fédération des 夏 Hia, les hordes devenant des clans, et les chefs des hordes des seigneurs feudataires. — D’où vinrent ces Hia ? quelle fut leur souche ?... Il est très probable qu’ils vinrent du Nord-Ouest, suivirent le cours de la rivière 渭 Wei, puis la rive méridionale du Fleuve Jaune, jusqu’au fleuve 淮 Hoai. Là leur migration fut arrêtée provisoirement par les peuplades 苗 MiaoLi, premiers occupants dont les 苗子 Miao-tzeu actuels sont les restes... Quant à leur souche, aucune solution certaine jusqu’à présent. Ethnologiquement, les Chinois sont tellement métissés, qu’il ne subsiste plus d’échantillons dont on puisse prétendre qu’ils représentent le type primitif. Linguistiquement, les essais faits pour les rattacher aux Sumériens (C.J. Ball... P.S.P. Handcok... de Dosfuentes), n’ont abouti jusqu’ici à rien de concluant. Aucune durée approximative, aucune date certaine ni même probable, ne peut être assignée aux périodes nomade et semi-nomade. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elles finirent peu après l’an 2500 avant J. C., au plus tard. L’unification de la nation, sa fixation définitive au sol, la fondation de l’empire des Hia par 黃帝 Hoang-ti le Souverain Jaune, doit être placée vers le vingt cinquième siècle. Ce qui précède est légende. L. de Saussure a situé les origines de l’astronomie chinoise officielle à cette époque (T’oung pao, mars 1921). L’histoire de la Chine commence entre 2479 et 2395. Ses premières dates sont exactes à quelques dizaines d’années près. Mais 2217 est une date assez ferme ; et 2145, avènement de l’empereur 堯 Yao, paraît être une date certaine.

Sources. — 書經 Chou-king ; les Annales, chapitres 舜典 Chounn-tien, I tsi, Kao yao mouo, U koung, Kan cheu, Lu hing. — Les Hi-ts’eu, un appendice du I king Livre des Mutations, que l’on attribue à Confucius. — Le Wai-ki de Liou chou, résumé de la préhistoire.

Ouvrages utiles. — Traductions du Chou king ; en anglais par J. Legge (Chinese Classics) ; en français par S. Couvreur S.J. ; en latin par A. Zottoli S.J. Cursus litteraturæ sinicæ vol. III. — Ed. Chavannes. Les Mémoires historiques de Se ma ts’ien. Introduction. — L. Wieger S.J. Textes Historiques, et La Chine à travers les Âges L. 1. — Fr. Hirth. The ancient History of China. — H. Cordier. Origine des Chinois, dans le 通報 T’oung-pao, 1916 ; et Histoire générale de la Chine, 1920. — A. Deimel S.J. Veteris Testamenti Chronologia, monumentis babylonico assyriis illustrata.


Ouvrages périmés. — Les écrits de G. Pauthier, Sinico Aegyptiaca, et autres. — Les livres de Terrien de Lacouperie, Western Origin of the Early Chinese Civilization, et autres. — Non, les anciens caractères chinois n’ont rien eu de commun, ni avec les hiéroglyphes, ni avec le cunéiforme. Voir les notes, page 39. Consulter L. Wieger S.J. Caractères chinois, troisième édition 1916, appendice Graphies antiques. Lire H. Cordier, Histoire générale de la Chine, I chap. 1. — Bien des travaux faits sur les antiquités chinoises, avant le présent siècle, sont vieillis. La science marche, et vite, de nos jours.