Histoire du Moyen Âge (Langlois)/Chapitre IX

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CHAPITRE IX


LES CROISADES


PROGRAMME. — Fondation du royaume de Jérusalem. La prise de Constantinople. Influence de la civilisation orientale sur l’Occident. — Croisades et missions dans l’Orient de l’Europe.


BIBLIOGRAPHIE.

Il n’y a pas, en français, de bonne histoire générale des croisades. Celle de Michaud, que l’on a tort de lire encore, ne vaut rien. Celle de Wilken (Geschichte der Kreuzzüge, Leipzig, 1807-1832, 7 vol. in-8º) est vieillie. Il existe en allemand trois Manuels : B. Kugler, Geschichte der Kreuzzüge, Berlin, 1891, 2e éd. ; — H. Prutz, Kulturgeschichte der Kreuzzüge, Berlin, 1883, in-8º ; — O. Henne am Rhyn, Kulturgeschichte der Kreuzzüge, Leipzig, 1894, in-8º.

Les monographies relatives à l’histoire des Croisades sont innombrables. C’est une des parties de l’histoire du moyen âge qui ont été étudiées de nos jours avec le plus de soin. Voir, entre autres : Cte P. Riant, Expéditions et pèlerinages des Scandinaves en Terre Sainte au temps des Croisades, Paris, 1865, in-8º ; — R. Röhricht, Beiträge zur Geschichte der Kreuzzüge, Berlin, 1876, 2 vol. in-8º ; — H. v. Sybel, Geschichte des ersten Kreuzzüges, Berlin, 1881, in-8º ; — J. Tessier, Quatrième croisade. La diversion sur Zara et Constantinople, Paris, 1884, in-8º" ; — R. Röhricht, Studien zur Geschichte des fünften Kreuzzüges, Innsbrück, 1891, in-8º ; — le même, Die Kreuzpredigten gegen den Islam, dans la Zeitschrift für Kirchengeschichte, VI (1884) ; — A. Lecoy de la Marche, La prédication de la croisade au XIIIe siècle, dans la Revue des Questions historiques, juillet 1890 ; — H. Derenbourg, Ousâma-ibn-Mounkidh, un émir syrien au premier siècle des croisades, Paris, 1889-1893, in-8º.

L’histoire des établissements des croisés en Orient (Palestine, Syrie, Achaïe, Chypre, etc.) a été l’objet de quelques travaux considérables, dont les principaux sont : G. Dodu, Histoire des institutions monarchiques dans le royaume latin de Jérusalem, Paris, 1894, in-8º ; — G. Rey, Les colonies franques de Syrie, Paris, 1884, in-8º ; — G. Schlumberger, Les principautés franques dans le Levant, Paris, 1879, in-8º ; — Cte L. de Mas Latrie, Histoire de l’île de Chypre sous les princes de la maison de Lusignan, Paris, 1852-1861, 3 vol. in-8º ; — C. Buchon, Histoire des conquêtes et de l’établissement des Français dans les provinces de l’ancienne Grèce au moyen âge, Paris, 1846, in-8º ; — Bonne de Guldencrone, L’Achaïe féodale, Paris, 1889, in-8º ; — W. Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen âge, Leipzig, 1885-1886, 2 vol. in-8º, trad. de l’all.

Sur la légende de Saladin au moyen âge : G. Paris, dans le Journal des Savants, 1893.

L’histoire intérieure de l’Asie à l’époque des Croisades est esquissée d’une manière intéressante et nouvelle par M. L. Cahun, dans l’Histoire générale du IVe siècle à nos jours, précitée, t. II (1895), ch. XVI.

Le Programme ne parle pas des croisades d’Espagne. C’est cependant un sujet important. Consulter, en attendant la publication de la grande « Histoire générale de l’Espagne » préparée par l’Académie de l’Histoire de Madrid : R. Dozy, Histoire des musulmans d’Espagne, Leyde, 1861, 4 vol. in-8º.


I. — PIERRE L’HERMITE.


On a entassé sur le nom de Pierre l’Hermite, dont la personnalité est si étroitement liée à l’histoire de la première croisade, une quantité de légendes et d’amplifications de rhétorique. Sur sa vie, antérieurement à son premier pèlerinage, on ne possède cependant qu’un nombre extrêmement restreint de documents authentiques. Il s’appelait Pierre ; il était né à Amiens ou aux environs de cette ville, et fut moine ; ajoutons qu’il n’exerça jamais d’autre profession, et nous aurons dit tout ce qu’on sait de source certaine. Tous les renseignements supplémentaires que fournissent les historiens modernes sont hypothèse et roman.

Que n’a-t-on pas raconté de lui ? Son pèlerinage en Palestine, sa rencontre et son entretien avec le patriarche grec de Jérusalem, la vision céleste dont il fut favorisé dans cette ville[1], la mission qu’il y reçut de prêcher la croisade, sa visite au pape Urbain II dont il aurait obtenu le consentement, puis son apparition en Occident comme précurseur du pape, et son départ à la tête d’une grande armée de croisés rassemblée par lui ; tous ces récits traditionnels forment comme un nimbe autour de sa tête. — Reste à savoir s’ils sont corroborés par des preuves solides.

Il est très probable que Pierre fit, en effet, un voyage en Orient avant 1096. Mais le chroniqueur Albert d’Aix s’est fait l’interprète d’une pure légende en lui attribuant, pendant son séjour à Jérusalem, dans l’église du Saint-Sépulcre, une vision qui aurait été la cause déterminante de la croisade. On ne sait même pas si Pierre, lors de ce premier voyage, avait pu arriver près de Jérusalem ou s’il avait été obligé de s’arrêter avant d’avoir atteint la frontière de la Palestine. La tradition rapportée par Albert d’Aix a dû se former pendant les vingt premières années du XIIe siècle ; elle a pris naissance dans l’opinion fermement accréditée alors que l’entreprise avait été préparée non tam humanitus quant divinitus. Sous l’influence de cette idée que le monde céleste est en relation étroite avec le monde terrestre, et les véritables motifs de la croisade venant à s’effacer de plus en plus du souvenir des contemporains, il n’est pas étonnant que la légende soit arrivée à se substituer complètement à la réalité. On s’explique que dans les pays où Pierre a le premier prêché la croisade, tels que le nord de la France, la Lorraine et le pays du Rhin, la foule ait pu oublier tout ce qui en dehors de lui avait contribué au même but, pour faire de lui seul l’agent essentiel de l’entreprise.

Pierre, en revenant de terre sainte, eut-il une entrevue avec Urbain II, soit à Rome, soit en France ? fut-il le précurseur du pape, qu’il aurait décidé à organiser l’expédition d’outre-mer ? Cela est fort douteux ; les écrivains contemporains du XIe siècle laissent tous entendre qu’en France ce n’est pas Pierre l’Hermite, mais Urbain seul, qui a donné l’impulsion au mouvement de la croisade. Le moment où Pierre a paru en public pour la première fois ne saurait être placé avant le concile de Clermont. « Il faut, dit Sybel, laisser au pape la gloire dont jusqu’à nos jours l’hermite d’Amiens lui a disputé une bonne moitié. Urbain vint à Clermont à un moment où une tendance inconsciente poussait le monde vers l’Orient, mais où aucune parole n’avait encore été prononcée dans ce sens. Cette parole, il la fit entendre, et alors princes et chevaliers, nobles et vilains, et, parmi les vilains, Pierre, se levèrent. Rendons au pape ce qui lui appartient. »

Que Pierre ait assisté, comme le veut la tradition vulgaire, au concile de Clermont et qu’il y ait prononcé une harangue, ce sont encore là des faits qui ne sont ni certains ni même probables. Car c’est pendant l’hiver de 1095-96 que Pierre prêcha pour la première fois la croisade. Mais, suivant Orderic Vital, l’Hermite, suivi de quinze mille hommes à pied et à cheval, arriva à Cologne le samedi de Pâques, 12 avril 1096. « C’était, dit Guibert de Nogent, l’écume de la France, fæx residua Francorum. » Comment avait-il pu réunir en si peu de temps pareille troupe autour de lui ? La famine de 1095, qui arracha tant de misérables au sol natal, ne suffit pas à l’expliquer ; il faut encore faire la part du prestige personnel de l’Hermite.

D’après les témoins oculaires, Pierre était un homme intelligent, énergique, décidé, rude, enthousiaste, un tribun populaire. De petite taille, maigre, brun de visage, avec une longue barbe grise, il était vêtu d’une robe de laine et d’un froc de moine, sans chausses ni chaussures. Il allait monté sur un âne dont la foule idolâtre arrachait les poils pour s’en faire des reliques. Il menait une vie austère, ne mangeait ni pain ni viande, mais buvait du vin. Il distribuait généreusement les dons qu’il recevait en abondance.

Il faut reconnaître que le succès de la prédication de cet homme fut extraordinaire. Les bandes qui le suivaient l’entouraient d’une telle vénération que ses actions et ses paroles étaient pour elles des oracles divins. Guibert, qui avait assisté au concile de Clermont, est forcé de rendre ce témoignage à l’Hermite : « Je n’ai jamais vu personne être honoré de la sorte ».

[Illustration : L’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem.]

Ainsi, l’appel du pape fut, pour ainsi dire, le foyer qui projeta sur le nom de Pierre les premiers rayons de célébrité. Mais, dès lors, les récits où il racontait son pèlerinage manqué et les souffrances des pèlerins, sa parole ardente, la nouveauté même de la croisade, le placèrent si haut dans l’opinion des masses qu’elles le regardèrent comme un saint.

L’étendue des pays parcourus par Pierre pendant sa prédication est d’ailleurs une des causes qui ont le plus contribué à fonder sa réputation. Entre le concile de Clermont et son départ pour l’Orient, il trouva moyen de parcourir des distances énormes, gagnant partout des partisans à la cause du pape. Là où il ne pouvait pas aller lui-même, il envoyait sans doute des missionnaires, comme Gauthier sans Avoir, Reinold de Breis, Gauthier de Breteuil et Gottschalk. Il semble qu’il ait commencé sa carrière oratoire en Berry, province limitrophe de l’Auvergne et de la Marche, où Urbain se trouvait pendant l’hiver de 1095. Il passa de là en Lorraine et dans la région rhénane, mais son itinéraire est inconnu.

Après un séjour d’une semaine à Cologne, il traversa paisiblement avec une armée immense et confuse de Français, de Souabes, de Bavarois et de Lorrains, l’Allemagne du sud et la Hongrie. La traversée de la Bulgarie fut, au contraire, difficile et sanglante. Les bandes de Pierre étaient décimées quand elles arrivèrent à Constantinople, trois mois et dix jours après leur départ de Cologne. Elles y trouvèrent un nombre assez considérable de pèlerins venus de Lombardie, et Gauthier sans Avoir, qui s’était séparé du gros des forces de l’Hermite sur les bords du Rhin, pour prendre les devants.

L’expédition se termina au mois d’octobre par un désastre lamentable près de Civitot ou Hersek, en Asie Mineure. Parmi ceux qui échappèrent aux coups des Turcs, on cite, outre Pierre, le comte Henri de Schwarzenberg, Frédéric de Zimmern, Rodolphe de Brandis, qui, blessés dans le combat, guérirent de leurs blessures et se joignirent plus tard à l’armée de Godefroi de Bouillon. Mais le plus grand nombre périt, entre autres Gauthier sans Avoir, percé de sept flèches, le comte palatin Hugues de Tubingue, le duc Walther de Teck, le comte Rodolphe de Sarverden. On voit que les compagnons de Pierre n’avaient point été, comme on le dit souvent sur la foi de Guibert de Nogent, exclusivement recrutés dans la lie des populations occidentales.

En se répandant en Europe, la nouvelle du désastre porta, sans doute, une grave atteinte à la considération dont le nom de Pierre l’Hermite était entouré ; on dut tout d’abord attribuer la responsabilité du sang versé, comme on le fit pour Volkmar, Gottschalk et Emich, ces hommes que le chroniqueur Ekkehard compare à la paille, tandis que Godefroi de Bouillon et les autres chefs aimés de Dieu sont le bon grain. En tout cas, après la déroute de Civitot, le rôle de l’Hermite fut brusquement terminé. On le retrouve dans la grande armée des croisés pendant l’hiver de 1097, mais il n’y exerce pas d’influence. Pendant le siège d’Antioche, en janvier 1098, il essaya même de s’enfuir, apparemment pour ne point supporter plus longtemps les fatigues de l’expédition. De là le bruit qui arriva en l’an 1100 au plus tard à la connaissance d’Ekkehard, que « Pierre avait été un hypocrite : Petrum multi postea hypocritam esse dicebant. »

[Illustration : La porte de David, à Jérusalem.]

Cependant Pierre, ramené de force au camp des croisés, fit convenablement le reste de la campagne. Il fut même employé par les chefs chrétiens pour négocier avec Kerbogha, puis chargé de l’administration du trésor des pauvres de l’armée, sur lesquels il avait gardé peut-être quelque chose de son premier ascendant. Après la prise de Jérusalem, il resta dans cette ville avec les malades, tandis que les hommes valides faisaient contre les Sarrasins la marche qui aboutit à la décisive victoire d’Ascalon. Tel est le dernier renseignement authentique sur le rôle joué par l’Hermite pendant la première croisade et sur son séjour en terre sainte. On peut admettre comme vraisemblable qu’il revint d’Orient vers 1099 ou 1100, en compagnie de pèlerins originaires du pays de Liège. Sur les instances de ses derniers admirateurs, il aurait fondé aux environs de Huy une église et un monastère. C’est là qu’il mourut. Son corps fut transféré en 1242 dans l’église de Neufmoustier.

D’après H. HAGENMEYER, Le vrai et le faux sur Pierre l’Hermite, analyse critique des témoignages historiques relatifs à ce personnage et des légendes auxquelles il a donné lieu, trad. de l’all. par Furcy Raynaud, Paris, 1883, in-8º, à la librairie de la Société bibliographique.

II. — LE PILLAGE DE CONSTANTINOPLE PAR LES CROISÉS DE 1204.


Si l’on n’écoutait que les lamentations de Nicétas sur la seconde prise de Constantinople, la ville impériale, théâtre d’abominations sans égales, aurait vu périr, en 1204, sous les coups de Barbares ignorants, aussi bien tous les chefs-d’œuvre de l’art antique qui s’y trouvaient rassemblés que les plus précieux et les plus vénérables des objets consacrés par les souvenirs du christianisme. Heureusement, sur tous ces faits, il faut se garder de prendre à la lettre tant le récit de Nicétas, déplorant la destruction de monuments qui existent encore aujourd’hui, que les assertions de Nicolas d’Otrante, se plaignant de la disparition des reliquaires de la Passion qui, en réalité, ne quittèrent le palais du Bucoléon que pour passer, trente ans plus tard, dans le trésor de la Sainte-Chapelle. Mais, tout en faisant la part des exagérations des vaincus, il est impossible de nier qu’à la suite du dernier assaut donné à Byzance par les Latins, et malgré l’accueil si humble qu’ils reçurent des Grecs, et surtout du clergé, des scènes horribles de meurtre et de pillage se succédèrent dans la malheureuse ville. Seulement, il faut distinguer deux périodes différentes dans l’histoire de ces faits regrettables : la première, courte et violente, dura du 14 au 16 avril 1204 ; c’est pendant ces trois jours qu’eurent lieu les profanations dont les Grecs se plaignirent si justement au pape dans un curieux mémoire qui nous a été conservé, et dont trois lettres d’Innocent III sont l’écho indigné. C’est à peine si la garde mise par les chefs de l’armée dans les palais impériaux put préserver les chapelles de ces palais de la rapacité des soldats ; aucun sanctuaire ne paraît avoir été épargné, et Sainte-Sophie dut à ses trésors merveilleux et à l’immense renom dont ils jouissaient de se voir le théâtre d’excès plus odieux que partout ailleurs. Aux profanations des églises vinrent s’ajouter celles des tombes impériales, dont Nicétas ne craint pas d’accuser Thomas Morosini, patriarche latin élu, mais qui durent être stériles, Alexis III s’étant chargé, sept ans plus tôt, de les dépouiller de tous les joyaux qu’elles contenaient.

Dans les premiers moments, la rage des conquérants paraît avoir été extrême. « Quant li Latin, dit Ernoul, orent prise Constantinoble, il avoient l’escu Damedieu enbracé, et, tantost come il furent dedens, il le geterent jus, et enbracerent l’escu au diable ; il corurent sus a sainte Iglise premierement, et briserent les abbaïes et les roberent. » Les châsses des saints, dont beaucoup étaient en cuivre émaillé, et par conséquent sans valeur pour les pillards, furent brisées. On arrachait les pierreries et les camées qui en faisaient l’ornement, et l’on en jetait au loin les reliques. Un nombre infini de ces reliures de métal si somptueuses qui recouvraient les livres de chœur eurent un sort pareil ; les images des saints furent foulées aux pieds ou lancées à la mer. Au bout de quelques jours, les Latins paraissent avoir eu honte de ces scandales et même redouté la colère divine. Le conseil des chefs se réunit, et l’on prit des mesures sévères pour arrêter tous ces excès. Les évêques de l’armée fulminèrent l’excommunication contre tous ceux qui se rendraient coupables de nouveaux sacrilèges, et aussi contre ceux qui ne viendraient pas mettre, en des lieux désignés à cet effet, le butin déjà recueilli. Quelques jours plus tard, d’ailleurs, l’élection et le couronnement de Baudouin Ier (16 mai) vinrent substituer un pouvoir régulier à l’anarchie ; les différents corps de l’armée furent cantonnés dans les divers quartiers de la ville, et un ordre au moins apparent vint succéder aux scènes de violence des premiers jours. Mais là commence, surtout en ce qui concerne les trésors des églises et des reliques, la seconde période du pillage, celle de la spoliation régulière et méthodique ; cette période paraît avoir duré plusieurs mois, plusieurs années, je dirai même presque autant que l’empire latin d’Orient.

 *  *  *  *  *

Il n’est pas impossible d’entrer dans quelques détails sur la nature des objets sacrés plus particulièrement recherchés par les Latins ; il semble que ces objets peuvent se diviser en deux classes : les reliques et les ornements ecclésiastiques ; mais, pour les uns comme pour les autres, les croisés ne paraissent point avoir agi à l’aventure.

Parmi les reliques, ce sont les fragments du bois de la Vraie Croix, depuis longtemps objet d’une vénération spéciale en France, qui semblent avoir excité le plus vivement leur convoitise. Constantinople avait sur ce point de quoi les satisfaire ; sans parler des reliques insignes, des τἱμια Ξὑλα, grand était le nombre de ces phylactères, de ces encolpia, destinés à être portés au cou, et dont l’usage, parmi les familles riches, était déjà général du temps de saint Jean Chrysostome ; tous contenaient, avec d’autres reliques, une parcelle plus ou moins importante du bois de la Vraie Croix. Les palais des familles princières, les couvents, renfermaient d’autres croix plus grandes ; les « couronnes de lumière » des églises en portaient souvent de suspendues au-dessus des autels. Au retour des croisés, les sanctuaires de l’Europe en reçurent un grand nombre, presque toujours gratifiées, soit par ceux qui les rapportaient, soit par ceux qui les recevaient en dépôt, de quelque origine plus ambitieuse qu’authentique. Presque toutes étaient censées avoir appartenu à Constantin, à sainte Hélène ou tout au moins à Manuel Comnène.

Après la Vraie Croix, c’étaient les reliques de l’Enfance et de la Passion du Christ, celles de la Vierge, des Apôtres, de saint Jean le Précurseur, du protomartyr saint Étienne, de saint Laurent, de saint Georges et de saint Nicolas que les Latins recherchaient avec le plus d’avidité. Une idée dont ils paraissent aussi avoir été pénétrés et qui leur avait été sans doute suggérée dès avant leur départ, c’est l’intérêt que pouvaient avoir certaines grandes églises de l’Europe à posséder des reliques considérables et authentiques des saints orientaux sous le vocable desquels elles avaient été dédiées ; c’est ainsi que les cathédrales de Châlons-sur-Marne et de Langres, qui reçurent chacune, pendant le temps des croisades, trois envois successifs des restes de saint Étienne et de saint Mammès, leurs patrons respectifs, furent redevables à la prise de Constantinople des plus considérables de ces envois.

Quant aux objets destinés au service du culte et à l’ornementation des églises, il suffit de parcourir les listes des présents adressés à cette époque de Constantinople en Occident pour être étonné de la quantité considérable de vases sacrés en or et en argent, d’encensoirs, de croix processionnelles, de parements d’autels et de vêtements ecclésiastiques, même de tapis et de tissus neufs d’or, d’argent et de soie, qui prirent le chemin de l’Italie, de la France et de l’Allemagne. Les dyptiques, les tables d’ivoire qui devaient servir à enrichir les couvertures des manuscrits de l’Occident, figurent aussi en grand nombre parmi les objets recueillis par les croisés. Enfin, ce ne dut pas être sans penser de loin à l’ornementation des châsses encore barbares de leurs saints que les clercs de l’armée latine firent si ample provision de ces anneaux, de ces pierres antiques, dont ils remplirent, à leur retour, les trésors de leurs cathédrales, et que, sans le vouloir, ils ont ainsi sauvés d’une destruction presque certaine.

[Illustration : Émaux byzantins du reliquaire de Limbourg.

(Didron, Annales archéologiques.)]

 *  *  *  *  * 

Que devint tout ce butin religieux ? Une partie considérable dut en être détournée, ainsi que nous le verrons plus loin ; mais le reste, à la suite des mesures prises, vers Pâques, par les chefs de l’armée, fut-il, avec les autres dépouilles de la ville, rapporté aux lieux désignés à cet effet — trois églises, suivant Villehardouin, un monastère, selon Clari — et mis en commun sous la garde de dix chevaliers et de dix Vénitiens ? Il n’y a guère lieu d’en douter en ce qui concerne les ornements d’église et les vases sacrés. Pour les reliques, il est certain qu’un grand nombre fut rapporté, mais il y a lieu de penser qu’elles furent dès l’origine séparées du reste du butin, car on voit qu’à l’exemple des croisés de 1097, ceux de 1204 confièrent au doyen des évêques, à Garnier de Trainel, évêque de Troyes, la charge qu’avait remplie à Jérusalem Arnould de Rohas, celle de procurator sanctarum reliquiarum, et que ce fut dans la maison habitée par Garnier que tous ces objets sacrés trouvèrent un asile.

Un premier partage du butin fut fait entre le 22 avril et le 9 mai. Il est à croire que les Vénitiens se remboursèrent de leur double créance contre les croisés et contre les Comnènes, et qu’une fois les sommes prélevées, il fut fait, comme le dit Sanudo, deux parts égales, l’une pour les Latins et l’autre pour Venise, parts dont un quart retourna, après le couronnement de Baudouin Ier, au trésor impérial : suivant Villehardouin, les trois huitièmes des croisés montèrent à la somme de 400 000 marcs (20 800 000 francs). Mais le maréchal de Champagne ne parle pas d’un second partage raconté en détail par Robert de Clari. Suivant Robert, ces deux premières répartitions n’auraient porté que sur le gros argent, la monnaie et la vaisselle massive ; quant aux joyaux, aux tissus d’or et de soie, ils auraient été, vers le mois d’août, furtivement enlevés par les chevaliers restés dans la ville pendant la campagne de Baudouin Ier contre Boniface de Monferrat, et divisés entre ces traîtres pour lesquels Clari ne trouve pas d’injures assez fortes. C’est donc entre les mains de ces chevaliers félons, et probablement sur l’ordre et au profit du doge, qui commandait dans la ville en l’absence de l’empereur, que tombèrent tous les trésors enlevés aux églises, et rien ne nous indique de quelle manière Vénitiens et Francs se les partagèrent entre eux.

Quant aux reliques, il semble bien que les évêques latins, l’empereur et les Vénitiens en aient eu chacun une part. — Garnier de Trainel, qui disposa pendant près d’une année des reliques mises en commun, en envoya de très précieuses à Troyes par Jean L’Anglois, son chapelain ; c’est de lui que l’archevêque de Sens reçut le chef de saint Victor. Nivelon de Cherisy, évêque de Soissons, enrichit de reliques Soissons, la célèbre abbaye de Notre-Dame, et un grand nombre de sanctuaires des contrées voisines. Conrad de Halberstadt ne paraît pas avoir été moins bien partagé que Nivelon, si l’on en juge par la valeur des objets rapportés par lui, dont la plupart existent encore aujourd’hui au trésor de la cathédrale d’Halberstadt. — Le premier empereur latin de Constantinople adressa de son côté en Europe quantité d’objets précieux, et Baudouin Ier obéit en cela aux conseils d’une politique éclairée. Devenu le chef d’un État aussi mal affermi, il avait besoin d’autres sympathies et d’autres alliances que celles dont avait pu se contenter le comte de Flandre, et devait oublier le temps où, soutien de Philippe de Souabe et vassal turbulent du roi de France, il avait eu à se plaindre des deux personnages les plus influents de l’époque, Innocent III et Philippe Auguste ; aussi est-ce précisément à eux les premiers qu’il notifie son avènement, joignant aux lettres qu’il leur adresse des présents considérables. Barozzi, maître du Temple en Lombardie, est chargé par lui de porter au pape un véritable trésor, dans lequel figure une statue d’or et une d’argent avec un rubis acheté 1000 marcs, et de nombreuses croix. Philippe Auguste reçoit, outre des reliques de son patron et une croix admirable, deux vêtements impériaux et un rubis d’une grosseur extraordinaire. Après la défaite d’Andrinople, le successeur de Baudoin Ier, Henri Ier, continua les envois commencés par son père, dans l’espoir que ces libéralités lui concilieraient les

[Illustration : Saint Louis transportant les reliques de la Passion à la Sainte-Chapelle.]

sympathies de l’Occident. Les princes laïques ou ecclésiastiques qui avaient pris la croix, mais qui ne s’étaient pas encore acquittés de leur vœu, furent naturellement l’objet des premières libéralités de l’empereur. C’est ainsi que le duc d’Autriche reçut un fragment de la vraie croix. La Belgique et le Nord de la France, d’où il avait lieu d’espérer les secours les plus efficaces, reçurent de nombreuses marques de sa munificence : Clairvaux, où se trouvaient les tombes de sa maison, Namur, où régnait son frère, Bruges, Courtrai, Liessies conservèrent longtemps ou conservent encore les richesses qu’il leur envoya. Après Henri Ier, il faut descendre jusqu’aux années lamentables de Baudouin II pour voir reparaître en Occident de nouvelles reliques byzantines ; malheureusement, alors, il ne s’agit plus de dons gracieux, mais de vulgaires engagements. Après avoir vendu, pour soutenir son armée, jusqu’au plomb des toits de son palais, l’empereur se voit réduit à abandonner en nantissement aux Vénitiens les joyaux religieux de la couronne impériale. C’est en 1239 que saint Louis rachète le plus précieux de tous, la Couronne d’épines ; puis, en 1241, la Grande Croix, la Lance et l’Éponge, jusqu’à ce que, en 1247, Baudouin II vienne solennellement confirmer le transfert, dans la Sainte-Chapelle de Paris, des grandes reliques impériales du Bucoléon. — Quant aux Vénitiens, familiers de longue date avec le martyrologe byzantin, ils n’éprouvaient pas, comme les Latins, de difficulté à déchiffrer les inscriptions des reliquaires[2], et leur choix dut être promptement et bien fait. On voit par les récits des pèlerins qui, dans les siècles postérieurs, s’embarquèrent à Venise pour se rendre en Palestine, que cette cité était devenue, depuis 1204, comme une ville sainte, tant était grand le nombre des objets sacrés qu’elle offrait à la vénération des fidèles. Ce que, d’ailleurs, même après l’incendie du trésor de Saint-Marc en 1231, la basilique ducale contient encore de reliques de premier ordre et de spécimens sans prix de l’orfèvrerie byzantine peut donner une idée de ce que ce sanctuaire reçut de Constantinople après la quatrième croisade.

Mais en dehors du butin mis en commun, qui fut l’objet d’un partage régulier, le récit du pillage a déjà montré qu’il y eut un immense butin détourné par les vainqueurs indisciplinés. Hugues de Saint-Paul fit bien pendre, l’écu au col, des chevaliers coupables de n’avoir pas rapporté leur butin particulier à la masse commune ; mais en fait de reliques, on croyait faire une bonne œuvre en volant les Grecs. Martin de Pairis se laissait traiter par son biographe de prædo sanctus ; il dut donc y avoir sur ce point une certaine tolérance, qui d’ailleurs devint légale le 22 avril 1205, terme assigné à l’obligation du rapport des objets trouvés. Or, quelques semaines plus tard (juin), abordaient de toutes parts, de Syrie aussi bien que des divers pays de l’Occident, une foule de gens qu’avait attirés la nouvelle inattendue

[Illustration : La Sainte-Chapelle du Palais, bâtie par saint Louis pour recevoir les reliques du Bucoléon.] de la prise de Constantinople, et qui venaient demander leur part des dépouilles de la ville impériale. Deux ans après (sept. 1207) est signalée l’arrivée des renforts amenés jusqu’à Bari par Nivelon de Cherisy ; ce furent de nouvelles convoitises à satisfaire ; enfin, pendant tout le règne de Henri, il paraît y avoir eu entre l’Occident et Constantinople un mouvement non interrompu de gens d’armes qui venaient chercher aventure en Romanie et ne s’en retournaient jamais les mains vides. Nous voyons ainsi Dalmase de Sercey et Ponce de Bussière passer un hiver entier à combiner le vol du chef de saint Clément. Comment d’ailleurs expliquer autrement que par des soustractions frauduleuses le fait que de petits chevaliers portant à peine bannière, comme Henri d’Ulmen, aient pu obtenir des trésors tels (à parler seulement de leur valeur intrinsèque) que ceux dont ce seigneur des environs de Trèves a enrichi toute la Basse-Lorraine[3] ?

D’après M. le comte RIANT, Des dépouilles religieuses enlevées à Constantinople au XIIIe siècle, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France, 4e série, t. VI (1875)[4].

III. — LE KRAK DES CHEVALIERS.


UNE FORTERESSE LATINE EN SYRIE.


[Illustration : QALA’AT EL-HOSN (LE KRAK DES CHEVALIERS)]

Les principautés franques de Syrie, divisées en fiefs, se couvrirent, vers le milieu du XIIe siècle, de châteaux, d’églises et de fondations monastiques. Les monuments religieux appartiennent tous à l’école romane, qui, à cette époque, élevait en France les églises de Cluny, de Vézelay, de la Charité-sur-Loire, etc., mais qui, en Syrie, fit, sous l’influence byzantine, surtout quant à l’ornementation, des emprunts à l’antiquité et à l’art arabe. Il en fut de même pour les châteaux forts, dont plusieurs, ceux du Margat, du Krak et de Tortose, par exemple, furent conçus sur des proportions gigantesques, puisque leurs dimensions sont le double de celles des plus vastes châteaux de France : Coucy et Pierrefonds.

Les architectes qui les ont élevés semblent avoir pris pour modèles les forteresses élevées en France, sur les côtes de l’ouest, dans les bassins de la Loire et de la Seine, aux XIe et XIIe siècles, mais ils ont emprunté aux Byzantins la double enceinte, les échauguettes en pierre, d’énormes talus en maçonnerie qui triplent à la base l’épaisseur des murailles, certains ouvrages de défense destinés à remplacer le donjon français. C’est à ce type franco-byzantin qu’appartenaient la plupart des châteaux des Hospitaliers en Syrie.

Les Templiers avaient une autre manière de bâtir, plus analogue à celle des Sarrasins. Les chevaliers teutoniques en avaient aussi une autre : leur principale forteresse, Montfort ou Starkenberg, était un château des bords du Rhin transplanté en Syrie.

Choisissons comme exemple, entre cent, le Krak des Chevaliers, parce qu’il est encore à peu près dans l’état où le laissèrent les chevaliers de Saint-Jean au mois d’avril 1271. A peine quelques créneaux manquent-ils au couronnement des murailles ; à peine quelques voûtes se sont-elles effondrées. L’ensemble a conservé un aspect imposant qui donne au voyageur une bien haute idée de la puissance de l’Ordre qui l’a élevé.

 *  *  *  *  *

Sur l’un des sommets dominant le col qui met en communication la vallée de l’Oronte avec le bassin de la Méditerranée, se dresse le Qala’at-el-Hosn.

Tel est le nom moderne de la forteresse que nous trouvons désignée par les chroniqueurs des croisades sous celui de Krak ou Crat des Chevaliers.

Position militaire de premier ordre qui commande le défilé par lequel passent les routes de Homs et de Hamah à Tripoli et à Tortose, cette place était encore merveilleusement située pour servir de base d’opérations à une armée agissant contre les États des soudans de Hamah.

Le Krak formait, en même temps, avec les châteaux d’Akkar, d’Arcas, du Sarc, de la Colée, de Chastel-Blanc, d’Areymeh, de Yammour (Chastel-Rouge), Tortose et Markab, ainsi qu’avec les tours et les postes secondaires reliant entre elles ces diverses places, une ligne de défense destinée à protéger le comté de Tripoli contre les incursions des musulmans, restés maîtres de la plus grande partie de la Syrie orientale.

Du haut de ses murs, la vue embrasse, vers l’est, le lac de Homs et une partie du cours de l’Oronte. Au delà se déroulent, au loin, les immenses plaines du désert de Palmyre. Vers le nord, les montagnes des Ansariés arrêtent le regard, qui, vers l’ouest, s’étend par la vallée Sabbatique, aujourd’hui Nahar-es-Sabte, sur la riche et fertile vallée où furent les villes phéniciennes de Symira, de Carné, d’Amrit, et découvre à l’horizon les flots étincelants de la Méditerranée. Au sud, les deux chaînes du Liban et de l’Anti-Liban esquissent leurs grands sommets aux fronts couverts de neiges. Plus près, à l’est, comme un tapis de verdure, s’étend, au pied du château, la plaine de la Boukeiah-el-Hosn, la Bochée des chroniqueurs, théâtre d’un combat célèbre.

Les divers auteurs, tant chrétiens qu’arabes, qui ont écrit l’histoire des croisades, parlent fréquemment de ce château, nommé par les premiers le Krak[5] et par les seconds Hosn-el-Akrad. Ce nom paraît assez identique à celui de l’appellation franque, qui pourrait bien n’être qu’une corruption du mot arabe Akrad, Kurde[6].

Le comte de Saint-Gilles, en 1102, après s’être emparé de Tortose, entreprit le siège du château des Kurdes, mais il l’abandonna, et nous ne savons pas à quelle époque les Francs occupèrent cette position. Un passage d’Ibn-Ferrat donne à penser cependant que ce fut vers l’année 1125. Depuis lors, le Krak paraît avoir été un simple fief dont le nom était porté par ses possesseurs jusqu’à l’année 1145, date à laquelle Raymond, comte de Tripoli, le concéda aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Qu’était le château à cette époque ? C’est une question à laquelle il est impossible de répondre ; nous savons seulement que cette forteresse eut beaucoup à souffrir de divers tremblements de terre, particulièrement en 1157, 1169 et 1202. Il est donc à présumer que ce fut à la suite de celui de 1202 que le Qala’at-el-Hosn dut être reconstruit à peu près entièrement et tel que nous le voyons aujourd’hui.

Après sa cession aux Hospitaliers, le gouvernement du Krak fut confié à des châtelains de l’Ordre. Le fameux Hugues de Revel en était châtelain en 1243. Nous savons que la garnison ordinaire de la forteresse était de 2000 combattants.

Le relief de la montagne sur laquelle s’élève le Krak des Chevaliers est d’environ 300 mètres au-dessus du fond des vallées qui, de trois côtés, l’isolant des montagnes voisines, en font une espèce de promontoire. — La forteresse a deux enceintes que sépare un large fossé en partie rempli d’eau. La seconde forme réduit et domine la première, dont elle commande tous les ouvrages ; elle renferme les dépendances du château : grand’salle, chapelle, logis, magasins, etc. Un long passage voûté, d’une défense facile, est la seule entrée de la place. Les remparts et les tours sont formidables sur tous les points où des escarpements ne viennent pas apporter un puissant obstacle à l’assaillant.

[Illustration : Essai de restitution du Krak, d’après M. Rey.]

Au nord et à l’ouest, la première ligne se compose de courtines reliant des tourelles arrondies et couronnées d’une galerie munie d’échauguettes, portées sur des consoles, formant, sur la plus grande partie du pourtour de la forteresse, un véritable hourdage de pierre. Ce couronnement présente une grande analogie avec les premiers parapets munis d’échauguettes qui aient existé en France, où nous les voyons apparaître dans les murailles d’Aigues-Mortes et au château de Montbard en Bourgogne, sous le règne de Philippe le Hardi. Mais au Qala’at-el-Hosn, il est impossible de ne pas leur assigner une date bien antérieure.

Au-dessus de ce premier rang de défenses s’étend une banquette bordée d’un parapet crénelé avec meurtrières au centre de chaque merlon. Ici nous retrouvons un usage généralement suivi en Europe dans les constructions militaires durant le XIIe et le XIIIe siècle : les tourelles dominent la courtine, et des escaliers de quelques marches conduisent des chemins de ronde sur les plates-formes.

Chaque tour renferme une salle éclairée par des meurtrières, et dans les courtines s’ouvrent à des intervalles réguliers de grandes niches voûtées en tiers-point, au fond desquelles sont percées de hautes archères destinées à recevoir des arbalètes à treuil ou d’autres engins de guerre du même genre. En France, dès le commencement du XIIIe siècle, ces défenses, peu élevées au-dessus du niveau du sol, n’étaient déjà plus en usage, ayant l’inconvénient de signaler aux assaillants les points les plus faibles de la muraille ; mais, au Krak, nous ne les trouvons employées que sur les faces de la forteresse couronnant des escarpes, et, par suite, à l’abri du jeu des machines, tandis que vers le sud les murs sont massifs dans toute leur longueur.

La tourelle qui se trouve à l’angle nord-ouest de la première enceinte est surmontée d’une construction arrondie d’environ 4 mètres de hauteur. Ce fut, selon toute apparence, la base d’un moulin à vent, si nous en jugeons par le nom moderne, Bordj et-Tahouneh (la tour du moulin), ainsi que par les corbeaux sur lesquels s’appuyaient les potelets et les liens supportant cet ouvrage, qui devait être en charpente[7].

Le sud étant le point le plus vulnérable de la place, c’est là qu’ont été élevés les principaux ouvrages, et c’est surtout dans les tours d’angles et à la tour carrée placée dans l’axe du château (en A) qu’on s’est efforcé de disposer les défenses les plus importantes. Aussi ces tours sont-elles bâties sur des proportions beaucoup plus considérables que les autres, et tous les moyens de résistance s’y trouvent-ils accumulés. Bien que séparée de la seconde enceinte par le fossé B rempli d’eau, cette première ligne en est assez rapprochée pour être sous la protection des ouvrages IJK qui la dominent de façon qu’au moment de l’attaque les défenseurs du réduit pouvaient prendre part au combat.

On pénètre dans le château (en C) par une porte ogivale au-dessus de laquelle se lit, entre deux lions, l’inscription mutilée qu’y fit graver le sultan Malek ed-Daher-Bybars après le siège qui, en 1271, mit le Krak en son pouvoir.

Au nom du Dieu clément et miséricordieux.

La restauration de ce château béni a été ordonnée sous le règne de notre maître le sultan, le roi puissant, le victorieux, le juste, le défenseur de la foi, le guerrier assisté de Dieu, le conquérant favorisé de la victoire, la pierre angulaire du monde et de la religion, le père de la victoire, Bybars l’associé de l’émir des croyants, et cela à la date du jour de mercredi….

Une rampe voûtée, formant galerie en pente assez douce pour être accessible aux cavaliers, commence au vestibule qui occupe la base du saillant C et conduit dans les deux enceintes. Elle présente un système d’obstacles accumulés avec un soin minutieux, très intéressant spécimen de l’art militaire franco-oriental au XIIIe siècle.

Ce sont d’abord deux portes successives, en avant de chacune desquelles se voit un regard circulaire percé dans la voûte et destiné tout à la fois à donner du jour et à permettre aux assiégés d’accabler de projectiles un ennemi qui, ayant réussi à forcer l’entrée du château, aurait pénétré dans la galerie. — Puis, la rampe franchit à ciel ouvert le terre-plein de la première enceinte ; elle tourne alors brusquement sur elle-même et s’engage dans une seconde galerie où se trouve une troisième porte. Une herse et des vantaux fermaient jadis cette dernière porte, en avant de laquelle est un grand mâchicoulis carré, semblable à celui qu’on voit à la Porte Narbonnaise de la cité de Carcassonne.

Quand le visiteur a franchi le seuil, il est frappé de l’aspect imposant, d’une majesté triste, que présente l’intérieur désert de la forteresse. Un morne silence y a remplacé l’animation et le tumulte des gens de guerre, et au milieu de ces grands restes d’un passé glorieux, l’œil rencontre partout des décombres.

A droite, en D, se trouve un vestibule voûté communiquant avec la chapelle, qui paraît dater de la fin du XIIe siècle. C’est une nef terminée par une abside arrondie percée d’une petite baie ogivale, qui mesure dans œuvre 21 mètres de long sur 8^m,40 de large ; sa voûte en berceau est divisée en quatre travées par des arcs doubleaux chanfreinés retombant sur des pilastres engagés. On reconnaît encore ici une production de l’école d’où sortaient les architectes qui élevèrent les églises de Cluny, de Vézelay et la cathédrale d’Autun.

De l’autre côté de la cour et presque en face de la chapelle est la grand’salle, élégante construction paraissant dater du milieu du XIIIe siècle. Sur toute la longueur règne une galerie en forme de cloître, composée de six petites travées ; quatre sont fermées par des arcatures à meneaux d’un fort beau style. Les archivoltes des deux petites portes qui font communiquer la grand’salle avec cette galerie sont ornées de riches moulures, retombant de chaque côté sur deux colonnettes, et dans les linteaux monolithes qui les soutiennent se voient des restes d’écussons malheureusement mutilés aujourd’hui.


Quant à la salle proprement dite, elle comprend trois grandes travées et mesure en œuvre 25 mètres de long sur une largeur de 7 mètres. Les arcs doubleaux et ogives retombent sur des consoles ornées de feuillages et de figures fantastiques. — Un

[Illustration : Le Château du Krak. État actuel.] étage, maintenant détruit, semble avoir complété cet édifice et a été remplacé par des maisons arabes élevées sur les voûtes. — Une grande fenêtre surmontée de roses au nord, une semblable au sud, ainsi que deux fenêtres s’ouvrant dans la face orientale de l’édifice, éclairaient l’intérieur de ce vaisseau.

Sur l’un des côtés du contrefort du porche se lisent deux vers, gravés en beaux caractères du milieu du XIIIe siècle :

    Sit tibi copia, sit sapientia, formaque detur,
    Inquinat omnia sola superbia, si comitetur.

Cette inscription, placée à l’entrée de la grand’salle où se tenaient les chapitres de l’Ordre, paraît avoir été destinée à rappeler à tous ses membres l’humilité et l’obéissance qui leur étaient imposées par leurs vœux monastiques.

De cette première cour un escalier à pente très douce amène au niveau de la cour supérieure E, où le visiteur trouve à sa droite une plate-forme en pierre de taille (F) qui semble avoir été une aire à battre le grain. A gauche sont des bâtiments (G) paraissant avoir servi de casernement pour la garnison. En H, le long de la courtine occidentale se voit une galerie crénelée sur laquelle règne le chemin de ronde. Au pied sont des ruines que je crois avoir été des écuries ou qui du moins présentent une grande analogie avec celles qui existent encore au château de Carcassonne. A l’extrémité méridionale de cette esplanade se voient des tours, les plus élevées de toutes les défenses du château, dont elles commandent les approches. Elles renferment chacune plusieurs étages de salles disposées pour servir les unes de magasins, les autres de logis pour les défenseurs. De leurs plates-formes crénelées les sentinelles découvraient au loin la présence de l’ennemi. Entre la première et la seconde tour, un épais massif tient lieu de courtine ; il est large de 18 mètres et forme une place d’armes sur laquelle pouvaient aisément être installés plusieurs engins….

Le parapet de la muraille occidentale du réduit est dérasé sur presque toute sa longueur. La tour (O) qui s’élève en arrière de la grand’salle est le seul ouvrage important de cette face du château. Au pied s’étendent de gigantesques talus en maçonnerie ayant à la fois pour objet de prémunir les défenses contre l’effet des tremblements de terre, et, en cas de siège, d’arrêter les travaux des mineurs. — Vers l’extrémité nord-est de l’enceinte est placé l’ouvrage P, tour barlongue, tout à fait analogue à celles qui se voient, en France, au palais des Papes et dans les murailles d’Avignon. Malheureusement la salle intérieure de cet ouvrage, qui se trouve au niveau du chemin de ronde des remparts, a été transformée en habitation par une famille d’Ansariés et tellement obstruée par des cloisons en pisé qu’il est impossible de reconnaître les dispositions primitives.

Au-dessous de ce vaste ensemble de la seconde enceinte se trouvent de profondes citernes qui servent encore aujourd’hui aux habitants de la forteresse. Les anciens orifices ayant disparu sous les décombres, les Arabes en tirent l’eau par un trou percé dans la voûte, non loin de la grand’salle.

…Cette place formidable, le Krak des Chevaliers, qui avait résisté au frère de Saladin, d’où les Hospitaliers avaient dominé pendant plus d’un siècle la sultanie de Hamah, tomba en 1271 entre les mains du sultan d’Égypte. Voici la relation de sa capture, telle qu’elle est dans Ibn-Ferrat :

« Le sultan arriva devant Hosn-el-Akrad ; le 20, les faubourgs du château furent pris, et le Soudan de Hamah, Melik-el-Mansour, arriva avec son armée. Le sultan alla à sa rencontre, mit pied à terre et marcha sous ses étendards. L’émir Seïf-Eddin, prince de Sahyoun, et Nedjem-Eddin, chef des Ismaéliens, vinrent aussi les rejoindre. Dans les derniers jours de redjeb, les machines furent dressées. Le 7 de chaaban, le bachourieh (ouvrage avancé) fut pris de vive force. On fit une place pour le sultan, de laquelle il lançait des flèches. Il distribua de l’argent et des robes d’honneur. Le 16 de chaaban, une des tours fut rompue, les musulmans firent une attaque, montèrent au château et s’en emparèrent. Les Francs se retirèrent sur le sommet de la colline ou du château ; d’autres Francs et des chrétiens furent amenés en présence du sultan, qui les mit en liberté par amour pour son fils. On amena les machines dans la forteresse et on les dressa contre la colline. En même temps, le sultan écrivit une lettre supposée au nom du commandant des Francs à Tripoli, adressée à ceux qui étaient dans le château et par laquelle il leur ordonnait de le livrer. Ils demandèrent alors à capituler. On accorda la vie sauve à la garnison, sous condition de retourner en Europe. »

Le Krak semble avoir servi d’arsenal aux infidèles durant les dernières années de la guerre contre les Francs.

D’après G. REY, Études sur les monuments de l’architecture militaire des Croisés en Syrie et dans l’île de Chypre. Paris, 1871, in-4º (Collection de Documents inédits).


IV. — QUELQUES RÉSULTATS DES CROISADES.


L’Occident a emprunté à l’Orient, à la suite des Croisades, des produits naturels dont l’acclimatation dans nos régions a modifié grandement l’état de la civilisation matérielle.

Ces produits appartiennent en général non à la faune, mais à la flore de l’Orient. Sans doute les Occidentaux apprirent à connaître les animaux fabuleux des pays d’outre-mer ; Louis IX, par exemple, reçut des Mamelucks d’Égypte un éléphant qu’il donna ensuite au roi d’Angleterre ; il rapporta aussi des chiens de chasse tatars dont les descendants furent longtemps nombreux dans la meute royale ; les girafes excitaient surtout la stupéfaction populaire. Mais c’étaient là des curiosités plus propres à enfanter des contes et des fables qu’à transformer les conditions matérielles de la vie. L’introduction, dans l’agriculture européenne, d’un certain nombre de plantes orientales, eut une tout autre importance. Le sésame, le caroubier, originaires de Syrie, ont gardé jusqu’à nos jours leurs noms arabes. Le safran avait été importé dès le Xe siècle par les Arabes en Espagne ; ce sont les Croisades qui en ont répandu la culture dans le reste de la chrétienté ; une légende veut qu’un pèlerin ait rapporté en Angleterre, dans un bâton creux, un oignon de safran recueilli en terre sainte. La culture de la canne à sucre, presque abandonnée en Sicile et dans l’Italie du sud, fut revivifiée par la découverte des plantations florissantes de la Syrie.

Beaucoup de céréales et d’arbrisseaux se sont du reste introduits obscurément ; les graines d’Orient se propagèrent, transportées par hasard dans les sacs des pèlerins, d’étape en étape, de jardin en jardin, de pays à pays. Le maïs n’apparaît en Italie qu’après la conquête de Constantinople par les Croisés de la quatrième croisade. La culture du riz ne prit chez nous un grand développement qu’après les expéditions d’outre-mer. L’origine arabe des noms du limon et de la pistache indique suffisamment leur provenance. Jacques de Vitry compte encore le limon parmi les plantes de la Palestine, étrangères à l’Europe. L’abricot, appelé souvent au moyen âge prune de Damas ou damas, a été rapporté, dit-on, par le comte d’Anjou ; Damas est encore aujourd’hui célèbre pour la richesse de ses vergers, et spécialement à cause des quarante variétés d’abricots qu’on y récolte. Le petit oignon si connu de nos ménagères, l’échalote, nous est venu d’Ascalon (italien, scalogno ; allemand, aschlauch). Le melon d’eau, resté jusqu’à nos jours un élément très important de l’alimentation des populations du sud-ouest de l’Europe, semble avoir été acclimaté pendant l’âge des Croisades. Les Italiens lui donnent le nom byzantin d’anguria, et les Français le nom arabe de pastèque.

Ce ne sont pas seulement des produits de la nature jusque-là inconnus ou peu connus que les Croisades mirent en vogue chez nous, elles rendirent familières une foule de procédés industriels et d’objets manufacturés. Coton est un mot arabe (al-Koton). Les cotonnades, les indiennes, se sont répandues des bazars de Syrie sur nos marchés, de même que les mousselines (de Mossoul) et les bougrans (de Bokhara). Le mot baldaquin désignait à l’origine une étoffe précieuse tirée de Baldach ou Bagdad ; damas s’entendait d’un tissu précieux, de couleurs variées, spécialement fabriqué à Damas. — Les magnaneries et les tissages de soie, richesse de la Syrie, firent entrer dès lors la soie, jusque-là à peu près inabordable pour les Occidentaux, dans l’habillement ordinaire des riches. Ajoutez le satin, le samit ou velours. Les mots baphus, dibaphus et diaspre, diapré viennent de Constantinople (δἱβαφος, διἁσπορον) ; ils désignaient des étoffes de soie diversement teintes. Les tapis orientaux furent adoptés pour couvrir les planchers et tendre les murailles. On commença à en fabriquer en Europe d’après les modèles exotiques dont on s’appliqua à copier les couleurs et les motifs : lions, griffons, animaux fabuleux. On fit de même pour les belles broderies mêlées de fils d’or et de perles dont on décora les nappes d’autel. Saint Bernard tonnait déjà contre cet usage qui consistait à décorer avec toutes sortes de bêtes effrayantes les objets d’art destinés au service divin. Avec combien peu de succès ! c’est ce dont témoignent les parements d’autel du moyen âge qui sont parvenus jusqu’à nous, par exemple ceux de la cathédrale d’Halberstadt et ceux du trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle. Un style original ne naquit en Europe, pour la fabrication des tapis et des broderies, que bien avant dans le XIIIe siècle ; le nom de sarrasinois donné aux fabricants de tapis au temps de Philippe Auguste en est la preuve.

Les Croisades eurent une action très sensible sur les modes et sur les costumes, non seulement parce que les tailleurs eurent désormais à leur disposition de nouvelles étoffes (comme le camelot, étoffe en laine de chameau, fabriquée à Tripoli), mais parce qu’ils imitèrent les commodes et somptueux costumes de l’Orient : caftans, burnous, hoquetons. Il n’est pas jusqu’à l’habit, la joppe des archers et des chasseurs allemands, qu’on pourrait être tenté de prendre pour un vestige du vieux costume bavarois, qui ne provienne de l’arabe djobba à travers l’italien giuppa et le français jupe. — Les modes byzantines et musulmanes trouvèrent surtout accueil, comme il est naturel, auprès des nobles dames. De longs vêtements, légers et souples, avec des manches pendantes, firent fureur, et pour l’arrangement des cheveux on adopta toutes sortes d’artifices usités à Byzance. C’est à cette époque qu’il devint d’usage, pour les dames, de se farder avec du safran. Aux Vénitiens on doit la propagation des miroirs, qui remplacèrent les plaques de métal poli dont on se servait auparavant. Les confortables pantoufles ou babouches ont passé de la Perse, leur pays d’origine, chez les Francs par l’intermédiaire de Sarrasins.

[Illustration : Constructions latines en terre sainte. — Château de Tancrède à Tibériade.]

Les Francs empruntèrent encore aux infidèles nombre de coutumes relatives à la tenue et à l’hygiène du corps. Se raser passait au XIIe siècle pour un trait caractéristique des Occidentaux, tandis que l’Oriental y voyait une honte et en faisait le châtiment des poltrons. On voit, dans les chroniques de terre sainte, des mahométans se raser la barbe pour avoir l’air de chrétiens ; c’était de leur part une ruse de guerre. Même dans les miniatures du XIIIe siècle, les musulmans sont reconnaissables à leurs belles barbes, les chrétiens à leurs faces glabres. Cependant le port de la barbe se répandit peu à peu, d’abord parmi les pèlerins, puis parmi les Francs de Syrie, puis en Europe. Les ablutions et les bains de vapeur devinrent aussi plus fréquents, chez les Francs, par suite des exigences du climat asiatique et de la contagion de l’exemple.

Les chevaliers d’Occident eurent beaucoup à apprendre des Sarrasins en ce qui touche l’équipement militaire : les tentes, les hastes en roseau ornées de banderolles, et les fers de lance damasquinés, le léger bouclier à main appelé targe ou rondache (arabe, al-daraka), le hoqueton, déjà nommé, qui était un justaucorps de dessous, rembourré de ouate de coton, les pigeons voyageurs, l’arbalète. Encore en 1097, les Croisés ne connaissaient pas l’arbalète et s’enfuyaient devant les Turcs qui en étaient armés, tandis que, déjà au deuxième concile de Latran (1139), ceux qui employaient cette arme contre des chrétiens étaient menacés d’excommunication. L’arbalète ne fut employée par les chrétiens au XIIe siècle qu’en Palestine, dans les combats contre les infidèles, à qui on l’avait empruntée. Les ingénieurs francs s’instruisirent aussi infiniment à l’école de l’Orient en mécanique, en balistique, en pyrotechnie et dans la science des fortifications.

La civilisation du moyen âge doit en outre aux Croisades une institution célèbre, celle des armoiries héraldiques. Si, avant les Croisades, les chevaliers avaient déjà l’habitude de faire peindre des ornements sur leurs boucliers, on ne se transmettait pas, comme on le fit depuis, ces ornements de génération en génération. Le système des armoiries régulières et héréditaires naquit en Orient. Les couleurs, en blason, portent des noms arabes (azur, bleu ; gueule, rouge, de gül, la rose ; sinople, vert)[8]. Le lambrequin n’est autre chose que le kouffieh arabe, c’est-à-dire des draperies à franges, mises sous le casque pour préserver la nuque des caresses brûlantes du soleil. Dans la langue du blason, les pièces d’or s’appellent bezants. La croix héraldique est une croix byzantine. Les animaux héraldiques sont des animaux d’Orient.

Enfin, un objet qu’au premier abord on serait prêt à considérer comme chrétien par excellence, le chapelet, n’a été généralement connu et adopté par les chrétiens d’Occident qu’à la suite des Croisades. Il était d’un usage universel chez les ascètes et les dévots de l’Orient dès la fin du IXe siècle ; il leur était venu de l’Inde bouddhiste, qui avait eu besoin d’une machine pour défiler régulièrement les interminables prières de sa monotone liturgie. Les musulmans ont encore aujourd’hui des chapelets suspendus à leur ceinture, comme les religieux de l’Église catholique. Est-il rien de plus caractéristique des échanges internationaux qui s’opérèrent à la faveur des expéditions de terre sainte ?

D’après H. PRUTZ, Kulturgeschichte der Kreuzzüge, Berlin, 1883, in-8º.


V. — LA CONQUÊTE DE LA PRUSSE PAR LES CHEVALIERS TEUTONIQUES.


Jacques de Vitry rapporte « qu’un honnête et religieux Allemand, inspiré par la Providence, fit bâtir à Jérusalem, où il habitait avec sa femme, un hôpital pour ses compatriotes ». C’était vers l’année 1128. Si l’honnête et religieux Allemand avait rêvé l’avenir comme fit Jacob le patriarche, un étonnant spectacle se fût déroulé devant lui. Il aurait vu les infirmiers de son hôpital, non contents du soin des malades, s’armer et devenir l’Ordre militaire des Teutoniques, l’ordre nouveau grandir auprès de ses aînés, les Templiers et les Hospitaliers, et s’avancer à ce point dans la faveur du pape, de l’empereur et des rois, qu’il ajoute les privilèges aux privilèges, les domaines aux domaines, et que le château du grand maître se dresse parmi les plus superbes de la Palestine. Tout à coup un changement de décor lui eût montré les Teutoniques portant leurs manteaux blancs à croix noire des bords du Jourdain à ceux de la Vistule, combattant, au lieu du cavalier sarrasin vêtu de laine blanche, le Prussien couvert de peaux de bêtes ; détruisant un peuple pour en créer un autre, bâtissant des villes, donnant des lois, gouvernant mieux qu’aucun prince au monde, jusqu’au jour où, comme énervés par la fortune, ils sont attaqués à la fois par leurs sujets et par leurs ennemis.

 *  *  *  *  *

Les Prussiens, que les Chevaliers Teutoniques ont détruits, étaient un peuple de race lithuanienne, mélangé d’éléments finnois ; ils habitaient au bord de la Baltique, entre la Vistule et le Pregel.

Au début du XIIIe siècle, une tentative fut faite pour convertir les Prussiens ; ils étaient restés jusque-là étrangers à la civilisation chrétienne. Le moine Christian, sorti du monastère poméranien d’Oliva, avant-poste chrétien jeté à quelques kilomètres de la terre païenne, franchit la Vistule et bâtit sur la rive droite quelques églises. Ce fut assez pour que le pape prît sous la protection des apôtres Pierre et Paul le pays tout entier et instituât Christian évêque de Prusse. Le nouveau diocèse était à conquérir ; pour donner des soldats à l’évêque, le pape fit prêcher la croisade contre les Sarrasins du Nord. La « folie de la croix » était alors apaisée, et les chevaliers avaient à plusieurs reprises marqué leurs préférences pour les croisades courtes. Les papes s’accommodaient, non sans regret, aux nécessités du temps, et les indulgences étaient aussi abondantes pour le Bourguignon croisé contre les Albigeois, ou pour le chevalier saxon croisé contre les Prussiens, qu’elles l’avaient été jadis pour Godefroi de Bouillon ou pour Frédéric Barberousse. « Le chemin n’est ni long ni difficile, disaient les prêcheurs de la croisade albigeoise, et copieuse est la récompense. » Ainsi parlaient les prêcheurs de la croisade prussienne.

Plusieurs armées marchèrent contre les Sarrasins du nord ; mais elles ne firent que passer, pillant, brûlant, puis livrant aux représailles des Prussiens exaspérés les églises chrétiennes. En 1224, les Barbares massacrent les chrétiens, détruisent les églises, passent la Vistule pour aller incendier le monastère d’Oliva, et la Drevenz pour aller ravager la Pologne. Ce pays était alors partagé entre les deux fils du roi Casimir ; l’un d’eux, Conrad, avait la Mazovie, et, voisin de la Prusse, il portait tout le poids d’une guerre qui n’avait jamais été si terrible. Ne se fiant plus à des secours irréguliers et dangereux, il se souvint que l’évêque de Livonie, en fondant un ordre chevaleresque, avait mis la croisade en permanence sur le sol païen, et il députa vers le grand maître des Teutoniques pour lui demander son aide.

Le grand maître à qui s’adressa Conrad était Hermann de Salza, le plus habile politique du XIIIe siècle, où il a été mêlé à toutes les grandes affaires. Dans ce temps de lutte sans merci entre l’empire et la papauté, où les deux chefs de la chrétienté se haïssaient mutuellement, le pape excommuniant l’empereur, l’empereur déposant le pape, l’un et l’autre se couvrant d’injures et se comparant qui à l’Antéchrist, qui aux plus vilaines bêtes de l’Apocalypse, Hermann demeura l’ami et même l’homme de confiance de Frédéric et de Grégoire IX. Il n’est pas prudent d’associer un pareil homme à une entreprise politique en lui offrant une part dans les bénéfices : s’il ne cherchait point à grossir cette part, à quoi servirait cette habileté ? Conrad de Mazovie et Christian d’Oliva espéraient sans doute que les Teutoniques feraient leur besogne moyennant quelque cession de territoire sur laquelle on reviendrait dans la suite, mais ils s’aperçurent qu’ils s’étaient trompés. Conrad offre à l’Ordre le pays de Culm, entre l’Ossa et la Drevenz, toujours disputé entre les Polonais et les Prussiens et qui alors était à conquérir. Hermann accepte, mais il demande à l’empereur de confirmer cette donation et d’y ajouter celle de la Prusse entière. L’empereur, en sa qualité de maître du monde, cède au grand maître et à ses successeurs l’antique droit de l’empire sur les montagnes, la plaine, les fleuves, les bois et la mer in partibus Prussiæ. Hermann demande la confirmation pontificale, et le pape, à son tour, lui donne cette terre qui appartenait à Dieu ; il fait de nouveau prêcher la croisade contre les infidèles, prescrivant aux chevaliers de combattre de la main droite et de la main gauche, munis de l’armure de Dieu, pour arracher la terre des mains des Prussiens, et ordonnant aux princes de secourir les Teutoniques. Après les premières victoires, il déclarera de nouveau la Prusse propriété de saint Pierre ; il la cédera de nouveau aux Teutoniques, de façon qu’ils la possèdent « librement et en toute propriété », et menacera quiconque les voudrait troubler dans cette possession « de la colère du Tout-Puissant et des bienheureux Pierre et Paul, ses apôtres ».

Quand tout fut en règle, en 1230, la guerre commença. La première fois que les Prussiens aperçurent dans les rangs des Polonais ces cavaliers vêtus du long manteau blanc sur lequel se détachait la croix noire, ils demandèrent à un de leurs prisonniers qui étaient ces hommes et d’où ils venaient. Le prisonnier, rapporte Pierre de Dusbourg, répondit : « Ce sont de pieux et preux chevaliers envoyés d’Allemagne par le seigneur pape pour combattre contre vous, jusqu’à ce que votre dure tête plie devant la sainte Église. » Les Prussiens rirent beaucoup de la prétention du seigneur pape. Les chevaliers n’étaient pas si gais. Le grand maître avait dit à Hermann Balke, en l’envoyant combattre les païens avec le titre de « maître de Prusse » : « Sois fort et robuste ; car c’est toi qui introduiras les fils d’Israël, c’est-à-dire tes frères, dans la terre promise. Dieu t’accompagnera ! » Mais cette terre promise parut triste aux chevaliers, quand ils l’aperçurent pour la première fois d’un château situé sur la rive gauche de la Vistule, non loin de Thorn, et qu’on appelait d’un joli

[Illustration : Le château des Chevaliers Teutoniques, à Marienbourg en Prusse.] nom, Vogelsang, c’est-à-dire le chant des oiseaux. « Peu nombreux en face d’une multitude infinie d’ennemis, ils chantaient le cantique de la tristesse, car ils avaient abandonné la douce terre de la patrie, terre fertile et pacifique, et ils allaient entrer dans une terre d’horreur, dans une vaste solitude emplie seulement par la terrible guerre. »


Au temps de la plus grande puissance de l’Ordre, c’est-à-dire vers l’année 1400, il y avait en Prusse un millier de chevaliers. Le nombre en était incomparablement moins considérable au XIIIe siècle, surtout au début de la conquête, quand l’Ordre, faible encore, avait ses membres disséminés en Allemagne, en Italie et en terre sainte. La Chronique de l’Ordre ne raconte que de petits combats, où les Teutoniques, peu nombreux, délaissés par leurs frères des commanderies d’Allemagne et peu sûrs des colons, s’enferment dans des forteresses dont les faibles garnisons maintiennent difficilement leurs communications par la Vistule. Dix ans après que la guerre a commencé, plusieurs villes étant déjà fondées, les chevaliers de Culm envoient trois fois à Reden pour demander à un chevalier de les venir assister. Ils députent ensuite vers le grand maître en Allemagne, puis en Bohême et en Autriche, mandant que tout est perdu si on ne les secourt : dix chevaliers arrivent avec trente chevaux, et c’est assez pour qu’il y ait une grande joie à Culm. Quant aux troupes de croisés que les bulles pontificales expédiaient fréquemment en Prusse, elles n’ont jamais été nombreuses, et l’imagination des vieux chroniqueurs s’est laissée aller à des exagérations grotesques. Lorsque Dusbourg raconte que le roi de Bohême Ottokar a pénétré jusqu’au fond du Samland avec une armée de 60 000 hommes, qui n’auraient certainement pu se mouvoir ni se nourrir dans ce pays, il est probable qu’il ajoute deux zéros. Ainsi, c’est un petit nombre de chevaliers, assistés par de petites troupes de croisés et par les contingents militaires des colons, qui ont entrepris la conquête de la Prusse, dont la population n’a guère dû dépasser 200 000 âmes. La supériorité de l’armement, qui faisait de chaque Teutonique comme une forteresse ambulante, la meilleure tactique, l’art de la fortification, les divisions des Prussiens, leur incurie et cette incapacité des tribus barbares à prévoir l’avenir et à y pourvoir, expliquent le succès définitif, comme le petit nombre des forces engagées fait comprendre la longueur de la lutte.

La conquête était comme un flot, qui avançait et reculait sans cesse. Une armée de croisés arrivait-elle : l’Ordre déployait sa bannière. On se mettait en route prudemment, précédé par des éclaireurs spécialement dressés à cette besogne. Presque toujours on surprenait l’ennemi. On occupait certains points bien choisis, sur des collines d’où l’on découvrait au loin la campagne. On creusait des fossés, on plantait des palissades et l’on bâtissait la forteresse. Au pied s’élevait un village, fortifié aussi et dont chaque maison était mise en état de défense : là on établissait des colons, venus avec les croisés ; c’étaient des ouvriers ou des laboureurs qui avaient quitté leur pays natal pour aller chercher fortune en terre nouvelle, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, tous portant la croix comme les chevaliers. Il fallait faire vite, car chaque croisade durait un an à peine. Les croisés partis, la forteresse était exposée aux représailles de l’ennemi ; souvent elle était enlevée, brûlée, et le village détruit ; puis les Prussiens envahissaient le territoire auparavant conquis, et les chevaliers, enfermés dans les châteaux, attendaient avec anxiété le messager qui annonçait l’arrivée d’un secours. Il fallait s’accoutumer à ce flux et à ce reflux perpétuels. Sur les hauteurs et dans les îles des lacs, on avait préparé des maisons de refuge, où les colons, l’alarme donnée, cherchaient un asile, et ces retraites précipitées étaient si habituelles que des cabaretiers demandaient et obtenaient pour eux et leurs descendants le privilège de vendre à boire dans les lieux de refuge.

Les chevaliers firent leur premier et plus solide établissement dans l’angle formé par la Vistule, entre les embouchures de la Drevenz et de l’Ossa, où Thorn et Culm furent bâtis dès l’année 1232. Aujourd’hui encore, les souvenirs et les monuments de la conquête se pressent dans le Culmerland. Le Culmerland soumis, la conquête suivit la Vistule, dont tout le cours fut bientôt commandé par les forteresses de Thorn, Culm, Marienwerder et Elbing. Dès lors les Teutoniques furent en communication par la Baltique avec la mère patrie allemande; mais, sur le continent, ils étaient séparés de l’Allemagne par le duché slave de Poméranie, voisin peu sûr, qui voyait avec inquiétude, et il avait raison, des conquérants allemands s’établir en pays slave. La guerre que le duc poméranien Swantepolk fit à l’Ordre en 1241 fut le signal d’une première révolte des Prussiens, qui dura onze années et qui fut terrible. Les chevaliers l’emportèrent, et le bruit de ces luttes et de ces victoires attira de nouveaux croisés, parmi lesquels parut, en 1254, le roi de Bohême, Ottokar. Pour la première fois, des chrétiens pénètrent alors dans le bois sacré de Romowe ; Kœnigsberg est bâti, et son écusson, où figure un chevalier dont le casque est couronné, a gardé, comme son nom, le souvenir du roi de Bohême. Ottokar conta qu’il avait baptisé tout un peuple et porté jusqu’à la Baltique les limites de son empire ; mais c’était une vanterie, comme les aimaient les Slaves du moyen âge, qui faisaient moins de besogne que de bruit. Les chevaliers, au contraire, usant pour le mieux des ressources qui leur arrivaient, reprenaient et poursuivaient sérieusement la conquête. La première révolte à peine apaisée, ils envoyèrent des colons fonder Memel, au delà du Haff courlandais. Dès l’année 1237, l’ordre des Porte-Glaive, conquérant de la Livonie, s’était fondu dans celui des Teutoniques, qui aspiraient à dominer toute la Baltique orientale et tenaient déjà cent milles de la côte.

Cette lutte fut l’âge héroïque de l’Ordre. Pendant ces années terribles, les chevaliers sont soutenus par la foi. Dans les châteaux assiégés, où ils tiennent contre toute espérance, mangeant chevaux et harnais, ils adressent d’ardentes prières à la mère de Dieu. Avant de se jeter sur l’ennemi, ils couvrent leurs épaules des cicatrices que fait la discipline. C’était une dure race. Un chevalier usa sur sa peau ensanglantée plusieurs cottes de mailles, et beaucoup dormaient ceints de grosses ceintures de fer….

Colons et chevaliers ont à la fin du XIIIe siècle terre gagnée. Leurs châteaux et leurs villes sont assis solidement sur le sol de la Prusse, et ce qui reste des vaincus ne remuera plus. Les conquérants avaient usé d’abord de ménagements, laissant aux paysans leur liberté et aux nobles leur rang, après qu’ils avaient reçu le baptême. Ils faisaient instruire les enfants dans les monastères ; mais ces Prussiens ainsi élevés avaient été les plus dangereux ennemis. Pendant et après les révoltes, il n’y eut plus de droit pour les vaincus : les Allemands en tuèrent un nombre énorme ; ils transportèrent les survivants d’une province dans une autre, et les classèrent, non d’après leur rang héréditaire, mais d’après leur conduite envers l’Ordre, brisant à la fois l’attache au sol natal et l’antique constitution du peuple. L’Ordre garda quelques égards pour les anciens nobles qui avaient mérité par leur conduite de demeurer libres et honorés ; il employa aussi des Prussiens à divers services publics, mais le nombre de ces privilégiés était restreint, et la masse des vaincus tomba dans une condition voisine de la servitude. — Un peuple fut supprimé pour faire place à une colonie allemande.

E. LAVISSE, Études sur l’histoire de Prusse, Paris, Hachette, 1885, in-16. Passim.


  1. Pierre s’étant endormi dans l’église du Saint-Sépulcre aurait vu en songe Jésus-Christ, qui lui aurait dit : « Lève-toi ; le patriarche te donnera une lettre de mission. Tu raconteras dans ton pays la misère des Lieux Saints et tu réveilleras les croyants pour qu’ils délivrent Jérusalem des païens. » Il aurait obtenu en effet une lettre du patriarche à Urbain II, qui aurait décidé ce pape à déclarer la croisade et à en confier à Pierre la prédication.
  2. Les prêtres occidentaux paraissent, au surplus, être arrivés assez vite à identifier les reliques tombées entre leurs mains. Le pauvre prêtre châlonnais Marcel, qui trouva le chef de saint Clément, fut de force à déchiffrer sans aide l’inscription de la plaque d’or à l’image du saint qui ornait le reliquaire : ὑ ἁγιος Κλημεντἱος.
  3. Nous citerons, parmi les reliques apportées de Constantinople après 1204, qui sont encore aujourd’hui conservées en Occident : la vraie croix d’Hélène, la Quadrige, les pierreries de la Pala d’Oro, à Venise ; les reliques insignes du Bucoléon, à la Sainte-Chapelle de Paris ; des phylactères à la cathédrale de Lyon, à Saint-Pierre de Lille, à Notre-Dame de Courtrai, à Floreffes ; le saint Mors, à Carpentras ; les reliquaires du Paraclet, à Amiens ; une croix d’or, à Saint-Étienne de Troyes ; le doigt de saint Jean-Baptiste, à Valenciennes ; la Siegeskreuz de Nassau, à Limbourg (don d’Henri d’Ulmen à l’église de Steuben), etc. — Cf. Rohaut de Fleury, Mémoire sur les instruments de la Passion, Paris, 1870, in-4º.
  4. [M. P. Riant a consacré deux volumes à l’histoire de la translation et des destinées des objets apportés de Constantinople en Occident à la suite de la quatrième croisade : Exuviæ sacræ Constantinopolitanæ, fasciculus documentorum quarti belli sacri imperiique gallo-græci historiam illustrantium, Genève, 1877-78, 2 vol. in-8º.]
  5. En Syrie, plusieurs forteresses portent le nom de Krak ou Karak ; ce sont le Krak des Chevaliers, le Krak de Montréal et le Krak ou Petra deserti ; ce nom est encore porté par plusieurs villages bâtis sur des tertres.
  6. L’auteur se sert, dans la description qui suit, de quelques termes techniques d’architecture : échauguettes, hourdage, merlons, potelets, doubleaux, mâchicoulis, etc. On en trouvera l’explication dans les ouvrages élémentaires d’archéologie médiévale (v. ci-dessous la Bibliographie du chapitre XIV), notamment dans le Dictionnaire de Viollet-le-Duc. — La description est du reste facile à suivre sur les figures et le plan que nous donnons, d’après M. Rey, pp. 265, 269 et 273.
  7. Voyez la restitution, p. 269.
  8. Les yeux des hommes du Nord s’habituèrent en Orient à des couleurs nouvelles : lilas, carmin, pourpre de Tyr, couleurs laquées.