Histoire du chevalier Grandisson/Lettre 28

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- Lettre 27 Histoire du chevalier Grundisson - Lettre 29


LETTRE XVIII

la comtesse douairiere de D à Madame Selby.

23 janvier. Permettez, madame, que sans vous être connue personnellement, je m’adresse à vous pour une affaire de quelqu’importance, et que je vous demande en même tems le secret, jusqu’à ma première lettre, à l’égard même de M Selby et de la jeune personne dont il est question. Personne de ma famille, sans excepter le comte de D mon fils, n’est informée de mes vues, et n’en aura la moindre connoissance, avant que vous les ayez approuvées. Mon fils est entré, depuis peu, dans sa vingt-cinquième année. Il y a peu de jeunes gens, dans la haute noblesse, à qui l’on puisse attribuer de meilleures qualités. Sa minorité m’a donné le pouvoir, lorsqu’il est entré en âge, de le mettre en possession d’un bien fort noble et fort clair, qu’il n’a point altéré, depuis qu’il vit dans l’indépendance. Il n’y a rien à lui reprocher pour la figure. On lui accorde du savoir et du jugement ; sa conduite l’a fait respecter dans ses voyages. Vous pouvez prendre la-dessus toutes les informations qui conviennent à la prudence. Notre plus grande passion, comme vous pouvez vous l’imaginer, est de le voir heureusement marié. Il est fort éloigné d’être un mauvais fils. Je ne lui ai jamais reconnu que de la tendresse et du respect pour moi. Un fils respectueux promet un bon mari : il m’assure que son cœur est sans engagement, et qu’il aura les plus grands égards pour ma recommandation. Je cherche un parti qui lui convienne : mais, quoique milord ne soit pas indifférent pour la beauté, je porte les yeux plus loin que l’extérieur dans une femme. Ma première vue tombe sur la famille à laquelle une jeune personne doit sa naissance et son éducation. La qualité me touche peu : un homme de qualité, comme vous savez, la confère à sa femme. Je ne demande qu’une bonne et ancienne noblesse. On sait, madame, que cet avantage ne manque d’aucune part à la vôtre ; et si les conditions, d’ailleurs, étoient agréées mutuellement, je vous avoue que je serois flattée de votre alliance. La jeune personne ayant reçu son éducation sous vos yeux, votre caractère seroit un puissant motif pour moi. La beauté, le mérite et l’excellent naturel de votre nièce Byron, font l’entretien et l’admiration de tout le monde. Il ne se passe point un jour, où je n’en entende parler avec de nouveaux éloges. Je n’ai, madame, qu’une seule question à vous faire aujourd’hui ; et je vous supplie de me répondre avec l’ouverture qui convient à l’importance de l’occasion, et que je crois mériter par la mienne, surtout lorsque je promets le secret, avec autant de fidélité que je le demande. Les affections de Miss Byron sont-elles absolument libres ? Notre délicatesse est extrême sur ce point : c’est le seul auquel je m’attache aujourd’hui. Si votre réponse est telle que je la désire, nous en viendrons des deux côtés à d’autres explications. Un mot, lorsque votre commodité vous le permettra, ne sauroit manquer, madame, d’obliger infiniment votre très-humble et très-obéissante servante. M D.