Histoire et description naturelle de la commune de Meudon/Chapitre VI

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CHAPITRE VI.

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GÉOLOGIE.
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VI.

Description géologique des collines de Meudon.
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Les collines de Meudon sont composées de matériaux extrêmement variés ; on y trouve représentées presque toutes les formations du bassin tertiaire de Paris ; je vais successivement les passer en revue en allant suivant l’usage accoutumé, de bas en haut, et je porterai principalement mon attention sur les choses les plus intéressantes.

Disons tout d’abord qu’anciennement les pierres de Meudon étaient connues sous le nom de pierres à polir et à layer. Les premières étaient peut-être représentées par la pierre de liais susceptible de poli, et les secondes, sans doute les meulières, servaient aux laies ou routes de la forêt[1].

Le Bas-Meudon et les Moulineaux ont toujours attiré fortement l’attention, par l’exploitation d’une terre connue sous le nom de blanc d’Espagne ou de Meudon, recherchée aujourd’hui dans toutes les parties du globe et employée sur tous les bâtiments qui sillonnent les mers, au fourbissage des objets en cuivre : c’est la craie épurée, débarrassée du sable qu’elle renferme, après avoir été délayée dans des baquets, et qui provient d’immenses carrières autrefois souterraines et la plupart maintenant à ciel ouvert. L’emploi considérable que les constructions des fortifications de Paris font de la chaux hydraulique, vient de leur donner une très grande extension, et l’on voit plusieurs manèges mus par des chevaux, où la craie privée de ses silex, après avoir été préalablement écrasée, est mélangée intimement avec une certaine quantité d’argile plastique, qui, par une circonstance des plus heureuses, se trouve, dans cette localité, immédiatement au dessus de la craie. Cela fait, on laisse sécher à l’air libre des pains de cette craie devenue argileuse et jaunâtre ; on les porte ensuite au four et l’on obtient de cette manière un silicate de chaux hydraulique artificielle, à laquelle on donne aussi le nom de Pouzzolane[2]. Cette substance éminemment stimulante devrait bien être essayée, pour le dire en passant, dans l’amendement de quelques-unes de nos terres, à l’instar de ces départements où l’on tire déjà les plus grands avantages des calcaires argileux convertis en chaux semblable.

Je n’entrerai pas ici dans le détail des nombreux fossiles qui appartiennent à la formation crayeuse, cela me mènerait trop loin ; on pourra d’ailleurs en trouver la description dans l’ouvrage classique de MM. Cuvier et Alexandre Brongniart. Rappelons seulement qu’ elle renferme de nombreuses bélemnites dont la forme et la couleur les ont fait comparer avec assez de justesse à des sucres d’orge, ainsi que les carriers les appellent. On y remarque aussi des ananchytes, radiaires non moins abondants que ces étuis coniques, qui paraissent avoir décidément rempli, chez des espèces de céphalopodes perdues, le même office que les os de sèches connus sous le nom de biscuits de mer. Quelques-uns de ces oursins ont sans doute été écrasés à l’état vivant, et la matière gélatineuse qui s’en est échappée semble s’être pétrifiée sur les bords de la coquille. Les naturalistes qui voudront bien me parcourir, apprendront peut-être aussi avec intérêt que j’ai recueilli depuis longtemps, dans les mêmes crayères, des empreintes de hamites ; ce genre, voisin des ammonites, avait été jusqu’à présent considéré comme appartenant seulement à la partie intérieure ou chloritée de cet immense dépôt crétacé, lequel n’a pas moins de quinze cents pieds d’épaisseur au dessous de Paris, ainsi que le fameux puits artésien de l’abattoir de Grenelle en fournit la preuve. De même que, dans les carrières de Maëstricht, en Belgique, on a découvert dans celles de Meudon des fragments de mâchoires ayant appartenu à un immense reptile de l’ancien monde, désigné sous le nom de Mosasaurus hofmanni, puis des débris de carapace de tortue de mer. Tout le monde connaît les silex pyromaques (vulgairement pierres à feu) de la craie, dans laquelle ils forment des masses tuberculaires empâtant une foule de fossiles qui semblent avoir servi de centre d’attraction à la silice, et transformés souvent en la même substance ; c’est dans les fissures de ces rognons, qui sont les équivalents de véritables couches siliceuses, chez M. Langlois, aux Montalais, qu’on a observé la belle célestine ou sulfate de strontiane parfaitement cristallisée. Enfin, ajouterai-je qu’il serait peut-être possible d’obtenir des nitrières dans les mêmes lieux ; car les échantillons de craie que j’en ai extraits, il y a plusieurs années, se sont effleuris par suite de la présence d’un sel formé par l’action de l’air sur la potasse que la terre devait renfermer.

A la craie succède un calcaire récemment désigné sous le nom de calcaire pisolithique tertiaire, quoiqu’il ne soit, à vrai dire, dans cette localité, qu’un simple conglomérat ou une brèche crayeuse à ciment argileux, ainsi que l’ont reconnu, il y a déjà longtemps, les illustres géologues que j’ai déjà cités ; il renferme des ossements roulés et parfaitement polis de lophiodon, d’anthracotherium, d’écureuil, de tortue, etc., associés à des coquilles d’eau douce, notamment deux espèces d’anodontes, grandes bivalves, à l’une desquelles M. Charles d’Orbigny a imposé le nom de M. Cordier, l’un des géologues les plus renommés de notre époque[3].

Vient ensuite l’argile plastique, formation bien distincte, dont les couleurs tricolores tranchent d’une manière si prononcée avec celle de la craie qui est d’un blanc uniforme dans l’intérieur de sa masse. Quand on laisse sécher tranquillement la première au soleil, et si l’on vient à la tailler et à la polir, on la prendrait alors pour un marbre aux nuances variées les plus vives.

De puissantes couches de calcaire grossier, dont l’ensemble l’orme une masse qui n’a pas moins de 22 à 24 mètres d’épaisseur, terminent la coupe des Moulineaux, et se trouvent presque complètement traversées un peu plus loin par le passage du chemin de fer. On en extrait d’excellentes pierres de taille, qui, de tous temps, ont joui d’une grande réputation[4]. Ces assises semblent avoir été sur quelques points disloqués parallèlement aux contours de la colline, par suite sans doute du glissement du calcaire grossier sur l’argile plastique située entre lui et la craie ; les faces de ces portions disjointes portent des traces profondes du passage des eaux. Ce calcaire n’offre rien de particulier, si ce n’est, comme partout ailleurs, un grand nombre de moules de Ceritium giganteum et d’autres coquilles que je me dispenserai d’énumérer pour la raison que j’ai donnée plus haut ; on y rencontre aussi des dents de squale parfaitement conservées, auxquelles les ouvriers attachent un prix exagéré depuis qu’on leur a fait connaître l’intérêt qu’ils pouvaient apporter à ces sortes d’objets.

Dans la tranchée qui a été faite pour le passage du chemin de fer, on retrouve au dessus des Moulineaux ou du calcaire grossier des indices du grès de Beauchamp, représenté là par d’énormes rognons isolés de grès qu’on peut regarder aussi comme les équivalents d’une couche de même nature.

Si les grès inférieurs existent à peine à Meudon, il n’en est pas de même de la grande formation gypseuse qui se révèle sur plusieurs points d’une manière bien caractéristique ; elle règne sans doute dans une grande étendue sous la forêt de Meudon, en affectant la forme de grosses masses ovoïdes semblables à celles qu’a laissé voir la tranchée du chemin de fer de la rive droite dans le parc de Saint-Cloud.

M. Obeuf, à qui je dois ce renseignement, exploite depuis longtemps du gypse sur le bord de ce dépôt dont la puissance chez lui, à la profondeur de 23 mètres environ, varie entre 2,274 et 2,599. Il y a recueilli aussi des ossements de pachydermes et des rognons de strontiane sulfatée terreuse, analogues à ceux de Montmartre et des autres collines gypseuses. Dans un puis que l’on a creusé à Bellevue, j’en ai vu sortir du gypse renfermant, comme celui de Ménilmontant, des rognons de silex blond ; plus haut, dans une touille que M. Guillaume fit exécuter au milieu de l’ancien réservoir de Bellevue, la terre argileuse noirâtre qu’on en a retirée contenait une foule de petites huîtres encore analogues à celles des argiles vertes de Montmartre, ainsi que des cylhérées qu’on retrouve à Ménilmontant. Enfin on peut aussi très bien reconnaître les traits de la formation gypseuse, dans la tranchée profonde du chemin de fer de la rive gauche, près du chêne de Doisu.

Les plus importantes sources de Meudon et de Sèvres, sur lesquelles je reviendrai plus loin, s’échappent de la couche argileuse qui constitue la partie supérieure de ce terrain ; c’est la meilleure nappe aquifère du pays, celle qui ne tarit jamais.

C’est aussi du mélange de cette terre avec les sables supérieurs, qui seront bientôt décrits, que résulte la terre franche si commune dans les parties basses du territoire de Meudon. C’est ce composte qui forme le sol des vignes. Chose remarquable ! il existe presque pur lnui, dans les environs de Paris où ces plantes sarmenteuses sont cultivées, un fond de terre analogue comme s’il leur était essentiellement propre ; mais ne serait-ce pas plutôt parce qu’il se présente d’un côté, ordinairement en coteaux impropres au maniement de la charrue, et que, d’un autre, par sa nature légère, il est des plus favorables à la maturité du raisin ? Meudon se trouve exactement dans les conditions imposées par Virgile pour la culture de la vigne :

« Neve libi ad solem vergant vineta cadentem. »

Des sables recouvrent donc les argiles du gypse et acquièrent une puissance qui va jusqu’à 40 mètres dans les sablonnières ouvertes sur différents points de la forêt ; s’ils diffèrent peu de volume dans les grains d’un lieu à un autre,il n’en est pas de même de leurs couleurs dues à la présence du 1er dont je parlerai avec quelque développement à l’occasion des argiles à meulières, et qui sont tantôt d’un blanc grisâtre ou jaunâtre, tantôt d’un rouge intense, quelquefois violet ; Ies uns et les autres brillent au soleil d’une infinité de petites paillettes de mica jaune ou blanc, substance en apparence d’une délicatesse extrême, qui n’a cependant pas encore subi d’altération notable depuis tant de siècles qu’elle est là, exposée aux intempéries ; lorsque ces paillettes sont très abondantes, on les recueille pour en faire, suivant leur couleur, de la poudre d’or ou d’argent. La grande verrerie de Sèvres tire, comme on sait, tout le sablon dont elle a besoin pour la fabrication de ses bouteilles, de deux grandes sablonnières ouvertes au dessus de Bellevue.

Ces sables tellement tenus, si homogènes sur de grandes étendues, qu’un des meilleurs géologues de la Belgique n’a pas hésité à les attribuer à des émissions (éjaculations, suivant sa propre expression) de silice tenue en dissolution, ces sables, dis-je, offrent de temps en temps des petits galets de silex qui ne me permettent pas de douter un instant que cet immense dépôt de particules quartzeuses ait été, au contraire, formé à la manière des dunes actuelles sur le bord de la mer ; je crois même pouvoir émettre l’opinion que, non seulement ils se sont accumulés de la sorte, à une époque reculée où la mer, pénétrant encore dans le bassin de Paris, le remplissait comme un golfe dont les coteaux de Meudon auraient été l’un des rivages ; mais encore, que ses éléments, examinés au microscope, représentent fidèlement le quartz et le mica, arrachés par l’effort des eaux, à des terrains primitifs semblables à ceux des rochers de la Bretagne ; quant à la troisième substance élémentaire du granit ou du gneiss qui a dû résulter de cette désagrégation, et la plus altérable de toutes, on peut la retrouver jusqu’à un certain point dans les argiles qui recouvrent les sables sous forme d’alumine provenant de la décomposition du feldspath. On conçoit très bien qu’après le dépôt des premières, l’argile tenue la dernière en suspension au milieu d’un liquide de moins en moins salé, soit venue se déposer à son tour au dessus de tous les autres terrains ; et comme presque toute la contrée devait être à peu près de niveau dans l’origine, la mer ne pouvant plus franchir l’obstacle opposé par la présence des sables accumulés et des argiles, des eaux douces ou lacustres l’ont définitivement remplacée, tout en augmentant le dépôt argileux et en permettant à des êtres d’un autre ordre de se manifester.

La plupart des sources ou toutes celles qui sont les plus élevées dans la forêt de Meudon, sourdent de la partie intérieure de ce terrain, et ne font que passer sur les argiles qui recouvrent le gypse ; elles résultent de l’infiltration des eaux pluviales a travers les couches perméables des terres supérieures, et comme elles ne rencontrent dans tout leur parcours que des argiles siliceuses et alumineuses ainsi que des sables, elles restent douces, dissolvent bien le savon, et sont très recherchées par les promeneurs en été à cause de leur fraîcheur et de leur pureté ; telles sont les fontaines d’Aubervilliers, ancien écart de la paroisse de Meudon, où il paraît y avoir eu des ruines ; de Triveau ; de la Garenne ; du Rossignol et des Lins. Cependant il y en a de ferrugineuses et sur le bord du chemin, prés de l’étang de Chalais, j’en citerai notamment une de ce genre qui pourrait être mise à profit comme source minérale. Je dois aussi mentionner des puits à Bellevue, qui pourraient bien être alimentés par des sources semblables aux premières, à moins qu’elles ne proviennent plutôt des argiles du gypse et dont l’eau possède une légère amertume : en effet, par l’évaporation, elle donne des sulfates terreux qui cristallisent en aiguilles ; à cela près et quoiqu’elle cuise difficilement les légumes tels que les haricots, elle est assez bonne à boire. Le village de Meudon possède plusieurs sources importantes ; mais il est bien à regretter, pour le dire en passant, qu’elles soient presque toutes dans des propriétés particulières et qu’il n’y ait pas une belle fontaine, comme je l’ai déjà signalé au commencement de cet ouvrage, sur la place même de ce village si populeux. Nous verrons tout à l’heure d’où il tire principalement son eau.

Enfin le terrain qui occupe à Meudon le plus d’étendue, du moins en superficie, est celui que l’on connaît sous le nom d’argiles supérieures à meulières : c’est lui qui constitue le sol proprement dit de la forêt ; c’est lui qui, grâce à sa presque imperméabilité, entretient une fraîcheur perpétuelle et salutaire autour de la racine des arbres ; il alimente les étangs qui fournissent à leur tour de l’eau douce à Meudon ainsi qu’à Bellevue ; aussi, dans les grandes sécheresses, la plupart des sources qui s’échappent de ce terrain et même des sables situés au dessous, en apparence magnifiques, tarissent-elles rapidement. Les jolies maisons de campagne de Bellevue sont malheureusement à la merci de cette vicissitude ; il n’y aurait qu’un moyen, suivant moi, pour y amener de l’eau en abondance : ce serait d’établir de grandes citernes sur le plateau des Bruyères de Sèvres, destinées à retenir le plus possible des eaux pluviales qui tombent dans cette localité ; en un mot, il faudrait faire, ce qu’on exécuta jadis pour le château de Meudon, en construisant l’étang des Fonceaux, lequel, après avoir reçu toutes les égouttures de la terre au moyen de rigoles, les transmet au grand bassin de Bel Air dans le petit parc où elles achèvent de s’épurer. Ce sont, comme je m’étais promis de le dire, les eaux de ce bassin, qui, après le château, alimentent le village de Meudon moyennant des concessions. Il n’y a qu’un robinet à l’usage du public, c’est celui de la Voûte, et encore il faut faire une véritable ascension pour y parvenir. On rendrait assurément un grand service au village, en faisant descendre la conduite de cette eau jusque devant la porte de l’église.

Mais revenons aux argiles qui nous offriront des minerais assez intéressants pour que j’aie cru devoir leur consacrer un assez long paragraphe. Elles renferment, comme tout le monde le sait, des pierres désignées sous le nom de meulières, recherchées, depuis un temps immémorial, pour les constructions dans les lieux bas et humides à cause de leur inaltérabilité et d’une porosité qui les rend si propres à recevoir la chaux hydraulique. On voit encore dans les bois de Gallardon et dans les Bruyères de Sèvres, ces dernières ayant appartenu autrefois au domaine de la couronne, de nombreux trous remplis d’eau croupissante, d’où l’on a extrait, m’a-t-on assuré, une partie des pierres qui entrent dans la construction des murs, des terrasses, etc., du parc de Versailles. L’exploitation de cette roche dans toutes les localités qui en renferment, n’a pas discontinué ; la consommation en est même devenue effrayante ; la ville de Paris s’est d’abord fait avec cette roche une haute ceinture de neuf lieues de longueur ; elle s’est ensuite élevé des abattoirs, des marchés, que sais je ? Le choléra-morbus lui a valu en moins de cinq ans vingt-cinq à trente lieues d’aqueducs construits exclusivement encore avec les mêmes matériaux ; enfin, loin d’en voir diminuer l’emploi, on en tire aujourd’hui de tous les côtés, à quinze ou vingt lieues à la ronde, pour revêtir les fortifications de Paris sur une étendue non moins grande. Encore deux ou trois entreprises de ce genre et cette roche deviendra d’une rareté extrême aux environs de Paris ; car il faut bien se persuader qu’elle ne se reproduit pas plus que le charbon de terre, ainsi que beaucoup de personnes le pensent sérieusement : « Non crescunt lapides, » a dit Linné. Du reste, il n’en resterait pas pour graine : on l’exploite maintenant avec le plus grand soin, et les anciennes fouilles sont même reprises avec avantage.

Quoi qu’il en soit, cette roche ne jouit pas partout des propriétés qui la font rechercher pour prendre le mortier et résister au boulet au moins aussi bien que des briques ; elle n’est pas toujours poreuse, et ce n’est guère que sur le bord des grands plateaux qu’elle est le plus cellulaire et conserve le nom de meulière, tandis qu’elle devient compacte et s’appelle caillasse[5] vers le centre ; on le concevra aisément si l’on a égard à la manière dont jusqu’à présent on a supposé que la meulière s’est formée. L’explication que je vais chercher à en donner est susceptible, il est vrai, de recevoir un grand ébranlement, depuis qu’on a reconnu que l’électricité joue un si grand rôle dans la cristallisation, le départ ou l’homogénéité de tant de substances, telles que celles des filons dans les roches primordiales, tels que les silex dans le calcaire sédimentaire, les pyrites dans les argiles, etc., ces derniers ayant évidemment fait partie intégrante des dépôts informes dans lesquels ils se trouvent. En attendant que l’électrochimie prévale dans ce cas-ci, si nous ne consultons que ce qui se passe dans tout dépôt obéissant purement et simplement aux lois de la pesanteur, et si je m’étaie surtout de ce que j’ai observé près des Geysers en Islande[6], nous dirons que la matière des meulières, primitivement gélatineuse, devait se déposer confusément sur les bords des marais, de là sa porosité ; et tranquillement vers le centre, de là sa compacité ; c’est pour la même raison qu’on ne trouve guère de traces d’animalisation (lymnées, planorbes, rhyzômes de nénuphar, graines de kara, etc.) que sur les rives de ces anciens lacs d’eau douce, comblés aujourd’hui, tandis qu’on en cherche vainement vers le centre, là où la profondeur des eaux et l’abondance de la silice qui se précipitait n’auraient pas permis à des animaux et à des végétaux de vivre.

D’après les considérations que je viens de donner relativement à la formation des meulières d’eau douce, je conseillerai, quand on voudra les obtenir poreuses, de les rechercher dans la ceinture des plateaux qui les recèlent, et de s’abstenir, en tous cas, de fouiller les pentes inclinées où elles n’ont pu se former dans cette situation ; si l’on en trouve, elles sont ordinairement en fragments provenant des éboulements du plateau supérieur ot disséminées dans une terre argilo-sablonneuse.

Je dois cependant faire remarquer que, dans cette espèce de conglomérat, se voient les plus grands blocs de cette pierre, qui, par suite de leur pesanteur, tendent toujours à descendre dans le fond des vallons ; mais, indépendamment de leur rareté, ils ont acquis une ténacité assez grande pour qu’ils soient difficiles à exploiter. A raison de leurs anfractuosités et de leurs couleurs vives dues à la présence du péroxide de fer, les masses de ce genre sont ordinairement recherchées pour faire des grottes ou des rochers dans les jardins d’agrément.

Rétrospectivement et sous le rapport de l’industrie, je crois devoir ajouter à la fin de ce paragraphe que l’on trouve dans le voisinage de l’étang des Fonceaux une terre bolaire jaunâtre, très propre à la fabrication de la brique et de la poterie grossière, sans addition d’aucune autre matière ; cette terre qui forme une couche de deux mètres environ de puissance, est située au dessus des argiles à meulières et se confond avec la terre végétale.

Minerais de fer et de manganèse.
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La partie supérieure du sol de la forêt de Meudon, notamment les argiles à meulières, renferment deux espèces de minerais dont l’abondance et la structure doivent offrir le plus vif intérêt relativement à la géologie du bassin de Paris. Je parlerai d’abord du 1er qui s’y trouve à l’état de pisolithe hydroxidé, dont l’étude a été négligée jusqu’à présent, et ferai connaître sa richesse métallique.

Il forme généralement des nids ou amas plus ou moins allongés au milieu de l’argile et dans les interstices que laissent les meulières entre elles ; il se présente, suivant les localités, en grains isolés, depuis le volume d’un gros grain de plomb ou de chenevis jusqu’à celui de nodules pugillaires, composés eux-mêmes de grains semblables fortement agglutinés par un ciment argilo-ferrugineux, et dont l’ensemble prend alors la contexture tuberculaire ; ils ont, du reste, l’un et l’autre, aussi bien dans les formes qu’ils affectent que par leur manière d’être, la plus grande analogie avec les limonites de la Bourgogne, et mériteraient certainement d’attirer l’attention si le métal qui en provient était moins commun dans la nature et le combustible plus abondant autour de nous.

Le fer pisolithique hydroxidé de Meudon ne le cède à aucun autre de ce genre, en richesse métallique ; il donne, étant bien lavé, 33 pour cent d’une fonte très belle[7], et 29 pour cent de gangue insoluble dans l’acide hydrochlorique.

Ce fer limoneux est très abondant sur quelques points de la forêt domaniale, notamment : sur les Bruyères de Sèvres, dans une sablonnière près de la porte Dauphine ; à Vilbon au dessus de la sablonnière ouverte à côté de l’étang de ce nom ; près de la porte de Châtillon ; enfin dans l’ancien parc de Bellevue. Je l’ai d’ailleurs observé partout où l’on a fouillé les argiles supérieures.

Les nodules intermédiaires, entre la plus petite et la plus grande dimension, que je viens d’établir, sont généralement poreux à l’intérieur et à l’état de peroxide rouge à peine hydratée, comme s’ils avaient été fortement chauffés, tandis que la croûte extérieure est d’un brun jaunâtre, luisante, et reste entièrement hydratée. Les gros tubercules de ce minerai offrent aussi cela de remarquable, qu’ils sont souvent encroûtés de silex meulière, encroûtement qui a dû avoir lieu postérieurement à leur formation[8].

Le fer pisolithique en question se retrouve aussi au milieu du terrain de transport dont on commence à apercevoir les traces à Meudon, au niveau du chemin de fer ou à 70 mètres au dessus de celui de la Seine. Dans la tranchée même de ce chemin, près de Bellevue, là précisément où a eu lieu la catastrophe du 8 mai, on voit ce minerai associé à des orbicules siliceux hydratés (calcédoines). Ces deux concrétions ont sans doute été formées dans les mêmes circonstances, c’est-à-dire au milieu de la terre argileuse rougeâtre interposée entre les cailloux roulés et postérieurement au dépôt du diluvium.

Indépendamment du fer pisolithique que je viens de signaler, on voit encore, dans les mêmes localités à meulières, et tout près de la surface du sol, une brèche assez remarquable ; elle est formée : 1° de grains de fer que l’on rencontre fréquemment à l’état libre dans les fossés et le long des chemins de la forêt où ils sont devenus le jouet des eaux ; 2° et de fragments de meulières arrachés les uns et les autres de leur gîte primitif ; ces éléments ont été réunis ensuite par de l’hydrate de fer, de manière à constituer une roche très résistante employée aussi dans les constructions.

Enfin, pour ne rien omettre des particularités intéressantes que le fer m’a offertes dans la commune de Meudon, je dois aussi mentionner avoir retrouvé tout à fait dans la partie supérieure des sables protéiques de M. Alexandre Brongniart, fortement colorés en rouge lie de vin, d’assez gros nodules de fer pisolithique, rares, il est vrai, et offrant cela de remarquable, que l’argile qui est unie au fer dans les cas précédents est ici remplacée par du sable. J’ai aussi recueilli dans une autre localité de la forêt de Meudon, des rognons de véritable fer hématite mamelonné et à fibres divergentes.

Passons maintenant au minerai de manganèse.

Les illustres auteurs de la description géologique du bassin de Paris ont, depuis longtemps, signalé la présence du manganèse dans ses environs où il existe, tantôt en petits rognons lenticulaires au milieu du gypse et de ses argiles, tantôt en dendrites superficielles à la surface des feuillets de ces dernières ; on l’a reconnu aussi tout récemment mélangé intimement avec le cobalt dans la partie supérieure des grès d’Orsay et de Dampierre, près de Versailles.

Aujourd’hui, je puis l’indiquer dans un terrain plus élevé que toutes les couches qui l’ont offert jusqu’à présent, et là, il y est d’une abondance telle qu’il mériterait presque d’être exploité. Je m’empresse d’abord de dire que je dois la connaissance de ce gisement remarquable de manganèse à. M. Chambellant.

On l’a découvert tout récemment, près de la porte de Châtillon, en faisant des fouilles pour extraire de la meulière destinée aux fortifications de Paris : à trois mètres environ de profondeur, il forme des veines assez puissantes, de deux à trois pouces d’épaisseur, situées horizontalement, mais dont l’ensemble peut être considéré comme un véritable nid, forme sous laquelle se présentent habituellement, ainsi qu’on lésait, les minerais de manganèse dans les terrains de sédiment ; il gît au milieu d’une argile tricolore (jaune, rouge et blanche) qui enveloppe des meulières aussi remarquables par leur pureté que par leur structure caverneuse, due en grande partie à des racines de plantes aquatiques silicifiées. Ces meulières recouvrent des sables très puissants, et tout ce système repose sur la grande formation gypseuse. Ayant examiné ce minerai avec une attention toute particulière, je lui ai trouvé les caractères physiques suivants :

Contexture subgranulaire, d’un noir mat avec reflets bleuâtres, donnant par l’écrasement une poussière semblable à du noir animal ( celle des grains parfaits est cependant d’un gris d’acier) ; très tachant, assez léger, happant fortement à la langue, très hydraté si ce n’est les grains où le manganèse est sans doute à un degré différent d’oxydation que celui du minerai à l’état terreux ; après le grillage, le barreau aimanté l’enlève presqu’entièrement ; d’une extrême fusibilité au chalumeau en un globule noir, vitreux, très difficile à écraser et dont la poussière est brune.

Analysé par M. Émile de Chancourtois, élève-ingénieur très distingué de l’école des mines, il a donné pour résultat :


  • « Perte par calcination. . . . . . 0,16
  • Matières fixes. . . . . . . . . . . . 0,84

____________________________________
= 1,00

  • Oxide rouge de manganèse. . 0, 41
  • Péroxide de fer. . . . . . . . . . . .0, 10
  • Résidu argileux. . . . . . . . . . . .0,29
  • Alumine et chaux. . . . . . . . . . .0,03

____________________________________
= 0, 83 »

D’après tous les caractères que cette substance a offerts, j’ai donc été porté à la regarder comme un hydrate de deutoxide de manganèse ferrifère terreux ou comme une substance minérale très voisine de la braunite terreuse, ne devant la propriété de happer fortement à la langue et de fondre si facilement au chalumeau, qu’à la présence de l’argile calcarifère ayant servi de fondant, et celle d’être attirable au barreau aimanté, qu’aux molécules de fer réduites à l’état de deutoxide et entraînant avec elles toutes celles de manganèse.

Dans le voisinage de ce gisement et au dessus des meulières, on a aussi recueilli un galet de silex pénétré de manganèse et dont les belles nuances veinées le font ressembler de la manière la plus frappante au jaspe jaunâtre renfermant la même substance, et provenant de Nontron dans la Dordogne.

Quant à l’époque géologique à assigner a ces deux minerais de fer et de manganèse, je crois pouvoir la rapporter au grand sol de transport ou diluvium, bien qu’il en existe à peine des traces sur les points élevés où ils gisent. Ces métaux hydratés y ont été apportés évidemment par une cause qui a agi sur toute la surface du pays. Je ne serais pas même éloigné de croire que le fer dont l’oxide colore si vivement la partie supérieure de nos sablonnières ou grès et même le manganèse cobaltifère qui s’y trouve accidentellement, provinssent de la même source, après avoir, bien entendu, traversé à l’état de dissolution, et en vertu de leur pesanteur spécifique, les argiles colorées situées au dessus et qui leur doivent aussi leurs nuances marbrées. C’est dans ce passage qu’ils auraient formé les dépôts que nous venons de voir et sur lesquels j’ai désiré particulièrement attirer l’attention des géologues et des métallurgistes[9].

Traces anciennes et concrétions calcaires de la Seine.
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La base des collines de Meudon paraît avoir été baignée jadis par la Seine, à un niveau bien supérieur à celui que ce fleuve peut atteindre aujourd’hui dans ses plus fortes crues ; à droite et à six pieds environ de hauteur au dessus du pavé de la route départementale, il est facile de reconnaître que la partie inférieure du calcaire grossier qui, après s’être disloqué, a évidemment glissé là, sur les argiles plastiques, porte des traces d’érosion qu’on ne peut attribuer qu’au passage d’eaux puissantes. Un conglomérat composé de terre végétale noirâtre, de petits fragments roulés de calcaire crétacé, avec une foule de cycloslômes, d’hélix et surtout la présence, de lymnées, situé au dessus du calcaire, vient singulièrement fortifier cette présomption. Il est, du reste, difficile de ne pas trouver dans cette couche meuble, aux fragments de calcaire près, une grande analogie avec la terre dont les berges actuelles de la rivière se trouvent formées.

A présent que la Seine ne remplit plus le bassin circonscrit au sud-ouest par les Moulineaux, les Montalets, etc., et a cessé de recouvrir par conséquent une grande partie de la plaine de Grenelle ; aujourd’hui qu’elle s’est encaissée à quelques centaines de pas plus loin, cette rivière a donné naissance à un phénomène géologique des plus curieux ; les naturalistes de la capitale auront là, presque sous leurs yeux, une puissante formation calcaire encore en activité, exemple remarquable qu’ils ne croyaient guère exister si près d’eux. Aussi le fait que je vais faire connaître ne pourra, je l’espère, manquer d’intéresser également les ingénieurs des ponts et chaussées, chargés de la navigation des fleuves et rivières.

On sait que les îlots qui se forment dans le cours de la Seine sont généralement composés de sable et de limon ou de matières d’attérissement que les plantes aquatiques, puis des saules, achèvent d’émerger au dessus des plus forts crues ou empêchent d’être emportées par elle ; on sait aussi que les eaux du même fleuve tiennent en dissolution une petite quantité de carbonate calcaire, qui, à la longue, incruste les coquilles et autres objets tombés au fond de son lit.

Au mois d’août 1842, une dame de ma connaissance, en se baignant dans la rivière près de la pointe en amont de l’île Séguin dont j’ai déjà parlé dans le cours de cet ouvrage, se déchira les jambes sur des rochers qu’elle m’engagea à examiner. Je reconnus alors, non sans étonnement, qu’ils étaient de même nature que l’enveloppe concrétionnée des coquilles ; et, portant mon investigation plus loin, je trouvai aussi que la berge orientale de la même île en était presqu’entièrement formée.

La diminution extraordinaire que la grande et longue sécheresse de l’année 1842 avait fait éprouver au volume des eaux de la Seine permettait donc de voir, à cette époque, sur les points déjà signalés, des rochers à fleur d’eau, que je pris au premier abord pour un lambeau du calcaire marin grossier, mais qui étaient exclusivement composés de calcaire concrétion né empâtant toutes les coquilles propres à la rivière. On rencontrait aussi dans cette espèce de travertin fluviatile, à zones souvent concentriques, des ossements et des fragments de bois, d’une épotme tout à fait récente, quoique ces derniers fussent déjà convertis en lignites.

En plongeant,on retrouve ce même dépôt à trois mètres environ de profondeur et on peut le suivre ainsi à une assez grande distance des bords de l’île. Sa surface au dessous de l’eau est irrégulière, raboteuse, et présente souvent des chambres où le poisson va se réfugier et dont l’entrée, comme celle de la plupart des cavernes dans les roches calcaires, est étroite. Il laissait voir au dessus du niveau qu’occupait alors la rivière, une ligne de rochers en apparence rongés par elle, mais ne devant ce relief qu’à leur nature ; ces rochers atteignaient sur certains points deux à trois mètres de hauteur, en sorte que, d’après mon estime, cette formation moderne n’a pas moins de cinq à six mètres de puissance. Je serais meme porté à croire qu’elle constitue une grande partie de la base de l’île Séguin dont les rives sont accores tandis que celles de la pointe en aval de l’île Billancourt, qui n’est séparée de la précédente que par un canal plus profond que large, sont en pente douce.

Ça et là, on trouve encore dans les anfractuosités de cette roche parfaitement consolidée, une foule de concrétions de même nature, ovoïdes, depuis le volume d’une noisette jusqu’à celui du poing et même au delà, et qui, en un mot, rappellent tout à fait la structure des grains oolithiques ou pisolithiques. Quoique ces concrétions libres ne paraissent pas avoir été formées sur ce point où elles auraient été entraînées par le courant, je n’en ferai pas moins remarquer que souvent le calcaire sur lequel elles gisent prend une structure granulaire qui pourrait peut-être le faire considérer comme un calcaire pisolithique imparfait. Ajoutons que cette concrétion renferme quelquefois assez de sable pour devenir calcaréo-sablonneuse.

Quoi qu’il en soit, ce dépôt de calcaire concrétionné, ou pisolitliiforme, comme on voudra l’admettre, est recouvert par une terre bolaire bleuâtre qui ne tarde pas à devenir argilo-sablonneuse. L’épaisseur de ces deux couches subdivisées elles-mêmes en une foule d’autres inclinées diversement, plus ou moins abondantes en coquilles fluvintiles, et dont l’ensemble constitue les berges proprement dites de l’Ile Séguin, va jusqu’à cinq mètres de hauteur au dessus du niveau ordinaire de la Seine dans ses basses eaux ; mais elle varie là ouïe calcaire se montre grossièrement mamelonné. On voyait, pour le dire en passant, dans leur partie supérieure, un assez gros bloc de meulière roulé qui pourrait bien y avoir été abandonné, par une glace flottante, à l’époque où, dans les débâcles de la rivière, elles viennent se briser sur la pointe que forme l’île, à moins qu’il n’eût été jeté là par quelque pêcheur.

Le choc répété des eaux sur ce point où le courant se porte avec violence et détermine de nombreux remous, surtout pendant les grands eaux, ne pourrait-il pas rendre compte de l’abondance de calcaire concrétionné qui se dépose là plutôt qu’ailleurs ? On sait que, sur les côtes de l’Océan, il se forme souvent des incrustations calcaires là où la mer brise avec beaucoup de violence. Cette agitation extraordinaire, incessante, des eaux, tandis qu’elles sont calmes dans les autres parties delà rivière, ne hâterait-elle pas la précipitation des sels calcaires qu’elle tient en dissolution ? J’irai même plus loin dans cette hypothèse : je suis à me demander si les concrétions qui encroûtent les coquilles ou autres objets tels que des cailloux roulés au fond du lit de la rivière, ne résulteraient pas plutôt du passage horizontal des eaux que d’un dépôt opéré lentement et de haut en bas ? Enfin, pour en revenir à l’île Séguin, n’y aurait-il pas lieu aussi à tenir compte de la présence de la spongille dont les anfractuosités de notre calcaire sont fréquemment tapissées, et qui contribuerait à son développement, non, bien entendu, par les principes solides que ce polypier pourrait renfermer, mais à cause de sa structure celluleuse, susceptible de retenir des particules terreuses ou calcaires ? Nul doute, d’après ces considérations, que toutes les pointes en amont des îlots de la Seine et la partie de leurs rives fortement exposées au choc du courant n’offrent plus ou moins le même phénomène[10].

Nappes et cours d’eau.
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Les étangs de la forêt de Meudon paraissent tous être artificiels, tels sont ceux des Fonceaux, de Vilbon, du Tronchet, de Trivau en cul-de-lampe, de Chalais, etc. ; ce dernier tire son nom de Beauvoir, autrement dit la Fosse-Regnault-Chaillais. On les aura creusés en profitant des dépressions naturelles qu’offrait le sol ; puis, au moyen d’une chaussée épaisse du côté le plus déclive et des nombreux fossés qui sillonnent la forêt pour en recevoir les égouttures, on est parvenu à les alimenter. Celui de Vilbon, le plus profond de tous, devait former jadis le prolongement de la grande vallée sur les côtés de laquelle se trouvent étages le village de Meudon et le hameau de Fleury ; mais, pour communiquer plus facilement entre le château de Meudon et l’ancienne ferme de Vilbon, on imagina sans doute de faire une chaussée très élevée. Il en est résulté que les eaux ne pouvant plus suivre leur pente accoutumée, s’accumulèrent en amont et donnèrent naissance à un étang en forme d’entonnoir, lequel a l’avantage de ne jamais tarir.

Si, dans l’origine, il ne devait pas y avoir d’étangs proprement dits dans la forêt de Meudon (la plupart, à l’exception de celui des Fonceaux, paraissent avoir été créés pour le plaisir de la chasse et de la pêche), il n’en devait pas moins exister un cours d’eau assez abondant, provenant de toutes les sources qui sourdent dans la vallée dont je viens de faire mention ; après avoir arrosé le fertile enclos actuel du haras, et alimenté la pièce d’eau hexagone qu’il renferme, le cours d’eau actuel sans nom connu allait en suivant le val, se jeter dans la Seine aux Moulineaux[11]. Depuis longtemps, semblable à la Bièvre dans Paris, ce ruisseau est retenu par de nombreux lavoirs qui ont valu à la partie de Meudon qu’il traverse le nom de Rû par contraction du mot primitif. Quand par hasard on lui permet de circuler, hélas, quelle métamorphose ! On le prendrait plutôt pour un enfant de l’Achéron que pour un de ces ruisseaux au doux murmure et au cristal limpide dans lequel les Naïades aimaient à se mirer ; des laveuses passent aujourd’hui tout leur temps à se pencher péniblement sur ses eaux savonneuses, et des rongeurs immondes sont les hôtes de ces bords infects où venaient se désaltérer les oiseaux du ciel.




  1. Suivant leur qualité, les carriers appellent aujourd’hui les premières : Rabot, Grignard, Caillasse, Roche, Liais, Plaque dure employée pour daller, et Banc franc d’une épaisseur de deux à trois mètres.
  2. « En 1685, il y avait déjà sur le territoire de Meudon, près de la Seine, un four à chaux (on se servait probablement de craie), calcinée avec du charbon de terre, et destinée aux bâtiments du roi et à ses maisons royales ; elle revenait à raison de 24 sols par muid, mesure ordinairement rendue sur les lieux ; au sujet de quoi il y eut lettres patentes données en faveur de Henri Thory, à Versailles, le 8 avril. »
    L’établissement le plus important en ce genre qui existe aujourd’hui au Bas-Meudon est sous le nom de Bilbille, Fayard et compagnie.
  3. Ce gisement ossifère, sauf l’étage qui n’est pas le même, a la plus grande analogie avec ceux que j’ai découverts, il y a une dixaine d’années, dans le calcaire marin grossier de Nanterre et de Passy, observations qui tente à prouver que notre terrain tertiaire n’est que le résultat d’un dépôt qui s’est fait lentement à l’embouchure d’un grand fleuve, sans doute la Seine actuelle.
  4. « C’est de là que l’on a tiré les deux immenses pierres qui forment la cymaise du grand fronton de la façade du Louvre. Elles étaient d’un seul bloc ; et quoiqu’on les ait sciées en deux, elles ont chacune 54 pieds de long ; ce qui est d’aulant plus remarquable qu’elles n’ont que 8 pieds de large et 18 pouces d’épaisseur. »
    (Piganiol de la Force, Nouvelle description de la France. 1722.)
  5. Ces deux noms lui sont imposés parles carriers de Meudon, qui prétendent y voir deux espèces de pierres bien distinctes, tandis que ce ne sont réellement que deux variétés de la même roche, considérée géologiquenent.
  6. Description géologique de l’Islande et du Groënland, page 180, dans le voyage scientifique de la corvette la Recherche, pendant les années 1835 et 1836.
  7. On exploite, dans des contrées où le bois n’est pas rare du minerai qui ne donne que 27 pour cent da fonte.
  8. Cette meulière, à l’état rudimentaire, se retrouve, du reste, disséminée au milieu des mêmes argiles ; et je ferai aussi remarquer que l’on obtient, par le lavage de cette terre, un sable rougeâtre très grossier, sans doute contemporain de son dépôt, et qui n’a pas le moindre rapport avec celui que cette formation d’eau douce recouvre.
  9. Les personnes qui ont suivi le cours de minéralogie de M. Alexandre Brongniart, au Muséum, se rappelleront peut-être que ce savant professeur, à l’occasion de la limonité sablonneuse, en plaques étendues dans la sablonnière de Viroflay, près de Meudon, a fait remarquer que l’on avait cru y reconnaître des indices d’or. Je ne sais si les sables, qui entrent dans la composition des bouteilles de Sèvres et qui proviennent de Meudon, en renferment aussi, ou s’il est disséminé dans la terre avec laquelle les creusets sont construits ; toujours est-il que l’on rencontre assez fréquemment des grains d’or assez gros dans la partie inférieure des parois de ces vases lorsqu’on les brise.
  10. En effet, j’ai constaté, depuis cette observation, exactement la même chose, à la pointe en amont de l’île Billancourt (peut-être mieux Biancourt) et sur sa rive septentrionale, là où les eaux portent tous leurs efforts. On dirait que la concrétion calcaire agit, dans cette circonstance, comme un ciment déposé à dessein par la nature pour empêcher qu’un nouveau caprice du fleuve ne vienne faire disparaître des îlots formés primitivement par lui, et livrés à de florissantes cultures.
  11. Le nom de Moulineaux vient de quelques moulins que ce ruisseau a fait jadis marcher, à l’emplacement de la propriété du prince Berthier, convertie aujourd’hui en distillerie de fécule de pommes de terre.