Histoire populaire du Christianisme/IIe siècle

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DEUXIÈME SIÈCLE.




Les Caïnites parurent dans la première année du IIe siècle. On les nomma ainsi parce qu’ils honoraient Caïn, Ésaü, Coré, Judas et les Sodomites. Ces hérétiques raisonnaient ingénieusement. Convaincus qu’il existait un Dieu plus puissant que le créateur lahvèh, ils prétendaient que Caïn était fils du premier, tandis qu’Abel avait été produit par le second ; que Judas, doué d’une science supérieure, avait livré Jésus-Christ, sachant le bien qui en résulterait pour l’humanité ; qu’il fallait rendre grâces à tous les hommes qui s’étaient révoltés contre lahvèh, et que la suprême vertu consistait à détruire les œuvres de ce dernier. Leur livre sacré, intitulé l’Ascension de saint Paul, contenait les révélations faites à l’Apôtre dans son ravissement au troisième ciel. Il y a tout lieu de croire que ce livre était l’œuvre d’un imposteur.

Peu après, un Arabe d’origine juive, nommé Helcésaï, soutint qu’on pouvait dissimuler sa foi et adorer les idoles, pourvu que le cœur n’y eût point de part. Cette doctrine fut mise en pratique, plus tard, par les Jésuites, en Chine. Helcésaï enseignait aussi que le Saint-Esprit était du sexe féminin, parce que le mot rouach, qui signifie esprit, est féminin en hébreu. Il ne faut avoir d’autre opinion à cet égard que celle de l’Église, bien qu’elle ne l’ait pas exprimée.

Le pape saint Évariste fut mis à mort, l’an 108, sous Trajan. Saint Alexandre lui succéda le 3 décembre de l’année suivante.

Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie, écrivit, vers cette époque, ses cinq livres de l’Exposition des discours du Seigneur. Il enseigna que les justes ressusciteraient et régneraient mille ans sur la terre avec Jésus-Christ. De là vint l’hérésie des Millénaristes. Le cardinal Baronius prétend que cette erreur était peu dangereuse. Nous le voulons bien ; cependant l’Église, qui avait cru au Millénarisme jusqu’au Ve siècle, le condamna depuis d’une façon définitive. Elle mit Papias au nombre des saints tout en rejetant ceux qui avaient eu foi en lui. Ce fut une juste compensation, car l’Église est toujours équitable.

Dans la dixième année du IIe siècle, Basilide d’Alexandrie dogmatisa en Égypte. Il donna à ses disciples le nom de Gnostiques, c’est-à-dire intelligents, illuminés. Sa doctrine, qui alliait les principes philosophiques de Pythagore et de Platon aux dogmes du Christianisme, est extrêmement compliquée et savante. Nous nous contenterons d’indiquer celles de ses idées qui concernent particulièrement Jésus-Christ.

Selon Basilide, l’Esprit Iahvèh qui avait été chargé de protéger les Juifs et qui avait accompli tant de miracles en leur faveur, voulut par ambition soumettre tous les autres Esprits qui avaient inspiré aux peuples qu’ils gouvernaient une haine violente contre la nation juive. Mais le Dieu suprême, voyant que cette jalousie réciproque des Esprits causait de grands maux aux hommes, envoya l’Intelligence, son fils, sous le nom de Jésus-Christ, pour délivrer de cette oppression ceux qui croiraient en lui. Le Fils de Dieu, n’ayant que les apparences d’un homme, prit la figure de Simon le Cyrénéen et lui donna la sienne. Les Juifs crucifièrent Simon au lieu de Jésus-Christ qui les regardait faire et se moquait d’eux. Basilide enseignait aussi que les âmes avaient péché antérieurement à leur union avec les corps et qu’elles expiaient ainsi leurs fautes. L’année ayant trois cent soixante-cinq jours, il en concluait que ce nombre était le plus agréable à Dieu ; c’est pourquoi il choisit dans l’alphabet les lettres dont la série formait ce nombre et il en retira le mot abraxas, lequel, gravé sur une pierre, devint un talisman qui attirait les grâces divines sur ceux qui le portaient. Nous devons à saint Clément d’Alexandrie ce qu’on sait de Basilide et de sa doctrine, car il n’est rien resté des vingt-quatre livres de commentaires qu’il avait écrits sur les Évangiles.

Le pape saint Alexandre fut mis à mort le 3 mai, an 117. Sixte Ier lui succéda le 7 juin de la même année, et deux mois après l’empereur Trajan mourut.

Carpocrate, chef d’une autre branche du Gnosticisme, parut vers l’an 120. Son hérésie, comme celle de Basilide, consistait en un mélange des idées de Pythagore et de Platon. Il croyait à la vie antérieure des âmes parmi lesquelles celle de Jésus-Christ tenait le premier rang. Selon Carpocrate, le vrai Gnostique était celui qui se maintenait au-dessus de la douleur et de la volupté. Aussi, disent les écrivains ecclésiastiques, les Carpocratiens se livraient-ils à toutes les débauches imaginables, sous prétexte que l’âme ne pouvait en être souillée ; mais il est probable que cette accusation n’est qu’une pieuse calomnie.

Le pape Sixte Ier mourut le 3 avril, an 127, sous Adrien. Télesphore lui succéda.

En 130, on vit de nouveaux hérétiques qui se donnaient le nom d’Adamites. Croyant posséder la pureté primitive d’Adam et d’Eve, ils allaient tout nus, hommes et femmes. Dans leurs assemblées, dit saint Épiphane, lorsque l’ancien qui leur lisait la Genèse prononçait ces mots : « Croissez et multipliez », il se produisait des scènes extraordinaires dont nous ne pouvons donner les détails, mais que ce même saint Épiphane décrit minutieusement avec le plus effroyable cynisme. À propos de la nudité des Adamites, nous lisons dans la 432e lettre d’un saint moderne, François de Sales, à la mère de Chantal, ces deux lignes singulières : « Ô ma mère, qu’Adam et Ève étaient heureux tandis qu’ils n’eurent point d’habits ! »

Le pape Télesphore mourut le 5 janvier, an 138. Hygin lui succéda.

L’Égyptien Valentin, le plus célèbre des Gnostiques, vint à Rome, vers 140, afin d’y enseigner sa doctrine. Elle est infiniment plus compliquée que celle de Basilide et fort intéressante pour les personnes qui se plaisent aux conceptions transcendantes de la métaphysique ; mais, ne pouvant l’exposer ici avec les développements nécessaires, nous n’en indiquerons que ce qui concerne Jésus-Christ.

Valentin enseignait que le Démiurge Iahvèh, ou Jéhovah, l’organisateur du monde visible, était aussi l’auteur de la Loi mosaïque qui avait été annulée par le Christ, ennemi de Jéhovah et réformateur de son œuvre imparfaite. Le Christ était la première émanation céleste manifestée sous une forme humaine pour annoncer aux hommes la pensée divine du père inconnu. Il avait encouru par là la haine du Démiurge et des autres Esprits qui excitèrent contre lui les Juifs et les païens. Mais le Rédempteur, n’ayant qu’un corps fantastique, n’a souffert et n’est mort qu’en apparence. Quant à l’humanité, elle se partageait en trois classes : Les hyliques ou matériels, les psychiques ou sensitifs, et les pneumatiques ou spirituels. Les matériels, dépourvus de raison propre et incapables de s’instruire, sans volonté et sans personnalité, périssent avec la matière ; les psychiques sont doués de raison, mais ils ne s’élèvent jamais au-dessus des choses sensibles ; leur plus haute conception est le Démiurge Jéhovah. Enfin, les spirituels ou pneumatiques possèdent la vision et le sens de la vérité et se conforment librement à leurs destinées sublimes.

Les Pères de l’Église ont reproché une immoralité profonde aux Valentiniens ainsi qu’à tous les autres Gnostiques. Dans notre impartialité, nous engageons fortement les esprits libres à n’ajouter aucune foi aux calomnies probables des Pères, et les Catholiques à croire pieusement qu’ils ont dit vrai.

En 141, le Syrien Cerdon vint aussi à Rome. Il était dualiste, c’est-à-dire qu’il croyait en deux principes, en deux origines de toutes choses, l’un excellent, l’autre mauvais. Le premier avait créé les Esprits et engendré Jésus-Christ ; le second avait produit le monde matériel. Cerdon rejetait l’Ancien Testament et n’admettait dans le Nouveau que l’Evangile de saint Luc dans lequel il choisissait ce qui lui convenait.

Le pape Hygin mourut le 6 janvier, an 142, sous Adrien. Pie Ier lui succéda.

Marcion, fils d’un évêque du Pont, ayant été excommunié par son père, embrassa la doctrine de Cerdon, en 144, et fit de si nombreux prosélytes que son nom est resté attaché à cette hérésie. De là, les Marcionites. Les Pères de l’Église ont beaucoup écrit contre Marcion, entre autres, saint Théophile d’Antioche, saint Denys de Corinthe et surtout Tertullien.

Vers cette époque, Héracléon répandit ses erreurs, particulièrement en Sicile. Il enseignait que l’âme était mortelle et corruptible. L’Église a cette doctrine en abomination, et cependant elle a été soutenue par beaucoup de Pères. Non-seulement Tertullien croit à la matérialité de l’âme, mais encore il soutient que Dieu lui-même est corporel. « Dieu, dit-il, qui a créé tant de substances corporelles, a nécessairement une substance pareille. Rien n’est incorporel, si ce n’est ce qui n’est pas. » Nihil est incorporale, nisi quod non est.

Le pape Pie Ier mourut le 11 juillet, an 150, sous Antonin. Anicet lui succéda.

En 151, environ, parut l’hérésie des Marcosiens dont le chef était un nommé Marc, disciple de Valentin. Il réforma sur plusieurs points la doctrine de son maître et enseigna que le Dieu souverain était une Quaternité composée de l’Ineffable, du Silence, du Père et de la Vérité. Cette conception séduisit principalement les femmes, sans qu’on ait jamais pu savoir pourquoi. Il est vrai que Marc opérait beaucoup de prodiges et faisait boire aux femmes, dit saint Irénéé, des potions qui les rendaient extatiques.

Le pape Anicet mourut le 17 avril, an 161, sous Marc-Aurèle et Lucius Verus. Soter lui succéda l’année suivante. Ce pape étant mort le 22 avril, an 171, sous Marc-Aurèle, Éleuthère lui succéda.

L’hérésie des Montanistes date de l’an 172. Montan était un eunuque Phrygien qui, ayant des attaques d’épilepsie, annonça qu’il était prophète. Sa morale et sa discipline étaient excessivement austères ; il refusait aux prêtres et même aux évêques le droit d’absoudre ceux qui avaient commis de grands crimes. C’est pourquoi l’Église rejeta les Montanistes de son sein, les regardant comme de vrais possédés, et blâma le pape Éleuthère et son successeur Victor de leur avoir donné des lettres de communion. Montan avait converti à sa doctrine deux dames de haute naissance, Priscilla et Maximilla, qui prophétisaient comme lui.

Le pape Éleuthère mourut le 26 mai, an 185. Victor I lui succéda, sous Commode.

Deux ans après, Praxéas écrivit, à Rome, contre les Montanistes et contre le pape Victor qui leur avait été favorable. Après quoi Praxéas tomba lui-même dans l’hérésie en soutenant que Dieu le Père avait été crucifié aussi bien que Jésus-Christ dans la personne de ce dernier. De leur côté, Séleucus et Hermias enseignèrent, en Galatie, que la matière était éternelle et qu’il n’y avait d’autre résurrection que la génération ordinaire.

Le pape Victor fut martyrisé, le 28 juillet, an 197, sous Sévère. Zéphirin lui succéda.

Tertullien de Carthage, prêtre et marié, écrivit an 200, son Apologie du Christianisme. Il attaqua violemment dans tous ses ouvrages les Gnostiques et les doctrines sur la foi empreintes de l’esprit grec et oriental. Il croyait que Dieu avait un corps et que les âmes étaient matérielles. Nous avons cité son opinion singulière sur la mort et la résurrection du Fils de Dieu, faits qu’il faut croire réels, uniquement, dit-il, parce qu’ils sont absurdes et impossibles. On trouve dans son traité de la Pénitence cette phrase qui contient toute la morale de l’Église : « On doit obéir à la volonté de Dieu, non parce que ce qu’il ordonne est bon, mais parce qu’il l’ordonne. » Non quia bonum est, sed quia Deus præcepit. Nous devons en conclure qu’il n’y a ni bien, ni mal en soi, quoiqu’en dise notre conscience, mais seulement la volonté de Dieu ; car Gerson, l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ, nous dira plus tard : « Les choses étant bonnes parce que Dieu veut qu’elles soient telles, il voudrait leur contraire que cela même deviendrait le bien. »

Tertullien devint Montaniste vers la fin de sa vie et traita les Catholiques d’animaux.



Fin du deuxième siècle.