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Histoires incroyables (Palephate)/3

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CHAP. III.

Actéon (1).

On prétend qu’Actéon fut dévoré par ses propres chiens. C’est un mensonge, car les chiens aiment beaucoup leur maître, et particulièrement les chiens de chasse qui caressent tout le monde. D’autres ajoutent que Diane l’avait changé en cerf et que c’est dans cet état qu’il fut mangé par ses chiens (2). Pour moi, il me semble que Diane n’aurait pu accomplir une pareille fantaisie, si elle l’avait eue, car il est clair qu’un homme ne peut pas plus devenir cerf qu’un cerf ne peut devenir homme (3). Ce sont les poètes qui ont imaginé ces fables, pour engager les gens à s’abstenir d’offenser les Dieux. Le vrai de cette tradition le voici : Actéon était un Arcadien passionné pour la chasse. Il nourrissait beaucoup de chiens et chassait dans les montagnes sans prendre aucun soin de ses affaires. Or, dans ce temps-là tous les hommes devaient travailler ; on n’avait point de valets, chacun labourait lui-même son champs, et le plus riche était celui qui cultivait le mieux et travaillait le plus. Actéon négligeant ses intérêts pour la chasse perdit ses moyens d’existence. Quand il n’eut plus rien, on lui disait parfois : « Pauvre Actéon, tu t’es laissé dévorer par tes propres chiens ! » Et aujourd’hui encore n’a-t-on pas coutume de dire des entrepreneurs de débauche qui ne réussissent pas, qu’ils ont été mangés par les filles de joie ? C’est donc quelque chose de semblable qui est arrivé à Actéon (4).

(1) Aucun poète n’a raconté l’aventure d’Actéon d’une manière plus intéressante qu’Ovide au liv. 3 de ses Métamorphoses, v. 131-252. (V. l’Ovide de Gierig, tom. 3, p. 234-235 des classiques latins de Lemaire).

(2) Les récits de Diodore de Sicile (liv. IV, chap. 81, p. 230. 231, tom. 3 de l’édit. de Deux-Ponts), d’Apollodore (liv. 3, chap. IV, p. 116-117, édit. in-8o de Heyne, 1803) et d’Hyginus, fables 180 et 181 (p. 298-299 des Mythographes latins de Van Staveren) s’accordent entièrement entr’eux et avec le précis de Paléphate.

(3) Les cornes sont réservées aux quadrupèdes selon Pline l’ancien ; aussi, ajoute-t-il, j’ai toujours regardé l’histoire d’Actéon comme une fable. (Hist. nat. liv. XI, chap. 37, chap. 45 de l’édit. des classiques de Lemaire, tom. IV, p. 468).

(4) Fulgence donne la même explication de la fable d’Actéon. Il ajoute que la métamorphose d’Actéon en cerf est venue de l’idée que l’oisiveté lui avait rendu le cœur lâche et mou comme à cet animal qui passe pour être extrêmement timide. (V. la collection in-4o des Mythographes latins de Van Staveren, p. 709, Fulgentii lib. 3, cap. 3.)