Illustrations scientifiques - Michel Faraday

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Il serait difficile de dire lequel on regrette le plus, dans Faraday, de l’homme ou du savant. Il a offert au monde l’un des spectacles les plus rares et en même temps l’un des plus consolans qu’il nous soit donné de contempler, celui de la grandeur sans ennemis. On le comptait parmi les gloires de l’Angleterre, son nom était populaire comme peu d’autres, avant lui ou à côté de lui, mais sa modestie, resta toujours telle, qu’il ne porta ombrage à personne, que l’envie elle-même ne trouva pas à mordre sur cette existence noble et pure. Faraday refusait les places les plus avantageuses pour rester fidèle à l’Institution royale, qu’il aimait et qui était sa tribune. Quand on lui offrit le titre de baronnet, si recherché en Angleterre[1], il répondit que ce titre, ne devant lui rien apprendre, ne pouvait lui être bon à rien. Cette réponse résume Faraday.

Un auteur anglais l’a mis en parallèle avec d’autres savans illustres de la même nation, pour montrer qu’il a été le seul qui fût sans tache. Davy, son maître, avait au même degré le génie des découvertes, mais sa hauteur et son insatiable ambition n’étaient pas faites pour lui concilier de profondes sympathies. Wollaston était au moins un aussi grand expérimentateur et peut-être un plus grand chimiste que Faraday ; mais autant ce dernier se montrait toujours ouvert et bienveillant, autant l’autre était froid et dissimulé, il n’était pas aimé de ses contemporains. Newton enfin, le grand Newton, n’a été rien moins qu’un beau caractère. Sans rien préjuger sur l’issue de la discussion que M. Chasles vient de soulever, on sait que dans ses rapports avec Leibniz, Hooke, Flamsteed et d’autres savans, Newton a fait preuve d’une loyauté assez douteuse. Flamsteed, dans ses mémoires, fait de lui un portrait qui, pour être peu connu, n’en offre pas moins des apparences de vérité. « Il m’a, dit-il, toujours paru insidieux, ambitieux, excessivement avide de louanges et supportant difficilement la contradiction. » Ces témoignages contemporains, si peu favorables au grand géomètre anglais, ne laissent pas, soit dit en passant, de peser aujourd’hui de quelque poids dans la question de sa correspondance avec Pascal.

La grande popularité de Faraday ne tenait pas seulement à l’élévation de son caractère, à la sympathie qu’il inspirait à tous ceux qui pouvaient l’approcher ; elle résultait surtout de la tournure pratique de son génie inventif. La plupart de ses découvertes sont venues à point ; il a résolu des problèmes d’une immense portée au moment où tout était préparé pour en tirer parti ; ses théories prenaient immédiatement pour ainsi dire chair et os et entraient de plain-pied dans le champ des applications. Si cette considération ne suffit pas pour marquer la place relative des hommes dans l’histoire des sciences ou pour apprécier la grandeur de leur génie, elle a une grande influence sur le jugement des contemporains. Il est des esprits profonds et subtils, mais qui passent inaperçus au milieu de la foule, parce qu’ils visent les étoiles.

. . . Volans liquidis in nubibus arsit arundo,
Signavitque viam flammis, tenuisque recessit
Consumpta in ventos…


D’autres se proposent un but terrestre, et l’atteignent ; ils rendent à l’humanité des services plus apparens et peut-être plus réels. S’ils font des théories, c’est pour les appliquer ; s’ils observent, c’est pour prévoir, et s’ils méditent, c’est pour passer à l’exécution. Faraday appartenait à cette catégorie de chercheurs qui ne perdent pas de temps en vaines spéculations. Ses vues théoriques n’ont pas toujours été adoptées par la science, mais les faits qu’il a découverts sont restés et ont porté fruit presque immédiatement. C’est ainsi, par exemple, que ses recherches sur les courans induits ont donné naissance aux bobines d’induction et aux machines magnéto-électriques, qui ont transporté l’étude expérimentale de l’électricité sur un terrain tout à fait nouveau, et qui nous ouvrent sur l’avenir des perspectives inattendues.

Faraday échafaudait ses doctrines sur un fondement de preuves matérielles qu’il savait grouper avec cette logique pour ainsi dire instinctive qui distingue les grands expérimentateurs. Les découvertes qu’il a faites sont dues beaucoup moins à des éclairs de génie qu’à un travail persévérant qui trahit un enfantement laborieux. Tout ce qu’il a écrit est original et plein d’idées, mais le manque de clarté et de concision rend quelquefois la lecture de ses mémoires assez pénible. Il vous promène par une foule de détours afin d’assurer chaque pas à mesure qu’on avance, et l’on arrive au but un peu fatigué du chemin qu’il a fallu faire. Il est vrai aussi que la patience est une vertu qui devient de jour en jour plus rare : on n’a plus le temps de lire comme on lisait autrefois, et ce qui nous paraît un défaut du livre n’est peut-être souvent qu’une imperfection du lecteur.

La verbosité et le manque d’élégance que l’on peut reprocher au style de Faraday font contraste avec l’admirable concision qui distinguait son discours. Il parlait lentement, on pouvait sans difficulté le suivre la plume à la main. Une diction choisie, un raisonnement toujours rigoureux et limpide, un merveilleux talent d’exposition, faisaient de lui un professeur accompli. Lorsque Faraday paraissait dans l’amphithéâtre de l’Institution royale, entouré de ses appareils, il avait quelque chose d’inspiré. La plus vulgaire expérience prenait entre ses mains un vif intérêt d’actualité ; de vieux chimistes oubliaient qu’ils l’avaient exécutée cent fois eux-mêmes, et le regardaient faire avec autant de plaisir que le plus simple novice. Rien d’instructif comme de le voir expérimenter lui-même. Entre ses mains, tout réussissait : on eût dit d’un prestidigitateur. Avec cela, une présence d’esprit comme elle n’est possible que chez quelqu’un qui possède à fond la matière qu’il traite. Quand par hasard dans le cours d’une expérience il surgissait une phase imprévue, il en profitait pour faire quelque digression qui ramenait le fait indocile sous les lois générales qu’il s’agissait d’expliquer. On voyait qu’il vivait dans son sujet, et son enthousiasme était contagieux ; il entraînait son auditoire, quoiqu’il ne sacrifiât jamais au désir de plaire et d’être applaudi. Il possédait l’art si rare d’électriser son public par un enseignement sérieux et en apparence aride. Ceux qui s’imaginent que, pour faire goûter la science, à un public profane, il est indispensable de l’entourer de fleurs de rhétorique oublient que comprendre est une jouissance, et que la procurer à ses auditeurs est la flatterie la plus délicate qu’on puisse adresser à leur intelligence.

L’Institution royale de Londres est un établissement privé. Elle a été fondée le 9 mars 1799 par une réunion de savans et de grands seigneurs, elle a pour objet « de répandre la connaissance et de faciliter l’introduction générale d’inventions mécaniques d’une utilité reconnue, et d’enseigner, par le moyen de cours réguliers, l’application de la science aux besoins de la vie pratique. » Le premier conseil s’était constitué de la manière suivante : sir Joseph Banks, président ; M. Thomas Bernard, secrétaire ; le comte Rumford, les earls de Morton et Spencer et M. Richard Clark, membres-propriétaires. L’association fondée par ces hommes éclairés a prospéré et porté ses fruits. Les professeurs de l’Institution sont choisis parmi les savans les plus éminens ; ils ont à leur disposition de vastes laboratoires, et peuvent consacrer des sommes considérables à des recherches expérimentales de tout genre. Les cours du soir ou lectures constituent un enseignement à la fois populaire et élevé. Le public d’élite qui se réunit chaque vendredi dans le grand amphithéâtre de l’Institution y trouve l’occasion de se tenir au courant de tous les progrès de la science, et les savans anglais ou étrangers qui désirent y faire connaître leurs découvertes sont toujours accueillis avec une hospitalité gracieuse et empressée.

C’est dans le laboratoire de l’Institution royale que sir Humphry Davy a exécuté ses recherches sur les métaux alcalins ; c’est là que Faraday a pour ainsi dire passé sa vie, qu’il a découvert l’induction électrique, le diamagnétisme et tant d’autres choses grandes et mémorables. Les conférences qu’il faisait à l’Institution royale attiraient une foule enthousiaste. « Exact et rigoureux dans le développement de ses idées, dit M. Henri Sainte-Claire Deville, qui en parle d’après ses souvenirs, scrupuleux et même puritain dans la forme, Faraday a toujours enseigné sérieusement et non pas seulement vulgarisé, comme on dit aujourd’hui. Aussi ne doit-on pas s’étonner des respects, des témoignages d’estime et d’affection qui l’accueillent toutes les fois qu’il paraît dans Albemarle-Street, soit comme professeur, soit comme simple auditeur, rôle auquel il s’est aujourd’hui résigné. J’en parle ainsi pour avoir assisté à quelques-unes de ces scènes touchantes qu’on n’oublie jamais. Quand M. Faraday est dans sa chaire, tout ce qu’il dit est vivement compris et accepté avec admiration ; les gentlemen et les ladies qui composent l’auditoire sont presque toujours préparés à ces leçons par une éducation scientifique suffisante. Je ne saurais mieux faire que de comparer une lecture de Faraday devant l’Institution royale à l’exécution d’une symphonie de Mozart ou de Beethoven devant le public mélomane et enthousiaste de notre conservatoire. Quand M. Faraday est lui-même auditeur, placé tout près de celui de ses amis ou de ses élèves qui tient la parole, il s’intéresse à tout ce qui se dit, à tout ce qui se fait. Doué d’une habileté exceptionnelle dans l’usage et le maniement des appareils de physique ou de chimie, il est toujours prêt à donner une aide, à prévenir un accident avec une vivacité juvénile. Le succès du professeur, la réussite des expériences, le préoccupent comme s’il était identifié avec l’Institution tout entière. »

Faraday avait en effet grandi dans l’Institution royale, et lui est resté fidèle jusqu’à sa mort. Il était ne le 22 septembre 1791, à Newington, près Londres. Son père, un pauvre forgeron originaire du Yorkshire, gagnait péniblement sa vie ; il se contenta d’envoyer le jeune Michel à une école primaire jusqu’à l’âge de treize ans, puis il le mit en apprentissage chez un relieur, M. Riebau, de Blandford-Street. Bien souvent le fils du forgeron était surpris lisant les lvres qu’il devait couvrir de carton ou passer en parchemin. Dès qu’il put réaliser de petites économies sur son faible salaire, il les employa à l’acquisition d’ouvrages scientifiques et à la construction d’appareils grossiers avec lesquels il répétait tant bien que mal les expériences. Un traité de l’électricité, extrait de l’Encyclopédie britannique, lui apprit le principe des machines électriques ; il n’eut rien de plus pressé que de se fabriquer une machine à lui avec une bouteille et quelques morceaux de bois. Une seconde machine perfectionnée avait déjà un cylindre de verre fait exprès pour cet usage, et peu à peu l’humble demeure du jeune ouvrier se remplissait de livres et d’instrumens de recherches, au milieu desquels il vivait isolé du monde extérieur comme la chrysalide dans ses voiles.

Parmi les cliens de son patron était un membre de la Société royale, M. Dance, qui fut frappé des dispositions extraordinaires du jeune Faraday. Il l’emmena entendre les dernières leçons d’un cours professé par sir Humphry Davy dans Albemarle-Street. Davy possédait à un suprême degré le don de charmer son auditoire ; c’était à ce point qu’il inspirait des passions, et que des ladies lui écrivaient des lettres au sortir de ses conférences. L’impression qu’il fit sur Michel Faraday décida de la vocation de ce dernier. Il a raconté lui-même cet épisode de sa vie dans une lettre adressée au docteur Paris, le biographe de Davy. « J’éprouvais alors, dit-il, un désir que je regardais comme un sentiment égoïste et presque coupable, — celui d’échapper aux travaux de mon métier afin de m’enrôler sous le drapeau de la science, car je m’imaginais qu’elle devait rendre aimables et généreux tous ceux qui la cultivent. Aussi pris-je la résolution hardie d’écrire à sir Humphry Davy pour lui faire connaître mon souhait et lui exprimer l’espoir qu’il voudrait bien m’aider à le réaliser, si l’occasion se présentait. » En même temps Michel portait à sir Humphry un gros volume in-4° dans lequel il avait soigneusement recopié des notes rédigées par lui d’après le cours qu’il venait de suivre. La réponse de Davy ne se fit pas attendre. Elle est datée du 24 décembre 1812 et fort poliment tournée. Davy remercie le jeune relieur de la marque de confiance qu’il lui a donnée ; il lui dit que ses notes trahissent une grande force de mémoire et d’attention, et lui donne rendez-vous pour le mois de janvier. Le jeune Faraday n’eut garde d’y manquer, et fut très bien accueilli par le grand chimiste, qui lui parla d’une place d’aide-préparateur vacante dans l’Institution royale. « Tout en contribuant à satisfaire mes aspirations scientifiques, raconte Faraday, il me conseilla de ne pas renoncer à la perspective que j’avais devant moi, me disant que la science est une rude maîtresse, et que, pécuniairement parlant, elle récompense mal ceux qui se vouent à son service. L’idée que j’avais conçue de la supériorité morale des savans le fit sourire, et il ajouta qu’il laisserait à l’expérience de quelques années le soin de m’éclairer à cet égard. »

On devine que Faraday ne se laissa point décourager. Il entra comme aide-préparateur à l’Institution royale au mois de mars 1813. Il y avait là assez de besogne pour occuper tout son temps. Pendant plusieurs années, il dut se livrer à un travail opiniâtre ; Davy ne paraissait le considérer que comme un bon auxiliaire dont il s’agissait de tirer le meilleur parti possible, et qui ne devait jamais oublier la distance qui le séparait de son illustre maître. On ajoute que pendant leur séjour à Paris Davy ne vit pas sans un ennui marqué les attentions dont le jeune Faraday était l’objet de la part de quelques savans, et lorsqu’en 1824 la Société royale l’admit parmi ses membres, il ne tint point à Davy que cette admission ne fût ajournée. Quant à Faraday, il ne mentionne jamais ces incidens, que sa rare modestie lui a fait peut-être envisager sous un jour différent [2]. Il le faut aussi reconnaître, sans ses relations avec Davy ses progrès eussent été probablement moins rapides, et même pour sa carrière future c’était déjà une recommandation puissante que d’avoir travaillé à côté et sous les ordres d’un aussi-illustre savant.

Ce voyage à Paris dont il vient d’être question eut lieu au mois d’octobre 1813. Davy voulait visiter les volcans éteints de l’Auvergne ; il avait obtenu de l’empereur Napoléon la permission de venir en France quoiqu’on fût alors en guerre avec l’Angleterre. Faraday l’accompagnait en qualité de secrétaire et de préparateur. Un vaisseau parlementaire les débarqua à Morlaix, où ils furent retenus pendant une semaine par les autorités, qui suspectaient leurs papiers. Enfin ils purent se rendre à Paris. Davy se vit accueilli de la manière la plus cordiale par Guyton de Morveau, Gay-Lussac, Vauquelin, Cuvier, Berthollet, de Humboldt, Laplace et les autres illustrations de la science française, que son jeune aide eut ainsi l’occasion de voir de près ; c’est de ce temps que date la profonde sympathie qu’il a toujours montrée pour la France et pour tout ce qui venait de France. Sir Humphry, lady Davy et Faraday quittèrent Paris à la fin du mois de décembre pour explorer l’Auvergne et parcourir l’Italie jusqu’à Naples. Après avoir vu le Vésuve, on remonta vers le nord, afin de passer l’été à Genève. Le souvenir de cette visite à Genève est encore dans la mémoire de tous ceux qui eurent l’occasion de voir à cette époque Davy et son jeune préparateur ; il est passé à l’état de tradition dans les familles des Saussure, Candolle, de La Rive, Marcet, Pictet et des autres savans dont Genève a le droit d’être fière. La modestie et le caractère du jeune Faraday produisirent sur ces juges si compétens une profonde impression. Il était alors tel qu’il est toujours resté.

Avant de se rendre à Genève, Davy et Faraday avaient eu à Milan l’occasion de voir Volta, alors très vieux. L’automne de 1814 les vit parcourant les Alpes tyroliennes ; l’hiver les ramenait à Rome, d’où ils revinrent à Londres, en prenant par le Tyrol et l’Allemagne, vers le mois d’avril 1815, après une absence de dix-huit mois. Faraday reprit son emploi de préparateur et ne quitta plus l’Institution royale. En 1820, — il avait alors vingt-neuf ans, — nous le trouvons préparateur de Brande, le successeur de Davy, qui n’était plus à cette époque que professeur honoraire. Depuis cinq ans, il n’avait fait que poursuivre en silence les recherches qui occupaient ses rares loisirs. Lorsqu’il n’avait pas quelque leçon à préparer, on utilisait sa bonne volonté à accumuler des provisions de différens produits chimiques difficiles à obtenir dans le commerce. Des rangées de flacons bien remplis et étiquetés témoignaient de son assiduité. Il acquit ainsi une très grande habitude des travaux pratiques et une expérience précieuse de tous les procédés en usage : son Traité des manipulations chimiques, qu’il fit paraître en 1827 et qui eut un grand succès en Angleterre, nous le montre parfaitement familiarisé avec toutes les branches de la chimie expérimentale qui étaient cultivées à cette époque.

C’est en 1820 qu’il donna pour la première fois signe de vie en publiant sa découverte du chlorure de carbone. Elle fut le point de départ d’une série de recherches sur les principes combustibles qui entrent dans la composition des gaz employés à l’éclairage. En 1822, il entreprit pour M. Stodart un travail assez original sur la constitution de l’acier, auquel il essaya d’allier de petites quantités de platine, d’argent, de rhodium, etc. Il existe encore en Angleterre des aciers de ce genre qui portent le nom de Faraday et qui sont plus doux que les aciers ordinaires. C’est de la même époque que datent ses célèbres et brillantes expériences sur la condensation des gaz, qui lui firent plus d’une fois courir des dangers très réels par l’explosion de ses appareils. On sait qu’à l’école de pharmacie de Paris un accident de ce genre, arrivé pendant une tentative de liquéfaction de l’acide carbonique, a coûté au préparateur ses deux jambes. Faraday lui-même faillit rester aveugle à la suite d’une explosion qui lui brûla le visage en 1823.

Les recherches sur la liquéfaction des gaz furent commencées sous les auspices de Davy. Elles conduisirent Faraday à énoncer pour la première fois l’identité des gaz et des vapeurs. Les gaz ne sont rien autre chose que des vapeurs de liquides très volatils ; la seule différence, c’est que les uns se liquéfient dans les circonstances ordinaires de pression et de température, tandis que les autres-, — les gaz permanens, — ne peuvent être réduits à l’état liquide que si l’on a recours à des températures extrêmement basses ou à des pressions très grandes. Avant Faraday, quelques physiciens avaient déjà réussi à liquéfier certains gaz. Van Marum avait vu le gaz ammoniac se condenser sous une forte pression ; Northmore avait liquéfié le chlore par le même moyen ; Monge et Clouet avaient obtenu l’acide sulfureux à l’état liquide par l’emploi d’un froid intense et d’une compression assez forte. Faraday imagina des appareils d’une grande simplicité avec lesquels il parvint à diminuer dans une forte proportion le nombre des gaz qui résistaient encore à la condensation. Il publia ses recherches en 1823, et l’Académie des Sciences de Paris l’admit la même année parmi ses correspondans. Ce n’est qu’en 1845 qu’il revint au même sujet, profitant cette fois du froid intense que l’on peut produire au moyen du mélange réfrigérant de Thilorier. C’est un mélange d’éther et de neige d’acide carbonique, dont la température est dans l’air de — 90 degrés, et s’abaisse dans le vide jusqu’à 110 degrés au-dessous de zéro. Grâce à ce réfrigérant et à une compression qui pouvait être poussée jusqu’à 50 atmosphères, Faraday-fit de nouvelles conquêtes dans le domaine des gaz dits permanens. Une circonstance qui mérite d’être mentionnée, c’est que les liquides obtenus par ces procédés, et que l’on pourrait presque appeler des liquides artificiels, offrent une mobilité extraordinaire ; l’éther et l’alcool semblent visqueux par comparaison, comme l’huile nous paraît visqueuse à côté de l’éther. il n’y a que cinq gaz qui ont résisté à tous les moyens employés et que l’on pourrait nommer les gaz héroïques : ce sont l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, l’oxyde de carbone, le bioxyde d’azote. On peut remarquer que ce sont précisément ceux qui entrent dans la constitution des êtres organisés. Il est probable qu’avec des moyens de compression encore plus énergiques on finira par en avoir raison comme de tous les autres gaz. Perkins annonça même déjà en 1823 qu’il avait pu liquéfier l’air par une compression égale à 1,200 atmosphères, et qu’il avait vu se former dans son appareil une belle goutte limpide d’air condensé ; mais la description de ses expériences montre qu’il n’avait pu rien voir : le problème est donc encore à résoudre.

Vers 1830, Faraday publia un travail sur la fabrication des verres d’optique. Il l’avait entrepris comme membre d’une commission nommée en 1824 par la Société royale, et qui devait s’occuper du perfectionnement des verres pour les lunettes astronomiques, sur la demande et avec les fonds du gouvernement anglais. Faraday avait été chargé d’étudier la composition chimique des verres, Dollond devait les tailler, et sir John Herschel en constater les propriétés physiques. Faraday imagina de faire entrer l’acide borique dans les combinaisons siliceuses qui constituent la matière des verres lourds que les opticiens désignent par le nom de flint-glass. Les verres à l’acide borique sont aujourd’hui fort employés, et se distinguent par une limpidité remarquable. En 1830 cependant, ils ne furent point accueillis avec une grande faveur par le public anglais, ainsi que cela résulte d’un passage de la fameuse brochure que sir James South dirigea à cette époque contre la Société royale [3]. « Après six ans et demi d’expériences faites aux frais de l’état sur la fabrication des verres optiques, dit l’auteur du pamphlet, il est devenu plus difficile d’avoir du bon flint qu’il ne l’a été de mémoire d’homme, et nous avons perdu l’honneur d’être comme autrefois les opticiens du monde entier. » Les verres pesans au borate de plomb que Faraday avait préparés à cette occasion lui servirent dix-sept ans plus tard à réaliser sa mémorable expérience sur l’aimantation de la lumière, dont il sera question plus loin.

La Société royale était alors agitée par des dissensions intestines et des luttes qui en ébranlèrent les fondemens. C’est dans ces luttes que fut renversé le bureau des longitudes. Faraday en avait fait un instant partie, mais il n’avait pas tardé à sentir toute l’anomalie de la position qu’on lui reprochait d’avoir acceptée, et il était retourné à son laboratoire, laissant les longitudes aux astronomes. Cependant la chimie avait peu à peu dans ses occupations cédé la place à l’électricité, et c’est sur ce terrain qu’il a fait ses plus belles découvertes.

Ampère venait d’expliquer l’observation d’Œrsted, qui avait vu l’aiguille aimantée se mouvoir sous l’influence d’un courant galvanique ; il venait d’échafauder sur la frêle base d’un petit nombre de faits constatés cette admirable théorie de l’électro-magnétisme qui est sortie victorieuse de toutes les épreuves auxquelles on l’a soumise [4]. Une des conséquences de cette théorie était la possibilité de faire tourner des aimans sous l’action de courans circulaires et vice versa. Faraday parvint à réaliser le phénomène en 1821, et un témoin de cette expérience raconte la scène touchante qui eut lieu quand Faraday vit ses prévisions s’accomplir de point en point. Il fut si satisfait de la réussite de son expérience, qu’il offrit à son jeune assistant de passer la soirée au théâtre d’Astley, où il faillit avoir une rixe avec un mal-appris qui incommodait son compagnon.

La découverte de l’induction date de 1831. Faraday présenta ses premières recherches à la Société royale au mois de novembre. Le 26 décembre, elles furent communiquées à l’Académie des Sciences par Hachette, qui en avait eu connaissance par une lettre de Faraday. Nobili et Antinori les répétèrent au mois de janvier suivant, mais les résultats qu’ils avaient obtenus parurent dans le numéro de novembre de l’Antologia di Firenze ; cette confusion de dates a pu induire en erreur les auteurs qui, n’ayant pas eu entre les mains le mémoire original des deux savans italiens, se sont imaginé qu’ils avaient des droits de priorité sur Faraday. On a essayé plus tard de démontrer que l’induction électrique ou la production de courans par le simple voisinage d’un autre courant avait été déjà observée par Ampère en 1822. MM. Becquerel, dans leur Histoire de l’électricité, citent à ce propos un passage d’un mémoire d’Ampère, où ce dernier dit que « dans un conducteur mobile formant une circonférence complètement fermée, il s’établit un courant électrique par l’influence de celui qu’on produit dans un conducteur fixe, circulaire et redoublé, placé très près du conducteur mobile, mais sans communication avec lui. » Cet énoncé n’est rien moins que clair, et on comprend en le lisant que cette fois Ampère n’avait pas deviné la portée du fait qu’il avait observé par hasard.

Voici, en peu de mots, les phénomènes découverts par Faraday. Un aimant ou un courant galvanique exerce toujours une certaine influence sur la matière placée dans sa sphère d’action. Si cette matière est conductrice et qu’elle forme un circuit fermé, elle est traversée par un courant toutes les fois que l’intensité de l’action qu’elle subit à distance vient à changer. C’est ainsi qu’il s’établit toujours un courant induit dans un circuit métallique ordinaire au moment où l’on rapproche de ce circuit soit un aimant, soit un courant électrique. Un courant induit de sens inverse s’établit lorsqu’on éloigne le courant inducteur. On observe des effets de même nature lorsqu’on ferme ou qu’on interrompt le circuit inducteur : la fermeture ou l’établissement du courant inducteur équivaut à un rapprochement instantané depuis l’infini jusqu’à la distance où se trouvent les fils ; l’interruption équivaut à une séparation brusque qui transporte le courant inducteur à une distance infinie. En somme, on peut dire que toutes les fois que le courant inducteur s’approche, augmente ou s’établit, il donne naissance à un courant d’un certain sens dans le circuit induit, et qu’il y fait naître un courant de sens inverse toutes les fois qu’il s’éloigne, diminue ou disparaît.

Ces lois ont été vérifiées par les expériences les plus diverses. Nous en citerons une, celle qui fut tout d’abord répétée par beaucoup de physiciens et qui parut la plus saisissante. On enroule sur un morceau de fer doux un long fil de cuivre isolé par une enveloppe de soie ; on met le fer en contact avec les pôles d’un aimant puissant en même temps qu’on réunit les deux bouts du fil ; si les deux mouvemens sont exécutés avec précision, on voit une étincelle jaillir entre les pointes du fil conducteur. L’étincelle est l’indice d’un courant qui parcourt le fil au moment où le noyau de fer sur lequel il est enroulé s’aimante au contact des pôles. On obtient le même effet avec une bobine de fil de cuivre dans laquelle on introduit brusquement soit un barreau aimanté, soit une autre bobine que traverse le courant d’une pile voltaïque. Le simple rapprochement du barreau inducteur ou de la bobine inductrice suffit pour faire naître dans la bobine induite un courant instantané. Lorsqu’ensuite on éloigne le corps inducteur, on constate dans le fil induit un autre courant instantané de sens inverse. En répétant ces mouvemens alternatifs dans une succession rapide, on peut obtenir une grêle de courans induits tellement rapprochés qu’ils semblent former un flux continu d’électricité, comme les gouttes de pluie qui se pressent pendant une averse nous semblent se réunir en filets d’eau tendus entre le ciel et la terre.

Au premier abord, ce résultat peut paraître bien peu de chose. On arrive par des moyens détournés à produire un courant intermittent qui est presque un courant continu ; ne serait-il pas plus simple de faire usage du courant de la pile, qui fonctionne sans interruption ? On va voir qu’il n’en est rien. Les courans induits ont des propriétés particulières que ne possèdent pas les courans de la pile ; ils offrent, en plus des qualités importantes qui distinguent ces derniers, l’énorme tension de l’électricité de frottement. Les courans d’induction représentent donc en quelque sorte la réunion des deux formes de l’électricité, entre lesquelles il y avait comme un abîme, — l’électricité dynamique des piles, caractérisée par l’abondance du fluide, et l’électricité statique des machines à plateaux de verre, à tension très forte, qui se manifeste par des étincelles acérées. La première avait le privilège d’opérer les décompositions chimiques, car une pile d’un petit nombre d’élémens dégage en très peu de temps l’hydrogène de plusieurs grammes d’eau, tandis que les étincelles foudroyantes d’une machine à frottement décomposent à peine une goutte de liquide en quelques heures. On voit que la quantité d’électricité, qui se mesure par l’effet chimique, est extrêmement faible dans les machines, quoiqu’elle présente une tension qui manque à l’électricité voltaïque. Pour donner une idée de la supériorité de la pile comme source d’électricité, nous dirons que les deux masses de fluides contraires qui dans un voltamètre décomposent 9 grammes d’eau feraient explosion à 1 mètre de distance, si on pouvait les employer à charger deux bouteilles de Leyde d’un kilomètre carré de surface. Condensés sur deux nuages distans d’un kilomètre, les mêmes fluides exerceraient une attraction d’environ 2 milliards de kilogrammes. Malgré cette énorme tension, ils ne produiraient que l’effet chimique d’une petite pile de quelques couples. En revanche, ils pourraient opérer les terribles effets mécaniques et physiologiques de la foudre, tandis que la pile ne fournit que des étincelles tout à fait insignifiantes.

Les courans d’induction mettent en mouvement des quantités d’électricité aussi abondantes que celles qui constituent les courans ordinaires ; ils présentent en outre la tension qui produit les étincelles. Grâce à cette troisième forme de l’électricité, nous pouvons obtenir d’une manière presque continue les plus puissans effets de fulguration des anciennes machines sans avoir besoin de charger à chaque fois une grande batterie de bouteilles de Leyde. Les machines d’induction réalisent en quelques instans ce qui autrefois exigeait un long travail de préparation. Elles fournissent tout ce que l’on peut obtenir à l’aide des piles et au moyen des machines à frottement, — attractions, répulsions, étincelles, chaleur, lumière, actions chimiques, commotions nerveuses, aimantation du fer, etc. ; elles sont devenues indispensables à la science, à l’industrie, à l’art de guérir. Tout le monde connaît aujourd’hui la bobine de Ruhmkorff, dont les effets sont comparables à ceux de la foudre. Cet appareil produit des courans induits par les interruptions incessantes d’un courant inducteur. Les machines magnéto-èlectriques fournissent des courans d’induction en rapprochant et en éloignant alternativement un circuit fermé des pôles d’un aimant. Dans la forme qui leur a été donnée par MM. Siemens et Wheatstone, elles réalisent la transformation la plus immédiate du mouvement mécanique en magnétisme et électricité dynamique.

Si la découverte de Faraday a marqué pour ainsi dire une ère nouvelle dans les applications de l’électricité, elle n’est pas moins importante à un point de vue purement philosophique. Qu’est-ce donc que ces forces instantanées qu’un mouvement fait naître à distance, qui cessent d’agir au moment où ce mouvement s’arrête ? Quelle mystérieuse liaison de toutes les. parties de la matière est la cause de cette résonnance électrique en vertu de laquelle le contre-coup d’un changement survenu dans l’intérieur d’un corps se fait sentir immédiatement dans les corps voisins ? Ne dirait-on pas qu’un réseau invisible de forces inconnues s’étend, d’atome en atome, et qu’il est impossible d’en briser une maille sans ébranler une légion de fils enchevêtrés ?

L’importance du rôle que les courans d’induction jouent dans la nature sera encore mieux comprise, si nous en rapprochons les phénomènes du magnétisme de rotation, qui ont été découverts avant les premiers, mais qui sont restés sans explication jusqu’au jour où Faraday parvint à les rattacher aux courans induits.

On avait souvent observé dans les ateliers des constructeurs qu’il était difficile de faire osciller une aiguille aimantée dans le voisinage d’une masse de cuivre ; les oscillations s’éteignaient comme par l’effet d’une résistance invisible. Arago constata le même fait sur une boussole à fond de cuivre, construite par Gambey ; il crut à une impureté du métal employé, et en fit la remarque à l’artiste. Gambey déclara que son cuivre était pur de tout mélange et qu’il connaissait l’action de ce métal sur les aimans ; on pria un chimiste de procéder à une analyse, et il fut prouvé que le disque de la boussole ne contenait pas la moindre parcelle de fer. Arago se mit alors à étudier le phénomène qu’un heureux hasard lui avait révélé. Il fit tourner un plateau de cuivre au-dessous d’une aiguille aimantée, mobile sur un pivot, et vit l’aiguille partager la rotation du disque. On renversa l’expérience : un aimant mis en rotation entraînait un disque de cuivre. Faraday à son tour renversa l’expérience de Gambey. Il suspendit à un fil un petit bloc de cuivre de manière à l’amener entre les pôles d’un grand électro-aimant. On sait qu’un électro-aimant n’a d’action que lorsqu’on fait circuler un courant électrique dans les spires de la bobine dont il est enveloppé. Faraday tordait le fil de suspension et le laissait ensuite se détordre. Le bloc de cuivre tournait et retournait. Au moment où le courant était lancé dans les spires, il s’arrêtait ; le mouvement recommençait dès qu’on interrompait le courant. Lorsqu’on essayait de faire aller et venir le cuivre entre les pôles de l’aimant rendu actif, on sentait une résistance comme si on coupait du beurre. Faraday appelle cette résistance la viscosité apparente du champ magnétique.

On voit qu’il s’exerce une action très sensible entre l’aimant et une masse métallique en mouvement ; cette action s’explique d’une manière naturelle par l’existence de courans induits qui prennent naissance dans le métal et qui réagissent sur l’aimant. Le courant qui résulte d’un rapprochement produit une répulsion, le courant qui est engendré par la séparation des deux masses donne lieu à une attraction ; il s’ensuit que l’effet final équivaut toujours à une résistance. C’est comme s’il y avait là un frottement contre l’espace. Ce frottement peut devenir une source de chaleur : M. Joule, en essayant de faire tourner rapidement un morceau de plomb dans le champ magnétique, c’est-à-dire entre les pôles d’un puissant électro-aimant, a vu le plomb se fondre et couler.

Les découvertes de Faraday ont aussi confirmé d’une manière éclatante les vues d’Ampère sur l’identité originelle des forces électriques et magnétiques. Toutes les recherches du grand physicien anglais ont été d’ailleurs dirigées vers la démonstration définitive et palpable d’une corrélation intime entre les formes diverses que revêt la force : il s’est occupé de recherches expérimentales sur les rapports de la gravité avec l’électricité ; il a réussi à montrer que la lumière est influencée par la force magnétique. La brillante expérience par laquelle il a constaté ce fait a été publiée en 1846 ; voici en quoi elle consiste : lorsqu’on regarde la flamme d’une lampe à travers l’oculaire d’un instrument appelé polariscope, on peut trouver une position de cet oculaire où la flamme cesse d’être visible. Une plaque du verre pesant de Faraday, interposée sur le trajet des rayons, ne produit aucun changement tant qu’elle est à l’état naturel ; mais, si elle se trouve entre les pôles d’un électro-aimant, elle devient active au moment où le courant circule dans l’aimant : elle imprime à la lumière une sorte de rotation qui a pour effet de faire reparaître l’image de la flamme ; cette image disparaît de nouveau au moment où le courant est interrompu. Ce phénomène n’a pas encore été expliqué, mais il prouve d’une manière irréfutable que le magnétisme change la structure moléculaire des corps.

On doit à Faraday une autre découverte qui ouvre des horizons imprévus, c’est celle du diamagnétisme. Il résulte de ses recherches que tous les corps sont soumis aux forces magnétiques : les uns, comme le fer, le nickel, le cobalt, l’oxygène, sont attirés par l’aimant ; les autres, comme le bismuth, l’antimoine, l’or, l’argent, l’hydrogène, sont repoussés : ce sont les corps que Faraday appelle diamagnétiques. — Les corps magnétiques, lorsqu’ils sont suspendus librement, se dirigent suivant la ligne des deux pôles ; les corps diamagnétiques se placent en travers. Depuis le fer, le corps le plus manifestement magnétique, jusqu’au bismuth, qui représente l’extrême opposé, on peut classer toutes les substances en une série continue : d’abord celles où la force est attractive avec une intensité décroissante, puis les corps indifférens, et enfin ceux qui subissent une action répulsive de plus en plus décidée. Brugmans avait annoncé dès 1778 que le bismuth est repoussé par l’aimant, et Lebaillif avait retrouvé la même propriété dans quelques autres substances, par exemple dans l’antimoine ; la polarité magnétique du cobalt et du nickel était connue depuis longtemps. C’est à Faraday toutefois que revient l’honneur d’avoir approfondi ces faits et de les avoir établis d’une manière certaine et générale. L’un des résultats les plus imprévus de ses recherches, c’est que la nature du milieu ambiant peut complètement changer les propriétés des corps. Quant à l’explication des phénomènes du diamagnétisme, elle est loin d’être facile, et beaucoup de physiciens y ont vu une pierre d’achoppement pour les théories admises. On peut cependant concilier les faits observés avec les idées qui ont cours depuis Ampère, en admettant avec MM. Becquerel que tous les milieux, sans excepter l’éther ou ce qu’on appelle communément le vide, sont essentiellement magnétiques, et que le diamagnétisme n’est qu’un phénomène de réaction analogue à la poussée des liquides.

Si vous plongez dans l’eau un corps léger, tel qu’une bouée, il montera vers la surface du liquide, quoique la gravité tende toujours à le faire descendre de haut en bas ; c’est que la même force produit à l’intérieur du liquide une sorte de pression qui chasse la bouée de bas en haut. Un corps plus dense que l’eau ira au fond, parce que la force qui le fait tomber a plus d’énergie que la réaction inverse de la poussée. Dans l’air même, nous voyons les ballons monter pendant que la plupart des corps tombent sur le sol, si on les abandonne librement. On voit qu’il n’y a en réalité de corps légers que par rapport à d’autres corps qui le sont moins ; tout dépend du milieu où ils se trouvent. En appliquant le même raisonnement aux phénomènes du diamagnétisme, on arrive à la conclusion suivante : tous les corps sont magnétiquement lourds, c’est-à-dire sollicités par une attraction plus ou moins sensible en présence d’un aimant ; mais, plongés dans un milieu plus lourd qu’eux, ils nous paraîtront légers, c’est-à-dire qu’ils éprouveront en définitive une répulsion par suite de la poussée du milieu ambiant. Les corps magnétiquement légers sont ceux que nous avons appelés diamagnétiques. L’air et le vide de la machine pneumatique sont des milieux fortement magnétiques ou lowrds ; tout aimant naturel ou artificiel y développe une pression qui s’exerce sur tous les corps plongés dans ces milieux, et qui agit en sens contraire de l’attraction que ces corps éprouvent eux-mêmes de la part de l’aimant ; s’ils sont moins sensibles à cette action que le milieu qui les entoure, ils céderont à la poussée et s’éloigneront des pôles de l’aimant. Dans ces idées, on a essayé de mesurer le magnétisme spécifique des différentes substances connues, comme on en avait déterminé la densité ou le poids spécifique. Il s’est trouvé, par exemple, qu’à poids égal l’oxygène est environ cinq fois plus magnétique que l’air, et qu’il l’est environ trois mille fois moins que le fer ; il en résulterait que 2 mètres cubes d’oxygène équivalent à 1 gramme de fer, et que l’atmosphère tout entière agit comme une couche de fer qui envelopperait la terre et aurait un dixième de millimètre d’épaisseur.

On doit encore à Faraday d’importantes recherches sur la théorie des piles, qui furent commencées vers 1833. Il a établi la loi des équivalences électriques, que l’on peut énoncer comme il suit : toutes les fois qu’une unité d’électricité dynamique traverse un corps qu’elle décompose, elle met en liberté l’équivalent du métalloïde ou de l’acide avec le poids de métal qui correspond à cette quantité dans la combinaison. Cette loi est d’une importance capitale pour la théorie de la corrélation des forces, mais nous ne pouvons la citer ici que pour mémoire.

Les recherches expérimentales de Faraday sur l’électricité ont paru dans les publications de la Société royale ; il les a réunies en trois volumes qui ont successivement vu le jour en 1839, en 1844 et en 1855. Là se montre dans toute sa grandeur l’énergie résolue et tenace du chercheur qui n’abandonne pas un sujet qu’il ne l’ait approfondi et retourné dans tous les sens. Il ne fait rien à moitié : lorsqu’il interroge les faits, il faut qu’ils répondent par un oui ou par un non. Rien d’admirable comme la science stratégique qu’il développe lorsqu’il s’agit d’attaquer un problème par la voie des expériences. C’est la méthode inductive appliquée avec une supériorité qui étonne. On sent d’ailleurs, et il a soin de le dire, qu’il est presque toujours guidé par des idées préconçues sur l’enchaînement mutuel des forces de la nature ; cela explique la hardiesse apparente de ses tentatives : placé plus haut que la foule, son regard porte plus loin, et il aperçoit le possible là où d’autres ne voient que l’absurde. C’est ainsi qu’il espéra magnétiser la lumière, et qu’il y réussit.

La vie de Faraday a été calme ; aucun événement brusque ou violent n’est venu troubler la sérénité de son esprit. Beatus ille… Loin de toute agitation, il passait son temps enfermé dans son laboratoire lorsqu’il avait satisfait à ses devoirs de professeur. En 1829, il avait été nommé lecturer à l’académie militaire de Woolwich, fonctions qu’il remplit jusqu’en 1842. En 1833, John Fuller, le plus bouillant des membres du parlement, fonda une chaire de chimie à l’Institution royale et choisit Faraday pour l’inaugurer. Il stipula expressément que le nouveau professeur ne serait astreint à aucun des devoirs de cette, charge et notamment qu’il serait exempt de l’obligation de faire un cours public. Nous avons vu que Faraday ne profita point de cette exception faite en sa faveur, qu’il sut au contraire continuer les glorieuses traditions de Davy. Une pension de 300 livres sterling (7,500 francs), que le gouvernement lui accorda en 1835 sur la proposition de lord Melbourne, vint ensuite améliorer sa position de fortune qui ne fut cependant jamais très brillante. Faraday ne cherchait pas les places lucratives, comme il ne cherchait pas non plus les honneurs.

En 1832, lorsqu’il venait de publier ses premières recherches sur l’électricité d’induction, l’université d’Oxford lui conféra le titre de docteur ès-lois, distinction qui compte en Angleterre parmi les plus honorifiques. Il était correspondant de l’Institut de France depuis 1823 et membre de la Société royale de Londres depuis 1824 ; en 1844, l’Académie des Sciences le nomma un de ses huit associés étrangers en remplacement de Dalton, qui venait de mourir. Par une coïncidence qui a été remarquée, les trois savans qui l’ont suivi sur la liste des associés de l’Académie sont également Anglais ; ce sont sir David Brewster, élu en 1849, sir John Herschel, élu en 1855, et M. Richard Owen, qui succéda à Robert Brown en 1859. Après l’exposition universelle de 1855, Faraday vint à Paris pour la deuxième fois. Il visita les établissements scientifiques et sut partout se concilier de profondes sympathies par ses manières douces et bienveillantes. C’est à la suite de cette visite que le gouvernement français lui envoya la croix de commandeur de la Légion d’honneur.

En 1824, il épousa miss Barnard, fille d’un orfèvre de Paternoster-Row, qui appartenait, comme Faraday lui-même, à la secte religieuse des sandemaniens ou glassites. A l’heure qu’il est, cette secte compte dans le royaume-uni une douzaine de congrégations comprenant environ deux mille personnes. Elle a été fondée en Ecosse vers 1728 par un ministre de l’église établie, du nom de Glass, et s’est renforcée des partisans de Robert Sandeman, qui apparut en 1757 et qui organisa les congrégations. Les sandemaniens ne se marient qu’entre eux et n’invitent jamais à dîner ; aussi a-t-on remarqué que Faraday n’invitait personne. Il devint plus tard le chef de la secte, et officiait comme une manière de grand pontife. Il assistait avec une grande régularité au service religieux qui a lieu à la chapelle des sandemaniens le soir, les dimanches et les vendredis, et prêchait souvent lui-même. Il allait aussi en province visiter ses congrégations. C’est ainsi que la réunion de l’Association britannique pour l’avancement des sciences qui devait se tenir à Aberdeen en 1859 lui fournit l’occasion de convoquer dans la même ville un congrès de ses coreligionnaires, auxquels il consacra à peu près tout son temps pendant la durée de la session. On m’a raconté qu’un jour le cardinal Wiseman lui demanda s’il croyait le salut possible hors de sa secte ? Faraday sourit et répondit affirmativement. »

Le Frazer’s Magazine a publié en 1836 un croquis attribué au peintre Daniel Maclise et qui représentait Faraday entouré de ses appareils. La gravure était accompagnée d’une notice biographique due à la plume spirituelle du docteur Maginn, mais remplie de détails apocryphes. On y parle de Faraday comme d’un « bon petit homme, chrétien, quoique malheureusement sandemanien, faisant preuve d’un joli coup de fourchette en présence d’un gigot de mouton et incapable de refuser la troisième bouteille d’un vieil ami. » Ce portrait s’accorde peu avec ce que l’on sait de la vie de Faraday. Ce qui est vrai, c’est qu’il était bon et naïf à l’excès et avec cela d’un tempérament gai et d’une humeur toujours égale. Il jouait un peu de la flûte, ce qui allait certainement mieux à son caractère qu’à celui du roi de Prusse. Comme Davy, Berzélius et Wollaston, Faraday est mort sans laisser d’héritiers de sa gloire.

En 1851, un jeune chimiste français qui donnait de brillantes espérances, Ebelmen, se rendit à Londres comme membre du jury international de la première exposition. A peine arrivé, il s’empressa de voir Faraday. On parla de Paris, des amis nombreux que le célèbre chimiste anglais y possédait et des recherches qui les occupaient. Quand Ebelmen prit congé de Faraday, ce dernier le pria d’assister à la dernière leçon de l’année qu’il devait faire à l’Institution royale. Le jour venu, Faraday fait asseoir son jeune confrère à sa droite, et là, devant la brillante assemblée qui remplissait l’amphithéâtre de l’Institution, il annonce que le sujet de sa leçon sera l’exposé des travaux que le jeune savant français qui se trouve à côté de lui vient de publier sur la reproduction artificielle des pierres gemmes. On sait qu’Ebelmen avait réussi en 1847 à produire par voie de synthèse des minéraux tels que le spinelle et le corindon, que la nature seule avait formés jusque-là. M. Chevreul, en annonçant à l’Académie la perte qu’elle venait de faire, a rappelé ce trait de bonté de Faraday, qui, placé au faîte de la gloire, prend sous son égide un étranger trop jeune encore pour avoir été seulement apprécié dans son propre pays, et le présente à ses compatriotes, non en le louant par de vaines paroles, mais en faisant ressortir ce qu’il a fait.

M. Henri Sainte-Claire Deville a donné un récit intéressant d’une visite qu’il fit à l’illustre physicien anglais en 1855. A cette époque, Faraday passait ses journées jusqu’à trois heures au moins dans le laboratoire de l’Institution royale : il y travaillait en silence, demandant bien rarement l’aide de son digne assistant, M. Anderson. « Quand un étranger favorisé, comme je l’ai été pendant une semaine, dit M. Deville, a la bonne fortune de travailler dans ce laboratoire, le maître l’entoure de toute sorte de soins et de prévenances. Dans ces relations de tous les instans, la cordialité et le désir d’être utile incessamment témoignés par M. Faraday pouvaient seuls, chez l’humble confrère qui écrit aujourd’hui ces lignes, combattre la crainte de déranger un grand esprit qui médite et un expérimentateur des plus habiles imaginant, construisant lui-même ses appareils de démonstration. » Les hommes d’état les plus illustres de l’Angleterre venaient dans ce laboratoire, on les voyait aborder leur « grand électricien » avec cette respectueuse familiarité qui indique l’estime réciproque et les habitudes d’une égalité parfaite. « Un jour, dit M. Deville, j’y ai assisté à un entretien remarquable où Michel Faraday avait pour interlocuteur le regrettable prince Albert. La courtoisie de mon hôte avait fait tenir cette conversation en français : il m’est impossible d’exprimer ici l’admiration que j’ai éprouvée pour l’illustre savant et pour son auguste visiteur. Celui-ci, dans un langage plein de sens et de modération, où toutes les délicatesses de notre langue le servaient à merveille, préconisait notre système de l’enseignement par l’état. M. Faraday soutenait, avec une douce, mais inflexible énergie, le système anglais de la liberté absolue. J’en conclus qu’un prince si sage et si sagement conseillé devait rarement persister dans l’erreur. »

Un des beaux côtés du caractère de Faraday était la loyauté avec laquelle il s’empressait de reconnaître les droits des autres dès qu’on lui signalait une coïncidence ou un semblant d’antériorité. Il rendait justice à ses devanciers d’une manière scrupuleuse, et ne fut jamais en butte à des récriminations sérieuses, bien différent en cela de certains de nos contemporains. Il ne connaissait pas la jalousie. Ceux qui lui demandaient conseil ou service étaient sûrs de recevoir une réponse. Un jour un jeune débutant le pria de lui dire le secret de son constant succès. « Mon secret, répliqua Faraday, est bien simple. Il est dans ces trois mots : travailler, achever, publier (work, finish, publish). »

Un fait assez caractéristique et qui montre la tournure pratique de son esprit a été perpétué par une caricature du Punch, qui avait pour légende : Faraday presenting his card to father Thames (Faraday envoyant sa carte à la Tamise). Pendant une promenade qu’il fit sur un des bateaux à vapeur qui sillonnent le fleuve, il fut frappé de la couleur noire de ces eaux qui charrient sans cesse les immondices de tout Londres. Pour en connaître approximativement le degré d’opacité, il se fit donner des morceaux de carton qu’il fit descendre au bout d’un fil et dont il observa la disparition. La profondeur à laquelle ils cessaient d’être visibles lui donna la mesure de l’impureté du liquide ; il paraît que le résultat de cette étude improvisée fut tout à fait concluant, car Faraday en fit le sujet d’une lettre qu’il écrivit au Times, et qui contribua beaucoup plus à appeler l’attention des autorités compétentes sur une des plaies de Londres que tous les rapports qui avaient été rédigés par une foule de commissions.

Depuis 1858, la reine lui avait attribué des appartemens dans le palais d’Hampton-Court, et l’on vit alors le vénérable vieillard aller et venir entre, sa nouvelle résidence et son vieux logis d’Albemarle-Street. En 1861 cependant, il quitta définitivement l’Institution royale, où il ne reparut plus que comme simple auditeur. Ses travaux incessans avaient fini par miner une santé primitivement robuste. Il souffrait souvent de violentes migraines, et la perte de sa mémoire commençait à l’affecter d’autant plus péniblement que son intelligence était restée vive et intacte. Une de ses dernières séries de conférences, l’Histoire chimique d’une chandelle, qui a été traduite en français, est encore un modèle de clarté et d’élégance, il sentait toutefois que le temps était venu pour lui de renoncer à une tâche devenue trop lourde et de céder la place à de plus jeunes que lui. A la fin de sa dernière leçon « sur le platine, » le 22 février 1861, il adressa un adieu touchant à son auditoire. « L’affaiblissement graduel de ma mémoire et de mes autres facultés, disait-il, se manifeste à moi d’une manière pénible, et il m’a fallu le souvenir de votre bienveillance pour accomplir ma tâche jusqu’au bout. S’il m’arrive de parler trop longtemps, ou de manquer à ce que vous attendez de moi, n’oubliez pas que c’est vous qui avez voulu me retenir à mon poste. — J’ai désiré me retirer de l’arène, ainsi que doit le faire tout homme dont les facultés baissent ; mais j’avoue que l’affection que j’ai pour cette salle et pour ceux qui la fréquentent est telle que j’ai de la peine à me dire que l’heure de la retraite a sonné. » C’est ainsi que Faraday se sépara de ses auditeurs. Il est mort le dimanche 18 août 1867, âgé de soixante-seize ans.

Sa vie : a été bien remplie. La moitié des découvertes qu’il a jetées comme une semence féconde dans le champ du progrès suffirait à immortaliser le nom d’un homme. En dévoilant les lois de l’induction électrique, il nous a presque donné une force nouvelle, dont les applications se sont multipliées dans tous les sens. Les machines d’induction et les machines magnéto-électriques, dont les rapides transformations nous surprennent et nous étonnent, sont en germe dans ses travaux. L’éclairage électrique, l’exploitation des carrières, le percement des tunnels, la déflagration des mines à grande charge, sont facilités dans une proportion inespérée par l’emploi des bobines d’induction. La physique emprunte aux recherches de Faraday ses plus belles expériences. L’art de guérir lui doit des appareils dont les effets merveilleux ont rendu la santé à des milliers de malades ; on appelle faradisation le procédé qui produit ces résultats. Les courans induits constituent en effet la forme de l’électricité qui est la plus propre aux applications médicales, parce qu’on peut en graduer les effets chimiques et calorifiques, de manière à ne pas désorganiser les tissus, tandis que l’emploi des courans ordinaires de la pile ou celui d’une batterie de Leyde est souvent dangereux.

On voit que les traces de Faraday sont marquées dans les progrès récens de presque toutes les branches de la science et de l’industrie. Ce que l’on peut dès maintenant pressentir, ce que l’avenir fera ressortir plus manifestement encore, c’est la portée philosophique de toutes ses recherches, c’est l’étendue des conséquences qu’elles doivent produire pour la doctrine moderne de l’unité des forces naturelles. Ses travaux sont de ceux qui resteront ; tout ce qu’il a découvert est acquis à la science d’une manière définitive. Si dans sa longue carrière il a dû perdre ses illusions sur la supériorité morale des savans, illusions dont la naïveté fit sourire Davy dans leur première entrevue, il a du moins fait tout ce qui était en lui pour les entretenir chez ceux qui avaient le bonheur de le voir dans l’intimité.


R. RADAU.

  1. Ce titre donne le droit de faire précéder le nom de baptême du mot sir. On dit sir John, sir David, jamais sir Herschel ou sir Brewster.
  2. Dans la vie de sir Humphry Davy que son frère, le docteur John Davy, fit paraître en 1836, on reproche à Faraday en termes très durs de n’avoir pas cité son ancien maître à propos des expériences sur la rotation des courans. Faraday, dans une réplique aussi digne que douce, s’est complètement justifié de cette accusation, dénuée de fondement. Il rappelle à cette occasion que des insinuations de la même nature s’étaient déjà produites en 1823. Sir Humphry venait de lire un mémoire à la Société royale ; un journal qui rendait compte de la séance lui attribuait des paroles fort injustes pour son aide. Sir Humphry alors rédigea lui-même une rectification que Faraday devait porter au journal en question, Annals of philosophy, et qui parut en effet peu de temps après, signée du rédacteur. Faraday ajoute qu’il a conservé la note originale, écrite de la main de Davy. Le mémoire de Davy a été publié, mais le manuscrit même dont il avait donné lecture a disparu des archives de la Société royale. « Toutes ces choses, dit Faraday, arrivèrent au moment où mon nom était mis en avant pour une candidature à la Société royale. Je ne crois pas que personne ait sciemment provoqué cet état des choses, mais tout semblait alors confusion, et généralement à mon désavantage.
  3. Charges against the President and councils of the royal Society, by sir James South, fellow of the S. London, 1830.
  4. La belle théorie d’Ampère, qui ramène tous les phénomènes magnétiques à l’action de courans qui circulent autour des molécules des corps, ne fut point admise d’emblée de l’autre côté du détroit. Davy la considéra toujours comme une sorte d’hérésie, et sous son influence Faraday faisait également des difficultés pour la reconnaître. C’est que cette théorie emprunte son évidence à l’analyse et non à des faits palpables, quoiqu’elle permette eu définitive de prévoir et d’expliquer la plupart des phénomènes. « Or, disait à cette époque M. Saigey, une théorie qui explique et qui prévoit tous les faits n’est pas toujours du goût des physiciens dont la réputation se fonde uniquement sur les expériences. Le nom du théoricien passe à la postérité, et celui de l’expérimentateur ne dure guère plus que la machine qu’il a fait fonctionner. Les expériences, souvent compliquées, difficiles à répéter, sont remplacées par l’énonce d’un principe fondamental, d’un mot avec lequel l’esprit humain, soulagé, passe à de nouvelles conquêtes. Et c’est ainsi que la théorie d’Ampère a condamné à l’oubli tous les détails de l’électricité dynamique, dont on composerait maintenant une bibliothêque. »