Introduction à l’étude de la paléontologie stratigraphique/Tome 1/Chapitre II

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CHAPITRE II


Italie.


Dans le domaine de l’intelligence, l’Italie fut encore, au xve siècle, l’héritière de Byzance, comme elle l’avait été une première fois de la Grèce. Les lettres, les sciences et les arts y fleurirent de nouveau. L’histoire de la paléontologie nous y présente d’abord deux noms bien célèbres à des titres différents, mais ni l’un ni l’autre ne rappelle un naturaliste.

xive siècle, Boccace.Le premier, prosateur et conteur le plus ingénieux de son pays et de son temps, est Boccace, qui, né vers le commencement du quatorzième siècle à Certaldo, près de Florence, dans une contrée où le sol est rempli de coquilles fossiles, mentionna celles-ci d’une manière toute particulière, dans son roman de Filocopio, écrit en 1341, comme des preuves du séjour de la mer sur les continents. À cause des idées du temps où il écrivait, l’auteur crut devoir déguiser la vérité sous une fiction mythologique.

xve siècle, Léonard de Vinci. (1452-1519)Le second est un des peintres les plus fameux, à la fois ingénieur, architecte et poëte, c’est Léonard de Vinci. On lit, dans les nombreux manuscrits qu’il a laissés, que la mer change l’équilibre de la terre et que les coquilles, entassées dans les différentes couches, ont nécessairement vécu dans l’endroit même que la mer occupait. Les grandes rivières, dit-il, charrient dans l’océan les débris des terres, et les bancs y ainsi formés ont été recouverts par d’autres d’épaisseurs différentes ; enfin, ce qui était le fond de la mer est devenu le sommet des montagnes [1].

À partir de cette époque et jusqu’au commencement du xixe siècle, les recherches sur les corps organisés fossiles ont constamment occupé les naturalistes, et nous pourrions citer plus de 80 noms d’auteurs qui ont traité ce sujet sous divers points de vue ; mais nous nous bornerons à rappeler ceux auxquels la science est le plus redevable, et qui, à des faits bien observés, ont su ajouter souvent des idées justes.

Allessandro degli Allessandri (1461-1523)Au quinzième siècle, Alessandro degli Alessandri, dans son ouvrage intitulé Dies geniales, signale les coquilles pétrifiées des montagnes de la Calabre, dont la mer aurait recouvert les sommités soit par suite d’un soulèvement de son lit après quelques révolutions extraordinaires, soit par un changement de l’axe de rotation de la terre qui aurait déplacé les eaux à sa surface. Cette dernière hypothèse, dont Laplace démontra de nos jours le peu de probabilité, fut donc émise trois cents ans avant les écrits de certains géologues modernes qui la présentèrent comme nouvelle.

xvie siècle.Vers 1517, la construction de la citadelle de Saint-Félix, à Vérone, amena la découverte d’un grand nombre de coquilles fossiles qui furent le sujet de dissertations et de discussions très-animées. Fracastoro [2] démontra qu’elles ne pouvaient être attribuées au déluge de Moïse, et qu’il était absurde de recourir à l’action des forces plastiques de la nature pour expliquer leur existence en cet endroit. Il en conclut au contraire qu’elles provenaient de véritables animaux qui vécurent et se multiplièrent là où se trouvent aujourd’hui leurs dépouilles. Les montagnes ont été ainsi formées par la mer, qui, en se retirant, les a laissées derrière elle.

Cardano appuya aussi cette opinion, déjà émise par les philosophes de l’antiquité ; mais alors surgit la secte des scolastiques, qui appliqua aux fossiles l’idée des générations équivoques d’Aristote, idée suivant laquelle la production des coquilles dans la terre était due à certaines influences occultes.

Mattioli [3], qui le premier appela l’attention sur les poissons fossiles du mont Bolca dans le Vicentin, partagea cette erreur de son temps, et, d’un autre côté, Fallope regardait comme de simples concrétions les défenses d’Éléphant découvertes dans la Pouille.

Jusqu’en 1574 aucune vue générale n’avait été émise sur ce sujet ; ce ne fut que lorsque le goût des collections minéralogiques commença à s’introduire que l’on étudia plus spécialement les fossiles, qu’on y comprenait. La plus riche de cette époque était celle du pape Sixte-Quint, où se trouvaient rassemblées beaucoup de pétrifications provenant de la Toscane, de l’Ombrie, du Véronais, des environs de Rome, etc. Elle fut décrite et les objets figurés par Mercati dans le Metallotheca vaticana, que publia Lancisi sous Clément XI, près d’un demi-siècle après. Mais le nombre des matériaux ni leurs caractères n’éclairèrent point davantage l’auteur sur leur véritable origine, qu’il attribua toujours à l’influence des corps célestes.

Calceolari de Vérone, dont le musée d’histoire naturelle fut décrit par G. B. Olivi, attribuait aussi les Tellines, les Chames, les Peignes, les cornes d’Ammon, les Nautiles, etc., à de simples jeux de la nature [4].

André Césalpin, le premier botaniste qui traita des végétaux à un point de vue méthodique, en les rangeant d’après un système fondé sur la fructification, s’occupa des os d’Éléphant découverts à San Giovanni, dans le Val d’Arno, reconnaissant que c’étaient des corps organisés abandonnés par la mer.

Enfin le xvie siècle fut clos, en Italie, par un ouvrage de Ferrante Imperati [5], où l’auteur s’occupe des zoophytes, moins connus alors que les coquilles. Mais la question de l’origine des fossiles resta tout aussi obscure qu’auparavant, et de 1602 à 1626 les auteurs qui traitèrent ce sujet ne furent guère plus heureux.

xviie siècle.
F. Colonna, etc.
Alors Fabio Colonna, qui plus qu’aucun de ses prédécesseurs s’approcha de Linné par la sagacité de son esprit, s’occupa des pétrifications des environs d’Andria, dans la Pouille, et de Campo Chiaro, où il signala les Anomia terebratula, gryphus et lacunosa [6]. On lui doit la première description scientifique du type de cette grande famille des brachiopodes, que nous verrons jouer un rôle si important dans toutes les faunes marines, depuis les plus anciennes jusqu’à celles de nos jours. Il désigna les Térébratules sous le nom de Concha anomia, reproduit dans tous les ouvrages jusqu’à la fin du xviiie siècle, où l’on adopta définitivement celui de Terebratula, introduit par Lhwyd dès 1699.

F. Colonna paraît avoir été un des premiers qui aient distingué dans les fossiles le test propre des coquilles de leurs moules, empreintes et contre-empreintes. Le premier aussi il reconnut que toutes les espèces fossiles n’étaient point d’origine marine et qui il y en avait de terrestres et d’eau douce. Il prouva que les Glossopètres n’étaient point des langues de serpent pétrifiées ou de simples pierres, comme on le croyait, mais bien des dents de poissons du genre Carcharias, mêlées avec les Buccins, les Huîtres et autres productions de la mer. Il ne put néanmoins ramener à la vérité ses collègues de l’Académie des Lincei, ni détruire les vieilles erreurs, ce qui est d’autant plus particulier que cette institution avait été fondée précisément pour combattre les idées sur les propriétés occultes des corps et la doctrine de la génération par la putréfaction. Vers ce temps, l’emploi du microscope, qui s’était répandu, permettait une étude plus approfondie de la structure intime des êtres organisés.

En 1640, nous voyons D. Sala rassembler de nombreuses pétrifications provenant des collines du Vicentin, puis se former à Bologne le cabinet d’Aldrovande, dont Ambrosini a donné la description sous le titre de Museum metallicum. On y trouve représenté pour la première fois ce beau fossile si commun dans les collines tertiaires supérieures du Bolonais, la Concha polyginglima de Scheuchzer (Perna maxillata, Lam.) et d’assez nombreux débris de vertébrés (poissons et mammifères).

1656-1664 Les descriptions de musées particuliers, telles que celles de la collection Moscardi de Vérone, de Settaliano, à Milan, etc., se multipliaient sans détruire les préjugés, faute d’une étude directe plus attentive de la nature, et aussi par la crainte de froisser les opinions générales ou intéressées, toujours opposées à la manifestation de la vérité. Ce dernier motif, comme nous aurons occasion de le faire remarquer ailleurs, a été certainement le plus puissant pour comprimer l’essor naturel de l’esprit humain pendant le xviie siècle comme dans le précédent.

N. Sténon Ainsi Sténon, né à Copenhague en 1638, mais qui résida longtemps à Florence, à la cour du grand-duc, publia en 1667 l’anatomie de la tête d’un Squale, et quoiqu’il en tirât la conviction que les Glossopètres provenaient d’animaux voisins, il émit cette opinion avec une telle réserve qu’il ne convainquit personne.

Dans son Prodrome d’une dissertation sur le solide contenu naturellement dans un autre solide [7], il s’est attaché à démontrer que le test des coquilles est formé par une matière que secrète le corps de l’animal, opinion que nous verrons plus tard Réaumur soutenir contre Méry et Hérissant, qui le faisaient croître comme les os de vertébrés.

Sténon a constaté les rapports des fossiles avec les couches sédimentaires qui les renferment et la véritable origine des uns et des autres. Il a distingué le premier les couches formées dans la mer de celles déposées dans les eaux douces, ainsi que les caractères des coquilles des unes et des autres. L’explication qu’il a donnée du mode de formation des dépôts de sédiments est très-juste au point de vue mécanique et physique, comme sous celui de leur position relative et de leurs formes normales. Il en conclut que les couches qui sont aujourd’hui perpendiculaires ou inclinées à l’horizon lui étaient parallèles lors de leur formation. La première cause qui les aurait ainsi placées sur leur tranche aurait été une violente secousse imprimée de bas en haut, soit par l’effort de vapeurs qui tendaient à se dégager de l’intérieur, soit par la chute des strates après l’enlèvement de ceux qui leur servaient d’appui. Ces effets rendraient compte des inégalités de la surface terrestre, telles que les montagnes, les vallées, etc.

Ces changements dans la position des couches de la terre, cause première des reliefs de la surface, constituent non-seulement l’idée fondamentale de la théorie de Sténon, mais sont devenus aussi la base de celles de nos jours, les plus en faveur à juste titre, et il a fallu un siècle et demi pour faire triompher une vérité aussi simple en apparence.

Les dislocations des couches, continue-t-il, ont frayé le passage aux sources des montagnes, à des courants d’air, à des exhalaisons fétides, à des produits de combustion, à tous les contenus des filons, tels que les minéraux déposés sur les parois et à l’intérieur des fentes, produits qui sont tous postérieurs aux roches qui les renferment et résultent de la condensation des vapeurs provenant de l’intérieur.

Après avoir ainsi exposé une théorie presque complète des phénomènes géologiques les plus essentiels, Sténon s’est attaché à en faire l’application à la Toscane, où il a distingué six périodes ou six états différents de sa surface. Celle-ci aurait été deux fois submergée, deux fois émergée ou portée au-dessus des eaux, et deux fois aurait été sillonnée de rides montagneuses. Voulant ensuite appliquer ces considérations au reste de la terre, il s’efforce de faire concorder ces périodes avec le texte de la Genèse, et s’écarte de l’observation directe des faits pour se livrer à des hypothèses gratuites, mais évidemment, comme il le dit lui-même, pour qu’on ne s’effraye pas d’une manière de voir si nouvelle.

Deuxième moitié du xviiie siècle. Buonamici, Scilla, Qurini, etc. Vers ce temps, Francesco Buonamici publia une dissertation sur les Glossopètres, les yeux de serpent, les baguettes de saint Paul et autres pierres figurées des îles de Malte et de Gozzo [8], dissertation dans laquelle il donne de nombreux détails sur les gisements particuliers de ces divers corps, qu’il ne regarde pas comme d’origine organique.

Dans sa Vana speculazione disingannata dal sense [9], Scilla stigmatise les préjugés et les erreurs de son temps. Il y rassemble et représente une grande quantité de fossiles : bivalves, univalves, échinides, polypiers, poissons et dents ou Glossopètres provenant de divers squales, attribuant le tout comme Colonna au déluge de Noé, car l’opinion que les corps fossiles ou pétrifiés pouvaient avoir été laissés par la mer sur les montagnes commençait à prévaloir. Aussi les théologiens ne manquèrent-ils pas de s’emparer de l’argument pour prouver une tradition d’origine sacrée qui, par cette raison même, n’avait pas besoin de preuves physiques, tandis que de leur côté les philosophes, s’efforçant de déraciner les vieilles erreurs, croyaient accréditer la vérité en la mettant sous le manteau de la religion. Mais on conçoit que cette association de deux ordres d’idées si différentes ne pouvait jamais jeter qu’une fausse lumière sur ce sujet.

En 1676, G. Quirini, décrivant les fossiles du musée Septiliani [10], nia ouvertement la probabilité que le déluge ait été universel, et que des coquilles pesantes aient pu être ainsi portées et déposées par les eaux sur les montagnes. Elles n’ont pu, dit-il, naître et se développer dans ces eaux diluviennes qui ont trop peu séjourné à la surface, et de plus l’abondance des pluies, telle qu’elle est rapportée, aurait fait perdre à Peau de mer une partie de sa salure.

Giacomo Grandi, auteur du Musée Cospiano [11], et Bonanni, dans ses Récréations de l’esprit et de l’œil [12], contribuèrent peu à l’avancement des connaissances sur ce sujet. En 1688, on découvrit à Vitorchiano, sur le territoire de Viterbe, d’énormes ossements semblables à ceux que l’on connaissait déjà sur d’autres points et que l’on attribuait généralement à une race éteinte de géants. Campini voulut s’en assurer directement ; mais, comme il n’y avait point à Rome de squelette d’Éléphant, il se procura les modèles des parties qu’il avait à comparer, exécutés d’après le squelette de la galerie de Médicis à Florence, et, ayant reconnu que ces pièces s’accordaient fort bien, il n’hésita pas à déclarer que les prétendus os de géants qui se trouvaient alors dans les diverses collections d’Italie n’étaient que des ossements d’Éléphant [13]. Telle fut, dit Brocchi, la première observation d’anatomie comparée, appliquée à la connaissance des vertébrés fossiles. La découverte d’un squelette d’Éléphant à Tonna, dans le district de Gotha, publiée par Tenzel, est de sept ans postérieure à cette déclaration de Campini.

Vers la fin de ce siècle, Ramazzini [14] assigna aux sédiments de la plaine du Pô l’origine que les prêtres de Memphis attribuaient au delta du Nil. Il remarqua, en outre, qu’aux environs de Modène l’eau se rencontrait constamment, lorsqu’on creusait des puits, à la profondeur de 20 mètres, et qu’en remontant elle se maintenait au même niveau. Les dépôts traversés sont des argiles coquillières, alternant avec d’autres terreuses et marneuses, renfermant des troncs, des feuilles, des roseaux et d’autres débris de végétaux ; au fond on rencontrait du charbon, des fragments ferrugineux et de grands ossements qui firent supposer que la Lombardie n’était qu’un ancien lit de l’Adriatique, dont le fond avait été successivement relevé par les matériaux que transportaient les eaux venant des Alpes et des Apennins. L’explication qu’a donnée Leibnitz de l’élévation de l’eau dans les puits de Modène prouve qu’il était beaucoup moins avancé sur l’hydraulique naturelle que Bernard Palissy, qui écrivait plus d’un siècle auparavant.

Ainsi, dans le cours du xvie et du xviie siècle, on ne trouve guère en Italie, à quelques exceptions près que nous avons signalées, que des collections de faits de peu d’intérêt ou bien donnant lieu à d’interminables discussions. Pendant le xve siècle, les erreurs avaient été moins systématiques peut-être et moins généralement soutenues. Dans les deux suivants, le petit nombre d’idées justes qui se font jour çà et là sont impuissantes pour détruire les idées fausses et les préjugés qui prenaient leur source dans des textes mal interprétés, et il ne se passa pas moins de deux siècles avant que les coquilles fossiles aient été reconnues pour le produit de véritables animaux marins, et que les végétaux pétrifiés aient été admis pour ce qu’ils sont réellement.

La principale occupation des savants d’une de ces périodes est de combattre les préjugés de ceux de la précédente, de leur en substituer d’autres qui sont attaqués à leur tour ; Les uns luttent Aristote à la main, les autres en s’appuyant sur la Bible. L’autorité, régnant partout sans contrôle, tient lieu de faits, d’observation et de démonstration. Les phénomènes de la nature s’expliquent par l’intervention de causes surnaturelles, c’est-à-dire qu’on n’explique rien.

xviiie siècle, Baglivi, Ghedini, Bonanni, etc.Avec le xviiie siècle la conchyliologie fossile semble prendre une meilleure direction, par suite du nombre toujours croissant des coquilles connues à l’état vivant et qui facilitent les comparaisons et des idées géologiques qui tendant à se développer avaient besoin de s’appuyer sur ces témoins des anciens âges de la terre. Cependant le premier auteur que nous avons à rappeler, Baglivi [15], ne laisse pas que de l’emporter sur beaucoup de ses devanciers par la bizarrerie de son hypothèse, d’ailleurs soutenue avec un certain talent, savoir, que les pierres possèdent la faculté de s’accroître par une sorte de nutrition. De son côté, Ghedini, en 1705, regardait les Bélemnites des environs de Bologne comme des concrétions résultant d’une cristallisation confuse, opinion réfutée par les membres de l’Institut de cette ville.

Dans la collection de Kircher, Bonanni [16] mentionne seulement les coquilles fossiles du Bolonais, du Volterrais, du Siennois, des environs de Civita-Vecchia, les oursins de la Calabre et des défenses d’Éléphant ; le P. Kircher [17] lui-même avait décrit la grotte de Palerme, remplie, comme on sait, de débris de mammifères.

Galeazzi, Monti Galeazzi étudie, en 1711, le mont San Pellegrino en Grafagnana, puis ceux de Pradalbino et de Biancano, dont il mentionne les nombreux fossiles. Les restes de mâchoires et les défenses cités dans les marnes bleues de cette dernière localité par J. Monti [18], l’un des membres les plus distingués de l’Institut de Bologne, et rapportés à un cétacé, ont été reconnus plus tard pour avoir appartenu à un Mastodonte. Le même savant, observant les coquilles lithophages dans une roche située le long d’un torrent du Bolonais et les comparant avec celles qui vivent encore dans le macigno calcaire des côtes de la Dalmatie et d’Ancône, déclara que les premières étaient différentes et constituaient des espèces nouvelles. Il se prononça de même à l’égard de l’Ostrea polyginglima de Scheuchzer, qu’il décrivit et représenta de nouveau. Il reconnut que les coquilles fossiles du mont San Luca, près de Bologne, n’avaient point leurs analogues dans les mers d’Europe et qu’elles devaient provenir de l’océan Indien. Malgré la difficulté de prouver alors une pareille assertion, ou doit savoir gré à l’auteur d’avoir compris la nécessité de comparer les coquilles vivantes et fossiles et de chercher dans les premières les représentants des secondes. Il observa aussi au Monte Maggiore des Balanes en place, qui avaient conservé leur coloration première.

Vallisnieri, Zannichelli, etc. Jusqu’à présent nous n’avons guère vu que des naturalistes collectant les faits sans les coordonner ; Vallisnieri [19] est un des premiers qui ait porté ses vues plus loin et se soit occupé sérieusement de la géologie de l’Italie. En combattant l’hypothèse de Woodward, il traça la disposition générale des dépôts marins, fit voir comment ils s’étendaient dans le Frioul, le Vicentin, le Véronais, les territoires de Reggio, de Modène, de Bologne, le long de la Romagne, puis au midi, dans les environs de Messine, sur le versant méridional, le long de l’Apennin, en Toscane, dans le Pisan, le Livournais et le pays génois. L’auteur conclut de tous ces faits qu’à une certaine époque la mer occupait cette surface, qu’elle y séjourna longtemps et que cette circonstance fut tout à fait indépendante de la catastrophe passagère du déluge de Noé.

En poursuivant ses recherches, Vallisnieri constata la présence des dépôts marins de Fossombrone sur le territoire d’Urbino, puis dans l’État de Parme et au delà ; il signala quelques-unes des éminences de même nature qui longent le pied des Alpes lombardes, et il se proposait d’en déterminer les altitudes à l’aide du baromètre pour comparer leur niveau avec celui des couches supposées contemporaines de la Romagne. Enfin, il y joignit un travail graphique de la localité du mont Bolca, déjà célèbre parle nombre et la belle conservation de ses ichthyolithes ou poissons fossiles [20]. De son côté, Zannichelli [21] rassemblait à Venise les éléments d’une riche collection de fossiles, mais sans adopter néanmoins aucune vue suivie ou systématique sur leur origine et leur arrangement. Dans une description des monts Zoppica et Boniolo, dans le Véronais, il mentionne et figure quelques Numismales qu’il n’hésite pas à regarder comme de véritables coquilles [22]. Vers ce temps, l’idée qu’il y avait entre la mer et les terres émergées une communication souterraine, par laquelle pouvaient s’introduire les produits de la première dans les secondes, était vivement soutenue par les membres de l’Institut de Bologne, mais n’eut aucune faveur parmi les naturalistes toscans, tels que Baldassari, Bastiani, Targioni, etc.

En 1757, Spada [23] donna une dissertation dans laquelle il s’efforça de prouver que les corps marins pétrifiés ne provenaient point du déluge ; il publia ensuite une énumération des fossiles du Véronais, dans laquelle il suit l’ordre adopté par Langius, en précisant le lieu et les caractères de la roche qui les renferme. Un dessin du mont Bolca fait voir les relations stratigraphiques des couches à poissons et à Nummulites. Piccoli [24] décrit une grotte du même pays, remplie d’ossements de grands mammifères, et publia une carte où se trouvent indiqués les points les plus riches en pétrifications, telles que crustacés, astéries, madrépores, baguettes d’oursins (pierres syriaques) et les cornes d’Ammon, très-répandues dans les couches calcaires des monts d’Alfaedo et d’Erbezo, où elles sont associées à des Térébratules. Ainsi commence à se manifester le besoin de relier entre elles les données paléontologiques et à naître les premières indications de cartes géologiques.

Coquilles microscopiques. ― Beccari, Plancus, Soldani Nous interromprons un moment ici notre revue chronologique pour grouper ensemble quelques travaux remarquables qui se rapportent à un sujet entièrement méconnu jusque-là.

L’harmonie des œuvres de la nature, la pondération ou l’équilibre des diverses manifestations des forces vitales, la transformation incessante de la matière et cette admirable prévoyance qui, par l’action directe de certains organismes, soustrait à l’atmosphère les miasmes délétères qu’y répandrait la décomposition des animaux après leur mort, tout cela avait été compris ou du moins aperçu par les anciens, et nul ne l’a exprimé dans un plus magnifique langage que Lucrèce. Cependant un ordre entier de phénomènes très-complexes-devait échapper aux philosophes, de même qu’aux naturalistes et aux poëtes de l’antiquité, et cela sans qu’on pût leur en faire de reproche, car cet ensemble d’organisme auquel nous faisons allusion ou bien échappe complètement à l’œil nu, ou ne peut être suffisamment apprécié qu’à l’aide d’instruments grossissants dont les anciens ignoraient les propriétés et l’application. Il fallait, en effet, que le microscope simple ou composé fût inventé pour qu’un nouveau monde se révélât aux observateurs, et ce ne fut que vers le commencement du xviie siècle que ce puissant moyen d’investigation leur fut donné.

Ainsi que nous l’avons dit en commençant, ce sont, dans chaque règne, les organismes les plus inférieurs qui ont joué le plus grand rôle dans la formation des couches de sédiment, et c’est dans la période qui nous occupe que les animaux marins, dont l’extrême petitesse permet à peine la distinction à la vue simple, ont trouvé en Italie leurs premiers historiographes. C’est l’Italie du xviiie siècle qui a vu naître et se développer cette branche si importante des sciences naturelles, en même temps pour les animaux vivants et pour les fossiles, par suite de cette circonstance que les sables des plages de l’Adriatique, autour de Rimini, en sont presque exclusivement composés, et que les marnes sableuses tertiaires des collines subapennines en renferment une prodigieuse quantité. Trois naturalistes ont consacré une partie de leur vie à cette étude spéciale, et nous ont laissé dans leurs ouvrages e vrais modèles de patience. Ce sont Beccari, Plancus et Soldani.

Le premier, vers 1729, créa cette nouvelle conchyliologie en décrivant d’abord une petite espèce de polythalame de forme nautiloïde, à laquelle Linné donna le nom de Nautilus Beccarii. l’enroulement de la spire et sa division par des cloisons transverses lui donnaient une grande ressemblance avec les cornes d’Ammon, rapprochement qui fut longtemps adopté comme pour toutes les autres formes analogues répandues à profusion dans les marnes sableuses marines du nord de l’Italie. Beccari en compta, plus de 1500 dans 2 onces de ce sable micacé, silicéo-calcaire [25]

Dix ans après, G. Bianchi, phm connu sous le nom de J. Plancus, annonça qu’il avait trouvé sur la plage de Rimini l’analogue vivant de la petite corne d’Ammon fossile, et que ses dimensions étaient telles qu’il en fallait 130 pour faire un poids égal à celui d’un grain de blé. Il en détermina un grand nombre d’autres espèces, toujours classées avec les Nautiles et les cornes d’Ammon, à cause de leurs divisions intérieures. Son ouvrage [26] contribua beaucoup à étendre les connaissances sur ce sujet, et plus tard il signale, à un mille de Sienne, un gisement de ces coquilles microscopiques analogues à celles des plages de Rimini.

Plus tard, Soldani, appliquant aussi la loupe à l’examen des argiles, des tufs et des sables du Volterrais, du Val d’Arno, de Cosentino, de la Maremme, des environs de Florence, d’Arezzo, etc., y trouva partout un aliment à sa patiente sagacité. Son Essai sur les terres nautiliques de la Toscane [27] apporta dans la science une multitude de coquilles provenant de fort petits animaux marins presque invisibles, et regardés toujours comme des Nautiles et des Ammonites, erreur bien excusable alors et qui régna même jusqu’en 1855. En n’assignant point de noms particuliers à ces formes si variées, décrites et représentées avec soin et même groupées suivant certaines analogies, Soldani n’a pas autant contribué à avancer leur étude qu’il aurait pu le faire s’il eût mis à profit et leur eût appliqué les principes de la classification de Linné déjà répandue alors.

De 1789 à 1797 il publia un autre ouvrage très-considérable [28] sur les coquilles microscopiques du littoral des îles de Giglio, d’Elbe, de Castiglioncello, de Massa, etc., ouvrage dans lequel il fait remarquer que ces petits corps ne sont point les jeunes d’espèces qui grandissent avec l’âge, mais sont parfaitement adultes. Les espèces diverses occupent d’ailleurs des profondeurs différentes, ce qui explique, ajoute-t-il, pourquoi celles qui sont fossiles ne se trouvent pas non plus mélangées indifféremment dans toutes les couches.

Soldani a signalé, en outre, la présence de coquilles lacustres au fond de la mer, de même que sur plusieurs points du Siennois où des dépôts d’eau douce sont intercalés dans des sédiments marins. Enfin, il a donné une attention particulière aux couches lacustres déposées dans d’anciens lacs du val d’Arno, à Stagia, Sarteano, à Calle, etc.

Théorie géologique de Lazzaro Moro et d’arduino La géologie, qui, comme nous l’avons dit, tendait peu, à peu à sortir de l’obscurité on elle avait été si longtemps reléguée, reçut en Italie, vers le milieu du xviiie siècle, une assez vive impulsion par suite des idées théoriques de Lazzaro Moro et plus encore des observations d’Arduino. En 1740, Ant. Lazzaro Moro [29] développa un système dans lequel il attribue à des explosions sous-marines fréquemment répétées la formation des montagnes et des plaines ainsi que celle des îles, et combat les hypothèses diluviennes de Burnet et de Woodward. L’apparition des petites îles de Mikro et de Néo-Kaïmeni dans le groupe volcanique de Santorin et les phénomènes qui accompagnèrent la formation du onte Nuovo, près de Naples, semblent avoir servi de point de départ à cette théorie. Suivant l’auteur, le globe fut primitivement entouré d’eau. Le troisième jour de la création, la croûte qui constituait le fond de la mer fut soulevée çà et là, et les montagnes primitives résultèrent de ces mouvements. Leurs roches ne renferment point de fossiles. Plus tard il s’éleva de l’intérieur de la terre des torrents de lave et d’autres substances qui s’accumulèrent au fond de la mer et qui furent soulevés à leur tour par les mêmes agents. Avec ce second phénomène furent apportées diverses substances, telles que le sel, le soufre et le bitume. Par suite, les eaux devinrent salées, les animaux s’y développèrent, la terre se peupla vers le même temps, et les éruptions ignées continuant à se produire donnèrent lieu aux alternances de dépôts sédimentaires et éruptifs que l’on observe, en effet, dans le voisinage des volcans.

Ces idées, malgré leur peu de vraisemblance et le petit nombre de faits qui pouvaient les appuyer, eurent un grand retentissement. L’ouvrage de L. Moro fut traduit en allemand, les recueils scientifiques en donnèrent des extraits dans diverses langues, et en Italie il fut soutenu vivement par le père Generelli, par les savants et les antiquaires.

De son côté, G. Arduino [30] divisa les montagnes du Padouan, du Vicentin et du Véronais on primitives, secondaires et, tertiaires, relativement à la nature de leurs matériaux, à leur position inférieure ou supérieure et aux différentes époques de leur formation.

Les montagnes primitives sont composées de schistes qui s’étendent sous les montagnes calcaires qu’elles supportent, et sont, par conséquent, plus anciennes. Ces schistes micacés, quelquefois luisants, traversés par des veines de quartz, sont par places flexueux et ondulés. Quant à cette dénomination de primitive, elle est purement relative au pays observé, car si, comme Arduino le supposait lui-même, il y avait du granite au-dessous, c’est à celui-ci qu’elle devrait être réservée.

Les montagnes secondaires sont pour la plupart formées de calcaires compactes, disposés en couches suivies et renfermant des corps organisés pétrifiés. Ces couches diffèrent entre elles par leur dureté, la finesse de leur grain, leur composition, leur teinte et par les espèces de corps marins qu’elles recèlent, puisque, suivant l’auteur, il n’y en aurait que d’une seule dans chacune d’elles.

On distingue dans les Alpes calcaires cinq lits ou divisions principales, dont les caractères sont bien indiqués et qui sont surmontés par la scaglia. Cette dernière est un calcaire rempli de cailloux de diverses couleurs, accumulés par places, en nids ou en couches, et qui s’enfonce à son tour sous les montagnes tertiaires, s’appuyant de l’autre côté sur les pentes des montagnes volcaniques du Padouan. Elle semble avoir été soulevée par les éruptions de roches ignées qui se sont fait jour à travers. Ayant été détruite par places, elle manque çà et là à la surface des Alpes calcaires.

Arduino a remarqué sur ces dernières et à leur sommet des blocs, plus ou moins volumineux, de granite, de quartz et de talcschiste provenant des véritables montagnes primitives du Tyrol situées au nord-ouest, et complètement étrangers aux roches des environs. Ces blocs sont à une grande élévation au-dessus du niveau de la mer, et l’auteur insiste sur l’impossibilité qu’ils aient pu être transportés et déposés par l’action des cours d’eau actuels. Il ne propose d’ailleurs aucune explication de leur présence et de leur position si loin de leur origine.

Les montagnes tertiaires ou collines peu élevées, formées de petites couches de pierre à chaux qui renferment des pétrifications et de petits lits de sable et d’argile, sont postérieures aux secondaires et reposent en partie dessus et en partie à côté. Elles remplissent d’anciennes vallées, et sont encore placées à des hauteurs considérables. Leurs matériaux proviennent des montagnes secondaires, et, comme celles-ci, elles ont éprouvé des bouleversements et des changements occasionnés par les volcans, dont les produits ont enveloppé des fragments de roches avec des fossiles. Les monts Berici, près de Vicence, et les collines de Monteochio sont célèbres par leurs pétrifications. Arduino donne des détails très-circonstanciés sur la colline de Brendola, non loin de Vicence, sur la vallée de Ronca, ou les fossiles s’observent dans les calcaires au milieu de produits volcaniques, sur les plantes, les coquilles et les poissons des environs du mont Bolca, etc.

Dans les montagnes volcaniques, les alternances de produits ignés et de dépôts sédimentaires coquilliers ont été parfaitement observées et décrites, « et, ajoute l’auteur, cette succession de révolutions dues successivement au feu et à l’eau, a, sans contredit, occasionné une grande confusion et un mélange surprenant de dépôts sous-marins et de produits volcaniques comme dans les montagnes des environs de Ronca. »

Un moyen de se rendre compte de l’exactitude d’une description géologique, c’est de construire soi-même, d’après les données de l’auteur, un profil du pays, et le plus ou moins de facilité que l’on aura pour ce travail étant en rapport avec la justesse et la clarté de ses vues pourra donner la mesure de leur mérite. Or, si l’on trace du nord-ouest au sud-est une coupe des Alpes du Vicentin aux monts Euganéens, en y introduisant les données fournies par Arduino, non-seulement cette construction sera très-facile, mais encore on sera frappé de l’analogie du résultat avec celui que l’on obtient d’après les observations les plus récentes.

Arduino appliquait donc en 1759 au nord de l’Italie des idées plus justes encore, à certains égards, que celles de Sténon, relativement à la Toscane un siècle auparavant, et tout à fait conformes à celles de nos jours, de sorte que la géologie, stratigraphique, dans ce qu’elle a de plus essentiel, avait été déjà parfaitement comprise dans ce pays à l’époque dont nous parlons.

Vers le même temps, Ferber [31], minéralogiste suédois, appliquait des principes analogues dans sa description des différents massifs de terrain observés pendant deux voyages de Vérone à Innspruck et de Vienne à Venise. Il remarqua très-bien que la série des roches calcaires, schisteuses et granitiques vers l’axe de la chaîne, se reproduisait dans le même ordre sur les deux versants opposés.

Auteurs de la seconde moitié du xviiie siècle. Si nous reprenons actuellement l’examen des travaux moins spécialement géologiques, nous verrons qu’après Matani, qui s’est occupé des environs de Pistoie, et Schiavo, de la Sicile (1748), Donati [32], en étudiant les produits organiques et inorganiques du lit de l’Adriatique, a cherché à se rendre compte de la formation des conglomérats coquilliers. Il a constaté que le fond de la mer à la plus grande analogie avec la surface du sol émergé aux environs et qu’il s’y forme encore des roches ou agrégats de lumachelle et de tuf dans toute l’étendue de son lit. Il s’est occupé des fossiles des diverses parties de l’Istrie, et il a signalé des os de mammifères dans un rocher, près de l’île de Rogosniza, sur le territoire de Sebenico et vers Dernis, près de la rivière Cieola. Targioni [33], dans ses voyages en Toscane, a particulièrement décrit les pierres lenticulaires de Casciana et de Parlascio, dont il fait des polypiers ; il place les Bélemnites parmi les coquilles polythalames, à cause du cône alvéolaire cloisonné intérieur ; il mentionne un grand nombre d’ossements de ruminants, de solipèdes, de carnassiers et de pachydermes provenant du val di China, du val Ombrosa et surtout du val d’Amo inférieur et supérieur, animaux qui ont dû vivre sur les lieux mêmes.

Pendant que Donati explorait l’Adriatique pour y déterminer les stations des animaux vivants, Baldassari s’occupait de recherches analogues sur les fossiles du Siennois [34]. Il y reconut, comme déjà l’avaient fait Marsigli dans le Parmesan, Spada dans le Véronais et Schiavo en Sicile, que ces restes organiques n’étaient pas mêlés confusément, mais au contraire distribués par familles, de telle manière que sur certains points dominaient les Arches, sur d’autres les Peignes, les Vénus, les Murex, etc., et cela suivant la nature de la roche. Il constata la disposition régulière de ces fossiles dans les diverses couches des montagnes, la position naturelle des polypiers qu’on y rencontre, la perforation des roches par les coquilles lithophages, mais il ne se prononça pas sur les questions théoriques que soulèvent ces faits, savoir, si la mer s’était retirée brusquement ou graduellement, si les animaux et les végétaux que l’on croyait propres à la zone torride avaient été transportés de cette région vers le nord, ou si la température du pays était alors plus élevée que de nos jours. Il découvrit au mont Fullonico une mâchoire provenant d’un très-grand animal qu’il compara à celle que Guettard avait décrite dans le même temps et qui provenait du Canada ; elle fut reconnue depuis pour avoir appartenu à un Mastodonte. Plus tard le même savant, dans ses observations et expériences sur les eaux et les bains de Montalceto [35], a donné beaucoup de détails sur les fossiles des environs, citant toujours la Concha polyginglima des anciens auteurs et la présence de coquilles lithophages (Mytilus lithophagus) dans un roche essentiellement siliceuse, fait qui a été controversé jusque dans ces dernières années. Dans son oryctographie piémontaise [36], C. Allioni a le premier traité de la conchyliologie fossile restreinte à une seule partie déterminée de l’Italie. Il a rangé les espèces suivant l’ordre adopté par Gualtieri, et en compte plus de quatre-vingts avec quelques polypiers, des oursins et d’autres fossiles décrits et figurés par ses prédécesseurs. On doit à J. Odoardi [37] un mémoire sur les fossiles marins du Feltrino. Il en mesura aussi les montagnes avec le baromètre, distingua les débris organiques de la marne cendrée de ceux du calcaire rouge, rempli de cornes d’Ammon et placé sous un grès brun (ce sont les montagnes secondaires de Arduino). Il remarqua que la direction des bancs calcaires différait de celle des grès et en conclut qu’ils avaient été déposés à des époques différentes, représentant ainsi les uns et les autres d’anciens lits de la mer. L’auteur explique ces changements par un déplacement du centre de gravité de la terre, opinion déjà émise dès le xve siècle.

Le catalogue du musée Ginanni, que donna Zampieri d’Imola [38], est un travail remarquable par son excellent esprit de critique, son érudition, sa méthode de classification, et dans lequel se trouvent cités beaucoup de fossiles de diverses parties de l’Italie, entre autres de nouvelles espèces bien figurées de poissons du mont Bolca.

Vito Amici, dans sa dissertation sur les testacés de la Sicile [39], démontra le peu de fondement du système de Lazzaro Moro et signala, à la base de l’Etna, du côté de Catane, sous d’anciens courants de lave, des dépôts marins avec des cailloux roulés. Suivant Ferrara [40] les environs du Val di Noto, dont le sol est en partie volcanique, n’en montrent pas moins une grande quantité de coquilles enveloppées dans un sable calcaire jaunâtre. Les collines de Piazza, d’Aidone, d’Enna, d’Agira, de Militello, offrent des exemples semblables ; de sorte que les alternances de produits ignés et de sédiments marins, déjà observées dans des terrains plus anciens du nord de l’Italie, l’étaient également au sud, à peu près dans le même temps.

Caluri, naturaliste toscan, indique plusieurs nouveaux fossiles des marnes subapennines(crete sanesi) [41]. Zannoni, dans un mémoire particulier sur ces marnes bleues micacées observées dans les montagnes de Trévise, au delà du Tagliamento et de Fagagna [42], signale leurs analogies avec celles de la Toscane. Bastiani [43] consacre un chapitre de son ouvrage à la conchyliologie fossile des environs des bains de San Casciano. Les calcaires solides des montagnes de ce pays renferment des cornes d’Ammon, et les collines basses formées par les marnes sont remplies de Glossopètres, de polypiers, avec des côtes et des vertèbres des grands animaux. Dans son histoire des fossiles des environs de Pesaro, Passari [44] mentionne les coquilles enfouies dans les marnes sableuses de cette ville, de la province d’Urbino, de San Leo, de Cesi, de Gubbio, d’Orvieto, de Sinigaglia, de Loreto, de Macerata et de Fermo. Il indique les pétrifications des montagnes de Furlo, de Carpegna, de Fossombrone et autres lieux élevés des Apennins où se trouvent surtout des empreintes et des moules de cornes d’Ammon. Des défenses d’Éléphant fossile, des restes de poissons, de végétaux, etc., sont également signalés.

Jusqu’alors toutes les publications relatives à la conchyliologie fossile manquaient d’une terminologie méthodique déjà en usage dans d’autres parties de l’Europe, et ce fut Bartolini [45] qui, dans son catalogue des êtres organisés des environs de Sienne, appliqua le premier la classification de Linné.

Les recherches d’Allioni avaient aussi stimulé les observateurs du Piémont, et G. de Viano et Alloatti [46] ont remarqué dans le haut Montferrat le mélange des coquilles fuviatiles et marines. On sait que, se trouvant à Paris vers la fin de 1776, Gualandria [47] avait déjà observé à Chantilly des alternances de fossiles marins et d’eau douce, fait que nous avons vu remarqué par Sténon, par Soldani, etc., et que longtemps après bien des géologues ont cru découvrir à leur tour.

P. Schilling, L. Ricomanni et Callisto Benigni augmentèrent la liste des fossiles du Monte Mario à Rome, et les disposèrent d’après la méthode de Linné. On y trouve cités 117 espèces de mollusques et 7 échinodermes dans les sables calcaires jaunâtres qui recouvrent les roches volcaniques. Ce catalogue, très-défectueux suivant Brocchi, a été inséré dans la nouvelle édition du Musée de Kircher, publiée par Batarra [48]. De son côté, Cermelli s’est aussi occupé des fossiles de cette colline de Rome, de ceux de la Sabine, du Latium et d’autres localités des États du pape dont il publia une carte chorographique qui devait servir de base à une carte minéralogique du même pays.

Spallanzani [49], qui observa la rivière orientale de Gênes, entre Finale et le port de Monaco, sur une étendue de 70 milles, a décrit le pied des montagnes qui bordent la mer, comme étant formé d’un calcaire coquillier. Il a décrit ailleurs [50] les, calcaires des environs de Messine, et s’est occupé des fossiles du Modénais, de la province de Reggio, des collines de la Romagne, etc. Il a signalé aussi dans l’île de Cythère ou Cérigo des coquilles dans des roches volcaniques, et de nombreux ossements enveloppés d’un ciment marneux, jaune rougeâtre, avec des fragments de la roche qui renfermait cette brèche. Parmi les os il crut en reconnaître ayant appartenu à l’espèce humaine, ce qui ne fut point confirmé par la suite [51].

Boccone, puis Volta [52], ont dirigé leurs recherches dans le Plaisantin, les collines de Lugano, près de Castel-Arquato, où Bonzi avait recueilli de nombreux fossiles, et dans le Parmesan, dont le sol est formé de marnes bleues et de sables jaunes calcaréo-siliceux au-dessus. La colline de San Columbano, sur le territoire de Lodi, fut aussi étudiée par l’Amoretti [53] au même point de vue que les précédentes.
A. Fortis

Albert Fortis, né à Vicence, en 1740, a publié, de 1764 à 1802, de nombreux mémoires sur la géologie et les fossiles du nord de l’Italie, ainsi que sur quelques contrées voisines ; mais le manque de méthode dans ses recherches, la légèreté de ses conclusions et les idées paradoxales émises çà et là ont fait perdre à ses études, aussi multipliées que variées, une partie du mérite qu’elles auraient pu avoir si elles avaient été dirigées dans un meilleur esprit. Elles ont, par conséquent, peu, contribué à l’avancement de la science, tandis que la manière dont il critiquait les opinions des autres dut lui faire beaucoup d’ennemis parmi les naturalistes de son temps.

L’examen des collines de Montegalda dans le Vicentin porta Fortis [54] vers la théorie des vulcanistes ou des plutoniens, comme on disait alors. Il croyait que les coquilles des calcaires de ce pays y avaient été ensevelies par suite d’éruptions volcaniques sous-marines. Plus tard, accompagné de Desmarest, naturaliste français, il étudia les collines du Vicentin, de Brendola, de San Vito, de Gramona, de Creazzo, de Ronca, du val d’Astico, et partout constata la fréquence des débris organiques dans les couches. Néanmoins ces observations assidues ne le conduisirent à aucune vue théorique ni d’application pratique.

Donati [55] avait annoncé l’existence d’ossements humains, et contemporains de la roche qui les renfermait, sur les côtes de Dalmatie, dans le voisinage des îles Couronnées ; Fortis [56] en signala bientôt dans l’île de Cherso, au milieu d’ossements de ruminants et d’autres mammifères, enveloppés de stalactites, dans une fente de calcaire tertiaire ancien, mais nullement associés aux coquilles marines de celui-ci, ce qui simplifiait beaucoup la question ; plus tard l’auteur revint sur sa première détermination ostéologique. Il s’occupa peu après des marnes bleues coquillières des environs de Spalatro, sur la côte de la Dalmatie, puis des Nummulites et des polypiers de Bencoraz et de Sebenico. Dans les calcaires fissiles de Zukova il rencontra des poissons et des plantes marines, et le calcaire cristallin de l’île de Simoskoï, semblable à celui de Carrare, lui offrit de nombreuses coquilles spathifiées [57].

Dans son mémoire oryctographique sur la vallée de Ronca [58], il fit preuve de peu de jugement en critiquant les dénominations binaires spécifiques, si claires et si simples, introduites par Linné, pour leur substituer les phrases obscures, tortueuses et ambiguës de Gualtieri. Il observa les fossiles marins dans les roches ignées basaltiques du val Bonca, entre Vicence et Vérone ; mais, pour lui, la roche serait une argile marine fondue par la chaleur interne du globe. D’autres fossiles plus récents se remarquent encore aux environs, soit dans un calcaire solide, soit dans une roche bitumineuse, ou bien dans une vase marine recouvrant le basalte.

En s’occupant plus particulièrement des poissons fossiles du mont Bolca, aidé de l’Ittiologia de Block et de la première décade de l’ouvrage de Broussenet, Fortis ne put déterminer que 6 ou 7 espèces de ces ichthyolithes dont Bozza possédait alors la plus belle collection. À ce sujet, une discussion s’éleva entre lui et Testa qui niait que ces poissons eussent pu venir de pays éloignés et qui fit voir les différences qui existaient entre eux et les espèces que Fortis croyait avoir leurs analogues dans les mers du Sud. Testa admit cependant que quelques-unes pouvaient bien avoir encore leurs représentants dans ces mêmes mers tropicales, mais qu’elles avaient néanmoins dû vivre dans l’Adriatique, lorsque la mer baignait le pied du mont Bolca, et que sa température était plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui, à cause des phénomènes ignés du voisinage [59].

S. Volta Ce sujet, qui avait déjà occupé tant de naturalistes, fut traité d’une manière bien plus complète par Séraphin Volta dans son Ichthyologie véronaise [60], où il décrit 123 espèces de poissons fossiles provenant du gisement de Lastrara, localité désignée à tort jusque-là sous le nom de monte Bolca, cette dernière montagne, comme l’auteur le fait voir, étant située beaucoup plus haut vers l’origine du vallon où se trouvent les dalles calcaires à poissons. De ces 123 espèces l’auteur admet que 12 seulement sont aujourd’hui inconnues, et que toutes les autres se retrouvent dans les mers actuelles des diverses parties du globe, conclusion bien différente de celles des paléozoologistes de nos jours, qui ne reconnaissent pas qu’aucune de ces espèces ait son analogue vivant. Quant aux nombreuses coquilles et aux autres corps marins des montagnes du Véronais, l’auteur suppose qu’une violente inondation générale a été suivie de plusieurs autres partielles, et il étend sa théorie, fort obscure d’ailleurs, à tout le reste du globe.

Mais si, au point de vue géologique, les idées de S. Volta sont plus que contestables, on doit reconnaître que, sous le rapport iconographique, son ouvrage est une des plus magnifiques publications du xviiie siècle. Il laisse bien loin derrière lui tout ce qui a été fait sur cette matière, et c’est encore aujourd’hui la plus belle monographie ichthyologique locale qui existe dans la science. L’exactitude des dessins, tous représentant les espèces de grandeur naturelle, fait regretter que les auteurs systématiques et classificateurs venus après Volta, en plaçant dans des nouveaux genres qu’ils ont créés les espèces qu’il a figurées, aient en quelque sorte rayé le nom de ce laborieux savant de la plupart des ouvrages de paléozoologie, ou fait en sorte qu’il ne s’y trouve plus que comme un souvenir mêlé et confondu avec tant d’autres noms qui ne méritent pas l’honneur d’être rappelés [61] ; ce nivellement général qu’exécutent à l’envie les classificateurs de nos jours n’est ni juste ni réfléchi.

Revenons encore à Fortis, qui, pendant son séjour en France, au commencement de ce siècle, donna dans notre langue une édition de ses mémoires [62]. Il y fit beaucoup de changements et d’additions, entres autre son travail sur les Discolithes, qui occupe la moitié du second volume. Sous ce nouveau nom l’auteur désigne les corps connus dès l’antiquité sous ceux de pierres lenticulaires, de Numismales, etc., et que nous verrons attirer constamment l’attention des naturalistes, aussi bien par leur fréquence dans certaines couches de la terre que par leur origine énigmatique. Mais, loin de contribuer à éclaircir leur histoire, Fortis ne fit que l’embrouiller par des idées fausses, des rapprochements inexacts, et en leur associant les corps les plus différents, tels que les Operculines, les Alvéolines, les Orbitoîdes, les Orbitolites, des Fungies, des Cyclolites, etc. Ce mémoire, quoique entrepris avec des matériaux considérables, n’a donc fait faire aucun progrès à cette étude.
Auteurs divers.

Vers la fin du xvm° siècle, Borsoni présenta à l’Académie de Turin un appendice à l’oryctographie piémontaise d’Allioni, ajoutant au catalogue dressé par ce dernier 127 espèces de coquilles fossiles de ce pays. Morozzo [63] publia peu après une dissertation sur des dents fossiles d’Eléphant trouvées, en 1802, dans une colline près de Rome, en dehors de la porte du Peuple, et Morecchini [64] démontra la présence de l’acide sulfurique dans la composition de ces dents. Pini [65] rassembla les découvertes les plus importantes faites sur les diverses classes de corps organisés fossiles, en même temps que Santi [66] faisait connaître les résultats de son voyage au mont Amiata, et que Cagnazzi [67] émettait ses conjectures sur l’ancienne communication par la Daunia entre l’Adriatique et le golfe de Tarente. Quelques autres publications peu importantes dues à Spadoni, Scorticagna, Gazzola, etc., parurent vers le même temps.
Ossements de grands mammifères

Les recherches persévérantes de J. Cortesi [68] ont beaucoup ossements enrichi la faune des grands mammifères pachydermes et cétacés fossiles des sables jaunes calcaréo-siliceux supérieurs et des marnes bleues subapennines. Des restes d’Éléphants ont d’abord été découverts sur le mont Pulgnasco, commune de Diolo, à neuf milles au-dessus de Plaisance et à deux milles de la Trebbia, ce qui a fait dire plus tard à Cuvier [69] que s’il y a jamais eu un cadavre d’Eléphant fossile que l’on pût regarder comme provenant de l’un de ceux qu’Annibal avait amenés dans le pays, c’était celui-là, puisqu’il se trouvait très-près du chemin que le général carthaginois avait dû suivre. Les os, fort nombreux, et dont on chargea six mulets, étaient d’ailleurs presque à fleur du sol. Une tête de Rhinocéros fut rencontrée tout auprès dans les mêmes conditions, comme pour protester contre la supposition qui attribuerait à l’existence des restes d’Éléphants sur ce point une origine aussi récente. En 1805, Cortesi découvrit aussi un squelette de Rhinocéros sur une colline parallèle à celle du mont Pulgnasco, mais au-dessous de 60 mètres de sable, et, en 1810, dans cette dernière montagne même, dans une couche remplie de coquilles marines, il observa des os longs du même animal recouverts d’Huitres adhérentes.

Les restes de cétacés ont été rencontrés généralement à un niveau plus bas et dans des couches différentes, celles des marnes bleues, d’abord dans la colline de Torazza, séparée de la précédente par un petit ruisseau ; c’était un Squelette de Dauphin presque entier ; à la tête, assez complète, se joignaient beaucoup de côtes, de vertèbres et de petits os. En 1806, sur la pente orientale du mont Pulgnasco, à 200 mètres audessous du sommet et à 400 environ au-dessus de la plaine environnante, on découvrit, dans une argile bleuâtre, en couches régulières, plongeant au N., remplies de coquilles marines, de dents de squales, et en tout semblables à celles de Torazza, un squelette presque entier de Baleine du sous-genre des Rorquales. La plupart des os étaient en place, recouverts d Huîtres adhérentes ; la tête avait près de 2 mètres de long et le corps environ 7 mètres. En 1816, un autre squelette appartenant à la même espèce fut découvert dans un vallon voisin et dans les mêmes circonstances de gisement. Des ossements de mammifères terrestres ou de grands pachydermes ont été également signalés dans la vallée du Tanaro, au pied des montagnes du Frioul et du Vicentin, sur les bords du Bacchiglione, etc.

Des dents de Mastodontes ont été recueillies le long des pentes subalpines du Frioul et du Vicentin, comme déjà l’Amoretti, en avait signalé dans le district du Tanaro, et Marzari dans celui de Bacchiglione [70]. Nesti [71], qui s’est particulièrement occupé des Éléphants fossiles du val d’Arno, pense qu’outre l’espèce la plus commune, il y en a deux autres distinctes, dont une fort petite. De ce que toutes trois diffèrent des espèces de nos jours, il en conclut que rien ne prouve que la température fût alors plus élevée dans le pays qu’elle ne l’est actuellement [72]. Des restes de grands pachydermes sont encore cités près de Belvedere [73] et dans le district de Pérouse [74]. Plus tard, Nesti [75] est revenu sur les ossements du val d’Arno et particulièrement sur ceux de Rhinocéros.

Un mémoire sur la terre d’Otrante, publié par Giovene [76], a fait connaître que dans cette partie de l’Italie le calcaire des Apennins était partout surmonté d’un dépôt de sable calcarifère jaunâtre ou blanchâtre, souvent très-solide, employé dans les constructions de Lecce, où les coquilles sont nombreuses, bien conservées ainsi que les polypiers, les Alcyons et les dents de Squale. Enfin, Maironi [77], dans ses observations sur quelques pétrifications particulières du mont Misma, s’est surtout occupé des cornes d’Ammon et des Bélemnites de cette localité.

À la fin du xviiie et au commencement du xixe siècle, deux hommes, très-distingués à des titres divers, sont venus clore et résumer en quelque sorte la longue série des naturalistes italiens qui, pendant trois siècles, avaient concouru aux progrès de la paléontologie stratigraphique et de la connaissance des roches sédimentaires de la péninsule ; ce sont Breislak et Brocchi.
S. Breislak

Scipion Breislak, né à Rome en 1748 et mort en 1826, s’est beaucoup plus occupé, dans ses recherches, des phénomènes d’origine ignée que des dépôts formés au fond des eaux, mais il n’a pas laissé que de donner sur ces derniers des observations intéressantes. Il a fait remarquer que les fossiles de la vallée de Bénévent étaient semblables à ceux de la Romagne, du Plaisantin, de la Toscane, etc. Ses voyages physiques et lithologiques dans la Campanie, suivis d’un mémoire sur la constitution physique de Rome, la description des anciens Champs Phlégréens, de leurs produits minéralogiques, etc. [78], sont remplis de faits précieux pour l’histoire de la science et témoignent de la sagacité et de l’instruction profonde de l’auteur.

Dans son Introduction à la géologie ou à l’Histoire naturelle de la terre [79], travail écrit dans un excellent esprit, Breislak dit : « La surface extérieure du globe, en se consolidant par le refroidissement, et en se resserrant dans un moindre volume, comprimait la masse interne encore fluide, qui devait réagir de son côté, et, étant une matière plus homogène et plus dense que celle qui formait les couches superficielles, elle a dû la soulever et la déchirer. Voilà donc l’ordre détruit Voilà donc la fin de toute régularité ! Les couches nouvellement consolidées, et qui étaient contiguës, parallèles et horizontales, sont soulevées et déchirées ; quelques-unes deviennent inclinées, d’autres perpendiculaires ; beaucoup se détachent et se séparent entre elles ; la matière interne, encore fluide, s’étant ouvert un chemin par les déchirures, s’insinue dans les intervalles formés par l’éloignement réciproque des couches ; et, si son dégorgement eût été assez copieux, elle pouvait se répandre même à la superficie. Il n’est pas possible de déterminer les accidents et les combinaisons qui peuvent arriver dans cette opération, dirigée uniquement par le hasard ; et, si cette hypothèse n’explique pas les grands phénomènes de la superficie primitive du globe, il me paraît qu’elle peut au moins suffire pour les représenter. »

« Cependant, dit-il, plus loin (p. 101), après avoir combattu les idées de La Métherie, dans l’hypothèse de la fluidité ignée primitive de notre planète et de sa consolidation par le refroidissement, nous ne devons pas perdre de vue les effets produits : 1° par la séparation du calorique, qui dut se combiner avec quelques bases solides, produire des gaz et ensuite des vapeurs aqueuses ; 2° par la compression exercée par les premières couches les plus voisines de la superficie, qui se sont consolidées, et par la réaction de la masse interne, encore molle ; 3° par le resserrement de la matière, causé par le refroidissement ; 4° par le développement des gaz et des vapeurs dans l’intérieur de la masse. Et, si nous voulons arréter plus particulièrement notre attention sur ceux-ci, comme sur une cause plus active et plus énergique, nous verrons que les couches terrestres seront soulevées et que leur position changera en proportion de leur masse et de l’intensité des phénomènes ; la superficie sera rompue et déchirée en quelque endroit ; et dans le renversement des couches il pourra arriver qu’il s’opère des séparations entre celles qui étaient auparavant contiguës. »

Voilà bien les idées qui ont servi de base à une théorie beaucoup plus récente ! Malheureusement, Breislak ne les a appliquées qu’à la première période du refroidissement de la terre, et n’ayant pas songé, ou bien ses études ne lui ayant pas fourni les données nécessaires pour les appliquer à des périodes subséquentes, il n’a point tiré parti de tout ce qu’elles avaient de fécond pour expliquer la formation des rides moins anciennes de l’écorce terrestre et, par suite, la théorie stratigraphique et chronologique des chaînes de montagnes,

Comme dans la plupart des ouvrages généraux contemporains dont nous parlerons ci-après, Breislak énumère dans celui-ci (p. 337) tous les fossiles connus alors, depuis les Éléphants, les Mastodontes, le Megatherium, le Megalonyx, jusqu’aux polypiers ; mais, comme dans ces traités aussi, il mentionne à peine les restes d’invertébrés et cite seulement quelques végétaux, ce qui prouve qu’il ne comprenait pas encore toute l’importance de ces débris organiques relativement à la géologie.

Dans ses réflexions générales sur la distribution des fossiles, l’auteur examine et rejette successivement l’hypothèse des inondations ou déluges, celles du déplacement de l’axe de la terre, des écroulements, reproduite et développée par de Luc, et semble revenir à l’opinion de Buffon, qu’il modifie de la manière suivante : pour expliquer la présence des coquilles sur les hautes montagnes, il suppose que l’Océan était divisé en un certain nombre de mers partielles, étagées à différents niveaux au-dessus les uns des autres, hypothèses qu’il préfère à ces cataclysmes prodigieux, dit-il (p. 402), qui auraient transporté les dépôts déjà consolidés loin des lieux où ils s’étaient formés. Néanmoins, après avoir rappelé des faits assez nombreux, il y revient (p. 412) en disant : « il résulte de tout ce que nous avons dit que l’état actuel de notre globe a été déterminé par une série de cataclysmes dont il n’est pas possible de retrouver le principe, et dont il faut chercher l’histoire sur la superficie de la terre et dans les chaînes de montagnes. » Pensée certainement très-juste, et si Breislak eût continué, à travers les temps, l’hypothèse qu’il avait seulement appliquée au commencement, il eût trouvé l’explication qu’il cherchait, tandis que celle qu’il propose, à partir de l’existence des eaux à la surface du globe, n’est pas plus fondée que toutes celles qu’il combat.

Il semble d’ailleurs admettre plus loin, du moins en partie avec Buffon (p. 413), que la mer couvrait, à l’origine, les cimes des montagnes les plus élevées, qu’elle est restée quelque temps dans cette position, que le fond de la mer s’est abaissé par l’écroulement des cavernes, que le globe s’est refroidi graduellement, que les différentes espèces d’animaux ont émigré peu à peu, abandonnant les régions qui devenaient plus froides pour habiter celles des tropiques, à l’exception toutefois des Éléphants, des Rhinocéros, etc., qui ont persisté plus longtemps.

On voit donc que Breislak, observateur exact, fort instruit, et d’un jugement droit, n’était pas, à bien des égards, plus avancé que ses contemporains, et que les idées déjà répandues en Allemagne, en Angleterre et dans son propre pays, n’avaient pas réagi efficacement sur ses vues théoriques.

G. B. Brocchi L’histoire de la paléontologie stratigraphique de l’Italie se trouve dignement couronnée par les travaux d’un ingénieur de grand mérite, G. B. Brocchi, Né à Bassano en 1772, il visita plusieurs fois l’Italie dans ses diverses parties, ainsi que les îles qui en dépendent, et il publia, dans de nombreux mémoires, les résultats de ses recherches. En 1825, il partit pour l’Égypte, afin d’y continuer ses études géologiques, parcourut le Liban, se dirigea vers la mer Rouge, et fut attaché en qualité d’ingénieur au nouveau roi du Sennaar. Mais, par suite de fatigues et de l’influence du climat, sa santé fut bientôt altérée, et il succomba, à Chartum, le 23 septembre 1826. Ainsi l’Italie perdit, la même année, les deux géologues qui avaient jeté le plus d’éclat à la fin du xviiie et au commencement du xixe siècle.

L’ouvrage le plus important de Brocchi, celui qui renferme l’ensemble de ses recherches est sa Conchyliologie fossile subapennine, accompagnée d’observations sur les Apennins et les contrées adjacentes [80]. L’auteur y sépare et distingue par leurs, caractères à la fois stratigraphiques ou de superposition, pétrographiques et paléontologiques, les roches de l’Apennin proprement dit, que l’on pouvait regarder toutes alors comme secondaires, ainsi que l’avait remarqué de Saussure, en 1776 [81], des dépôts tertiaires plus récents qui les bordent de part et d’autre de la chaîne.

Après un excellent discours sur les progrès de l’étude de la conchyliologie fossile en Italie, discours auquel nous avons fait de nombreux emprunts dans ce qui précède, Brocchi donne, dans le premier chapitre, une esquisse générale de la structure du haut Apennin, et, dans le second, il traite de la constitution physique des collines subapennines. Le troisième est consacré à montrer l’analogie du sol des autres pays avec celui de ces mêmes collines et à une digression sur la plaine de la Lombardie, avec la preuve de l’accroissement du littoral le long de la Péninsule.

En traitant ensuite des coquilles fossiles des dépôts subapennins, il fait remarquer leurs associations et la distribution particulière des espèces, les analogies, les différences qu’elles présentent avec les coquilles vivantes, soit de la Méditerranée, soit des mers plus éloignées. Ayant visité et étudié toutes les collections anciennes du pays, il n’a rien négligé pour s’éclairer même sur les questions qu’il sentait ne pouvoir pas résoudre alors, mais dont il comprenait toute l’importance ; tels sont les rapports des dépôts coquilliers des diverses parties de l’Italie, ceux du pied nord des Apennins avec ceux du pied sud, ceux du Piémont avec ceux de la Pouille, de la Calabre, etc. Il voyait également la nécessité d’un examen beaucoup plus détaillé que le sien pour arriver à exécuter une carte géologique telle qu’il se l’était proposé d’abord. Il n’a pas d’ailleurs observé, entre les fossiles des marnes bleues et ceux du sable jaune placé dessus, de différences assez prononcées pour les séparer comme des dépôts réellement distincts et résultant de circonstances variées. Parmi les espèces fossiles qui ont encore leurs analogues vivants, Brocchi reconnut qu’il y en avait beaucoup plus de la Méditerranée et de l’Adriatique que des mers plus éloignées ; et, en comparant cette faune des collines subapennines avec celle du bassin tertiaire de la Seine, surtout en considérant certains genres en particulier, tels que celui des Cérites, et l’absence complète de certains autres, il fait ressortir les différences profondes que montrent ces diverses associations de fossiles. Mais le vrai motif de ces dissemblances lui échappe encore, et, au lieu de les attribuer à la différence des temps où ils ont vécu, comme nous le faisons aujourd’hui que leur non-contemporanéité nous est démontrée, il les attribue seulement à la différence des lieux géographiques ou d’habitat. Les faunes fossiles de l’ouest de la France devaient ressembler, dit-il, à celles des côtes de l’Océan, comme celles des marnes subapennines ressemblent à celles de la Méditerranée et de l’Adriatique.

(P. 337). Les dépôts d’origine lacustre ont été l’objet particulier des études de Brocchi. Tels sont ceux du mont Carlo, dans le val d’Arno supérieur, de Stagia, non loin de Sienne, de la plaine de Sarteano, dans le val di Chiana, où un tuf rempli de coquilles d’eau douce recouvre les marnes marines. La présence de coquilles d’eau douce mélangées, dans certains cas, avec celles qui sont propres aux eaux salées, s’explique par l’intermédiaire des fleuves et des rivières qui les ont portées à la mer.

Dans le chapitre v, l’auteur s’occupe des autres fossiles marins, puis des restes des grands mammifères terrestres, de cétacés et de poissons, rappelant toutes les localités où ont été trouvés des débris d’Éléphant, de Mastodonte, de Rhinocéros, d’Hippopotame, d’Urus, d’Élan, de Cerf, etc.

Le chapitre vi, consacré à des remarques sur la disparition des espèces, mérite surtout de fixer l’attention par les vues tout à fait philosophiques qu’on y trouve exposées avec autant d’élégance que de profondeur. Ainsi Brocchi fait voir que les espèces de coquilles ou d’autres animaux inférieurs ont disparu aussi bien que celles des organismes les plus élevés. Il démontre facilement que les hypothèses de catastrophes, du retrait brusque des mers, que toutes ces machines à effet, dues à l’imagination des anciens auteurs bien plus qu’à l’observation sérieuse de la nature, dont on a tant abusé et dont l’usage n’est, pas encore tout à fait perdu de nos jours, n’expliquaient rien en réalité, c’est-à-dire la destruction de certaines espèces, la persistance de certaines autres pendant que de nouvelles formes apparaissaient à leur tour. Nous verrons que Linné, que Walch, que Bruguière, pensaient, avec beaucoup d’autres naturalistes, que les espèces fossiles dont les analogues vivants n’avaient pas été retrouvés devaient exister dans les profondeurs des mers non encore explorées.

Mais Brocchi portait ses vues plus loin. « Quant à moi, dit-il (page 409), je crois qu’il est tout à fait superflu de faire tant de frais d’imagination et de supposer tant de causes accidentelles et particulières pour expliquer un fait qu’on peut croire dépendre d’une loi générale et constante (da una legge generale e costante). »

« Pourquoi donc, continue-t-il, n’admettrait-on pas que les espèces s’éteignent comme les individus, et qu’elles ont, comme ceux-ci, une période fixe pour la durée de leur existence ? Rien n’est permanent sur la terre, et la nature y conserve son activité dans le même cercle, mais avec des modifications incessantes. »

Un laps de temps déterminé a dû être assigné à la vie de l’individu, et ce temps, très-variable dans ceux d’une même espèce, l’est plus encore lorsque l’on considère des espèces différentes, soit végétales, soit animales. L’accroissement et la durée des corps organisés sont prévus, limités et restreints à une certaine quantité de force développée. Que ce principe s’applique à une monade ou à un Éléphant, à un cryptogame microscopique ou au Baobab du Sénégal, la loi est partout la même.

La nature suit toujours des proportions de grandeur et de temps dont elle ne s’écarte pas dans un sujet donné. S’il y a quelques déviations au principe, c’est plutôt pour abréger que pour étendre les limites posées. Ainsi, il y a plus d’individus qui n’atteignent pas le développement et la durée normale de l’espèce à laquelle ils appartiennent, qu’il n’y en à qui la dépassent. Il en est de même de ceux qui restent au-dessous de la grandeur qu’ils pourraient atteindre, de sorte qu’à certains égards la nature semble plus disposée à diminuer ses œuvres qu’à les perfectionner et à en prolonger la durée. Aussi Brocchi suppose-t-il que l’espèce a dû être douée, dans l’origine, d’une certaine quantité de forces vitales qui, après avoir acquis son maximum de développement, s’est graduellement affaiblie jusqu’à ne pouvoir plus se reproduire dans les derniers germes.

Il y a dans ces idées du savant Italien un rapport frappant avec ce que nous offre l’étude des faunes anciennes ; mais il s’appuie sur de mauvaises preuves en prenant pour des espèces en voie de décroissement et d’affaiblissement des animaux réellement distincts.

Après avoir rectifié quelques assertions fausses de Bruguière sur la répartition de certains genres dans les couches de la terre, Brocchi établit la distinction fondamentale des fossiles des roches calcaires solides des pays de montagnes, fossiles pétrifiés ou bien à l’état de moules et d’empreintes, dont les espèces sont toutes inconnues aujourd’hui (Bélemnites, Ammonites, Gryphites, Dicérates, Térébratules, etc.), d’avec ceux des dépôts meubles plus récents, des collines et des plaines, dont un grand nombre ont encore leurs analogues vivants et dont les espèces perdues conservent néanmoins une grande ressemblance avec celles de nos jours.

Qu’il y ait, dit plus loin l’auteur (418), une relation entre l’âge des couches et la nature des espèces, et que les premières soient d’autant plus anciennes qu’elles renferment un plus grand nombre de coquilles différentes de celles que nous connaissons, c’est un fait évident qui a déjà été attesté par beaucoup de naturalistes.

Or, ce fait évident pour Brocchi, et qui est le principe général de la science moderne, était en réalité bien moins répandu qu’il ne le croyait et parfaitement ignoré de ce côté des Alpes, comme nous le dirons en exposant les doctrines professées alors dans nos grands établissements publics. On y supposait très-gratuitement des changements dans la composition chimique des eaux de la mer, changements auxquels devait correspondre une série de modifications dans la nature animale. Aussi Brocchi, avec son esprit net et pratique, n’eut-il pas de peine à démontrer le peu de fondement de ces hypothèses. Il n’est pas inutile de faire remarquer que, dans toutes ces spéculations sur les organismes anciens, les végétaux étaient complètement négligés, et qu’on ne prenait en considération qu’un seul ordre de phénomènes.

Résumé.Tel est le tableau succinct des recherches et des idées apportées dans le domaine de la science par les naturalistes italiens depuis la Renaissance jusque vers 1815 ; elles sont nombreuses, comme on peut en juger, et la masse des données vraiment utiles qui en résulte est très-considérable. Bien que le dernier des représentants de la paléontologie stratigraphique dont nous avons parlé ait certainement saisi le principe de la théorie des terrains de sédiment, l’application en était encore trop vague et trop peu arrêtée pour qu’on pût le regarder comme réellement établi.

Mais ne nous en prenons pas au manque de sagacité des savants de ce pays ; ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient faire alors avec ce qu’ils avaient sous les yeux. Distinguer plusieurs formations tertiaires, plusieurs formations secondaires, et séparer celles-ci des dépôts encore plus anciens, c’était à ce moment une tâche impossible et qui devait échoir à des régions mieux favorisées, où ces distinctions se présentent en quelque sorte d’elles-mêmes à l’observateur un peu attentif, là où la série continue et normale des divers systèmes de couches se montre naturellement dans les conditions les plus favorables, ou bien ont été dévoilés artificiellement par des travaux industriels exécutés sur une grande échelle. Or, ces circonstances ne se trouvaient point dans la péninsule italique, surtout dans ses régions montagneuses, où l’on ne pouvait, nous le répétons, voir autre chose que ce qu’avaient vu Brocchi et ses prédécesseurs.


  1. Essai sur les ouvrages phys. et mathém. de Léonard de Vinci, avec des fragments tirés de ses ouvrages manuscrits rapportés d’Italie, lu à l’Institut par J. B. Venturi. Paris, 1797. — Il est singulier que Brocchi, à l’excellent Discours duquel nous empruntons ici de nombreux détails, n’ait pas mentionné les observations de ce grand artiste.
  2. Voy. Bonanni, Museum Kircherianum, p. 198.
  3. Discorsi sopra Dioscoride, lib. V, Introd. Ed. 4a, 1551 ; ed. 1a, 1544.
  4. De reconditis et præcip. collectan. à Franc. Calceolario Veron., etc, Verona, 1584, et Venezia, 1593.
  5. Storia naturale, in-1°, Naples et Venise, 1672 ; — in-4 en latin, Cologne, 1692.
  6. Osservazioni sugli animali acquatici e terrestri ; supplém. au traité de Purpura, etc., 1616.
  7. Nicolai Stenonis de Solido intra solidum naturaliter contento dissertationis prodromus. Florentiæ, 1669, et une éd. de Lugd. Batav. 1679.
  8. Opusculi siciliani, t. XII, 1668.
  9. Lettera risponsiva circa i corpi marini che petrificati si ritroano in varii luoghi terresri, in-4. Naples, 1670. — De corporibus marinis lapidescentibus, in-4. Roma, 1747-1752.
  10. De Testaceis fossilibus musei Septiliani, 1676
  11. Museo Cospiano, 1677.
  12. Ricreazione della mente e dell’occhio, 1681.
  13. Ephem. nat. curios. ann.1688, obs. ccxxxiv.
  14. De miranda fontium mantinensium scaturigine, 1696.
  15. De vegetatione lapidum, 1705.
  16. Museum Kircherianum, in-f°, 1709.
  17. Mundus subterraneus, 1664.
  18. Comm. Bonon., vol. II, part. II, p. 52, 285 et 339 ; ― vol. III, p. 323 ; De Monum. diluviano. Bononensi, in-4. Bologne, 1719.
  19. Dei corpi marini che sui monti si trovano. Ven., 1721.
  20. Opere, vol. II, p. 359.
  21. Apparatus variorum, etc. Ven., 1720. — Enumeratio rerum, etc., 1736.
  22. De Litogroph. duorum montium Verononsium, 1721.
  23. Dissertazione ove si prova che i corpi marini petrificati non sono diluviani. Verona, 1737. Corporum lapidefact. agri Veronensis catalogus, etc., aut Catalogus lapidum Veronensium, etc. Veron., in-4, 1739. Catalogi lapid. Veron. Mantissa, 1740 ; ― ed. aucta, in-4, 1744.
  24. Ragguaglio di una grotta ove sono molte ossa di belue diluviane in monti Veronesi, etc., in-4. Verona, 1739.
  25. Comm. Bonon., vol. l, p. 62. — Voy. aussi, Bassi : De quibusdam exiguis madreporis agri Bononiensis, in-4, 1757. (Comm. inst. Bon., vol IX.)
  26. De Conchis minùs notis in littore Ariminiensi, in-4. Venise, 1739 ; — alt. ed. Roma, 1760, in-4 avec 19 pl. ― Voy. aussi Mem. di fisica e di stor. nat. Lucca, vol. I, p. 204, 1742.
  27. Saggio orittografico overo osservazioni sopra le terre nautiliche e ammonitiche della Toscana, in-4 avec 25 pl. Sienne, 1780.
  28. Testaceographia et zoophytographia parva e microscopica, in-4 avec 179 pl. — 1789-1797.
  29. Dei crostacei e degli altri marini corpi che si trovano su i monti, in-4. Venezia, 1740. — Traduc. allem. Leipzig, 1751. — Jena, 1755, etc.
  30. Giorn. di historia naturale del Griselini, 1759. — Nous citons ce recueil d’après quelques bibliographes, mais nous n’avons pu consulter le mémoire original. Ce que nous en disons est puisé dans l’article qu’a publié Desmarest en 1795 (Encyclop. méthod., Géographie, Physique, vol. I an III) qui n’indique ni le titre ni la date du mémoire. On peut s’étonner que Brocchi, si exact et si complet dans son Discours sur le progrès de la conchyliologie fossile en Italie, ne fasse aucune mention d’un travail aussi remarquable que celui d’Arduino. Il mentionne seulement la découverte que ce dernier aurait faite de dents de Crocodile dans la colline de la Favorite. (Giorn. del Griselini, vol. I, p. 204.)
  31. Lettres sur la Minéralogie, traduites par le baron de Dietrich, p. 105, 495, etc.
  32. Historia natural. marina del Adriatico, Venezia, 1750.
  33. Relazioni di alcuni viaggi in Toscana, 2° éd., 1768-79.
  34. Atti di Siena, t. III, p. 243, 1767. (1756-1779.)
  35. Osservazioni ed esperienze sulle acque e sui bagni di Montalceto, 1779
  36. Specimen oryctographiæ Pedemontanæ exhibens corpora fossilia terra adventitia, in-8. Paris, 1757.
  37. Dei corpi marini che nel Feltrese distretto si trovano. (Nueva raccolta. d’opusc. scientifici, vol. VIII, p. 101, 1765.)
  38. Catalogo del museo Ginanni, 1762.
  39. Raccolta degli opusculi Siciliani, vol. VIII.
  40. Historia naturale dell’ Etna
  41. Atti di Siena, vol. III, p. 262, 1765.
  42. Sulla marna, 1768.
  43. Delle acque minerali di S. Casciano à Bagni, 1770.
  44. Storia dei fossili del Pesarase (Nuova-raccolta del Calogera), ed. altera et aucta, 1775.
  45. Catalogo de corpi marini de contorni di Siena, 1776.
  46. Giorn. scient. e letter. di Torino, vol. I, part. II, p.124, 1779. — Voy. aussi : Pini sur les fossiles de la Lombardie, 1790.
  47. Lettere odeporiche, 1780.
  48. Rerum naturalium historia, etc., exist. in museo Kircheriano, ed. A. P. Bonannio, locupletata A. J. Batarra. Romæ, 2 vol. in-f°, 1775.
  49. Opusc. interess., vol. VIII, p. 1. ― Lettera rel. a diversi oggetti fossili, etc. (Mem. della Soc. d’Italia, vol. II, p. 861.)
  50. Viaggi in Sicilia, 1792-97.
  51. Mem. della Soc. ital., vol. III, p. 429. ― Voy. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, vol. VI, p. 423. (Ed. de 1834.)
  52. Relazione di un viaggio da Firenzuola à Velleja, 1785.
  53. Opusc. interess., vol. VIII, p. 140 à 240.
  54. Dissertazione fisica sui colli di Montegalda, 1764.
  55. Hist. de la mer Adriatique, trad. franç., p. 8. — Voy. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, vol. VI, p. 415.
  56. Saggio d’osservazioni sopra l’isola di Cherso ed Osero, p. 90.
  57. Viaggi in Dalmatia, 1774.
  58. Memoria orittografica sulla valle di Ronca, 1778.
  59. Lettere sui pesci fossili del monte Bolca. Milan, 1795 ; terza lettera, 1794.
  60. Ittiolitologia Véronese, gr. in-1° avec planches, 1788.
  61. Les matériaux, précieux par leur nombre et leur belle conservation, qui ont servi à ce grand ouvrage, faisaient partie de la collection Gazzola. Ils furent acquis par le général Bonaparte en 1797 et donnés par lui au Muséum d’histoire naturelle à son retour d’Italie.
  62. Mémoires pour servir à l’histoire naturelle et principalement à l’oryctographie de l’Italie et des pays adjacents, 2 vol. in-8 avec planches. Paris, 1802.
  63. Mem. della Soc. italiana, vol. X.
  64. Ibid.
  65. Ibid., vol. XII, 1805. — Sur les fossiles de la Lombardie, 1790.
  66. Viaggi al mont’ Amiata, 1806.
  67. Mem. della Soc. italiana, vol. XIII.
  68. Sugli scheletri d’un rinoceronte africano e d’una balena. Milan, 1809. — Saggi geologici degli stati di Parma e Piaccuza, in-4. Plaisance, 1819. ― Sulle ossa fossili di grandi animali terrestri e marmi (sans date). — Voy. aussi à ce sujet Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, vol. II, III à VIII, p. 154, 309 et 314 (éd. de 1834).
  69. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, t. II p. 38.
  70. Atti dell’ Istit. nazion. d’Italia, vol.II.
  71. Su alcune ossa fossili di mammiferi che s’incontrano nel Val d’Arno.
  72. Annali del museo di Firenze, vol. I.
  73. Spadoni, Giornale di Pisa, vol. X.
  74. Canali, Osservaz. su alcune zanne elefantine fossili. Macerata, 1810.
  75. Annali del mus. di Firenze, vol. III.
  76. Mem. della Soc. italiana, vol. XV.
  77. Osservazioni sopra alcune particolari petrificazioni del monte Misma, Bergame, 1812.
  78. Viaggi litologici nella Campania, etc. Firenze, 1798. — Trad. française du manuscrit italien avec des Notes par le général Pommereuil, 2 vol. in-8. Paris, 1801. — Trad. allem. par F. A. Pveuss. Leipzig, 1802.
  79. Introduzione alla geologia, 2 vol. in-8. Milan, 1811. ― Trad. française par J. J. Bernard, p. 97. 1 vol. in-8. Paris, 1812.
  80. Conchiologia fossile subapennina con osservazioni geologiche sugli Apennini e sul suolo adjacente, 2 vol. in-4 avec 16 planches de fossiles. 1814. — 2° éd., 2 vol. in-12 avec atlas. Milan, 1845.
  81. Lettre au chevalier Hamilton sur la route de Naples à Genève. — Journ. de phys., vol. VII, p. 19, 1776.