Introduction à l’étude de la paléontologie stratigraphique/Tome 2/Chapitre III

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CHAPITRE III


§ 1. Classification géologique


Principes généraux.


Les données fournies par la paléontologie entrant pour une grande part dans les principes de la classification des terrains de sédiment, et le caractère essentiel de ce Cours étant la relation de ces terrains avec les fossiles qu’ils renferment, on conçoit que nous devions examiner la classification géologique qui, doit servir de cadre aux sujets que nous avons à traiter. L’espèce d’anarchie ou de confusion qui règne dans cette partie de la science nous oblige à nous y arrêter un instant pour remonter d’abord aux vrais principes qui lui servent de base, jeter ensuite un coup d’œil sur les divers systèmes proposés et motiver enfin le choix auquel nous nous sommes arrêté.

Une classification en histoire naturelle est l’ensemble des divisions ou des parties d’un tout et l’ordre dans lequel ces parties sont rangées. La terminologie ou la nomenclature, ce sont les expressions et les mots dont on se sert pour désigner ces mêmes parties.

Les classifications ne sont que des moyens créés pour suppléer à l’insuffisance de nos facultés, lesquelles ne nous permettent pas de saisir à la fois les rapports des divers éléments d’une science, de tout comprendre ni de tout retenir. Ainsi une classification est toujours quelque chose de plus ou moins artificiel ; ce que l’on appelle classe, ordre, famille, genre ne peut être considéré que comme des abstractions de notre esprit, plus ou moins en rapport avec les objets destinés à aider la mémoire. Il n’y a point de classification dans la nature où tout est si parfaitement ordonné. Ce n’est, en résumé, qu’un instrument de mnémonique d’autant plus parfait qu’il exprime mieux les affinités naturelles des objets auxquels on l’applique et que ceux-ci ont un plus grand nombre de rapports communs.

La base d’une classification varie suivant le caractère particulier de chaque science. En géologie, la classification n’a point pour base des relations de formes extérieures ni de composition intérieure des corps comme en minéralogie, le nombre, la complication, la ressemblance ou la différence des organes et de leurs fonctions comme en zoologie et en botanique ; elle s’appuie sur un tout autre ordre d’idées.
Base de la classification géologique.

En effet, il y a trois éléments essentiels ou trois coordonnées indispensables pour la détermination géologique d’un corps, savoir : la composition, le lieu, le temps, ou, en d’autres termes, sa nature organique ou inorganique, le point du globe où il a été trouvé, le temps où il a été formé. Le premier élément à déterminer ressort de la minéralogie, de la zoologie ou de la botanique, le second, de la géographie physique ; le troisiéme seul ou le temps, indépendant de toutes les autres sciences, est propre à la géologie.

De même que dans l’histoire des états et des peuples, c’est le temps qui doit servir de base à une classification géologique, car la géologie n’est autre chose que la chronologie ou l’histoire de la terre. Le temps remplacera donc les caractères tirés des formes et des organes dans les corps vivants, ceux déduits des éléments géométriques ou des propriétés chimiques dans ceux qui ne sont pas doués de la vie ; il sera le véritable criterium auquel tout devra être subordonné dans cette classification.

Mais comment mesurer le temps et comment le représenter sans expressions numériques ? Un terme relatif peut répondre à la question. Le temps et ses divisions sont exprimés physiquement dans la nature par les diverses roches qu’on y voit superposées les unes aux autres. Ces roches sont l’image matérielle, non pas des siècles, ce qui serait trop peu, mais des périodes d’un nombre de siècles variable et indéterminé. Les divisions que nous pourrons établir, d’après leurs divers caractères, dans ces roches ou couches ainsi superposées, représenteront les divisions du temps, en unités et fractions d’inégale valeur, suivant que nous le jugerons nécessaire. La classification consistera alors à nous offrir, suivant leur ordre d’ancienneté, les phénomènes de diverses sortes dont ces roches nous conservent les traces ou qu’elles expriment elles-mêmes et dont l’ensemble peut constituer ainsi un véritable chronomètre de la terre. Nous n’aurons sans doute jamais, par ce moyen, l’expression absolue du temps, mais nous en aurons une représentation relative et figurée très-suffisante pour les besoins de la science.

Au premier abord, l’application de cette idée semble assez difficile, et, en effet, les Anciens ne paraissent pas l’avoir nettement comprise. Nous savons seulement que les prêtres de Memphis, en observant le mode de formation du limon de la vallée du Nil, concevaient qu’une partie de la terre avait été déposée de cette manière. Les philosophes grecs admettaient bien aussi, comme on l’a vu, la formation des couches anciennes au fond de la mer, mais l’idée de temps ne pouvait être appliquée à celles-ci ; le sol de la Grèce, de l’Asie Mineure, de l’Italie était peu propre à les éclairer à cet égard.

Il fallait, pour être mis sur la voie, étudier attentivement et d’une manière continue le sol sur lequel nous marchons, comparer, sur une assez grande étendue de pays, les résultats de cette étude, c’est-à-dire constater que la partie de l’écorce terrestre accessible à nos regards se compose d’un certain nombre de couches pierreuses, de diverses sortes, plus ou moins solides, superposées dans un ordre déterminé. Ce fait reconnu, il s’ensuivait que ces couches avaient été formées les unes après les autres, et que les plus anciennes devaient être celles qui étaient placées le plus profondément. Toute la science était là, et nous avons vu, dans la Première partie du Cours, combien de siècles il a fallu pour arriver à la démonstration irréfutable de ce principe.

Ce point essentiel une fois acquis, commencèrent à surgir ces nombreux essais de classification qui devaient nous donner les moyens de représenter graphiquement et synoptiquement les couches de la terre dans leur véritable ordre d’ancienneté, l’établir leurs relations, de rapprocher les unes, d’éloigner les autres, de les grouper, de les diviser, de les caractériser enfin pour les reconnaître, comme on le fait pour les autres corps de la nature.

Si les couches qui composent la partie connue de l’écorce terrestre étaient continues, partout les mêmes, conservant la même épaisseur, la même composition minéralogique et renfermant des corps organisés semblables, la constatation de leurs divers caractères une fois faite sur un point quelconque, il ne serait plus resté qu’à l’appliquer à d’autres ; la partie eût donné le tout ; c’eût été un étalon de comparaison applicable partout. Mais il n’en est point ainsi, et c’est sans doute l’extrême diversité apparente des couches ou des roches d’un pays à un autre qui a si longtemps empêché de trouver un moyen, pris dans la nature même, qui permit de les comparer sous le rapport de l’âge ou de leur ancienneté relative.
Premières classifications.

Les premiers essais de classification ont été, comme on l’a vu, très-simples et en même temps très-conformes à la nature. On a distingué les roches primitives cristallines, massives ou non stratifiées, constituant l’axe de plusieurs chaînes de montagnes, et les roches secondaires, disposées en couches sur leurs flancs et occupant, en outre, les espaces qui les séparent. Les caractères comparés de ces deux classes de roches, auxquelles on a aussi donné le nom de terrains, ont fait regarder les premières comme ayant eu à l’origine une fluidité ignée, les secondes comme ayant été déposées dans les eaux, opinion que confirmait la présence de débris organiques marins ou d’eau douce.

Peu après, un système de couches qu’on n’avait pas distingué d’abord, quoique très-considérable, fut constaté entre le terrain primaire et le terrain secondaire, et on le désigna sous le nom de terrain intermédiaire ou de transition. Une autre classe de dépôts ayant été reconnus plus récente que le terrain secondaire, on la désigna par l’expression de terrain tertiaire. Ces quatre termes constituent toute l’économie du système de classification simple et rationnel des fondateurs de la géologie positive, système que tous les efforts réunis des novateurs peu réfléchis de nos jours n’ont heureusement pas encore détruit.
Classifications diverses.

On comprend qu’une classification géologique doive être faite par les hommes qui ont étudie la nature au point de vue spécial de l’arrangement des roches entre elles, de leurs relations dans les plaines, les collines, les plateaux et les montagnes, qui ont constaté à la fois leurs caractères minéralogiques, leur extension géographique et les corps organisés qu’elles renferment, qui se sont assurés qu’elles ont été déposées dans les eaux, qui se sont rendu compte enfin des diverses sortes d’accidents qu’elles ont éprouvés ou des modifications qu’elles ont subies ; mais on conçoit moins qu’un tel travail puisse être exécuté par tout autre que par des géologues pratiques. Cependant on voit bon nombre de ces prétendues classifications des terrains proposées par des personnes plus ou moins étrangères à la géologie, dont le genre d’étude ne leur donnait aucune autorité pour une œuvre dont les résultats sont par conséquent sans valeur. On pourrait distinguer d’après les principes qui leur servent de base ou qui ont guidé leurs auteurs, cinq sortes de classifications géologiques.
Miné-
ralogiques.

Les classifications que nous appellerons minéralogiques sont celles dans lesquelles l’étude particulière des roches, au point de vue de leur composition et de leurs caractères physiques, a surtout préoccupé les auteurs. Ces savants ont apporté une grande attention et un soin minutieux à l’analyse des diverses masses qui constituent l’écorce solide de la terre, mais le résultat définitif, même à leur point de vue, ne pouvait conduire à aucun véritable principe de classification naturelle, même pétrographique. Excepté les roches simples ou composées d’une seule espèce minérale, les autres sont des mélanges en toutes proportions et à tous les états d’un plus ou moins grand nombre de minéraux, de sorte qu’au delà de certaine caractéristique générale pour chaque espèce, l’analyse, la spécification et la dénomination n’ont plus d’utilité réelle, si ce n’est dans l’industrie ou dans les arts, et ne représentent aucune unité scientifique, absolue, déterminée ; le but est dépassé parce qu’on ne s’est pas rendu compte de la limite à laquelle, par sa nature même, cette étude devait s’arrêter.

Or les personnes qui, de ces classifications des roches, considérées dans leurs caractères propres et indépendamment de leur âge, ont voulu passer à des classifications de terrains sans avoir fait de longues recherches stratigraphiques comparées, ont communiqué à ces classifications le caractère de leurs études favorites. Ces prétendus tableaux de la composition de l’écorce du globe ne donnent qu’une idée générale, vague, fort imparfaite de la réalité, parce qu’elles ne résultent pas d’un examen assez détaillé des relations des roches en place. La considération des fossiles y est d’ailleurs complètement négligée ou n’y figure que pour mémoire, et l’arrangement systématique des matériaux, comme l’harmonieuse consonance des expressions, ne peut masquer le vide profond qui apparaît dès que l’on veut en faire usage ; c’est une sorte de roman de la nature.

Un des savants qui ont le plus contribué à enrichir les collections du Muséum d’histoire naturelle, à y introduire un ordre parfait pendant sa longue administration et dont nous nous honorerons toujours d’avoir été le disciple, a, pendant quarante ans, perfectionné une classification des roches qui peut être considérée comme un modèle du genre ; mais sa classification des terrains a subi l’influence de ses préoccupations pétrographiques, et malgré la haute autorité du professeur elle n’a jamais pu être appliquée sur le sol ; elle présente, en effet tous les inconvénients que nous venons de signaler. L. Cordier, quoique n’ayant pas cessé de voyager jusqu’à ses dernières années, appartenait toujours à l’école de de Saussure, de Dolomieu, de Ramond, de la Métherie, etc., pour qui les caractères stratigraphiques étaient encore quelque chose d’assez obscur et de mal compris dans ses détails. Ce vénérable savant, dont nous déplorons la perte récente, était le dernier représentant de cette pléiade qui eut son éclat, mais qui devait s’effacer devant cette autre école plus rationnelle dont Alex. Brongniart et M. d’Omalius d’Halloy furent en France les premiers chefs.
Zoologiques.

Les classifications dues à des zoologistes qui se sont occupés de fossiles offrent un mélange insuffisant et incomplet de certaines données géologiques avec tout ce que leurs auteurs ont pu rassembler de noms de fossiles qu’ils distribuent dans la série des terrains, suivant les renseignements qu’on leur a fournis ou leurs idées personnelles. Parmi ces savants, les uns n’admettent pas que les espèces puissent passer de l’une de leurs divisions dans l’autre ou se trouver dans deux à la fois ; d’autres, plus tolérants, permettent le passage à travers un certain nombre de celles-ci ; enfin quelques-uns ne mettent aucune opposition à la continuation ou à la réapparition des espèces à des niveaux géologiques assez différents. Il va sans dire que lorsqu’un dépôt, quelque considérable qu’il soit, ne renferme, point de fossiles, il n’en est tenu aucun compte. Il en est de même des phénomènes physiques qui ont eu lieu pendant la formation de ces dépôts, des caractères minéralogiques des roches, de leur puissance, de leur développement géographique, des actions dynamiques qui les ont affectées, de leur métamorphisme, etc.

Si ces prétendues classifications reposaient au moins sur une étude approfondie et comparative de tous les débris organiques, animaux et végétaux, il en résulterait une masse de documents intéressants et utiles à d’autres égards ; mais chacun prétend établir la sienne d’après le résultat de ses recherches personnelles, avec les éléments toujours incomplets de sa spécialité, bornée à telle ou telle classe. C’est ainsi qu’on a cru pouvoir proposer une classification partielle avec des restes de mammifères terrestres, animaux qui n’ont pas vécu dans le milieu où se sont déposées les couches qui les renferment, qui ont été accumulés par places par des phénomènes locaux sans aucune corrélation nécessaire entre eux, toujours plus ou moins disséminés, manquant sur de grandes étendues d’une même couche et souvent dans des pays entiers. Telle est la classification exposée par M. P. Gervais [1], qui établit, avec cette seule considération, dans le terrain tertiaire inférieur de la France, trois divisions désignées par les noms de orthocène, éocène et proïcène, deux dans le terrain tertiaire moyen et deux dans le supérieur, auxquelles il faut peut-être ajouter la période de l’homme (holocène). Classification et terminologie, l’une n’était pas plus admissible que l’autre.

Il y a trente ans, une classification.partielle, fondée sur un principe différent et sur une autre classe de fossiles, celle des mollusques, avait été appliquée aussi aux terrains tertiaires par MM. Ch. Lyell et Deshayes. Ces savants avaient admis qu’il existait, dans les divers dépôts de cette époque, une certaine proportion déterminée d’espèces ayant encore leurs analogues vivants dans les mers actuelles, et que cette proportion était d’autant moindre que les couches étaient plus anciennes. Ils trouvèrent, en comparant environ 3000 espèces fossiles et 5000 espèces vivantes que la proportion de celles-ci par rapport à celles-là était de 3 1/2 % dans les couches les plus basses, de 17 %, dans celles qui venaient au-dessus, et de 35 à 50 % dans les plus élevées. Cette proportion devenait 90 à 95 %, dans les dépôts les plus récents que nous appelons aujourd’hui quaternaires. la commodité de ce moyen pour apprécier l’âge relatif d’une couche tertiaire sur un point quelconque frappa vivement les géologues et les paléontologistes, et, sans qu’on se rendit bien compte de la valeur réelle du procédé, il eut un grand succès. Mais nous avons fait voir qu’il ne supportait point une analyse rigoureuse et nous reproduisons ici ce que nous avons déjà écrit â ce sujet. Il va sans dire que pour les zoologistes qui n’admettaient pas qu’une seule espèce tertiaire ait son analogue dans la faune actuelle, ce mode d’appréciation était complètement nul. « Pour mieux juger les questions de ce genre, on pourrait les présenter sous la forme suivante : soit a le nombre des espèces connues d’un dépôt tertiaire dont on veut déterminer l’âge ; A le nombre total ou absolu des espèces qu’il renferme ; b le nombre des espèces connues dans les mers actuelles ; B le nombre absolu de toutes les espèces qui y vivent ; c le nombre des espèces reconnues communes à a et b, ou au dépôt tertiaire et à la faune actuelle ; C le nombre absolu des espèces fossiles qui ont encore leurs identiques vivantes. Ces six quantités pourront être mises sous la forme , , . Dans ces nombres fractionnaires, tous les numérateurs sont connus, mais les dénominateurs ne le sont pas, et C, qui est le nombre cherché et non pas c, quantité variable dont on se sert à tort, ne sera obtenu que lorsque les rapports et le seront eux-mêmes. Dans ces expressions, les numérateurs sont incessamment variables. Si, en effet, par suite de nouvelles recherches il pourra devenir , puis , puis et enfin, si l’on arrive à connaître tous les fossiles du dépôt tertiaire, on aura . Il pourra en être de même pour  ; mais la proportion ne croîtra pas nécessairement dans le même rapport Ainsi si , on pourra obtenir successivement et ainsi de suite. Mais peut-être n’arrivera-t-on jamais à avoir , condition cependant indispensable pour avoir , c’est-à-dire le rapport exact ou le nombre absolu des espèces du dépôt tertiaire qui vivent encore. À cette condition seule, la partie numérique de la question sera résolue ; mais il restera ensuite à apprécier les causes d’erreurs résultant de la bonne ou mauvaise détermination des espèces.

« De son côté, M. Agassiz a également fait voir que, zoologiquement, la méthode, en apparence si simple et si facile, des nombres proportionnels était artificielle et devait être « abandonnée [2]. On sait de plus que, pour ce savant, aucune espèce fossile, même des formations tertiaires les moins anciennes, n’aurait son identique dans les mers actuelles [3]. Ainsi la méthode serait non-seulement artificielle, mais encore établie sur une base absolument fausse. Nous sommes loin d’admettre des assertions aussi absolues, et nous ne les reproduisons que pour faire voir le peu de solidité de certains principes sur lesquels on voudrait asseoir la géologie elle-même [4].

Ces classifications zoologiques, lorsqu’elles sont générales, ont encore des inconvénients plus graves, c’est que, l’importance d’un système de couches ne dépendant ni de sa puissance ni de son extension géographique, les divers termes de la série des terrains sont tous égaux pour l’œil, et disposés en colonne linéaire continue. Par conséquent, comme nous le disions tout à l’heure, les roches sans fossiles connus y sont omises jusqu’à ce qu’on y en ait découvert. On exagère ensuite l’importance de petites couches ou de petites localités chères aux collecteurs de fossiles, et l’on érige en étage un banc de quelques mètres d’épaisseur, connu seulement sur le territoire de quelques communes, et qui représente, dans la série linéaire, une unité de même valeur qu’un système de strates de 10,000 mètres de puissance répandus dans les cinq parties du globe. La classification d’Alcide d’Orbigny a tous les inconvénients inhérents à ce principe. Celle de G. Bronn, quoique beaucoup plus modeste, n’échappe pas non plus tout à fait à la critique. Ces classifications sont comme des romans historiques pour lesquels les auteurs empruntent à l’histoire les faits qui leur conviennent et y ajoutent ce que leur propre fonds leur fournit.

Ces deux premières sortes de classification n’ont jamais, on le conçoit, produit de travaux géologiques sérieux, ni stratigraphiques ni cartographiques ; leurs applications ont pu servir seulement dans quelques généralisations ; on peut y puiser des documents, mais rien de plus. L’une exagère l’importance des caractères minéralogiques ou pétrographiques, l’autre celle des fossiles ; toutes deux ont le tort d’être trop exclusives. Elles ont aussi toutes deux une apparence de simplicité qui fait illusion au premier abord et les rend commodes dans l’application superficielle de la science ; aussi les zoologistes et les minéralogistes les adoptent-ils volontiers dans leurs travaux, tandis que les géologues doivent les rejeter comme reposant sur des principes faux ou incomplets.
Physiques ou géométriques.

Une troisième sorte de classification plus rationnelle et infiniment plus utile est celle qui repose sur l’observation directe du terrain, sur la détermination en place des rapports d’ancienneté des diverses roches entre elles. Elle résulte des seules considérations stratigraphiques, physiques ou géométriques, et exige l’étude la plus approfondie et la plus attentive des superpositions, des inclinaisons, des directions des couches, de tous les accidents qui peuvent induire en erreur sur leurs véritables relations. Sauf quelques méprises, quelques omissions, que ce genre d’observation ne permet pas toujours d’éviter, on doit reconnaître qu’il est le fondement le plus solide de toute bonne géologie. Aussi ces classifications nous représenteraient-elles assez bien les chroniques du moyen âge qui demandent encore qu’une main habile, en les utilisant, en y ajoutant certaines considérations prises dans un autre ordre d’idées, vienne les compléter et leur imprimer un caractère plus systématique dans leur ensemble. La plupart des travaux géologiques officiels des divers États de l’Europe ont d’abord été exécutés, à très-peu près, à l’aide de ces seuls principes, et la carte géologique de la Belgique, par A. Dumont, en offre l’application la plus complète.
Dynamique.

Une idée, qui put séduire d’abord quelques bons esprits, fut de prendre pour base de la chronologie de la terre la succession, supposée bien constatée, des phénomènes dynamiques qui ont accidenté çà et là, plus ou moins irrégulièrement, sa surface. Mais c’était partir d’un principe faux, car si ces mêmes phénomènes sont soumis, dans leur distribution superficielle, à certaines lois géométriques, ce qui peut être, le plus simple examen fait voir qu’ils ne sont soumis à aucune règle dans le temps, que de grandes portions de cette superficie n’en ont pas ressenti pendant des laps de temps énormes, tandis que sur d’autres ils se sont répétés dans un temps relativement assez court. En outre, dans l’ordre physique pas plus que dans l’ordre politique, des instants de perturbations, de troubles, de violence ne peuvent servir de dates pour une chronologie régulière, et il serait tout aussi illogique de vouloir marquer les âges de la terre par les accidents que certaines parties de sa surface ont éprouvés, que la chronologie d’un peuple par les révolutions, les émeutes et autres circonstances fortuites qui ont momentanément interrompu la marche de son existence normale. Ce principe n’ayant d’ailleurs pas été exposé dans un traité méthodique ni dans une classification générale de la science, mais seulement dans des applications particulières et accessoirement à la terminologie ordinaire, nous n’en parlons que pour mémoire.

Nous sommes ainsi conduit à chercher ailleurs le principe de la chronologie de la terre, c’est-à-dire dans ce qui est régulier. Comme nous évaluons le temps par le cours des astres, il faut le chercher ici dans ce qui est le produit naturel et constant de sa vie propre, dans la succession des phénomènes normaux de sa surface et non dans les accidents produits par des causes internes et indépendantes des lois qui régissent ces mêmes phénomènes.
Indépendance des phénomènes dynamiques et biologiques.

Or, cette indépendance avait été d’abord méconnue ; on avait cru à une sorte de solidarité entre les accidents physiques qui avaient leur cause à l’intérieur et les changements survenus à l’extérieur dans les produits de la vie ; il y avait entre ces deux ordres de faits, si différents quant à leur origine, une apparence de relation qui pouvait séduire au premier abord. Mais lorsqu’on vint à comparer les terrains des pays les plus tourmentés et les plus accidentés du globe avec ceux des pays où ils n’ont éprouvé aucune perturbation, on observa que dans les deux cas la succession des couches était parfaitement la même, et que, dans tous deux aussi, la succession des corps organisés que ces terrains renferment était tout à fait comparable.

Ce sera donc dans cette succession des corps organisés, dont nous verrons les espèces en rapport avec l’ancienneté relative des couches, que nous devrons chercher les lois naturelles de la succession de ces dernières dans les pays les plus éloignés de ceux où nous les aurons étudiées d’abord. Nous reproduirons ici quelques passages que nous avons donnés ailleurs, et qui pourront, tout en confirmant ces vues, faire mieux sentir leur importance fondamentale pour la classification des terrains de sédiment et démontrer une fois de plus, s’il était nécessaire, l’erreur profonde où l’on est resté si longtemps sur les soi-disant rapports entre les révolutions physiques du globe et la destruction des animaux et des végétaux à sa surface.

« La faune d’une formation qui finit différant moins de la faune de celle qui la suit immédiatement que de celle de ses premiers dépôts, il n’y a pas de motifs suffisants pour attribuer à une cause violente, purement physique, la différence des corps organisés de deux formations ou sous-divisions consécutives, car pendant la durée de chacune d’elles il s’est aussi opéré des changements non moins prononcés. Pour admettre l’influence exclusive des causes violentes perturbatrices, il faudrait que ce fût l’inverse qui eût eu lieu [5].

« Les intermédiaires qui viennent relier zoologiquement des termes géologiques fort éloignés les uns des autres, et avec lesquels on n’est encore parvenu que rarement à faire coïncider quelques phénomènes physiques, d’une étendue bornée dans un sens ou dans l’autre, montrent que ceux-ci n’entrent réellement pour rien dans le résultat général des transformations successives des types organisés ; autrement il y aurait des hiatus ou, comme on l’a dit, des lacunes ; celles que l’on avait cru reconnaître disparaissent, au contraire, à mesure que les études paléontologiques et stratigraphiques deviennent plus complètes.

« Si les changements physiques qui ont eu lieu sur une faible étendue, soit à la surface du sol émergé, soit au fond des mers, étaient la seule cause de ceux que l’on observe dans l’organisme, on ne voit pas pourquoi ces derniers seraient partout dans le même sens et partout aussi contemporains et corrélatifs.

« Si des soulèvements plus ou moins étendus n’ont agi que suivant des fuseaux de la sphère terrestre, après l’un quelconque de ces phénomènes, les modifications organiques qu’il a pu occasionner ne se seront produites que dans un certain espace soumis à son influence, et, partout au delà, la faune qui existait aura continué à se perpétuer jusqu’à ce qu’un autre phénomène du même genre soit venu lui imprimer à son tour une influence analogue. Mais cette dernière ne s’étant pas propagée non plus jusqu’à la zone modifiée par le premier soulèvement, celle-ci a dû continuer à présenter les caractères que ce premier soulèvement lui avait fait prendre, et ainsi de suite [6] ; de sorte que les faunes, considérées dans leur ensemble, au lieu de se correspondre, à un moment donné, sur tous les points du globe, et de se modifier en même temps et de la même manière, offriraient au géologue un enchevêtrement continuel de caractères et de variations qui ne s’accorderaient nulle part. Que le soulèvement se soit étendu sur tout un grand cercle de la sphère ou sur une portion seulement, l’objection reste d’ailleurs la même.

« Une autre conséquence probable de l’influence exclusive qu’auraient eue les mouvements brusques et violents, c’est que, par cela même qu’elle était plus ou moins limitée, il devrait se retrouver, dans quelques-unes des mers actuelles, des représentants des formes anciennes, tels que les trilobites qui se seraient perpétués pendant le règne des Ammonites, des Bélemnites, des rudistes, etc., et, outre que les faunes auraient persisté plus longtemps sur un point que sur d’autres, on devrait apercevoir, comme on l’a déjà dit, des retours à des faunes antérieures, déterminés par des circonstances analogues de température, de profondeur d’eau, de courants marins, de nature du fond, etc. Mais loin de là, une formation étudiée sur les divers points où se déposaient dans le même moment des sables, des argiles, des marnes ou des calcaires, offre toujours l’application de la même loi ; les formes organiques ne sont nulle part interverties, et, sans être spécifiquement identiques, les types principaux, ou le facies, en un mot, de la base, du milieu et des derniers dépôts de cette formation, sont partout comparables.

« Ainsi les formes qui ont une fois disparu ne se montrent plus ; leur rôle est accompli ; elles font place à d’autres qui disparaissent à leur tour, et si Linné a dit avec raison : Natura non facit saltus, on peut dire également : Non retroi natura. Nous voyons ces types naître, se développer, puis s’éteindre en même temps, sous toutes les latitudes, sous tous les méridiens, ou seulement influencés, dans les périodes les plus récentes, par des zones isothermes plus ou moins comparables à celles de nos jours. Mais que les couches soient concordantes sur des épaisseurs de huit à dix mille mètres, comme dans l’Amérique du Nord, ou que celles du même âge nous offrent des discordances à divers niveaux, comme dans l’ouest de l’Europe, qu’elles soient horizontales comme en Russie, ou bien redressées, plissées, tourmentées de mille manières, comme en Belgique et dans les Iles Britanniques, les changements survenus dans les animaux, depuis la faune silurienne jusqu’aux derniers sédiments carbonifères, n’ont été ni plus lents ni plus rapides ; toujours et partout la nature organique semble avoir marché du même pas, insouciante en quelque sorte de ces accidents de l’écorce terrestre qui, quelque grands qu’ils nous paraissent, y ont été cependant trop faibles pour l’atteindre, trop limités pour troubler ses lois.

« Si, d’une part, les données géométriques, accumulées chaque jour, puis fécondées et systématisées par de sérieuses méditations et d’élégantes formules, viennent ouvrir un nouvel et vaste horizon aux spéculations les plus élevées sur la physique du globe, de l’autre les données paléontologiques se multiplient également, et, sans suivre une direction parallèle et concordante, viennent prouver l’indépendance générale des deux ordres de phénomènes. Or les résultats paléontologiques paraissent être ceux dont la constance et l’universalité ont le plus contribué à établir la relation des dépôts dans l’espace et leurs différences dans le temps.

« Sans doute des soulèvements et des abaissements fort lents de portions plus ou moins étendues du fond des mers, des changements de direction des courants, modifiant la température et les sédiments, ainsi que d’autres causes locales extérieures qui agissent encore sous nos yeux, quoique difficilement appréciables, vu le peu de durée des termes de comparaison dont nous disposons, ont apporté des changements corrélatifs dans les êtres organisés ; mais, s’il n’y avait pas eu un principe indépendant de ces mêmes causes séculaires, il en serait résulté, comme des causes instantanées dont nous venons de parler, que les familles, les genres, les espèces même auraient pu se perpétuer indéfiniment par des déplacements ou migrations, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et, comme depuis le premier développement de l’organisme il y a toujours eu des eaux à la surface du globe, les familles, les genres et les espèces n’auraient pas été successivement remplacés dans le même ordre, et pour ainsi dire en même temps, de telle sorte qu’à un moment donné les diverses mers nourrissaient des animaux comparables.

« Il semble donc, en résumé, que les phénomènes physiques, soit lents et graduels, soit brusques et d’une grande énergie, qui n’ont cessé de modifier le relief de la terre, ayant été locaux, irréguliers et accidentels, ont amené parmi les êtres organisés des changements très-bornés aussi, dont on peut souvent tracer encore les limites et déterminer le plus ou moins d’importance, mais qu’ils n’ont pu être la cause des modifications continues, régulières et générales qu’ont éprouvées ces mêmes êtres depuis les premiers âges géologiques jusqu’à nous, qui voyons se développer, non pas sans doute le dernier terme de cette longue série, mais celui que l’accroissement, particulier de l’espèce humaine devait caractériser. »
Classification méthodique.

Enfin la dernière sorte de classification, qui sans doute doit être regardée comme l’expression la plus approchée de la vérité, est celle dans laquelle on emploie, non pas tel ou tel principe à l’exclusion de tel autre, mais tous les éléments fournis par l’examen direct du sol. Ces classifications apportent avec elles, comme preuve de leur exactitude, des coupes stratigraphiques naturelles, nombreuses, détaillées, verticales et horizontales, indiquant les rapports des couches d’un pays pris comme terme de comparaison, puis des cartes géologiques montrant l’étendue superficielle des divisions établies par les coupes, et en dernier lieu des listes de fossiles indiquant leur distribution dans chaque couche, et par conséquent la nature et l’importance des rapports de celles-ci, de même que les motifs qui doivent déterminer le géologue à les réunir ou à les Séparer. C’est ce qu’on pourrait appeler, pour suivre le même ordre de comparaison, la classification méthodique ou l’histoire critique et philosophique de la terre.

En résumé, toute classification géologique établie sur un seul principe soit minéralogique, soit paléontologique, soit physique ou dynamique, restera toujours incomplète en un point ou en un autre de ses applications.

Les quatre divisions que nous avons vues établies d’abord, dans la série géologique des terrains, devinrent bientôt insuffisantes par suite des recherches multipliées qui obligèrent d’y introduire des sous-divisions de plus en plus nombreuses, de sorte que les mots terrains primitifs, de transition, secondaire et tertiaire ne durent plus être regardés que comme des cadres ou divisions de premier ordre que l’on pouvait conserver sans inconvénient, parce qu’ils permettaient autant de sous-divisions que l’exigeaient les besoins des nouvelles découvertes.
Classification adoptée.

En laissant ici de côté les roches dites primitives, soit granitoïdes, soit porphyroïdes ou schisteuses, toujours plus ou moins cristallines, les produits ignés de divers âges, et ne considérant que les roches d’origine sédimentaire, certaines, renfermant ou non des débris organiques, on peut disposer ces dernières, soit sur une seule colonne, les unes au-dessous des autres en série continue dont tous les termes sont supposés égaux, soit au contraire réunies ou associées suivant leurs rapports naturels. Ces associations sont sous-divisées elles-mêmes tantôt sur un point, tantôt sur un autre, d’après leurs caractères stratigraphiques, pétrographiques ou paléontologiques prédominants. Cette dernière disposition dichotomique des terrains en divisions de second ordre appelée formations, puis de celles-ci en groupes et de ces derniers en étages, établit avec les classifications des autres sciences naturelles une analogie d’accord avec les faits et qui ne force aucune des relations observées dans des pays différents. En outre, l’introduction d’un nouveau terme à tel ou tel niveau ne change rien à l’ensemble du reste, tandis que dans une série linéaire il trouble toute la série, soit au-dessus, soit au-dessous. Cette dernière d’ailleurs n’est qu’une abstraction qui pouvait venir seulement à l’esprit d’un paléontologiste, exagérant l’importance des fossiles aux dépens de tous les autres caractères et sans s’apercevoir qu’il donnait de la série géologique, non pas une représentation naturelle ni méthodique, » mais une véritable caricature dans laquelle la butte Montmartre par exemple, se trouve égaler le mont-Blanc ou, ce qui revient au même, le calcaire grossier de Paris représente une unité aussi bien que le système carbonifère ou le système silurien.

Les anciennes classifications de MM. A. Boué, Alex. Brongniart, d’Omalius d’Halloy, Conybeare, de la Bèche, Lyell, etc., reposent toutes sur le principe dichotomique, comme celles de la carte géologique de la France, de la nouvelle carte géologique d’Angleterre, des cartes de l’Allemagne, de l’Amérique du Nord, etc. C’est aussi celle que nous avons adoptée nous-même depuis longtemps, et que nous n’avons aujourd’hui aucun motif pour changer.


§ 2. Nomenclature ou terminologie.


De même que nous venons d’indiquer les principes sur lesquels reposent les différentes classifications géologiques, de même nous dirons ici quelques mots des nomenclatures ou terminologies destinées à les exprimer et qui sont encore plus variées.

« Au moyen âge, avons-nous dit [7], la chimie naissante, sous le nom d’alchimie, avait donné aux métaux les noms des dieux de la mythologie, et l’astronomie les avait reportés dans le ciel pour désigner les planètes et les constellations ; de même aussi les premiers géologues classificateurs voulurent faire descendre une seconde fois tout l’olympe sur la terre. Mais le temps des allégories est passé ; laissons le vieux Saturne ainsi que ses enfants et leur gracieux cortège de nymphes et de tritons ; une science dans l’âge mûr doit éviter d’employer des expressions symboliques quelque ingénieuses qu’elles soient. »
Examen des diverses terminologies.
Nous avons vu qu’à la fin du dernier siècle les deux parties qui divisaient la géologie théorique s’étaient rangés, l’un sous le sceptre de Pluton et adoptait aussi le patronage de Vulcain, l’autre sous le trident de Neptune. Par suite on avait donné et l’on donne encore le nom de roches plutoniennes ou vulcaniennes à celles dont on attribuait l’origine au feu, et le nom de roches neptuniennes à celles qui se sont déposées sous les eaux. Mais ce fut plus tard qu’Alex. Brongniart, convoquant pour ainsi dire tout l’Olympe à ses travaux de paléontologie et de géologie et parcourant en divers sens le Jardin des racines grecques, donna la nomenclature à la fois la plus mythologique et la plus hellénique. Ces emprunts faits à un autre ordre d’idées et à une langue ancienne ne pouvaient servir que pour les divisions de premier, de second et de troisième ordre ; pour celles d’un moindre degré, mais les plus importantes, parce qu’elles étaient les plus réelles, il fallait en revenir aux dénominations vulgaires, minéralogiques, pétrographiques ou autres, déjà consacrées, de sorte que le cadre seul était empreint d’une certaine harmonie par ses éléments étrangers à la science. Tout le reste était parfaitement discordant et hétérogène, écueil contre lequel sont aussi venues échouer toutes les tentatives faites depuis. Cette terminologie, un peu prétentieuse, eut en France un petit nombre d’imitateurs contemporains, mais au dehors elle n’eut aucun succès.

Les terminologies formées seulement de racines grecques, dans des vues systématiques d’harmonie, de consonnance des mots employés soit dans le sens propre, soit dans un sens figuré, avec tout autant de prétentions à la symétrie, ne sont ni plus heureuses, ni plus exactes, ni plus commodes. Elles introduisent sans aucune nécessité, dans la science, des mots d’une langue où l’on n’en trouve aucun qui s’y rattache ou qui ait jamais été employé dans le sens qu’on lui attribue. Les géologues anglais ne sont pas, à cet égard, restés en arrière de ceux du continent, et ils ont apporté, à diverses reprises, des réminiscences de leurs études classiques dans le domaine de la géologie.

Vers 1830, sir Ch. Lyell, persuadé que le terrain tertiaire représentait une période qui n’avait rien de commun avec tout ce qui l’avait précédé, en considéra la partie inférieure comme l’aurore d’un nouveau jour et lui imposa le nom d’éocène (aurore récente) ; sa partie moyenne reçut le nom de miocène ou de moins récente, et la partie supérieure celui de pliocène ou plus récente. Le sens de ces expressions était aussi en rapport avec la proportion supposée des espèces de coquilles fossiles, dans chacune de ces trois divisions avaient encore leurs analogues vivants. Mais l’un des inconvénients de cette nomenclature partielle s’est bientôt révélé ; elle s’est trouvée incomplète ; des dépôts plus récents encore ont été reconnus ; il a fallu dédoubler le mot pliocène et forger les expressions hybrides de vieux pliocène, de nouveau pliocène, en les couronnant d’un post-pliocène, qui toutes répugnent au bon sens comme au bon goût. D’ailleurs où était l’utilité d’une prétendue nomenclature systématique qui ne se rattache à rien de ce qui est au-dessous, et ne sert qu’à rendre plus choquante ou plus hétérogène encore la classification générale dans laquelle on l’intercale ensuite.

C’est aussi en Angleterre ou du moins par un célèbre géologue de ce pays, sir R. I. Murchison, que le mot azoïque (dépourvu ou privé d’animaux) a été introduit en l’appliquant aux roches sédimentaires les plus anciennes dans lesquelles on n’avait pas trouvé de fossiles. Mais d’abord ces roches pouvaient renfermer des plantes, ce qui rendait le sens du mot sinon inexact, du moins contraire à l’idée qu’on y attache généralement ; ensuite il était possible qu’on vint à y découvrir des restes d’animaux, et alors il devenait complètement faux ; enfin, une expression impliquant un caractère négatif, qui peut cesser d’être vrai d’un moment à l’autre, et qui en outre peut s’appliquer avec tout autant de raison à une roche d’un âge quelconque, ne peut pas être assignée à un système de couche en particulier sous peine de confusion ou d’erreur manifeste. Mais M. Dana [8] a poussé plus loin à cet égard le dédain de toute logique car il dit : The term « azoic » as here used implies absence of life but not necessarily of the lowest grades, supposant d’abord que l’expression azoïque signifie absence de la vie, et admettant ensuite la possibilité que des organismes inférieurs, soit végétaux, soit animaux aient existé pendant ces dépôts azoïques. D’ailleurs on peut dire, en principe, qu’un caractère négatif est toujours mauvais, puisque c’est l’absence même de caractère.

Un mot qui a prévalu aussi, appuyé sur l’autorité de l’éminent auteur du système silurien, est celui de palæozoïque (animaux anciens, et non organismes ou êtres anciens, comme on le traduit quelquefois). Cet adjectif ajouté au mot terrain comprend l’ensemble des dépôts que nous continuons de désigner par l’expression de terrain de transition ou intermédiaire. Tout adjectif, pour être admis dans une nomenclature, doit pouvoir être joint aux divers substantifs qu’elle renferme ou peut renfermer ; or, si l’on peut dire une roche ou une couche palæozoïque, c’est-à-dire renfermant des animaux anciens, on ne peut pas dire une plante palæozoïque ; ce serait un non-sens ; or, la flore en général, comme tous les végétaux en particulier du terrain de transition, se trouve dans ce cas.

M. J. Phillips, adoptant le même mot et voulant rendre plus uniformes les autres grandes divisions, compléta la série dans le même sens en proposant le mot mésozoïque (animaux de milieu) au lieu de secondaire, et celui de cainozoïque (animaux récents) au lieu de tertiaire, que M. Dana a changé récemment. en cénozoïque. Or, ces mots sont sujets à la même objection que palœozoïque, parce qu’ils ne sont pas applicables aux restes des végétaux de ces deux terrains et qu’on ne peut pas plus dire une plante des animaux récents qu’une plante des animaux anciens ; aussi ont-ils été changés par Bronn en palæolithique, mésolithique et cénolithique, qui sont certainement plus exacts dans l’application.

En Allemagne, indépendamment des dénominations locales et suffisamment justifiées que nous y avons vues naître, on a introduit plus récemment les mots oligocène et néogène, le premier appliqué par M. Beyrich à la base du terrain tertiaire moyen, le second par les géologues de Vienne par opposition à éocène, ce qui est au-dessus de cette dernière formation et qui se divise en ancien et nouveau néogène (âlteren und jüngere neogen Bildungen, Naum.). C’est le néocène, Bronn.

En résumé, on voit que ces essais de terminologie avec des racines grecques n’ont pas été faits avec toute l’attention nécessaire pour entrer dans un travail scientifique, méthodique et rationnel, où chaque mot doit exprimer nettement la pensée, être toujours à sa place et construit suivant les règles de la grammaire. Lors même que ceux que nous venons de rappeler auraient ces avantages, ils seraient encore inutiles, puisqu’ils ne font qu’augmenter le nombre des synonymes qui existent déjà, et accroitre la confusion sans remédier à aucun des inconvénients actuels [9].

L’un des plus éminents géologues des États-Unis, M. H. D. Rogers, a divisé en quinze parties la série des dépôts de transition de la Pennsylvanie en leur assignant des noms qui indiquent les divers moments de la journée ou le cours du soleil depuis primal, auroral, matinal, levant, surgent, etc., jusqu’à seral, qui désigne le terrain houiller ; de sorte que, dans cette nomenclature allégorique, la plus luxuriante végétation qui ait peut-être jamais couvert la terre aurait vécu précisément après le coucher du soleil.

Les terminologies dans lesquelles on emploie des noms de lieux pour désigner certains termes de la série géologique sont sans doute préférables aux nomenclatures mythologiques, grecques et allégoriques, pourvu que ces noms de pays ne s’appliquent qu’à des divisions ou sous-divisions d’une certaine importance et qui n’auraient pas encore été désignées autrement ; mais, comme on l’a dit depuis longtemps, les expressions les plus insignifiantes sont souvent les meilleures.

Aux inconvénients que nous avons déjà signalés dans les classifications linéaires, il s’en joint ordinairement un autre qui résulte de ce que à chaque terme de la série, désigné par une dénomination locale ou autre, on ajoute un numéro d’ordre de 1 à x, ce qui empêche toute intercalation ultérieure d’un nouveau terme dans la série, sans déranger la numération de ceux qui sont au-dessus ou au-dessous. La classification proposée par Alc. d’Orbigny en est un exemple. Il en est de même des nomenclatures alphabétiques dans lesquelles les divisions sont désignées par des lettres au lieu de chiffres, ainsi que l’a fait M. Barrande pour les terrains anciens de la Bohême. Car aucun nouveau terme ne peut être inséré non plus entre deux lettres consécutives sans qu’on ait recours à ces artifices de notation, exposants ou autres, qui jettent de suite de la confusion dans la terminologie générale et sont une cause fréquente d’erreurs. D’ailleurs, si une classification est étendue et un peu détaillée, elle exigera plus de signes qu’il n’y a de lettres dans l’alphabet et le même inconvénient se reproduira.

La disposition dichotomique que nous avons vue généralement adoptée et avec toute raison exige encore que l’on se rende compte de la valeeur et du sens des mots qui expriment les diverses associations de sujets, sans quoi il en résulte une confusion ou des non-sens fort étranges, comme ceux-ci, que nous trouvons dans le tableau du Manuel de M. Lyell [10], La série des couches fossilifères y est divisée en deux grandes classes : Palæozoïque et Néozoïque (animaux anciens, animaux nouveaux ; on doit supposer qu’il y a un substantif sous-entendu : formation ou terrain renfermant des…) ; Si nous considérons seulement le terrain néozoïque, nous verrons qu’il se divise en mésozoïque et cainozoïque, c’est-à-dire que le terrain renfermant des animaux nouveaux se divise en deux autres termes, l’un à animaux moyens, l’autre à animaux récents. Ce terme à animaux récents comprend à son tour quatre termes, désignés par de simples adjectifs : éocène, aurore récente ; miocène, moins récente ; pliocène, plus récente, et post-tertiaire ; enfin, ces quatre termes en renferment huit autres, qui sont les huit premières unités géologiques de la série, et composés de ces mêmes mots auxquels sont ajoutés, soit avant, soit après, une préposition ou des adjectifs qui indiquent leur âge relatif ou leur position relative.

Conçoit-on une succession de mots dans laquelle aucun d’eux n’est compris dans celui qui le précède ou qui le suit, et qui sont associés de manière à ne présenter aucun sens lorsqu’on vient à les mettre les uns au bout des autres pour saisir leurs rapports. Que dirait-on d’un botaniste ou d’un zoologiste qui remplacerait les mots classe, ordre, famille, genre et espèce par des expressions sans aucune relation quant à leur sens propre, ni quant à leur sens figuré, et qui ne présenteraient aucun ordre les uns relativement aux autres ?

Le Traité de Géognosie de M. F. Naumann, précieux par le choix comme par le nombre des matériaux qui y sont condensés, est aussi le plus complet que la science possède relativement à la classification et à la terminologie ; on pourrait même dire qu’il est trop complet, car, après avoir conservé. comme base générale celle de Werner et laissé dominer dans tout le cours de l’ouvrage la nomenclature allemande dont les éléments ont été introduits successivement, l’auteur y a ajouté un certain nombre de dénominations nouvelles qui lui sont propres et a employé, en traitant des pays étrangers à l’Allemagne, celles qui y ont été proposées à diverses époques ; de sorte que le Lehrbuch der Geognosie représente en réalité toutes les classifications et les nomenclatures de quelque importance introduites dans la science depuis quatre-vingts ans [11]. Ce n’est point, on le conçoit, résoudre la question, c’est l’éluder. Quoique le savant professeur ait procédé avec beaucoup d’attention dans l’énumération des faits, qu’il ait comparé avec infiniment de soin les divers horizons partout où ils ont été signalés, il n’en doit pas moins résulter pour les élèves, auxquels le livre est naturellement destiné, les plus grandes difficultés à suivre la description de chaque sujet qui change de nom en passant d’une région dans une autre. Le géologue instruit lira sans doute l’ouvrage de M. Naumann avec beaucoup d’intérêt et de fruit, mais cela ne suffit pas ; un traité à une autre mission qu’il ne peut accomplir qu’à la condition d’être simple et clair dans son style, méthodique et naturel dans l’arrangement des idées et des faits [12]. La diversité des points de vue a sans doute de graves inconvénients, comme on vient de le dire, mais chacun d’eux repose au moins sur une donnée scientifique dans chaque sorte de classification, tandis qu’il y a une source d’erreurs qui n’a réellement aucune excuse possible. Elle consiste à se servir tantôt d’expressions et de mots différents, mais non équivalents ni synonymes, si ce n’est peut-être dans la pensée de l’auteur, pour désigner une même chose ou une même idée, d’ailleurs bien déterminée, tantôt de la même expression ou du même mot pour des choses ou des ordres d’idées tout à fait distincts.

Nous prendrons pour exemple le mot terrain, qui est un de ceux dont on a le plus étrangement abusé. Ainsi, dans le même ouvrage, on lira tantôt le terrain jurassique, tantôt la formation jurassique ; plus loin, le terrain secondaire, puis le terrain corallien, et enfin ce même mot appliqué à une couche accidentelle de quelques mètres d’épaisseur et de quelques kilomètres d’étendue. Plusieurs personnes emploient le pluriel et disent les terrains jurassiques, ce qui n’a plus de sens. Nous pourrions en citer enfin qui, après avoir divisé le terrain jurassique en formations, et les formations en étages, subdivisent de nouveau ces étages en terrains ! Que penserait-on de l’esprit philosophique d’un zoologiste ou d’un botaniste qui se servirait du mot classe, tantôt au pluriel, tantôt au singulier, ici dans son acception la plus large, là pour les mots ordre, famille, genre et même espèce, et qui dirait indifféremment les ordres des quadrumanes, les ordres des cheiroptères, etc., ou bien la classe des mollusques, l’ordre des brachiopodes, le genre Térébratule et la classe de la Terebratula biplicata ? On voit combien sont méconnus par les géologues les principes les plus élémentaires de la méthode, puisqu’on donnerait ainsi à une fraction, quelquefois infiniment petite, non-seulement la même valeur qu’à l’unité, mais encore qu’à un multiple de l’unité.
Terminologie adoptée.

Le langage géologique ne semble pas devoir prétendre de longtemps à la régularité systématique des terminologies zoologiques et botaniques, étant composé de mots tirés de la plupart des langues modernes, de noms de localités, d’expressions techniques ou même populaires, sans étymologie connue, et qui ne pourraient être remplacés par d’autres sans de graves inconvénients. Aussi nous sommes-nous borné à faire un choix dans ce qui existe déjà et à rendre la nomenclature la plus simple possible en employant les mots les plus usités, les plus vulgaires même, soit français, soit étrangers, ou techniques, rejetant la plupart des expressions tirées de la mythologie ou des langues anciennes, les associations hybrides de prépositions latines avec des noms modernes, les adjectifs dérivés de substantifs, les substantifs formés à leur tour aux dépens des adjectifs, et la plupart de ces mots introduits chaque jour sans nécessité, puis adoptés sans réflexion.

Aussi pourrions-nous dire avec un savant botaniste qui continue noblement le nom glorieux qu’il porte : « Une satisfaction que j’ai éprouvée a été de n’introduire aucun terme nouveau. Bien plus, il m’a été possible de renoncer sans inconvénient à deux ou trois expressions techniques dont je m’étais servi autrefois, et je l’ai regardé comme un progrès [13]. »

Nos divisions principales se rapporteront aux mots roche, terrain, formation, groupe et étage, qui auront chacun un sens fixe et déterminé, indiquant des sous-divisions de moins en moins importantes. Les mots assise, couche ou nappe, banc ou strate et lit exprimeront de même des sous-divisions du mot étage. Afin d’éviter des répétitions trop fréquentes, le mot époque sera synonyme de terrain, ou employé dans un sens plus restreint pour désigner le temps pendant lequel s’est formé un ensemble de couches déterminées ; il en sera de même du mot série. Système et période seront synonymes de formation. Le mot depôt sera pris dans une acception générale pour désigner la réunion des couches qui se sont produites pendant une époque, une période, ou bien dans un espace limité.

En résumé, dans cette nomenclature, l’écorce minérale du globe comprend deux classes de roches : les roches sédimentaires et les roches ignées ou pyrogènes. Les roches de sédiment se divisent en six terrains, qui sont les terrains moderne, quaternaire, tertiaire, secondaire, intermédiaire ou de transition, et primaire. Chaque terrain ou époque se subdivise en formation, systèmes ou périodes, les formations en groupe, et ceux-ci en étages [14]. Enfin l’étage a pour sous-divisions les assises, les couches un nappes, les bancs ou strates et les fils. Les roches ignées sont aussi classées d’après leur âge, connu ou présumé, et leurs caractères minéralogiques.

Ainsi la classification et la terminologie géologiques que nous adoptons, réduites à leur expression la plus simple, seront représentées de la manière suivante.

classification géologique générale.
─────
terrains
ou
époques
formations
ou
périodes
groupes étages
──────────────────────────────────────────────────────────────────
roches sédimentaires moderne
quaternaire
tertiaire supérieure.
moyenne.
inférieure.
secondaire crétacé.
jurassique.
triasique.
intermédiaire
ou
de transition
permienne..
carbonifère.
dévonienne.
silurienne.
cambrienne.
roches ignées primaire granite, gneiss, micaschistes (anciens), etc. ; roches volcaniques et éruptives de tous les âges.

  1. Comptes rendus de l’Acad. des sciences, vol. XXXIV, p. 516 ; 1852.
  2. Iconographie des coquilles tertiaires réputées identiques avec des espèces vivantes. Nouv. Mém. de la Soc. helv. sc. nat., vol. VII, p. 5. Neuchâtel, 1845.
  3. Neu. Jahrb. 1843, p. 88.
  4. Hist. des progrès de la Géologie, vol. II, p. 520, 1849.
  5. Hist. des progrès de la géologie, vol. V, p. 7 ; 1853.
  6. Nous ne posséderons sans doute jamais les données nécessaires pour apprécier à cet égard l’influence d’un soulèvement quelconque, car il faudrait connaître, outre sa direction et son étendue en longueur, la surface qu’il a affectée, l’élévation à laquelle cette surface a été portée sur ses divers points, enfin la vitesse du mouvement ; mais il est facile de voir que son effet a du être très-restreint, et que, relativement à la loi qui régit la sucessionn générale des êtres organisés, cette influence est comparable à ce que nous avons dit du métamorphisme de contact par rapport au métamorphisme en grand. (Ibid., p. 3).
  7. Hist. des progrès de la géologie, vol. I, Introduction, p. xvii ; 1847.
  8. Manual of Geology, p. 145 ; 1863
  9. On peut citer, comme un exemple de cette logomachie polyglotte, l’ensemble de dépôts que nous continuons à désigner sous le nom de formation tertiaire moyenne, et dans lequel on peut établir toutes les divisions qu’exige chaque localité. La formation miocène, simple d’abord, pour M. Lyell, se divisa bientôt en inférieure, moyenne et supérieure ; pour ses successeurs, elle représente les étages tongrien et falunien d’Alc. d’orbigny, dont l’un devient l’oligocène pour M. Beyrich, l’autre restant miocène. Ce dernier se transforme, pour un géologue suisse, en Tongrien, Aquitanien, Mayencien, Helvétien et Œningien. Les mêmes dépôts ont été compris aussi dans les dénominations de mollasse, de néogène, de néocéne, et ainsi de suite.
  10. Manuel de Géologie élémentaire, trad. française, vol. I, p. 175, 1856.
  11. Nous avons, il est vrai, suivi cette marche dans quelques parties de l’Histoire des progrès de la géologie ; mais, outre que cela nous est arrivé très-rarement, notre excuse se trouvait dans le but et la nature même de notre travail.
  12. Remarquons en passant que la plupart des traités de géologie sont rédigés sous deux influences qui n’ont rien d’éclectique et qui les rendent généralement inférieurs à ceux des autres sciences. Ils sont écrits suivant les idées ou la direction particulière des études de l’auteur, puis d’après les caractères géologiques dominant des pays où ils sont publiés. C’est ainsi qu’un traité de géologie italien, suisse, allemand, belge, français, espagnol, anglais ou américain portera l’empreinte du pays où il est né, et cela au détriment de la science des autres parties du globe ; il est destiné à l’usage de telle ou telle localité et à répandre les opinions ou les découvertes personnelles de l’auteur et de ses amis. Nous pourrions citer bon nombre d’exemples de ces soi-disant Traités, Manuels, etc., où ce petit système est poussé jusqu’à ses dernières limites, où la surface de la terre est absorbée dans la description sommaire de quelques centaines de myriamètres carrés et où la science des géologues des cinq parties du monde se trouve concentrée dans une seule tète, celle de l’auteur. Nous ajouterons, pour ne pas cesser d’être juste, que, relativement aux Traités de géologie et eu égard à l’état général de la science, la France est aujourd’hui au-dessous de ce qu’elle était il y a vingt-cinq et trente ans, et qu’elle est fort en arrière de ce qui a été publié dans ces derniers temps en Allemagne, en Angleterre et en Amérique.

    Il va sans dire qu’il n’est point ici question de ces productions hybrides, si nombreuses de nos jours, dont les auteurs, sans avoir fait aucune étude pratique sérieuse des sciences dont ils parlent, montrent néanmoins une assurance qui impose aux lecteurs peu instruits sur ces matières et répandent ainsi des idées fausses, souvent contradictoires ou incomplètes.

  13. Alph. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, vol. I, préface, p. xviii ; 1855.
  14. Quelques auteurs divisent les étages en groupes, ce qui nous paraît former un contre-sens évident ; car le mot étage ne renferme aucune idée collective ou de pluralité, tandis que le mot groupe exprime, au contraire, la réunion de plusieurs unités dont la valeur doit être aussi déterminée.