Mozilla.svg

Jacques et Marie, souvenir d’un peuple dispersé/5

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Eusèbe Sénécal, imprimeur-éditeur (p. 296-303).


NOTES HISTORIQUES.



On offrit… aux autres de s’enfermer dans les mines de la Pensylvanie. Page 6.

J’avais cru avoir recueilli ce fait quelque part ; mais, ne l’ayant pas retrouvé dans mes notes, je suis fondé à croire qu’il n’est pas exact, parce que les mines de charbon de la Pennsylvanie n’étaient pas encore découvertes à cette époque.


Ce traité laissait une latitude de deux ans. Page 11.

Il y a ici une erreur ; le traité d’Utrecht disait : « En vertu de ce Traité par le Roi très-chrétien, les sujets du dit Roi auront la liberté de se retirer ailleurs dans l’espace d’un an, » etc. Mais Nicholson, qui fut nommé gouverneur d’Annapolis l’année suivante, accorda, lui-même, une autre année aux habitants pour quitter le pays ou prêter le serment d’allégeance. Voici, au reste, tout ce que dit le traité au sujet des Acadiens qui devaient rester sous la domination anglaise : « Ceux, néanmoins, qui voudront y demeurer et rester sous la domination de la Grande-Bretagne, doivent jouir de l’exercice de la religion catholique romaine, en tant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne. »


Ils n’osèrent pas confier leur sort à des navires anglais. Page 11.

D’ailleurs, on leur avait même refusé de les prendre sur des vaisseaux anglais — (in English buill vessels). — Haliburton, Nov. Sco., p. 95.


Philips les calma et leur assura que s’ils prêtaient le serment. Page 12.

Voici quelle était la formule de ce serment : « Je promets et jure sincèrement, sur ma foi de chrétien, que je serai entièrement fidèle et obéirai vraiment à Sa Majesté le Roi George, que je reconnais pour le souverain-seigneur de l’Acadie, ou Nouvelle-Ecosse. Ainsi Dieu me soit en aide. » — (Formule citée, en français, par Haliburlon.)

« Quoiqu’il ne soit fait, dans cette formule, en faveur des Acadiens, aucune exemption de porter les armes contre la France, il y a tout lieu de croire, dit Haliburton, qu’on leur avait garanti ce privilège. » — Hist. Nov. Scol., p. 95.

Il y a même de fortes présomptions qu’on le leur avait garanti par écrit ; on en trouve la preuve dans le passage suivant de leur pétition au Roi, adressée de Philadelphie : “ Quoiqu’il en soit, peu de temps avant notre arrestation, la maison dans laquelle nous gardions nos contrats et toutes nos pièces publiques, fut envahie à main armée et tous nos papiers nous furent violemment enlevés ; aucun ne nous a été rendu depuis ; si bien que nous sommes aujourd’hui en partie privés des moyens de faire briller notre innocence, et d’exposer nos griefs sous le jour le plus favorable.”

Commandez aux habitants. Page 43.

Aucune excuse, disait ce document. Page 43.

Ces ordonnances sont tirées du recueil du conïseil d’Halifax, et citées par Haliburton.


Le Père de Laloutre nous attendait sur le seuil de l’église. Page 122.

L’aïeul de notre estimable ami, M. T. Doucet, expatrié acadien, racontait les détails de l’incendie des établissements de Chignectou, et toute la part que l’abbé de Laloutre y avait prise.

Ce prêtre héroïque, après avoir accompagné les émigrants à Shédiak, était tombé aux mains des Anglais, qui se vengèrent lâchement de son zèle en le tenant six ans dans un cachot au château de Jersey ; mis en liberté après la paix, il rejoignit aussitôt ses chers Acadiens, en conduisit 77 familles à Belle-Île, où il était encore avec eux en 1769, comme le témoigne une réclamation adressée par lui en leur faveur, du 31 mars 1769 — Hameau. La France aux Colonies (notes), p. 142.


Quoique le traité d’Utrecht ne leur ait jamais livré que Port Royal. Page 122.

Cette assertion était vraie dans l’opinion du religieux et dans celle des habitants de Beau-Bassin, qui croyaient bien rester sous la domination française, comme l’assuraient le gouverneur du Canada et les commissaires chargés de régler, pour la France, la question des limites. — Voir les Mémoi. des Com. du Roi, en 4 vols, avec carte.


Nous étions au milieu des Anglais, qu’ils n’avaient pas encore eu le temps de se reconnaître. Page 134.

Le passage suivant m’a autorisé à inventer ce combat : « Mais, ayant été informé de ce qui se passait du coté de Beauséjour, au lieu de faire sa retraite sur Québec, il (M. de Boishébert) alla se joindre aux Acadiens du fond de la Baie de Fundy, il les arma et battit avec eux les Anglais en différentes rencontres ; mais il ne put empêcher ces derniers de brûler à la fin tous les établissements et de contraindre les habitants à se réfugier dans les bois » — Garneau, Hist. du Can, p. 223.


Je crois bien que vous, M. Landry, avec l’oncle Leblanc et moi, nous sommes les seuls vieux au-dessus de dix ans qui ayons la permission de ne pas être prisonniers. Page 159.

Winslow fit, en effet, des efforts pour sauver le vieux notaire de la proscription ; il écrivait à Lawrence, le 30 août : « Quant au Père Leblanc, je me permettrai, avec votre permission, de l’envoyer à ma demeure… » Cette permission fut-elle refusée ? le vieillard repoussa-t-il cette faveur exceptionnelle ?… C’est ce que l’on ignore ; dans tous les cas, il subit le sort des autres.


Pendant qu’un parti d’Anglais était occupé à promener ses torches. Page 194.

Ces détails sont renfermés dans une lettre de Thomas Spearkman à Winslow, datée du Camp de Cumberland, le 5 sept. 1755.


Il est probable que cet homme usa d’une cruauté telle que ces malheureux… Page 195.

Comme on peut le voir par la note 20e, les Anglais éprouvèrent de grandes difficultés à se saisir des habitants des environs d’Annapolis, puisqu’ils ne réussirent à en embarquer un nombre un peu considérable que dans le mois de décembre ; presque tous étaient réfugiés dans les bois.

J’ai hâte de voir arriver le moment où les pauvres misérables seront embarqués et nos comptes réglés ; alors, je me donnerai le plaisir d’aller vous voir et de boire à leur bon voyage ! etc. Page 193.

Cette lettre de Murray, que j’ai reproduite exactement d’Haliburton, m’a fourni l’idée de l’orgie qui termine la seconde partie de mon livre ; j’ai supposé que si cet homme avait pu, dans un pareil moment, formuler un pareil désir, il avait pu, de même, le mettre à exécution.


Alors commença le triage des jeunes et des vieux. Page 214.

Cette description est, sauf quelques petits détails probables, celle donnée par Haliburton et reproduite par Garneau et Longfellow.


Lawrence avait prescrit à ses lieutenants, dans ses instructions, de ne prendre sur les navires une deux prisonniers par tonne. Page 218.

« Halifax, 11 août 1755.

« Instructions données au Lieutenant-Colonel Winslow, commandant des troupes de Sa Majesté aux Mines, ou, en son absence, au Capitaine Alexandre Murray, commandant des troupes de Sa Majesté à Passequid, au sujet de l’expulsion des habitants du district des Mines et de la rivière Passequid, de la rivière aux Canards, de Cobéquid, etc., situés dans la Nouvelle-Écosse.

« Monsieur,

« Ayant fait connaître, par ma lettre du 31 juillet dernier, au Capt. Murray, les raisons qui ont fait prendre au Conseil de Sa Majesté la résolution de chasser tous les habitants français et de vider tout le pays, ainsi d’être délivrés du ces mauvais sujets ; laquelle lettre il vous communiquera en même temps que les instructions nécessaires pour accomplir un projet déterminé depuis si longtemps.

« Afin que ces habitants ne puissent jamais revenir dans cette province, ou aller renforcer les Français du Canada et de Louisbourg, il est résolu qu’il » seront dispersés dans les colonies de Sa Majesté, sur le continent américain. Dans ce but, des transports sont envoyés dans la Baie (des Français ou Fundy) pour recevoir ceux de Chignectou : le Col. Moncton expédiera dans le Bassin des Mines ceux qu’il ne pourra pas remplir là. Vous recevrez aussi des vaisseaux de Boston capables de contenir mille individus, à raison de deux par tonneau. À l’arrivée de ces navires de Boston et de Chignectou dans le Bassin dos Mines, à Passequid, à Cobéquid et dans la Rivière-aux-Canards, etc., on embarquera à leur bord tous ceux qu’on pourra saisir par n’importe quels moyens, principalement les chefs de famille et les jeunes gens, plaçant, autant que possible, deux personnes par tonneau, la capacité des vaisseaux devant être constatée par les contracteurs des différents transports dont vous serez pourvus et dont les maîtres devront vous donner un rapport.

« Et pour vous faciliter les moyens d’approvisionnement pour ces transports, j’ai nommé Mr. George Saul agent fournisseur et lui ai donné des instruction » particulières dans ce sens, avec ordre de vous les communiquer et de vous en donner une copie à son arrivée à Chignectou, avec les provisions destinées aux personnes qui seront sur ces vaisseaux.

« Destination des vaisseaux auxquels on donne rendez-vous dans le Bassin des Mines :

« Pour la Caroline du Nord : un nombre suffisant pour transporter à peu près cinq cents personnes.

« Pour la Virginie : un nombre suffisant pour transporter à peu près 1000 personnes.

« Pour le Maryland : un nombre suffiront pour transporter à peu près cinq cents personnes, ou à proportion, si le nombre doit excéder deux mille personnes.

« Et vous ferez une injonction particulière aux dits maîtres d’être aussi soigneux que possible pendant toute la durée du voyage, pour empêcher les passagers de faire aucune tentative pour s’emparer du vaisseau, ne permettant qu’à un petit nombre à la fois de se réunir sur les ponts, et d’employer toutes les autres précautions nécessaires pour prévenir les conséquences de tentatives de ce genre ; et qu’ils soient surtout sûrs que les habitants n’aient pas embarqué d’armes avec eux ou tout autre instrument offensif, comme aussi, ils devront voir à ce que les provisions soient régulièrement distribuées aux gens selon qu’il a été réglé dans les instructions de Mr. Saul.

« Comme le Capitaine Murray connaît bien le peuple et le pays, je vous recommande de vous consulter avec lui en toute occasion, et surtout sur les moyens à prendre pour réunir les gens de manière à les faire embarquer ; et si vous trouvez que les moyens paisibles ne suffisent pas, vous procéderez avec le plus de vigueur possible, non-seulement en les obligeant de s’embarquer, mais en privant ceux qui s’échapperont de tout asile et de tout moyen de support, en brûlant leurs maisons et en détruisant tout ce qui pourrait leur offrir, dans le pays, des moyens de subsistance. Vous recevrez avec ceci une copie du contrat (Charter Party) que les maîtres des vaisseaux transports ont pris ici, renfermant les conditions convenues entre eux et le gouvernement ; vous conviendrez des mêmes conditions avec les transports qui doivent être expédiés à Boston, et, comme vous voyez qu’ils sont engagés au mois, vous vous hâterez le plus possible afin d’épargner les dépenses au public.

Quand vous aurez fini la besogne de rassembler sur les vaisseaux tous les habitants du Bassin des Mines, vous vous transporterez, ou bien vous enverrez un fort détachement à Annapolis-Royal, pour aider le Major Handfield à transporter ceux de cette rivière, et vous vous arrangerez de manière à ce que tous les déserteurs que l’on rencontrera soient aussi saisis et réunis à Annapolis pour les embarquer aussi.

« Signé
« Charles Lawrence. »
Haliburton (notes), p. 327.


Il ne fut fait d’exemption en faveur de personne. Page 218.

« Halifax, 11 août 1755.

« Comme je vous ai déjà donné toutes les explications possibles au sujet des instructions qui vous ont été envoyées, je n’ai rien à ajouter, sinon que vous devrez réunir ensemble tous les habitants de manière à les embarquer avec le plus de facilité qu’il sera possible, soit par ruse ou par force, selon les circonstances ; mais surtout, je désire que vous ne fassiez aucune attention quelconque à des supplications ou des mémoires présentés par les habitants demandant de les laisser en arrière ; mais faites embarquer tout le monde, si c’est possible, suivant les instructions ci-jointes, sans vous adresser à moi de nouveau. » — Haliburton (notes), p. 332.

Le gouvernement craignait que ses agents fussent touchés par le spectacle de la désolation, il leur ôtait de suite toute velléité de clémence.


Ah ! ah ! ah ! nos documents !… nous les déchirerons, monsieur Gordon. Page 235.

« C’est une chose remarquable, dit Haliburton dans une note de son livre, qu’on ne rencontre aucune trace de cet événement important parmi les papiers du secrétariat provincial à Halifax. Je n’ai pu découvrir si la correspondance avait été conservée, ou si on y avait jamais consigné les ordonnances, les rapports et les mémoires qui se rattachent à ce fait. Dans le registre des lettres du gouverneur Lawrence, qui existe encore, aucune communication du bureau du commerce (Board of Trade) depuis le 24 décembre 1754 jusqu’au 5 août 1756, si on en excepte un simple reçu pour provisions. On a paru s’étudier à cacher les détails de cette affaire, etc. » — Hist. Nov. Scol., 195.

Il est probable que si l’on pouvait arriver jusqu’aux documents que le ministère anglais voile avec un soin si scrupuleux dans les bureaux des archives de l’État on trouverait là ce que l’historien de la Nouvelle-Écosse n’a pu découvrir à Halifax.

M. J. R. Brodhead, qui fut chargé par l’État de New-York, en 1839, d’aller recueillir, dans les papiers de Paris, de Londres et de La Haye, les documents nécessaires à l’histoire, tant de l’ancienne colonie hollandaise que de celle de la colonie de New-York, parle, dans un rapport adressé à son gouvernement, de la bienveillance et de la libéralité que les autorités françaises et hollandaise » mirent à favoriser ses recherches, et des entraves que les ministres anglais y apportèrent. Il fallut plusieurs mois de sollicitations de la part de l’ambassadeur américain ; elles n’aboutirent d’abord qu’à un refus mitigé, puis, après avoir obtint » les permissions une à une, il dût ne procéder qu’avec les scribes du département, sous la surveillance d’un officier principal du bureau, et faire examiner au préalable, par le secrétaire des affaires étrangères tous les papiers dont il désirait prendre copie (I was merely, in the first instance, to indicate, by slips of paper, the documents I might wish to transcribe, and not to transcribe, or make abstract of any of them, until the papers so indicated should have been examined and allowed, on the part of Lord Aberdeen. Après avoir subi toutes ces mesures de prudence ombrageuse, il lui fallut encore renoncer à connaître bien des documents scellés pour tout œil étranger. Il a dit, depuis, que parmi ces papiers s’en trouvaient qui avaient rapport à l’histoire des Acadiens et à la guerre de l’indépendance.


Le lendemain, vers midi, George était seul avec Winslow. Page 245.

J’ai fait absenter Winslow durant l’orgie du presbytère de Grand-Pré, non pas tant à cause du besoin de la trame du roman, que parce que j’ai cru que ce personnage historique avait droit à quelques égards. Il a protesté deux fois contre le rôle ignoble que lui imposait son gouvernement. 1° Dans une lettre adressée à Lawrence ; 2° Dans son allocution aux Acadiens, en les faisant prisonniers : je sais bien que ces protestations sont bien faibles, mais elles annoncent au moins, que sa conscience s’insurgeait contre une politique inhumaine qu’il acceptait comme mesure de nécessité.

Et aujourd’hui, dans ces temps mauvais où des défections déplorables nous humilient tous les jours. Page 267.

Quand ces lignes ont été écrites, une majorité de nos députés, après avoir voté une constitution qui, par ses dispositifs, met en échec toute notre législation nationale ; non contents de nous avoir entourés de gouverneurs et de corps privilégiés, armés contre nous de leur veto et relevant de l’autorité anglaisa, ils s’apprêtaient encore à nous imposer des projets de lois aussi injustes, aussi insultants qu’ils étaient mal conçus. Nous avons écrit sous l’empire d’un sentiment qui arracha, quelques Jours plus tard, à un membre de cette même majorité parlementaire, les belles paroles suivantes dont nous lui tiendrons toujours compte : « Faudra-t-il donc, a dit M. Cauchon en Chambre, que nous vivions toujours dans la méfiance les un des autres, et que nous trouvions dans la constitution, même écrite, le devoir de se haïr ? Est-ce qu’il n’y a pas, dans la constitution fédérale même, des garanties suffisantes pour la minorité anglologue ? Du reste, ce dispositif viole essentiellement le vingt-troisième article du projet de Québec, qui déclare que les législatures locales auront le droit si naturel de définir les circonscriptions électorales de la province ? Les autres députés du Bas-Canada feront comme ils l’entendront, mais moi, je vote contre cette résolution pour dégager ma responsabilité de représentant et protester au nom de l’histoire de notre pays et de la dignité nationale à laquelle elle porte profondément atteinte. »

On se rappelle qu’il s’agissait ici de l’amendement que M. Gall avait introduit dans le projet de notre constitution du Bas-Canada et qui a été voté par une majorité bas-canadienne !

« Dans la résolution telle que proposée par M. Macdonald, écrit M. Cauchon dans son journal, il fallait le consentement des trois-quarts des membres des deux chambres pour changer la représentation et la division territoriale des comtés du Bas-Canada, excepté les douze comtés que je viens de nommer. Pour opérer des changements dans les limites de ces comtés privilégiés (ceux où les Anglais sont en plus grand nombre), il faudrait le double consentement et de la majorité de leurs représentants et de celle de toute la représentation. Était-il possible de faire des distinctions plus humiliantes pour l’immense majorité du Bas-Canada et plus outrageantes à notre honneur et à notre dignité ? et serait-il possible que nos représentants leur donnassent une éternelle sanction ?…

« Pauvres objets de soupçon que nous sommes ! et nos représentants admettront par leurs votes, délibérément donnés, que nous méritons par notre passé et notre présent ces outrages légalisés ! »

je voudrais pouvoir citer encore les paroles du même député au sujet du projet de loi présenté par l’Hon. M. Langevin, pour satisfaire aux exigences de la minorité protestante du Bas-Canada, et qu’une majorité bas-canadienne se préparait encore à voter, quand est venue la protestation unanime des évêques des deux provinces ; je ne pourrais rien dire de mieux pour justifier ce que j’ai écrit, mais ce serait trop long.


D’ailleurs, près de trois cents de ceux qui sont arrivés dans cette province ont déjà péri de maladie et de misère. Page 171.

Voici comment s’exprime sur leur sort, la pétition qu’ils adressèrent nu roi :

« C’est ainsi que nous, nos vieux parents et nos grands parents (hommes d’une entière intégrité et d’une fidélité inviolable à Votre Majesté), nos femmes et nos enfants innocents, tous devinrent les victimes malheureuses de ces vaines craintes ; nous fumes transportés dans les colonies anglaises, et cela d’une manière si précipitée, avec si peu d’égard pour les premières nécessités de la vie et pour les liens les plus naturels et les plus tendres, qu’un grand nombre furent arrachés à une douce vie sociale et à une heureuse aisance pour être plongés dans une situation où le nécessaire même leur manque : les parents furent séparés des enfants, les maris d’avec leurs femmes, et un grand nombre ne se sont pas encore retrouvés ; et dans les vaisseaux nous fûmes si entassés que nous n’avions même pas assez de place pour nous coucher tous en même temps, et par conséquent ne pûmes loger avec nous des objets dont nous aurions eu grand besoin, surtout pour le soulagement et le soutien des vieillards et des personnes faibles ; beaucoup d’entre eux moururent et finirent ainsi leur misère. Et même ceux qui parmi nous avaient beaucoup souffert de la part des ennemis de Votre Majesté à cause de leur attachement à Votre Majesté, ne furent pas épargnés dans la calamité commune : René Leblanc, le notaire publie dont nous avons déjà parlé, en est un exemple frappant. Il fut saisi, renfermé et transporté avec le reste de la population ; et sa famille, comprenant vingt enfants et à peu près cent cinquante petits enfants, furent dispersés dam des colonies différentes, de manière que lui-meme fut laissé à New-York, seulement avec sa femme et deux de ses plus jeunes enfants, dans un état de santé pitoyable : de là il parvint à se rendre à Philadelphie, où il retrouva trois autres de ses enfants : il y mourut sans qu’on fit ta moindre attention à lui plus qu’à aucun autre d’entre nous, malgré les nombreuses années de service et de souffrances consacrées au service de Votre Majesté.

« La misère que nous avons eue à supporter depuis peut à peine être dépeinte ; nous avons été réduits à un travail pénible pour pouvoir nous soutenir, et cela dans un climat chaud, si contraire à notre constitution, que la plupart d’entre nous ont succombé à la maladie, ne pouvant ainsi subvenir aux besoins de nos familles ; nous voici donc menacés de ce qui, pour nous, est la plus grande des souffrances, celle d’être obligés de nous séparer de nos enfants, pour les engager à des étrangers, et les voir exposés à des maladies contagieuses inconnues dans notre pays natal.

« Et quand on compare cet état à l’aisance et à la richesse dont nous jouissions, cela rend notre condition bien misérable. Déjà, dans cette seule province de Pensylvanie, deux cent cinquante d’entre nous, c’est-à-dire plus de la moitié de ceux qui ont été transportés ici, sont morts de misère et de différentes maladies. Dans l’extrémité de notre peine et de notre misère, nous n’avons, après Dieu, d’antre recours que Votre Majesté pour en attendre secours et réparation. Par la présente, donc, nous implorons votre protection, et demandons un examen véritable et impartial de notre cause, et espérons que Votre Majesté nous accordera tous les secours que, dans votre justice et votre clémence, vous trouverez nécessaire de nous donner dans l’état où nous sommes ; nous nous ferons alors un devoir de prier, etc, — Haliburton, Hist. Nov. Scol., p. 183.

« Cette supplique ne reçut aucune considération, et on laissa les Acadiens languir et mourir dans les colonies du Sud. Ceux à qui l’on permit plus tard de retourner dans leur pays, s’établirent où ils purent, car les terres qu’ils avaient possédées étaient entre les mains des autres. — McGregor’s, Brit. Amer.

Et quelques années après, la Législature passa une loi interdirent la vente des terres de la Couronne aux catholiques. — Bouchette, Brit. Domin. in N. Ameri., 2 vol., appendice V.

Haliburton, après avoir cité la pétition des Acadiens tout au long, ajoute :

« Tel fut le sort de ce malheureux peuple ainsi trompé. Après une revue impartiale des transactions de cette époque, il faut bien admettre que cette expatriation des Acadiens dans des colonies lointaines, avec toutes les marques d’ignominie qui accompagnent d’ordinaire seulement des criminels, était une cruauté ; et quoique, dans ce temps-la, on ne pouvait encore en venir à cette conclusion, il a été bien démontré par des événements subséquents que leur expulsion n’aurait pas été nécessaire. Il parait impossible, dans nos idées de justice actuelle, que l’on doive associer dans une meme punition les coupables de ceux qui ne le sont pas ; ou que toute une population doive souffrir à cause des injustices d’une partie des siens. C’est, sans contredit, une tache à l’honneur des Conseils Provinciaux, et nous n’essaierons pas de justifier ce qui a été condamné par tous les hommes bons et honnêtes. » — His. Nov. Scot., p. 196.


Pour se délivrer de la dépense qu’entraîne le soutien de ceux qui survécurent, le gouvernement leur a offert de les vendre comme esclaves ! Page 271.

On m’a dit qu’une partie de ceux qui avaient été déposés sur le littoral de la Géorgie. Page 272.

Un millier arriva dans la Baie de Massachusetts où ils furent bientôt à la charge du public, à cause de l’antipathie qu’ils conservèrent contre la situation nouvelle où ils se trouvaient ; ils rejetaient pour leurs enfants l’offre qu’un leur faisait de les prendre dans les établissements institués pour les pauvres, considérant cette situation comme trop humiliante. La part destinée à la Pennsylvanie était de quatre cent cinquante, hommes, femmes et enfants. Ils furent déposés à Philadelphie dans la situation la plus déplorable. Le gouvernement de la colonie, pour se délivrer d’une si lourde charge que leur imposait le support d’un si grand nombre de misérables, leur proposa de se laisser vendre ; mais les Neutres repoussèrent avec indignation cette proposition ; soutenant que puisqu’ils étaient prisonniers, on devait les soutenir comme tels, au lieu de leur imposer un travail forcé. Mais malgré la sévérité qu’on avait déployée à leur égard, les Acadiens soupiraient dans leur exil pour leur pays mitai. Ceux qui avaient été expédiés en Géorgie se déterminèrent à retourner chez eux ; après un voyage plein de périls, de détours, le long des côtes, ils avaient enfin atteint New-York, puis Boston ; alors le gouverneur Lawrence expédia des ordres pour les faire saisir, et force leur fut d’abandonner leur dessein. — Haliburton, His. Nov. Sco., page 182.


Je sais qu’un convoi s’est dirigé vers le Mississippi. Page 272.

Lettre des habitants de Port-Royal à M. Daudin leur ancien missionnaire, en date du 31 juillet 1756 :

« Nous bénissons la divine Providence qui, au milieu de nos afflictions, a daigné nous faire savoir de vos chères nouvelles par l'entremise du R. P. de la Brosse, père Jésuite, qui a demeuré quelque temps avec nous à la Rivière Saint-Jean… Vous saurez, monsieur, qu’ après avoir reçu dans l'église votre dernière absolution générale, nous partîmes trente députés du Port-Royal pour Chibouctou (Halifax), et après plusieurs interrogatoires du gouverneur et autres puissances, sur le parti que nous voulions prendre pour l’État et la religion, et voyant que nous étions résolus de plutôt mourir que de renoncer à notre religion et à la France, notre véritable patrie, on nous a relégués neuf semaines sur une île, ne nous donnant par jour que deux onces de pain et une once de viande, espérant par là nous réduire et nous faire changer de sentiments. Mais inutilement, grâce à Dieu. Ainsi désespérant de nous faire changer, ils nous ont fait conduire par des soldats jusqu’à Port-Royal, comme des criminels, ont mis le feu à nos maisons et ont fait embarquer les habitants qui ne s’étaient pas sauvés dans les bois (il s’en était sauvé neuf cents personnes).

« Le reste des habitants a embarqué dans six navires ; le 4 décembre, cinq de ces navires ont fait voile vers les côtes de Boston et de la Caroline. Les gens du Cap, les Boudrot, Charles Dugas et les Guilbaud, deux familles des Grangé, qui étaient dans un de ces navires, se sont révoltés, et, sans aucune defense des Anglais, se sont rendus maîtres du navire et ont arrivé heureusement à la rivière Saint-Jean, d’où nous avons l’honneur de vous écrire. Nous y avons trouvé un accueil favorable dans la personne de M. de Boishébert…

« Nous avons appris par d’autres Acadiens qui se sont sauvés de la Caroline, que la maladie s’est mise dans deux navires, ce qui a fait mourir un grand nombre des nôtres ; de plus que les Blanc, Gosme, Louis Prudent et quelques autres, sont à Boston et aux environs… Nous sommes sur le point de partir pour le Canada, parce que les vivres sont fort rares ici ”

Ont signé : Denis Saint-Seine, Charles Dugas, Joseph Guilbaud, Pierre Gourdeau, Denis Saint-Seine, fils ; au nom de tous les autres habitants. — Rameau, La France aux Colonies, (notes), p. 187.


Il m’est impossible du charger de plus de notes un livre dont le caractère ne peut en comporter un grand nombre ; je prie les personnes qui désireraient avoir des renseignements plus nombreux sur l’Acadie de consulter l’excellent ouvrage de M. Rameau, La France aux Colonies ; ils apprendront dans ce bon livre ce que sont devenus les pauvres proscrits que la Providence a laissé survivre aux malheurs de leur patrie ; et ils y trouveront en outre l’indication de toutes les sources où cet écrivain a puisé ses renseignements. Cette lecture m’a, plus que toute autre, inspiré de la vénération et de l’amour pour nos infortunés pères et m’a beaucoup servi dans la tâche que j’avais entreprise : j’ai voulu simplement populariser par un récit dramatique une histoire dont M. Rameau a groupé tous les éléments avec tant de patience et d’intérêt ; je m’empresse de lui faire hommage du peu de mérite de mon travail.

M. Rameau, par son œuvre, par ses sympathies et par les relations qui ne cessent d’être pour nous utiles et agréables, est devenu un de nos compatriotes ; nous ne pouvons pas assez nous en féliciter. C’est en rencontrant des hommes comme lui que nous sentons disparaître les conséquences du mal arrivé à nos ayeux ; ils nous relient à notre ancienne patrie par les liens de l’intelligence et du cœur, qui sont bien autrement forts que les simples liens politiques.



FIN.