Jeanne/IV

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Chapitre IV
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IV.

L’ORAGE.


Nous avons laissé le jeune baron de Boussac avec la douce Jeanne, sa sœur de lait, la filleule de sa mère, qui s’intitulait aussi la sienne, par suite d’un usage tout local, et de l’idée naïve et affectueuse qu’on ne saurait être adopté par le chef de la famille sans l’être par la famille entière. Ce mot filial, mon parrain, résonnait dans l’oreille de Guillaume, au milieu des hurlements de la tempête, et le concours de circonstances romanesques qui l’avait amené auprès de Jeanne, juste à point pour conjurer les dangers qui la menaçaient, lui causait une sorte de satisfaction généreuse. Il ne regrettait point d’avoir été brusquement interrompu au milieu des plaisirs de son voyage par une si triste aventure. Déjà il rêvait tout un poëme champêtre dans le goût de Goldsmith, et il n’était pas fâché d’en être le héros vertueux et désintéressé.

Mais il manquait encore à ce poëme une héroïne qui comprît son rôle et celui de son protecteur. Jeanne se croyait si peu menacée par les séductions du jeune avocat, qu’elle ne songeait à voir dans le jeune seigneur qu’un personnage respectable, étranger à sa destinée. D’ailleurs, aucun de ces beaux messieurs n’occupait en ce moment les pensées de Jeanne. Elle avait toujours devant les yeux sa mère agonisante, et le sentiment de son isolement la tourmentait moins que la crainte de n’avoir pas assez fait pour adoucir les derniers moments d’un être qui avait été jusque-là l’unique objet de ses affections. Jeanne passait aux champs pour une fille très-bornée, parce qu’elle était chaste et qu’elle avait, à se produire, une répugnance presque sauvage. Elle n’aimait pas la danse, et on ne l’avait jamais vue dans les assemblées, fêtes villageoises où les jeunes paysannes courent étaler leurs charmes et chercher des galants. Sérieuse, assidue au travail, passionnée pour la garde de ses troupeaux, elle allait presque toujours seule la quenouille au côté, dans les endroits les plus déserts, vivant tout le jour d’un morceau de pain noir, et rentrant à la nuit pour s’endormir paisiblement sous l’aile de sa mère.

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Elle allait presque toujours seule. (Page 13.)


La mère Tula et sa sœur, la Grand’Gothe, passaient pour magiciennes, avec cette différence que la mère de Jeanne, aimée et estimée de tout le monde, était regardée comme une savante matrone, et que la tante était réputée sorcière malfaisante. On remarquait que les bêtes de Tula étaient toujours en bon état, qu’elles rentraient toujours à l’étable la mamelle pleine, que les épizooties ne les atteignaient point, et que cette femme si pauvre ayant perdu toutes ses ressources avec son mari et ses fils, trouvait, dans la chétive industrie d’élever un petit troupeau sur le commun, le moyen, très-insuffisant pour les autres, de se préserver des horreurs de la misère. On prétendait, en même temps que la Grand’Gothe, qui ne s’était jamais mariée, et qui vivait ladrement, sans faire aucun commerce apparent, avait des sacs d’écus cachés dans sa paillasse, et que ces richesses lui arrivaient mystérieusement par ses intelligences avec les mauvais esprits. Le paysan voit toujours de mauvais œil son prochain s’enrichir, et, bien qu’il n’ait aucune idée d’économie politique, il a cette notion juste de l’état social, que personne ne profite des chances de la fortune sans que ce soit au détriment de ceux qui n’en profitent pas. Mais ces êtres simples et souffrants, qui ne reçoivent la lumière des choses que par la fièvre de l’imagination, aiment beaucoup mieux attribuer le succès des habiles et des fourbes à des influences occultes qu’à des actions coupables plus faciles à constater. Le paysan procède de l’inconnu pour aller au connu. Il évoque les puissances fantastiques du ciel et de l’enfer, à propos des réalités les plus grossièrement évidentes. Il fait des vœux et des pèlerinages plus païens que catholiques pour sa famille, pour son bœuf et pour son âne, et dédaigne d’avoir recours aux soins de la science ou aux précautions de l’hygiène pour sauver les personnes ou les biens que la vengeance de quelque sorcier ou la colère de quelque mauvais génie menace de traits invisibles.

Aussi, disait-on que la Grand’Gothe ne passait jamais auprès de l’étable de son ennemi sans y jeter quelque sort. Son regard donnait la fièvre, et il n’y avait rien de plus mauvais que de la rencontrer le soir du côté des pierres jomâtres, au lever ou au coucher de la lune. Si cela arrivait la nuit de Noël, à cette heure néfaste où le grand champignon druidique frémit et danse en criant sur les trois pierres qui le portent en équilibre, on était bien sûr de se mettre au lit en rentrant chez soi, et de ne jamais s’en relever. La preuve que la Gothe était une méchante sorcière, c’est que les chèvres des bergères à qui elle parlait souvent tarissaient ; leurs brebis perdaient la laine avant la tondaille, et leurs poulains s’éboitaient en galopant sur les roches, ou se perdaient dans les viviers.

Il y avait pourtant à tous ces prodiges une explication bien naturelle, et que les esprits forts de Toull et des environs, le père Léonard entre autres, donnaient en vain au grand nombre épris du merveilleux. Le troupeau de Jeanne prospérait, parce que Jeanne, n’étant ni coquette ni paresseuse, en avait un soin extrême. Ceux de ses compagnes, lorsqu’elles écoutaient les mauvaises paroles de la Gothe, allaient de mal en pis, parce que la Gothe était fort liée avec certains bourgeois riches et dissolus qui la chargeaient de leurs affaires secrètes et confiaient à sa criminelle expérience des moyens de corruption souvent, hélas ! irrésistibles. C’était là la source des sacs d’écus que la sorcière cachait dans sa paillasse. C’était aussi la cause des maladies et des accidents du bestiau, négligé et souvent abandonné par des gardiennes insouciantes et préoccupées.

Quant à Jeanne, sa beauté s’était développée à l’ombre. Fuyant les plaisirs et n’ayant jamais mis le pied dans une ville, elle était ignorée, et il avait fallu pour la découvrir la vie errante de Marsillat au temps des vacances, son œil de lynx et son goût pour les conquêtes difficiles. La simple fille n’avait pas encore compris pourquoi depuis quinze jours elle avait rencontré, au moins deux fois par semaine, Léon sur son chemin lorsqu’elle ramenait ses troupeaux. Elle le croyait occupé de Claudie seulement, et son instinct chaste lui avait suggéré d’éviter ce couple qui la recherchait, Marsillat trouvant toujours dans sa féconde imagination un prétexte pour diriger ses

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La Grand’Gothe.


promenades sentimentales avec Claudie, vers les lieux où Jeanne devait passer. La réserve craintive et fière qui faisait le caractère apparent de Jeanne ne prenait pourtant pas sa source dans une âme défiante et hautaine ; à voir comment elle avait servi et assisté sa mère depuis qu’elle était au monde, avec quelle abnégation elle lui avait consacré sa vie, avec quelle ferveur elle l’avait soignée nuit et jour jusqu’à sa dernière heure, on aurait deviné qu’il y avait là un cœur capable des plus grands dévouements ; mais, à l’exception de Tula, qui connaissait Jeanne ? qui pouvait la connaître ? Et maintenant qu’elle n’avait plus personne à qui se consacrer, qui pouvait savoir si c’était un être de quelque valeur ou une créature stupide, attachée aux travaux rustiques comme le bœuf l’est à la charrue ? Marsillat ne voyait en elle qu’une vierge aux yeux bleus, blanche comme les lis, taillée comme une statue antique, et bête comme un cygne, c’était son expression. La Grand’Gothe, furieuse de ce qu’elle n’avait encore pu la faire remarquer de personne, voyait enfin dans sa nièce l’objet lucratif des soins du jeune libertin, et pour la déterminer à entrer en qualité de servante dans la famille de Léon, elle se promettait, maintenant que Tula n’était plus entre elles deux, de la persécuter et de la maltraiter.

Quant à Guillaume de Boussac, il ne voyait encore dans Jeanne qu’une beauté de vignette anglaise, tout au plus un sujet de ballade, dans cette pauvre fille envers laquelle il avait des devoirs à remplir. Jeanne était donc, à cette heure de sa vie, une âme perdue dans l’infini de la création intellectuelle, un être ignoré, inaperçu comme ces magnifiques solitudes du Nouveau-Monde qui n’auraient pour ainsi dire jamais existé si elles ne se fussent révélées à un artiste ou à un poète, comme les beautés de ces îles désertes qu’aucun navigateur n’a encore signalées et qui sont réellement comme si elles n’existaient pas.

— Jeanne, dit Guillaume après avoir un peu cherché grâce à quelle forme de langage il pourrait se faire comprendre d’une paysanne, vous m’avez appelé votre parrain, et cela me fait plaisir ; je prends tant d’intérêt à votre malheur, que je voudrais pouvoir au moins vous prouver que vous avez trouvé aujourd’hui un appui.

Jeanne leva sur Guillaume ses beaux yeux rougis par les larmes, et s’efforça de comprendre ce mot d’appui, nouveau en ce sens pour son oreille. Mais les paysans ont l’esprit trop tourné à la métaphore pour ne pas deviner très-vite les expressions figurées. Jeanne comprit, et répondit d’une voix douce, mais avec un accent qui ne marquait ni désir ni espérance : Vous avez bien de la bonté, mon parrain.

— Non, Jeanne, Je n’ai guère de bonté, reprit le jeune baron, puisque j’ai pu oublier si longtemps ma pauvre nourrice.

— Elle ne vous en a jamais voulu, mon parrain, car c’est la vérité de dire qu’elle était bonne ! et Jeanne recommença à pleurer en silence.

— Vous ne serez pas heureuse avec votre tante, n’est-ce pas, Jeanne ?

— C’est comme il plaira au bon Dieu, mon parrain !

— Vous n’avez pas de répugnance à demeurer avec elle ?

— Non, mon parrain, ma tante ne me répugne pas, c’est une femme très-propre.

— Mais elle est d’un caractère difficile ?

— Oh non ! mon parrain, elle n’est pas difficile du tout sur son manger, et d’ailleurs elle fait tout elle-même. »

La simplicité de Jeanne dérangea un peu le roman de Guillaume. Elle lui répondait naturellement, avec la soumission d’un enfant qui ne sait pas pourquoi on l’interroge, mais qui fait un effort pour satisfaire le maître.

« Je l’ennuie, car elle ne me comprend pas, pensa le jeune homme : elle aimerait bien mieux n’être pas distraite de sa douleur. Ne trouverai-je donc pas le chemin de son cœur par quelque manière de dire parfaitement élémentaire ?

— Dites-moi, mon enfant, reprit-il, est-ce que votre mère ne s’inquiétait pas de l’idée de vous laisser seule ?

— Oh si ! mon parrain, répondit Jeanne qui devenait plus volontiers expansive en parlant de sa mère. Elle disait encore ce matin : « La volonté du bon Dieu soit faite ! mais ce qui me fâche le plus de m’en aller, c’est le chagrin que ça va faire à ma Jeanne. » Oh ! elle avait bien raison ! ça fait rudement de peine de perdre sa mère ! Que le bon Dieu vous conserve donc la vôtre, mon parrain ! »

Les expressions de Jeanne étaient bien vulgaires ; mais le son de sa voix suppléait à l’insuffisance de sa parole, et l’accent vrai de son désespoir, joint à la bonté généreuse du sentiment qui la ramenait à s’occuper de l’avenir de son jeune parrain, causèrent à ce dernier un attendrissement profond. Des larmes lui vinrent aux yeux tout à coup, et il répondit d’une voix altérée : Vous êtes bonne, Jeanne ! bien bonne !

— Non, mon parrain, répondit-elle ingénument, c’est vous qui êtes bon de dire ça ! mais, mon parrain, voilà l’eau qui tombe à mort, vous n’avez quasi rien sur le corps, vous prendrez du mal.

— Ne faites pas attention à cela, ma chère enfant.

— Hélas ! mon Dieu, c’est comme ça que ma pauvre mère a pris sa maladie. Elle a voulu venir me chercher aux champs parce qu’il faisait un rude temps comme aujourd’hui, et qu’elle a eu peur que je ne peuve pas passer le rio (le ruisseau) pour rentrer à la maison. Quand elle prenait du souci pour moi, elle ne se connaissait plus, la pauvre âme ! elle m’a trouvée à moitié chemin ; mais elle s’était tant mouillé les pieds jusqu’aux genoux, que le lendemain elle a pris la fièvre.

— Elle a donc été bien mal soignée par les médecins ?

— Oh ! mon parrain, nous n’avons pas appelé de médecin ; nous ne croyons pas à ça, nous autres. Peut-être bien que nous avons tort, et que le médecin y aurait fait quelque chose, mais elle n’en voulait pas seulement entendre parler. Elle nous dit comment il fallait la soigner, et nous avons fait son commandement. Mais ça n’a pas servi !… Allons, mon parrain, faut pas vous mouiller ; faut prendre ma capiche sur votre dos… oh ! elle n’est pas sale, mon parrain ; il n’y a jamais eu de saleté chez nous. Voyez ! si votre mère vous savait dehors par un parieu temps, elle en aurait trop d’ennui.

— Jamais, ma bonne Jeanne ! jamais je ne souffrirai que tu te mouilles à ma place, — et Guillaume replaça sur les épaules de Jeanne la mante de laine grise qu’elle avait déjà ôtée pour l’en couvrir.

— Eh bien, tenez ! mon parrain, puisque vous ne voulez pas, je vas vous mener vite à un endroit où vous serez à l’abri ; dans un moment, ça ne tombera peut-être plus si fort ! et Jeanne coupa en travers de la montagne, jusqu’à une masse de rochers dans laquelle une excavation profonde était pratiquée.

— Prenez garde, mon parrain ! dit Jeanne en lui prenant le bras avec la familiarité la plus chaste et la sollicitude la plus respectueuse : il y a là un puits que vous ne verriez pas, — et elle le conduisit au fond de la grotte, car la pluie chassée par le vent fouettait assez avant dans l’intérieur de cette retraite. Guillaume, exténué de fatigue, — il était à jeun depuis le matin, — s’assit sur un banc pratiqué dans le roc, et Jeanne, trop bien apprise pour s’asseoir à côté de lui, s’appuya sur une grosse pierre un peu plus près de l’entrée, c’est-à-dire dans la lumière qui venait du dehors et qui faisait resplendir sa silhouette sérieuse et douce comme celle d’une madone, tandis que Guillaume, enfoncé dans l’ombre, la contemplait avec admiration.

Dans les premiers moments, cette obscurité de la grotte, ce zèle que Jeanne lui avait montré, cet isolement complet avec une si belle fille, loin de tous les regards, et peut-être aussi cette excitation nerveuse que causent le grand spectacle et les bruits majestueux de l’orage ; enfin un peu de vanité satisfaite à l’idée que l’habile Marsillat eût payé bien cher ce tête-à-tête, et que, sans aucune habileté, il l’avait emporté dans la confiance de Jeanne : toutes ces émotions réunies jetèrent une sorte de fièvre dans le cerveau du jeune baron. Il respectait trop la situation de sa filleule, et la sienne propre, pour ne pas haïr la pensée d’en abuser. Mais il trouvait un secret plaisir à se dire qu’à sa place bien d’autres n’eussent pas été aussi délicats, et tout en caressant en lui-même le sentiment de sa propre vertu, il arrivait à trouver cette vertu plus méritoire qu’il ne l’aurait imaginé une heure auparavant, lorsqu’il descendait la montagne avec l’agaçante Claudie. Jeanne était si différente, si vraiment belle, si candide, et disposée pour lui à un intérêt si doux ! L’imagination du jeune homme travaillait sur ce thème : « Si je voulais lui inspirer un sentiment plus tendre, pourrait-elle s’en défendre dans un pareil moment, et lorsque je lui ferais comprendre que je suis désormais son seul ami en ce monde, son appui nécessaire envoyé vers elle par la Providence ? » Mais, à cette idée de la Providence, Guillaume, né avec un caractère assez faible, mais converti à l’envie d’être grand par le christianisme romantique de l’époque, craignait de devenir sacrilège en invoquant le ciel pour justifier ses agitations involontaires ; et il se taisait, regardant toujours Jeanne à la lueur des éclairs.

De son côté pourtant, Jeanne ne songeait guère à se préserver d’un danger qu’elle ne concevait même pas ; et, retombant sur elle-même, elle s’était remise à pleurer. C’était un pleurer silencieux et résigné qui ne cherchait ni à se contenir ni à se montrer. Habituée à une vie solitaire, dès que la bergère toulloise ne se sentait pas nécessaire aux autres, elle avait coutume d’oublier leur présence, et de se perdre dans ses pensées. Mais quelles pouvaient être les pensées d’un enfant de la nature, qui n’avait pas appris à lire, et dont l’intelligence (si tant est qu’elle en eût) n’avait reçu aucune espèce de culture ?

Guillaume se le demandait précisément, en la voyant rester dans la même attitude, les yeux fixés sur l’horizon embrasé par la foudre… Et nous nous sommes fait souvent la même question nous-même, en regardant quelque bergère aux traits nobles, ou quelque sévère matrone filant gravement sa quenouille des heures entières au coin d’un pré. Qui peut nous révéler le mode d’existence de ces âmes si peu développées ? À quoi pense le laboureur qui creuse patiemment son sillon monotone ? À quoi pense le bœuf qui rumine couché dans l’herbe, et la cavale étonnée qui vous examine par-dessus le buisson ? Est-ce donc la même vie qui circule lentement dans les veines de l’homme et dans celles de l’animal attaché au travail de la terre ? L’ingrate Rhéa frappe-t-elle de stupidité ses enfants et ses serviteurs ?

Il nous a fallu beaucoup respirer l’air des champs et veiller bien des soirs autour du foyer rustique pour comprendre cette suite de rêveries qui remplace dans le cerveau du paysan le travail de la méditation, et qui fait de sa veille, comme de son sommeil, une sorte d’extase tranquille, où les images se succèdent avec rapidité, merveilleuses, terribles ou riantes. C’est la même activité, la même poésie et la même impuissance que l’effort de l’enfant à dégager l’inconnu de son existence du voile qui la couvre. C’est le génie des songes s’agitant dans le vaste et faible cerveau de l’Hercule gaulois.

Jeanne pensait à sa mère dans cet instant, et sa rêverie douloureuse la promenait dans tous les souvenirs de ce passé dont elle ne pouvait plus sortir. Ses sanglots ne remplissaient pas la grotte ; mais les mystérieux échos de ce lieu sonore répétaient de minute en minute un faible soupir de sa poitrine oppressée, auquel répondait, plus mystérieusement encore, le bruit d’une goutte d’eau qui se détachait à intervalles réguliers de la voûte humide pour tomber dans la source invisible.

Ce silence éloquent attendrissait de plus en plus Guillaume, et il ne songeait plus à le rompre. Mais il se trouva, sans savoir comment, assis auprès de Jeanne, et sa main sur la sienne.

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