Jim l’Indien/4

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A. Degorce-Cadot (p. 61-78).

CHAPITRE IV

croquis, bouleversements, aventures


Dans la maison du Settler, personne, excepté Halleck, n’avait aperçu la lueur nocturne de l’incendie. Il se garda bien d’en parler, estimant judicieusement que cette nouvelle ne servirait qu’à fournir un thème inépuisable aux propos désobligeants sur les pauvres sauvages ; il s’assura donc un secret triomphe en gardant le silence.

La matinée suivante fut admirable tiède, transparente ; une de ces splendides journées où il fait bon vivre !

Halleck décida qu’il passerait sa matinée à croquer les paysages environnants, et il invita Maria et Maggie à lui servir de guides dans son excursion. Mais mistress Brainerd, pour diverses nécessités du ménage, jugea convenable de retenir sa fille à la maison ; le nombre des touristes se trouva donc réduit à deux.

Personne, mieux que miss Allondale, ne pouvait servir de cicerone à l’artiste ; pendant son séjour d’été elle avait parcouru le pays en tous sens, ne négligeant pas un bosquet, pas une clairière. Elle avait fait connaissance avec les plus beaux sites, et dans sa mémoire elle conservait comme dans un musée vivant, une collection admirable de points de vue.

— Et maintenant, très-excellent Sir, dit-elle une fois en route, quel genre de beauté pittoresque faut-il offrir à votre crayon habile ?

— Tout ce qui se présentera.

— Et vous pensez accomplir cette tâche aujourd’hui ?

— Oh non ! Il me faudra des semaines, des mois peut-être.

— Cependant je désirerais connaître vos préférences.

— Peu m’importe. Je me réjouis de m’en rapporter à votre choix.

— Tenez ! voici une perle de lac, un vrai bijou, qui scintille là-bas au pied des paisibles collines : il est à demi caché par un rideau de nobles sapins qui se mêlent harmonieusement aux bouleaux argentés. C’est tout petit, tout mignon ; mais j’ai souvent désiré de posséder vos crayons pour reproduire ce merveilleux coin du désert.

— Allons-y !

Tous deux se dirigèrent au nord, vers le lac Witta-Chaw-Tah. Ils marchaient dans une prairie moussue, dans les hautes herbes de laquelle dormaient de grands arbres couchés comme des géants sur un lit de velours vert : plus loin se présentèrent de gracieuses collines en rocailles jaunes, grises, bronzées, chatoyantes des admirables reflets que fournit le règne minéral : au milieu de tout cela, des fleurs inconnues, des plantes merveilleuses aux feuillages dorés, diamantés, des arbrisseaux bizarres, des senteurs divines, des harmonies célestes murmurées par la nature joyeuse.

Ils arrivèrent au lac ; c’était bien, comme l’avait dit Maria, une perle enchâssée dans la solitude. Tout au fond, formant le dernier plan, s’élevait un entassement titanique de roches amoncelées dans une majestueuse horreur. Leur aspect sévère était adouci par un déluge de petites cascades mousseuses et frétillantes qui sillonnaient toutes les faces rudes, grimaçantes, froncées de ces géants de granit. Des touffes d’herbes sauvages, de guirlandes folles, de lianes capricieuses, s’épanouissaient dans les creux, sur les saillies, autour des corniches naturelles ; des fleurs gigantesques, sorties du fond des eaux, montaient le long des pentes abruptes que décoraient leurs immenses pétales de pourpre ou d’azur.

À droite, à gauche, des forêts profondes, silencieuses, incommensurables ; des déserts feuillus, enguirlandés, mystérieux, pleins d’ombres bleues, de rayons d’or, de murmures inouïs !

Le lac, plus pur, plus uni qu’une opulente glace de Venise ; le lac, transparent comme l’air, dormait dans son palais sauvage, sans une ride, sans une vague à sa surface d’émeraude bleuissante.

Quelques grands oiseaux, fendant l’air avec leurs ailes à reflets d’acier, planaient au-dessus des eaux, dont le miroir profond renvoyait leur image.

Halleck poussa des rugissements de joie.

— Je vous le dis, en vérité, aucun pays du monde, pas même la Suisse, ou l’Italie ne sauraient approcher d’une sublimité pareille. Cependant il y manque un élément, la vie ; sans cela le paysage est mort.

Maria lui montra du doigt les oiseaux qui tournoyaient sur leurs têtes.

— Non, ce n’est pas assez. Il me faudrait autre chose encore, plus en harmonie avec ces grandeurs sauvages. Nous pourrions bien y figurer nous-mêmes ; mais nous n’y sommes que des intrus,… et pourtant, il me faut de la vie là-dedans !… un daim se désaltérant au cristal des eaux ; un ours grizzly contemplant d’un air philosophe les splendeurs qui l’entourent ; ou bien…

— Un Indien sauvage, pagayant son canot ?

— Oui, mieux que tout le reste ! Là, un vrai Sioux, peint en guerre, furieux, redoutable ! ce serait le comble de mes désirs.

— Bah ! qui vous empêche d’en mettre un ?… Je suis sûre que vous en avez l’imagination si bien pénétrée, que la chose sera facile à votre crayon.

— Sans doute, sans nul doute ; mais, vous le savez, chère Maria, rien ne vaut la réalité.

— Mon cousin, je crois que vous avez une chance ébourrifante ! Si je ne me trompe, voilà là-bas un canot indien. Sa position, à vrai dire, n’est guère favorable pour être dessinée.

En même temps, Maria montra du doigt, un coin du lac hérissé d’un gros buisson de ronces qui faisaient voûte au-dessus de l’eau. Dans l’ombre portée par cet abri, apparaissait d’une façon indécise, un objet qui pouvait être également une pierre, le bout d’un tronc d’arbre, ou l’avant d’un canot.

Si l’œil exercé d’un chasseur avait reconnu là un esquif, il aurait constaté aussi que son attitude annonçait la secrète intention de se cacher, comme si le Sauvage qui s’en servait eût cherché à se dérober aux regards. Mais, quelle raison mystérieuse aurait pu dicter cette conduite ?… Et quel chasseur ou Settler aurait eu l’idée de concevoir quelque inquiétude à l’apparition de cette frêle embarcation ?

Quoiqu’il en soit, il fallut plusieurs minutes à l’artiste pour distinguer l’objet que lui indiquait sa vigilante compagne ; lorsqu’enfin il l’eût aperçue, sa forme et sa tournure répondirent si peu aux idées préconçues du jeune homme qu’il ne put se décider à y voir un canot.

— Mais je suis sûre, moi ; insista Maria : j’en ai vu plusieurs fois déjà ; il est impossible que je me trompe. Je vois dans ce canot un fac-similé exact de ceux que Darley a si bien dessinés dans ses illustrations de Cooper. Vous êtes donc forcé de convenir que vos amis ont de meilleurs yeux que vous.

— Mais où est son propriétaire, l’Indien lui-même ? Nous ne pouvons guère tarder de le voir ?

— Il est sans doute à rôder par là dans les bois. Adolphe ! s’écria soudain la jeune fille ; savez-vous que nous ne sommes pas seuls !

— Eh bien ! quoi ? répliqua vivement Halleck, ne sachant ce qu’elle voulait dire.

— Regardez à une centaine de pas vers l’ouest de ce canot ; vous me direz ensuite s’il vous manque l’élément de vie, comme vous dites.

— Tiens ! tiens ! voilà un gaillard qui en prend à son aise, sur ma vie ! Eh ! qui pourrait le blâmer d’avoir choisi une aussi ravissante retraite pour se livrer aux délices de la pêche ?

Nos deux touristes étaient fort surpris de ne l’avoir pas vu tout d’abord. Il était en pleine vue, assis sur un roc avancé ; les pieds pendants ; les coudes sur les genoux ; le corps penché en avant, dans l’attitude des pécheurs de profession. Sa contenance annonçait une attention profonde, toute concentrée sur la ligne dont il venait de lancer l’hameçon dans le lac après l’avoir balancé au-dessus de sa tête.

L’artiste commença à dessiner ; Maria choisit une place d’où elle pouvait facilement suivre les progrès du travail. Tout en faisant voltiger à droite et à gauche son crayon docile, Halleck jasait gaîment et entretenait la conversation avec une verve intarissable. Peu à peu les traits se multipliaient, l’esquisse prenait une forme.

— Si seulement nous avions à portée l’homme-rouge, observa-t-il, je le croquerais en détail. Mais, j’y pense, nous pouvons nous procurer cette jubilation ; je vais d’abord placer, dans mon ébauche, le canot bien en vue, j’y dessinerai ensuite l’Indien maniant l’aviron, lorsque nous serons parvenus à nous rapprocher de ce pêcheur.

— Assurément voilà un homme bien paisible et bien occupé ; il a l’air de poser pour son portrait. Croyez-vous qu’il se soit aperçu de notre présence ?

— Sans nul doute, car nous sommes aussi fièrement en vue ; cependant j’affirmerais que son poisson le préoccupe beaucoup plus que nous. Tenez ! il a levé la tête et nous a regardés. Ah ! le voilà qui regarde en bas : il vient d’enlever quelque chose au bout de sa ligne.

— Chut ! fit Maria vivement : regardez encore ce canot là-bas. Ne voyez-vous pas, au-dessus, quelque chose comme le plumage brillant d’un oiseau ?

— Je ne puis m’occuper que de mon dessin ; je n’ai pas de temps à perdre en babioles, et il faut que je travaille maintenant que me voilà en train.

— Mais regardez donc, insista la jeune fille, vous verrez quelque chose qui vous intéressera ; je suis sûre maintenant qu’il y a là une tête d’Indien.

L’artiste se décida enfin à jeter les yeux dans la direction indiquée : il daigna même admettre qu’il voyait quelque chose d’extraordinaire dans ce buisson.

— Oui, murmura-t-il, c’est bien la touffe de chevelure ornée que portent les guerriers sauvages ; c’est leur panache bariolé de plumes éclatantes.

Pendant qu’il parlait, le Sauvage surgit entièrement hors des broussailles, faisant voir son corps peint en guerre ; presque aussitôt il disparut.

— Ah ! en voilà plus que vous ne demandiez ! observa Maria ; votre élément de vie a fait apparition, le cadre est complet.

— Je me déclare satisfait, réellement.

— Vraiment ! je regrette que Maggie ne soit pas venue avec nous. Combien elle se serait réjouie de ce spectacle enchanteur ! je suis bien désolée de son absence.

— Et moi aussi : savez-vous, Maria, qu’elle m’a surpris et charmé bien agréablement hier soir ; elle a une distinction et une intelligence qu’envieraient nos plus belles dames des cités civilisées : je vous assure qu’elle a fait impression sur moi.

— Cela ne m’étonne pas ; elle mérite l’estime et l’amitié de chacun : c’est le plus noble cœur que je connaisse ; honnête, pure, modeste, sincère, elle a toutes les qualités les plus adorables.

L’artiste, tout en continuant de promener son crayon sur le papier, leva les yeux sur sa cousine qui était assise devant lui, un peu sur la droite. Elle considérait le lac, et ne s’aperçut pas du regard furtif d’Halleck. Ce dernier laissa apparaître sur ses lèvres un singulier sourire qui passa comme un éclair, puis il se remit silencieusement à l’ouvrage.

— Elle paraît être l’enfant gâtée de l’oncle John, reprit-il au bout de quelques instants ; je suppose que cette faveur lui revient de droit, comme à la plus jeune ?

— Mais non, c’est à cause de son charmant naturel. Adolphe, remarquez-vous l’immobilité extraordinaire de ce pêcheur ?

Les deux jeunes gens s’amusèrent à regarder cet individu qui, en effet, paraissait identifié avec le roc sur lequel il était assis. Tout à coup il fit un bond en avant, tête baissée, et tomba lourdement dans l’eau, avec un fracas horrible. En même temps les échos répétaient la détonation d’un coup de feu ; et une guirlande de fumée qui planait au-dessus d’un roc peu éloigné trahissait le lieu où était posté le meurtrier.

Un silence de mort suivit cette péripétie sanglante : Halleck et Maria s’entreregardèrent terrifiés. Le jeune artiste ne tarda pas à reprendre son sang-froid.

— Mon opinion, cousine, est que nous ferons mieux de terminer nos dessins un autre jour, dit-il de son ton tranquille, tout en repliant son portefeuille méthodiquement.

— Ah ! mon Dieu ! s’écria Maria avec terreur, vous ne savez pas,… non, vous ne savez pas quels dangers nous menacent !

Ces mots étaient à peine prononcés qu’un second et un troisième coup de feu cinglèrent l’air ; des balles sifflèrent à leurs oreilles, indiquant d’une façon beaucoup trop intelligible que cette dangereuse conversation s’adressait à eux.

— Que l’enfer les confonde ! grommela Halleck : ce sont quelques renégats qui déshonorent leur race.

Il s’arrêta court, Maria venait de le saisir convulsivement par le bras pour lui faire voir ce qui se passait au bord du lac. Trois Indiens, bondissant et courant comme des cerfs, accouraient rapidement. Adolphe, malgré tout son sang-froid, ne pût se dissimuler qu’il fallait prendre un parti prompt et décisif.

— Soyez courageuse, ma chère Maria, lui dit-il en la prenant par la main, et venez vite.

Puis il l’entraîna vers le fourré, en sautant de rocher en rocher. La jeune fille s’apercevant qu’il avait l’intention de fuir tout d’une traite jusqu’à la maison, lui dit, toute essoufflée :

— Jamais nous ne pourrons nous échapper en courant ; il vaut mieux nous cacher.

Adolphe regarda hâtivement autour de lui, et avisa un vaste tronc d’arbre creux enseveli dans un buisson inextricable.

— Vite, là-dedans ! dit-il à sa cousine ; cachez-vous vite ! Les voilà, ces damnés coquins !

— Et vous ? qu’allez-vous faire ? lui demanda-t-elle en le voyant rester dehors.

— Je vais chercher une autre cachette, répondit-il ; il ne faut pas nous cacher tous deux dans le même terrier, nous serions découverts en trois minutes. Cachez-vous bien, restez immobile, et ne bougez d’ici que lorsque je viendrai vous chercher.

Halleck tourna lestement sur ses talons, enfonça son chapeau sur ses yeux, et, ainsi qu’il le raconta lui-même plus tard, « se mit à courir comme jamais homme ne l’avait fait jusqu’alors. » Une longue et constante pratique des exercices gymnastiques l’avait rendu nerveux et agile à la course.

Mais ses muscles n’étaient point encore au niveau de ceux de ses ennemis rouges, car à peine avait-il fait cent pas, qu’un Indien énorme, la tomahawk levé, était sur ses talons : avec un hurlement féroce, il se lança sur Halleck.

— Inutile de discuter avec toi, mon coquin ! pensa l’artiste.

Sur-le-champ, il prit son révolver au poing et le dirigea sur son adversaire. Du premier coup il lui envoya une balle dans l’épaule : il lâcha successivement quatre autres coups, mais sans l’atteindre ; les deux derniers ratèrent.

Soudainement la pensée vint à Halleck, qu’il n’avait plus qu’une charge disponible, et il suspendit son feu pour ne plus tirer qu’à coup sûr.

L’entrée en scène du révolver avait eu pourtant un résultat : l’Indien s’était arrêté à quelques pas : mais aussitôt qu’il s’était aperçu que l’arme avait raté, il lança furieusement son tomahawk à la tête de l’artiste. Si ce dernier n’eût trébuché fort à propos sur une pierre, évidemment le projectile meurtrier lui aurait fendu le crâne. Se relevant de toute sa hauteur, Halleck brandit son pistolet et l’envoya dans la figure bronzée de l’Indien avec tant de force et de précision, qu’il lui cassa une douzaine de dents et lui déchira les lèvres.

L’Indien bondit en poussant un rugissement de bête fauve ; mais il fut reçu par un foudroyant coup de pied dans les côtes qui l’envoya rouler sur les cailloux.

La boxe pédestre aussi bien que manuelle, n’avait aucun mystère pour Halleck, et sur ce terrain il était maître de son ennemi : sa seule crainte était de le voir employer quelque nouvelle arme, car l’artiste n’avait plus que ses pieds et ses poings.

Aussi, ce fut avec un vif déplaisir qu’Adolphe le vit extraire du fourreau un couteau énorme, puis se diriger sur lui avec précaution.

Néanmoins, l’artiste, n’ayant pas le choix de mieux faire, se préparait à une lutte corps à corps, lorsqu’il entendit s’approcher les deux camarades du bandit. Une pareille rencontre devait être trop inégale pour qu’Halleck s’y engageât autrement qu’à la dernière nécessité. Aussi, réfléchissant que ses jambes s’étaient reposées, et qu’elles étaient admirablement prêtes à fonctionner, il s’élança plus prestement qu’un lièvre et se mit à courir.

Inutile de dire que son adversaire acharné se précipita à sa poursuite : cette fois l’artiste avait si bien pris son élan que l’Indien fut distancé pendant quelques secondes. Toutefois l’avance gagnée par Halleck fut bientôt reperdue : ce qui ne l’empêcha pas de prendre son temps pour raffermir sous le bras son portefeuille, dont, avec une ténacité rare, il n’avait pas voulu se dessaisir : on aurait pu croire qu’il le conservait comme un talisman pour une occasion suprême.

Au bout de quelques pas il entendit craquer les broussailles sous les pas du Sauvage : son approche était d’autant plus dangereuse qu’il avait retrouvé son tomahawk.

Craignant toujours de recevoir, par derrière, un coup mortel, Halleck se retournait fréquemment. Cet exercice rétrospectif lui devint funeste, il se heurta contre une racine d’arbre et roula rudement sur le sol la tête la première.

Le Sauvage était si près de lui, que sans pouvoir retenir son élan, il culbuta sur le corps étendu de l’artiste. Halleck se releva d’un bond, recula de trois pas, et voyant que l’heure d’une lutte suprême était arrivée, il se prépara à vaincre ou mourir : l’Indien, de son côté, allongea le bras pour le frapper.

Il n’y avait plus qu’une seconde d’existence pour Halleck, lorsque la détonation aigüe d’un rifle rompit le silence de la solitude ; le Sioux fit un saut convulsif et retomba mort aux pieds du jeune homme.

Ce dernier jeta un rapide regard autour de lui pour tâcher de découvrir quel était le Sauveur survenu si fort à propos : il ne vit rien et ne parvint même pas à deviner de quel côté était parti le coup de feu.

La première pensée de l’artiste fut que la balle lui était destinée, et s’était trompée d’adresse : mais quelques instants de réflexion le firent changer d’avis.

Cependant, songeant aussitôt que les autres Indiens devaient approcher, il sonda anxieusement les alentours. Rien ne se montra, la solitude était rendue à son profond silence.

Après s’être convaincu, par une longue attente, que tout adversaire avait disparu, Halleck tira ses crayons, ouvrit philosophiquement son fameux portefeuille, et murmura, en cherchant une page blanche :

— Si cette balle n’avait pas si bien été ajustée, j’aurais dû imiter Parrhaseus ; heureusement il ne s’agit plus de cela, je me garderai bien de laisser échapper la plus sublime occasion de faire un croquis magistral.

Sur ce propos, il se prépara à enrichir son album d’une étude sur l’Indien mort devant lui.