Joseph Balsamo/Chapitre XIII

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Michel Lévy frères (1p. 149-158).

Philippe de Taverney, chevalier de la Maison-Rouge, ne ressemblait point à sa sœur, quoiqu’il fut aussi beau comme homme qu’elle était belle comme femme. En effet, des yeux d’une expression douce et fière, une coupe irréprochable de visage, d’admirables mains, un pied de femme et la taille la mieux prise du monde en faisaient un charmant cavalier.

Comme tous les esprits distingués qui se trouvent gênés dans la vie, telle que la leur fait le monde, Philippe était triste sans être sombre. C’est à cette tristesse peut-être qu’il devait sa douceur, car, sans cette tristesse accidentelle, il eût été naturellement impérieux, superbe et peu communicatif. Le besoin de vivre avec tous les pauvres, ses égaux de fait, comme avec tous les riches, ses égaux de droit, assouplissait une nature que le ciel avait créée rude, dominatrice et susceptible ; il y a toujours un peu de dédain dans la mansuétude du lion.

Philippe avait à peine embrassé son père, qu’Andrée, arrachée à sa torpeur magnétique par la secousse de cet heureux événement, vint, comme nous l’avons dit, se jeter au cou du jeune homme.

Cette action était accompagnée de sanglots qui révélaient toute l’importance que donnait à cette réunion le cœur de la chaste enfant.

Philippe prit la main d’Andrée et celle de son père et les entraîna tous deux dans le salon, où ils se trouvèrent seuls.

— Vous êtes incrédule, mon père, tu es surprise, ma sœur, dit-il, après les avoir fait asseoir tous deux à ses côtés. Cependant rien n’est plus vrai ; encore quelques instants et madame la dauphine sera dans notre pauvre demeure.

— Il faut l’en empêcher à tout prix, ventrebleu ! s’écria le baron ; mais s’il arrivait une pareille chose nous serions déshonores à jamais ! Si c’est ici que madame la dauphine vient chercher un échantillon de la noblesse de France, je la plains. Mais par quel hasard, dis-moi, a-t-elle été justement choisir ma maison ?

— Oh ! c’est toute une histoire, mon père.

— Une histoire ! répéta Andrée, raconte-nous-la.

— Oui, une histoire, qui ferait bénir Dieu à ceux qui oublieraient qu’il est notre sauveur et notre père.

Le baron allongea les lèvres en homme qui doute que l’arbitre souverain des hommes et des choses ait daigné abaisser ses yeux vers lui et se mêler de ses affaires.

Andrée voyant que Philippe était joyeux, ne doutait de rien, elle, et lui serrait la main pour le remercier de la nouvelle qu’il apportait et du bonheur qu’il paraissait éprouver, en murmurant :

— Mon frère ! mon bon frère !

— Mon frère ! mon bon frère ! répétait le baron ; elle a, ma foi, l’air satisfait de ce qui nous arrive.

— Mais vous voyez bien, mon père, que Philippe semble heureux.

— Parce que monsieur Philippe est un enthousiaste ; mais moi qui, heureusement ou malheureusement, pèse les choses, dit Taverney en jetant un coup d’œil attristé sur l’ameublement de son salon, je ne vois rien dans tout cela de bien riant.

— Vous en jugerez autrement tout à l’heure, mon père, dit le jeune homme, quand je vous aurai raconté ce qui m’est arrivé.

— Raconte donc alors, grommela le vieillard.

— Oui, oui, raconte Philippe, dit Andrée.

— Eh bien ! j’étais, comme vous le savez, en garnison à Strasbourg. Or, vous savez que c’est par Strasbourg que la dauphine a fait son entrée.

— Est-ce qu’on sait quelque chose dans cette tanière ? dit Taverney.

— Tu dis donc, cher frère, que c’est par Strasbourg que la dauphine…

— Oui, nous attendions depuis le matin sur le glacis, il pleuvait à verse, nos habits ruisselaient d’eau. On n’avait aucune nouvelle bien certaine de l’heure positive à laquelle arrivait madame la dauphine. Mon major m’envoya en reconnaissance au-devant du cortège Je fis une lieue à peu près. Tout à coup, au détour d’un chemin, je me trouvai face à face avec les premiers cavaliers de l’escorte. J’échangeai quelques paroles avec eux ; ils précédaient Son Altesse Royale, qui passa la tête par la portière et demanda qui j’étais.

« Il paraît qu’on me rappela ; mais, pressé d’aller porter une réponse affirmative à celui qui m’avait envoyé, j’étais déjà reparti au galop. La fatigue d’une faction de six heures avait disparu comme par enchantement.

— Et madame la dauphine ? demanda Andrée.

— Elle est jeune comme toi, elle est belle comme tous les anges, dit le chevalier.

— Dis donc, Philippe ?… dit le baron en hésitant.

— Eh bien, mon père ?

— Madame la dauphine ne ressemble-t-elle point à quelqu’un que tu connais ?

— Que je connais, moi ?

— Oui.

— Personne ne peut ressembler à madame la dauphine ! s’écria le jeune homme avec enthousiasme.

— Cherche.

Philippe chercha.

— Non, dit-il.

— Voyons… à Nicole, par exemple ?

— Oh ! c’est étrange ! s’écria Philippe surpris. Oui, Nicole en effet a quelque chose de l’illustre voyageuse. Oh ! mais, c’est si loin d’elle, si au-dessous d’elle ! Mais d’où avez-vous pu savoir cela, mon père ?

— Je le tiens d’un sorcier, ma foi.

— D’un sorcier ? dit Philippe étonné.

— Oui, lequel m’avait en même temps prédit ta venue.

— L’étranger ? demanda timidement Andrée.

— L’étranger, est-ce cet homme qui était près de vous quand je suis arrivé, monsieur, et qui s’est discrètement retiré à mon approche ?

— Justement ; mais achève ton récit, Philippe, achève.

— Peut-être vaudrait-il mieux faire quelques préparatifs, dit Andrée.

Mais le baron la retint par la main.

— Plus vous préparerez, plus nous serons ridicules, dit-il. Continuez, Philippe, continuez.

— J’y suis, mon père. Je revins donc à Strasbourg, je m’acquittai de mon message ; on prévint le gouverneur, M. de Stainville, qui accourut aussitôt. Comme le gouverneur, prévenu par un messager, arrivait sur le glacis, on battait au champ, le cortège commença de paraître et nous courûmes à la porte de Kehl. J’étais près du gouverneur.

— M. de Stainville, dit le baron ; mais attends donc, j’ai connu un Stainville, moi…

— Beau-frère du ministre, de monsieur de Choiseul.

— C’est cela ; continue, continue, dit le baron.

— Madame la dauphine, qui est jeune, aime sans doute les jeunes visages, car elle écouta distraitement les compliments de M. le gouverneur, et, fixant les yeux sur moi qui m’étais reculé par respect :

« — N’est-ce pas Monsieur, demanda-t-elle en me montrant, qui a été envoyé au-devant de moi ?

« — Oui, madame, répondit M. de Stainville.

« — Approchez, monsieur, dit-elle.

« Je m’approchai.

« — Comment vous nomme-t-on ? demanda madame la dauphine d’une voix charmante.

« — Le chevalier Taverney-Maison-Rouge, répondis-je en balbutiant.

« — Prenez ce nom sur vos tablettes, ma chère, dit madame la dauphine en s’adressant à une vieille dame que j’ai su depuis être la comtesse de Langershausen, sa gouvernante, et qui écrivit effectivement mon nom sur son agenda.

« Puis, se tournant vers moi :

« — Ah ! monsieur, dit-elle, dans quel état vous a mis cet affreux temps ! En vérité, je me fais de grands reproches quand je songe que c’est pour moi que vous avez tant souffert.

— Que c’est bon à madame la dauphine, et quelles charmantes paroles ! s’écria Andrée en joignant les mains.

— Aussi je les ai retenues mot pour mot, dit Philippe, avec l’intonation, l’air du visage qui les accompagnaient, tout, tout, tout !

— Très bien ! très bien ! murmura le baron avec un singulier sourire dans lequel on pouvait lire à la fois et la fatuité paternelle et la mauvaise opinion qu’il avait des femmes et même des reines. Bien, continuez, Philippe.

— Que répondites-vous ? demanda Andrée.

« — Je ne répondis rien ; je m’inclinai jusqu’à terre, et madame la dauphine passa.

— Comment ! vous n’avez rien répondu ? s’écria le baron.

— Je n’avais plus de voix, mon père. Toute ma vie s’était retirée en mon cœur, que je sentais battre avec violence.

— Du diable si à votre âge, quand je fus présenté à la princesse Leczinska, je ne trouvai rien à dire !

— Vous avez beaucoup d’esprit, vous, monsieur, répondit Philippe en s’inclinant.

Andrée lui serra la main.

— Je profitai du départ de Son Altesse, continua Philippe, pour retourner à mon logis et y faire une nouvelle toilette, car j’étais effectivement trempé d’eau et souillé de boue à faire pitié.

— Pauvre frère ! murmura Andrée.

— Cependant, continua Philippe, madame la dauphine était arrivée à l’hôtel de ville et recevait les félicitations des habitants. Les félicitations épuisées, on vint la prévenir qu’elle était servie, et elle se mit à table.

« Un de mes amis, le major du régiment, le même qui m’avait envoyé au-devant de Son Altesse, m’a assuré que la princesse regarda plusieurs fois autour d’elle, cherchant dans les rangs des officiers qui assistaient à son dîner.

« — Je ne vois pas, dit Son Altesse, après une investigation pareille renouvelée inutilement deux ou trois fois, je ne vois pas le jeune officier qui a été envoyé au-devant de moi ce matin. Ne lui a-t-on pas dit que je désirais le remercier ?

« Le major s’avança.

« — Madame, dit-il, monsieur le lieutenant de Taverney a dû rentrer chez lui pour changer de vêtements et se présenter ensuite d’une façon plus convenable devant Votre Altesse Royale.

« Un instant après je rentrai.

« Je n’étais pas depuis cinq minutes dans la salle que madame la dauphine m’aperçut.

« Elle me fit signe de venir à elle, je m’approchai.

« — Monsieur, me dit-elle, auriez-vous quelque répugnance à me suivre à Paris ?

« — Oh ! madame ! m’écriai-je, tout au contraire, et ce serait pour moi un suprême bonheur ; mais je suis au service, en garnison à Strasbourg, et…

« — Et…

« — C’est vous dire, madame, que mon désir seul est à moi.

« — De qui dépendez-vous ?

« — Du gouverneur militaire.

« — Bien… J’arrangerai cela avec lui.

« Elle me fit un signe de la main, et je me retirai.

« Le soir, elle s’approcha du gouverneur.

« — Monsieur, lui dit-elle, j’ai un caprice à satisfaire.

« — Dites ce caprice, et ce sera un ordre pour moi, madame.

« — J’ai eu tort de dire un caprice à satisfaire ; c’est un vœu à accomplir.

« — La chose ne m’en sera que plus sacrée… Dites, madame.

« — Eh bien ! j’ai fait vœu d’attacher à mon service le premier Français, quel qu’il fût, que je rencontrerais en mettant le pied sur la terre de France, et de faire son bonheur et celui de sa famille, si toutefois il est au pouvoir des princes de faire le bonheur de quelqu’un.

« — Les princes sont les représentants de Dieu sur la terre. Et quelle est la personne qui a eu le bonheur d’être rencontrée la première par Votre Altesse ?

« — M. de Taverney-Maison-Rouge, le jeune lieutenant qui a été vous prévenir de mon arrivée.

« — Nous allons tous être jaloux de M. de Taverney, madame, dit le gouverneur ; mais nous ne troublerons pas le bonheur qui lui est réservé ; il est retenu par sa consigne, mais nous lèverons sa consigne ; il est lié par son engagement, mais nous briserons son engagement ; il partira en même temps que Votre Altesse Royale.

« En effet, le jour même où la voiture de Son Altesse quittait Strasbourg, je reçus l’ordre de monter à cheval et de l’accompagner. Depuis ce moment, je n’ai pas quitté la portière de son carrosse.

— Eh ! eh ! fit le baron avec son même sourire, eh ! eh ! ce serait singulier ; mais ce n’est pas impossible !

— Quoi, mon père ? dit naïvement le jeune homme.

— Oh ! je m’entends, dit le baron, je m’entends, eh ! eh !

— Mais, cher frère, dit Andrée, je ne vois pas encore comment, au milieu de tout cela, madame la dauphine a pu venir à Taverney ?

— Attends ; c’était hier soir, vers onze heures, nous arrivâmes à Nancy, et nous traversâmes la ville aux flambeaux. La dauphine m’appela.

« — Monsieur de Taverney, dit-elle, pressez l’escorte.

« Je fis signe que la dauphine désirait aller plus vite.

« — Je veux partir demain de bon matin, ajouta la dauphine.

« — Votre Altesse désire faire demain une longue étape ? demandai-je.

« — Non, mais je désire m’arrêter en route.

« Quelque chose comme un pressentiment me troubla le cœur à ces mots.

« — En route ? répétai-je.

« — Oui, dit Son Altesse Royale.

« Je me tus.

« — Vous ne devinez pas où je veux m’arrêter ? demanda-t-elle en souriant.

« — Non, madame.

« — Je veux m’arrêter à Taverney.

« — Pour quoi faire ? mon Dieu ! m’écriai-je.

« — Pour voir votre père et votre sœur.

« — Mon père ! ma sœur !… Comment Votre Altesse Royale sait…

« — Je me suis informée, dit-elle, et j’ai appris qu’ils habitaient à deux cents pas de la route que nous suivons. Vous donnerez l’ordre qu’on arrête à Taverney.

« La sueur me monta au front, et je me hâtai de dire à Son Altesse Royale, avec un tremblement que vous comprenez :

« — Madame, la maison de mon père n’est pas digne de recevoir une si grande princesse que vous êtes.

« — Pourquoi cela ? demanda Son Altesse Royale.

« — Nous sommes pauvres, madame.

« — Tant mieux, dit-elle, l’accueil n’en sera, j’en suis certaine, que plus cordial et plus simple. Il y a bien, si pauvre que soit Taverney, une tasse de lait pour une amie qui désire oublier un instant qu’elle est archiduchesse d’Autriche et dauphine de France ?

« — Oh ! madame ! répondis-je en m’inclinant.

« Ce fut tout. Le respect m’empêchait d’en dire davantage.

« J’espérais que Son Altesse Royale oublierait ce projet, ou que sa fantaisie se dissiperait ce matin avec l’air vif de la route, mais il n’en fut rien. Au relais de Pont-à-Mousson, Son Altesse me demanda si nous approchions de Taverney et je fus forcé de répondre que nous n’en étions plus qu’à trois lieues.

— Maladroit ! s’écria le baron.

— Hélas ! on eût dit que la dauphine devinait mon embarras : « Ne craignez rien, me dit-elle, mon séjour ne sera pas long ; mais puisque vous me menacez d’un accueil qui me fera souffrir, nous serons quittes, car moi aussi je vous ai fait souffrir à mon entrée à Strasbourg. » Comment résister à de si charmantes paroles, dites, mon père ?

— Oh ! c’était impossible, dit Andrée, et Son Altesse Royale, si bonne à ce qu’il paraît, se contentera de mes fleurs et d’une tasse de mon lait, comme elle a dit.

— Oui, dit le baron ; mais elle ne se contentera pas de mes fauteuils qui lui briseront les os, de mes lambris qui lui attristeront la vue. Au diable les caprices ! Bon ! la France sera encore bien gouvernée par une femme qui a de ces fantaisies-là. Peste ! voilà l’aurore d’un singulier règne !

— Oh ! mon père, pouvez-vous dire de semblables choses d’une princesse qui nous comble d’honneurs !

— Qui me déshonore bien plutôt ! s’écria le vieillard. Qui songe en ce moment aux Taverney ? Personne. Le nom de la famille dort sous les ruines de Maison-Rouge, et j’espérais qu’il n’en sortirait que d’une certaine façon et quand le moment serait venu ; mais non, j’espérais à tort, et voilà que le caprice d’une enfant va le ressusciter terni, poudreux, mesquin, misérable. Voici que les gazettes, à l’affût de tout ce qui est ridicule, pour en tirer le scandale dont elles vivent, vont consigner dans leurs sales recueils la visite d’une grande princesse au taudis de Taverney. Cordieu ! j’ai une idée !

Le baron prononça ces paroles d’une façon qui fit tressaillir les deux jeunes gens.

— Que voulez-vous dire, mon père ? demanda Philippe.

— Je dis, mâchonna le baron, que l’on sait son histoire, et que, si le comte de Médina a bien incendié son palais pour embrasser une reine, je puis bien, moi, brûler une bicoque pour être dispensé de recevoir une dauphine. Laissez arriver la princesse.

Les deux jeunes gens n’avaient entendu que les derniers mots, et ils se regardaient avec inquiétude.

— Laissez-la arriver, répéta Taverney.

— Elle ne peut tarder, monsieur, répéta Philippe. J’ai pris la traverse par le bois de Pierrefitte pour gagner quelques minutes sur le cortège, mais il ne doit pas être loin.

— En ce cas, il n’y a pas de temps à perdre, dit le baron.

Et, agile encore comme s’il eût eu vingt ans, le baron sortit du salon, courut à la cuisine, arracha du foyer un tison brûlant, et courut aux granges pleines de paille sèche, de luzerne et de féveroles ; il l’approchait déjà des bottes de fourrage, lorsque Balsamo surgit derrière lui et lui saisit le bras.

— Que faites-vous donc là, monsieur ? dit-il en arrachant le brandon des mains du vieillard ; l’archiduchesse d’Autriche n’est point un connétable de Bourbon dont la présence souille une maison à ce point qu’on la brûle plutôt que de la laisser y mettre le pied.

Le vieillard s’arrêta, pâle, tremblant, et ne souriant plus comme d’habitude. Il lui avait fallu réunir toutes ses forces pour adopter au profit de son honneur, du moins à la façon dont il l’entendait, une résolution qui faisait d’une médiocrité encore supportable une misère complète.

— Allez, monsieur, allez, continua Balsamo, vous n’avez que le temps de quitter cette robe de chambre et de vous habiller d’une façon convenable. Quand j’ai connu au siège de Philipsbourg le baron de Taverney, il était grand-croix de Saint-Louis. Je ne sache pas d’habit qui ne redevienne riche et élégant sous une pareille décoration.

— Mais, monsieur, reprit Taverney, avec tout cela la dauphine va voir ce que je ne voulais pas même vous montrer à vous, c’est que je suis malheureux.

— Soyez tranquille, baron ; on l’occupera tellement qu’elle ne remarquera pas si votre maison est neuve ou vieille, pauvre ou riche. Soyez hospitalier, monsieur, c’est votre devoir comme gentilhomme. Que feront les ennemis de Son Altesse Royale, et elle en a bon nombre, si ses amis brûlent leurs châteaux pour ne pas la recevoir sous leur toit ? N’anticipons pas sur les colères à venir, monsieur ; chaque chose aura son tour.

M. de Taverney obéit avec cette résignation dont une fois déjà il avait donné la preuve, et alla rejoindre ses enfants, qui, inquiets de son absence, le cherchaient de tous côtés.

Quant à Balsamo, il se retira silencieusement comme pour achever une œuvre commencée.