Journal de Bruxelles (1790-1800)/83-1799

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(No. 83.)
JOURNAL DE BRUXELLES

Tridi 23 Frimaire an VIII de la république française.
(14 Décembre 1799)

Nouvelles de Paris. — Ordre intimé par les chouans à une municipalité de cesser ses fonctions. — Approbation de plusieurs résolutions par la commission des anciens. — Débarquement de munitions opéré par les anglais à l’entrée de la Vilaine. — Nouvelles d’Allemagne, d’Italie, etc.

AVIS.

L’abonnement de cette feuille, qui paroît tous les jours très-exactement, est de 9 francs, par trimestre, pour Bruxelles, et 10 francs 50 centimes, franc de port, pour les départemens.


De Bruxelles, le 22 Frimaire (13 décembre 1799).

Invités, par une lettre de ce jour, de l’administration centrale du département de la Dyle, de donner le plus de publicité possible à celle du ministre de l’intérieur, relative à la taxe d’entretien des routes, qui a été insérée dans notre journal du 20 de ce mois, nous nous empressons de la rappeller à nos lecteurs.

De Paris, le 19 Frimaire (10 décembre 1799).

C’est le citoyen Daunou qui, après les conférences tenues entre les consuls et les membres des commissions législatives, a été chargé de la rédaction définitive de la constitution. Ce travail est achevé : cependant il y a encore ce soir à ce sujet, une dernière conférence au Luxembourg.

Les nominations aux premières fonctions de la république paroîtront en même tems que la constitution ; on prétend même que les listes sont déja rédigées en grande partie : elles l’ont été ou le seront de concert par les consuls et les membres des commissions législatives.

Il est probable que les assemblées primaires ne seront pas convoquées pour voter en faveur de la nouvelle constitution. Mais on dit que l’acception en aura lieu, ainsi qu’il suit : qu’elle sera promulguée dans chaque commune, qu’un registre y sera ensuite ouvert à la municipalité, et que chacun ira inscrire sont vote pour ou contre, en signant.

Le général Desolles est nommé chef de l’état-major de l’armée du Rhin.

Il paroît que devant la principale porte de l’hôtel national, dit des Invalides, il sera élevé une colonne en pierre, sur laquelle on posera le lion de bronze, transporté de Venise à Paris. Les accessoires et les inscriptions de ce monument annonceront la destination de l’édifice. Au milieu de la grande cour de ce palais, sur un piédestal orné de trophées et des enseignes de toutes les armées de la république, seront érigés les quatre chevaux antiques, aussi transportés de Venise. Ils seront attelés à un char qui portera les figures de Mars et de la Victoire. Dans l’intérieur de la ci-devant église des Invalides, seront déposés tous les drapeaux conquis sur les ennemis de la république française. Sur les murs de ce temple, on lira les noms des principales victoires de nos armées. Les artistes de tous les genres seront invités à orner le temple et les portiques du palais, des images des héros français, et à y représenter les événemens militaires les plus glorieux. Les citoyens Perciers et Fontaine, architectes, et les citoyens Chaudet et Lemont, sculpteurs, s'occuperont, dès à présent, de l'élévation de la colonne et du monument qui ornera la grande cour intérieure du palais des vétérans.

Quatre individus portant la cocarde blanche, dont un nommé Labarre, se sont présentés à l'administration de Philbert-Grandlieu [ Loire-Inférieure. ] Ils ont montré une lettre signée d'Autichamp, Hédouville, portant que toutes les fonctions étoient suspendues jusqu'au premier ventóse ; en conséquence ils ont intimè l'ordre aux administrateurs et aux commandans de cesser leurs fonctions ; ils ont établi un prêtre qui a célébré la messe et les vêpres, et enjoint en leur nom à tous les habitans, sans distinction, de vivre en paix.

Les feuilles anglaise ne se bornent pas à blâmer et injurier le nouveau gouvernement ; elles lui donnent des avis charitables. Si Bonaparte en croit l'Oracle, il abolira les décades et remettra les dimanches en honneur. Cela feroit, dit les Journalistes anglais, le meilleur effet parmi les campagnes, et ôteroit aux chouans le prétexte et les moyens de guerroyer... Eh, mon Dieu! Bonaparte n'a-t-il pas assez de conseillers en France qui l'obsèdent de leurs avis?

Charles Hesse a été mis en surveillance à Saint - Denis ; on lui a accordé dix jours pour s'y rendre. Il fant espérer que ces bandes d'étrangers, qui depuis 1a révolution proscrivent en France les meilleurs citoyens cesseront d'être les français par excellence, quand les véritables français cesseront d'être traites en étrangers. Rien ne révolte et n'humilie autant un nation que de se voir à la merci de misérables accourus des pays étrangers pour l'exploiter.

On écrit de Vannes, le 10 frimaire, que le 28 du mois dernier, à 4 heures du soir une division anglaise fut signalée en dehors de Belle-Isle en mer : qu'à 5 heures on a vu à la hauteur de la pointe de cette isle, trois frégates, un cutter, une corvette et deux bricks, qui ont resté en vue jusqu'au soir. On ajoute que le 29 cette division a mouillé à la hauteur de l'isle d'Edic ; que le 30, quatorze vaisseaux s'y sont réunies ; que six jours après une partie est venue jetter l'ancre dans la baie de Croisic, où elle a passé la nuit et a mouillé ensuite au nord-est de l'isle de Mé, à une lieue et demie de Penerf.

Ces manoeuvres annonçoient un projet de débarquement. En effet, d'autres lettres de Vannes, du même jour, disent qu'il a eu lieu ; qu'il y a eu un combat dans lequel les ennemis Ont été battus ; mais on ne donne pas de détails ; on les attends avec impatience.

COMMISSION DU CONSEIL DES ANCIENS.

Seance du 19 Frimaire. (10 décembre 1799).

On approuve la résolution du 16 frimaire, portant que dans les pays infestés par les rebelles, les tribunaux civils, criminels et correctionnels qui ont été ou seroient obligés de quitter le lieu ordinaire de leur séance, pourront continuer, provisoirement, leurs fonctions ou ils seront restés.

Une résolution concernant les dépenses de l'armée d'Orient pour l'an 8, est également approuvée.

On approuve la résolution d'hier, concernant le systéme métrique.

De Nantes, le 15 Frimaire.(6 décembre 1799)

Il n'est que trop certain que, le 9 de ce mois, trois frégates et deux transports anglais ont opéré, à l'entrée de la Vilaine, à l'abbaye de Prières, près Billiers, un débarquement de munitions et armes : on assure même qu'il y a aussi quatre canons et deux obus. On ne dit pas s'il y a également des émigrés , mais on va même jusqu'à dire qu'ils ontpris la route de Mussillac.

Les anglais se sont servis de bateaux de pêche, pour effectuer ce débarquement : nous saurons peut-être bientôt la nature de ces munitions et armes, et leur quantité ; quant à présent, nous l'ignorons.

Il est arrivé, cette nuit, à Nantes, un chef de chouans, dont on a veillé le passage, pour la sûreté publique et pour la siennne : il vient de la Vendeé, et, suivant toute apparence , il se rend auprès du général Hédouville.

La petite ville de Machecoul est dans ce moment au pouvoir des chouans, qui y sont entrés hier, au nombre de 300 ; leur chef se nomme Lecouvreur, c'était autrefois un tisserand. Ils n'ont fait de mal a personne ; ils ont crié en entrant : vive la paix et l'union !

Les 1,800 hommes que nous attendions de l'Orient et qui étoient bien véritablement en route pour Nantes, n'arrivant pas, ne peut douter que leur marche rétrograde n'ait pour cause le débarquement dont nous venons de parler.

Si la pacification n'est pas faite, il paroît du moins qu'on s'en occupe ; il est passé cette nuit, au poste de Rennes, un aide-de-camp qui avait des expéditions pour Chatillon.

P.S. Dès hier on disoit que lors du débarquement, il y avoit eu un combat entre les republicains et les chouans ; mais on n'en Connoît pas le résultat : cependant une lettre écrite de Redon, annonce qu'un combat a eu effectivement lieu, sans en dire la date. Les chouans ont été battus, grande déconfiture. Nos soldats , au nombre de 3,000, soris de Vannes pour s'emparer du produit du débarquement, étoient rentrés avec trois fusils et leurs bayonnettes, toutes garnies de chapeaux de chouans.

D'autres renseignemens obtenus avec assez de peine, disent qu'aussi-tôt que les chouans surent qu'un débarquement s'effectuoit, ils accoururent de toutes parts vers ce lieu où il se faisoit et s'y reunirent au nombre d'environ onze mille ; mais si, comme tout le fait présumer, il y a eu vraiment un combat, il faut bien qu'il ait eté à notre avantage : Suivant le rapport d'un voyageur, nos 1,800 hommes arrivent. Ce voyageur assure qu'ils ont couché à Roche-Sauveur, le 13 ; ils auront dû être alors à Pont-château, le 14, et arriveroient ici le 16.

D'Honfleur ,le 15 Frimaire.(6 décembre 1799)

Le sous-commissaire de la marine en ce port, a reçu hier, l'avis officiel qu'une division anglaise étoit sortie d'un de ses ports pour venir croiser dans notre baie, avec l'ordre de prendre tout les pêcheurs, de faire prisonniers leurs équipages, et leurs bateaux. Il en a donné avis de suite, par une proclamation, à toits les in marin-pêcheurs de son quartier, en le prévenant de se tenir sur leurs gardes.

Cette nouvelle a jeté dans notre commune la plus grande consternation : on ne sauroit apprécier les pertes que va occasionner cet ordre du gouvernement anglais puisqu'en ce moment les armemens sont dans une grande activité pour la pêche du hareng vient de s'ouvrir, et qui paroît donner en abondance, ce qui auroit dédommagé nos malheureux pêcheurs des cruelles privations auxquelles ils sont en proie depuis que le gouvernement britannique a méconnue le droit des gens.


D'Amsterdam, le 13 Frimaire.(4 décembre 1799)

Nous avons appris avec une satisfaction bien vive que le gouvernement anglais avoit levé le blocus de nos ports. Cette circonstance va ranimer notre commerce et déjà nous en éprouvons les effets rapides à la bourse. Avant-hier, un bâtiment neutre venant directement de Londres est entré au port de Brielle.

De la Haye, le 15 Frimaire.(6 décembre 1799)

Le général Kellermann, après avoir pris hier congé du directoire exécutif ; est parti ce matin pour Paris ; il est remplacé dans le commandement de l'armée française en Batavie, par le général Desjardins.

Le général Valence qui s'est fait une réputation glorieuse dans les premières campagnes de cette guerre, et qui fût ensuite proscrit de sa patrie, comme émigré, est aussi parti ce matin pour Paris. Il résidait depuis trois mois à la Haye attendant sa radiation de la liste fatale, lorsque le 18 brumaire a ramené le règne de la justice et rappellé en France les premiers fondateurs de sa liberté. En 1787, Valence s'acquit déja des droits à la reconnoissance des bataves, en se vouant à leur cause : lorsqu'il apprit la dernière descente des anglais au Helder, ne pouvant prétendre à aucun grade dans l'armée française, il alla s'offrir de combattre comme simple grenadier.

Le directoire exécutif vient de publier que la fête, décrété par le corps législatif, en réjouissance de l'évacuation de notre territoire par les anglais, sera pompeusement célébrée le 28 de ce mois dans toute la république. Un programme prescrivant la celébration de celle de la Haye est annexé à la proclamation.


De Cologne, le 19 Frimaire (10 décembre 1799)

Nous apprenons de Mayence que le citoyen Dubois-Dubais, nouveau commissaire de la république, y est arrivé le 6.

Un corps de troupes française est sorti de Mayence et a remonté le Mein. On ignoroit au départ du courier l'objet et le résultat de cette expédition.

L'on écrit des frontières de la Westphalie que l'armée prussienne d'observation commandée par le général Schladen, va se disloquer entièrement : plusieurs bataillons de fusiliers et de chasseurs se sont déja mis en mouvement pour se porter sur les derrières et étendre leurs cantonnemens jusques dans l'évêché de Munster. Cette mesure est occasionnée par l'épuisement des vivres et des fourages le long de la rive droite du Rhin.


De stutgard, le 13 Frimaire. (4 décembre 1799)

Le 11 de ce mois, le feld-maréchal-lieutenant Starray, fit une attaque générale sur les positions des français ; elle réussil si complettement que l'ennemi fut repoussé sur tous les points, et forcé de lever le blocus de Philipsbourg. L'aile gauche des autrichiens, commandée par le général-major Gorger, a pénétré jusqu'à Beyrthal ; la colonne du prince Hohenlohe avoit déja occupé le 12 au soir Wissloch, et poussé ses avant-postes jusqu'à une lieue et demie au-delà de cet endroit. La troisième colonne, sous les ordres du général Szenkeresly, a repoussé les français, et se trouve sur la même ligne que les deux autres.

Du 14.-- Dans la soirée du 12, le général français Monge, accompagné l'un trompette, est arrivé au quartier général du feld - maréchal - lieutenant Starray, et a fait à ce général des propositions pour la conclusion d'un armistice. L'ordre a été aussitôt donné de suspendre les hostilités.


De Ratisbonne, le 14 Frimaire. (5 décembre 1799)

Les troupes russes qui se dirigent par le Haut-Palatinat vers la Bohême, continuent de défiler par notre ville. Le général prince Pancration est ici depuis quelques jours ; il y restera jusqu'à l'arrivée du maréchal prince de Suwarow, qui est attendu aujourd'hui.

Le courier de Pétersbourg qui est passé ici Ïe premier de ce mois, et qui porte au maréchal de Suwarow sa nomination à la dignité de généralissime, doit aussi remettre le portrait de sa majesté l'empereur de Russie , enrichi de brillans.

On présume ici [ à Ratisbonne ,] que les dépêches apportées par ce courier, pourroient occasionner quelques changemens dans les dispositions qui ont eu lieu jusqu'à présent.

Nota. La gazette qui avoit annoncé la nouvelle de la renonciation du grand-duc Alexandre Polowitz à la succession au trône de Russie, déclare aujourd'hui que cette nouvelle pourroit bien ne pas être confirmée. „ Nous nous empressons, dit le gazettier, de faire cette observation préalable, en nous réservant une rétractation plus formelle."


De Berlin, le 9 Frimaire. (30 novembre 1799)

„ Le citoyen Duroc, premier aide-de-camp de Bonaparte, qui a servi en cette qualité en Egypte, et en est revenu avec lui, arriva ici avant-hier de Paris, accompagné d'un courier du cabinet français, nommé Duclos, et d'un valet-de-chambre : il a pris son logement à l'hôtel la ville de Paris ; et ll paroít, que son séjour à Berlin sera de quelque durée. Sa mission la plus apparente est d'annoncer à notre cour l'importante révolution française ; mais l'on se persuade, qu'outre cet objet ostensible elle en a d'autres, analogues aux effets, qu'on se promet de cette révolution pour la tranquillité de l'Europe. Immédiatement après son arrivée, l'edjudant Duroc s'est rendu près du chargé des affaires de France, le Citoyen Otto : aujourd'hui il a été chez le ministre des affaires étrangères.

Quelle que soit la tendance de sa mission, il est certain, que la paix est desirée par tout le monde, si l'on en excepte peut-être l'Angleterre, dont les sacrifices en argent, pour soutenir la guerre, sont richement compensés par les établissemens précieux dans les deux lndes et l'empire des mers, que cette guerre lui a assurés.

Sur le continent, le brillant rôle de médiateur, que la voix publique a si souvent supposé à notre cabinet, lui sera déféré peut-être par le nouveau gouvernement français, convaincu enfin que les triomphes les plus brillants ne valent pas pour lui l'inimitié, l'aversion, la jalousie, ou la défiance du reste de l'Europe."


D'Upsal, le 13 Brumaire. (4 novembre 1799)

Paul. Ier. s'étoit fait grand - maître de Malte. Son manifeste du 26 août 1798 avoit été le titre de son avénement. Il paroît qu'il craint aujourd'hui pour sa nouvelle puissance ; car il vient de faire écrire par le commandeur Delahoussaye, vice-chancelier de l'ordre, une circulaire dirigée contre le grand-maître baron de Hompesch, auquel on suppose la volonté de conserver ou de reprendre la dignité dont il étoit revétu. Ce débat doit paroître assez curieux, en considérant la position des hommes entre lesquels il s'élève et les circonstances oǜ le conquérant en espérance de l'Italie et de la France cherche à se ménager quelques fruits de ses vastes projets. Il aura prodigué ses trésors, envoyé à la mort 100,000 de ses soldats, couvert d'une honte ineffaçable sa politique encore plus que ses armes. Mais il restera peǜt-être grand-maître de Malte, et les circulaires auront vaincu le baron de Hompesch.


De Berne, le 7 Frimaire. (28 novembre 1799)

Réponse du citoyen Begos, ministre des relations extérieures de la république helvétique, à la notification gui lui fut faite par le citoyen Pichon, chargé d'affaires de la république française, de l'installation de la commission consulaire exécutive de la république française.

La résolution du i8 brumaire, sanctionnée par la loi du 19, que vous voulez bien nous communiquer, en rajeunissant et replaçant sur l'a-plomb de ses primitives bases la république chancelante, a justifié la haute opinion que les fidèles alliés de la nation française conçurent de son caractère, lorsqu'ils se jetèrent sous l'égide de ses vertus. Elle a ravivé leur confiance, épuré l'horizon assombri de la liberté, et ouvert à l'Europe une sulliene perspective, à laquelle on ne croyoit plus, parce que trop souvent elle fut promise, sans les moyens de la réaliser.

Aujourd'hui, ces moyens existent ; l'heureux accord de la sagesse, du génie et de l'héroïsme, cimenté et célébré par l'opinion publique, nous garantit les succès des travaux du gouvernement provisoire de France. Les engagemens de ses législateurs, de ses consuls, seront remplis. Notre attente ne sera point vaine ; les espérances d'un grand peuple qui dépose en leurs mains ses intérêts les plus chers ; celles des états qui s'associèrent à ses destinées, ne seront pas déçues.

Lorsque vous présentez aux autorités helvétiques la notification d'un événement si mémorable, vous leur offrez, citoyen, un gage précieux, mais non imprévu, des intentions pures qui animent les nouveaux magistrats de la république française. Il étoit de la dignité de votre gouvernement régénéré, d'indiquer à-la-fois, par ce prompt témoignage de sa bienveillance, et son regret des illusions qui furent momentanément la source des plus pénibles alarmes, et sa ferme volonté d'établir désormais la garantie de nos droits, sur des principes stables.

J'ai mis sous les yeux du directoire exécutif, la communication obligeante que vous m'avez adressée. Soyez parfaitement convaincu, citoyen, que ses désirs coïncident avec les vôtres, et qu'i1 ne souhaite rien tant que de rendre un hommage solennel à la justice, aux sentimens, aux vertus des consuls de la république française. -- Mériter leur estime, suivre la rente épineuse qui lui tracent ses devoirs, concourir de tous ses moyens au parfait accord de volonté et d'action, qui doit unir les deux gouvernemens, est son vœu sincère et inaltérable.

Les nuages que vous dites avoir excité momentanément les sollicitudes des amis de la république helvétique, et relevé les espérances de ses ennemis, ont dû néoessairement disparoître avec l'oubli des principes qui les provoquèrent.

Le beau jour qui a fait luire sur la France un ordre de choses, dont la justice et la vraie liberté constituent la base, nous annonce avec certitude que le peuple qui devint voire allié par la nature, par affection et par la foi des traités, n'invoquera plus en vain ces garans de son existence. Il est donc passé, l'ascendant cruel des causes qui obscurcirent quelques instans nos relations les plus intéressantes, et il ne nous reste du fleuve de douleurs que nous avons traversé que l'habitude des maux qui corroborent l'ame, et une vive aptitude à la reconnaissance, à la confiance, à l'amour , envers ceux qui sauront cultiver de tels sentimens.

Recevez, citoyen, l'assurance de ma considération. signé BÉGOS.


De Gênes, le 4 Frimaire. (25 novembre 1799)

Le général en chef est parti, avant-hier, pour Saint-Jacques et Montenotle ; il fait des dispositions pour forcer l'ennemi à lever le siège de Coni. Là défense de cette importante place a été confiée au général Clément, qui s'est distingué à la bataille de Tossano.

Le citoyen Adamini, qui avoit été arrêté comme suspect d'intelligence avec l'ennemi, s'est justifié et a été fait fournisseur-général de l'armée.

Les négocians génois ont offert deux millions et demi en capottes, souliers et autres objets pour les troupes. On dit que les ex-nobles qui ne sont pas rentrés dans le terme prescrit, ont offert une somme considérable, si on suspend à leur égard l'application de la loi.


De Turin, le 3 Frimaire. (24 novembre 1799)

M. le général Melas a adressé une proclamation aux habitans des provinces voisines de Coni, dans laquelle il les invite à se réunir aux troupes impériales pour terminer la campagne par la prise de cette place.

On écrit de Tobbio, en date du 26 les brumaire, que la veille, après un combat de 5 heures, les. troupes autrichiennes sous les ordres du comte de Klenau, se sont emparées de Torriglia ; 12 officiers e 280 soldats français ont été faits prisonniers. La perte, en morts et blessés, n'a pas été considérable de part et d'autre.


De Pavie, le 9 Frimaire. (30 novembre 1799)

Le passage de là Bochetta n'est point encore au pouvoir des autrichiens, comme le bruit en. avoit couru. L'ennemi a garni ce peste important d'une artillerie, si nombreuse, qu'il n'est guères possible de l'attaquer de front. Le général Kray a placé dans les environs un corps- d'observation, pour empêcher les français de s'étendre dans la plaine. Le général Klenau n'a fait aucune tentative ultérieure pour pénétrer jusqu'à Gênes ; attend vraisemblablement l'arrivée du général Frolich, qui doit se réunir à lui avec un corps de 8 mille hommes.


Extrait d'une lettre de Naples, du 25 Brumaire. (16 novembre 1799)

Le tribunal de sang, composé des juges envoyés de Sicile, prononce tous les jours un grand nombre de sentences de mort ; de prison perpétuelle ou de déportation. L'avocat fiscal Gurdobaldi, est le jeffriès de ce tribunal. Tous les membres des commissions exécutive et législative, à l'exception de quatre, ont péri sur l'échafaud. Le terrorisme royal multiplie indistinctement ses victimes. On conçoit qu'il exerce ses fureurs contre le simple mérite. On s'attendoit moins aux coups dont il frappe ceux dont les noms rappellent les qualifications au soutien desquelles il appèlle ses bourreaux. On lit sur les tables sanglantes de proscription, les noms des princes Michel Pilangeri, Julien Colonna, François Avalos, François Grimaldi, Montemiletto, Rocca-Filomarino, Ferdinand Pignacelli-Strangoli, Vincent Pignatelli, Pignatelli del Vaglio ; les ducs de Corleto Riario, Vincent Riario et deux de ses frères ; le duc de Perdifumo, etc. ; des duchesses de Popoli et de Sanfelice ; de Natali, évêque de Vico ; des mathématiciens Porta et Pacifico ; de l'historien Consorti ; du négociant Piatti avec ses quatre fils, dont l'un âgé de 13 ans, etc. Le nombre des personnes déportées dans les îles de Sicile, est de quatre cents. Les ci-devant secrétaires d'état, de Marco et Corradini, sont du nombre des déportés. Leur délit est d'avoir déplu à Acton. Environ cinq cents personnes ont été condamnées à une prison perpétuelle, et dans le nombre il y a beaucoup de femmes, même de celles qui appartenoient à la cour par leur naissance. Les prisons de Naples et des provinces soit encore pleines de victimes.


POSTE DU MATIN

De Cologne, le 20 Frimaire. (11 décembre 1799)

Nous venons de recevoir la copie de l'armistice conclu entre le général Lecourbe le général autrichien Starray. En voici les conditions :

ARMISTICE.

„Le feld-maréchal-lieutenant, comte de Starray etc., d'une part, et le citoyen Lecourbe, général en chef de l'armée française du Rhin, d'autre part, ont arrêté et conclu des arrangemens suivans :

„1º. L'armée française du Rhin, qui se trouve devant Manheim, remettra, ce jour même, aux troupes de sa majesté et roi, les positions qu'elle occupe dans ce moment, pour se retirer sur les points et ligne ci-après désignés.

„2º. L'aile droite de l'armée française s'appuyera contre le Rhin ; et elle se postera sur la route qui conduit de Manheim à Schwetzingen, à 600 toises en avant du point du Necker. L'aile gauche commencera à la thuilerie de Kesselthal sur le Rhin ; elle s'étendra sur une ligne, en-deçà de ce village, jusques et y compris le village de Feidenheim ; elle comprendra en outre la thuilerie au-dessous d'Ilversheim, à 800 toises en arrière de Seckenheim.

„3º. Tout le terrein qui se trouve dans l'enceinte de ces trois villages, appartiendra, sans réserve, à l'armée française, dont le front couvrira, dans la distance déterminée ci-dessus, les routes de Schwetzingen, Feldbrunnen, la thuilerie d'Ivesheim et celle de Kesselthal.

„4º. En attendant la ratification du présent arrangement , par l'archiduc Charles et le gouvernement français, les hostilités cesseront de part et d'autre sur ce point.

— Au quartier-genéral de Manheim le 13 frimaire, an 8 de la république française.

„Le deuxième paragraphe de l'article 2 aura son exécution ainsi qu'il suit : Le flanc gauche de l'armée du Rhin commencera à huit cents toises au-dessous de Seckenheim sur le Necker ; le centre en avant, y compris Feldbrunnen.

— Sur la rive gauche du Necker, l'armée française occupera avec de petits postes d'infanterie et de cavalerie et seulement par des védettes, la ligne qui couvre la redoute du Necker. et le Neckergarten.

— L'armée autrichienne prendra toutes ses positions derrière la Galgenberg, qui ne pourra être occupé que par de petits postes couverts par leurs védettes. "

ARTICLES ADDITIONNELS.

„1º. Les lignes de la rive droite et de la rive gauche du Rhin, à commencer de Philipsbourg, en y comprenant Oppenheim, seront aussi comprises dans l'article 4, et il y aura une suspension absolue des hostilités sur ces points.

„2º. La reprise des hostilités sur ces poins déterminés de part et d'autre, n'aura îieu que 18 jours après que l'un des deux généraux en aura informé l'autre officiellement.

„3º. Le général autrichien s'engage formellement à n'élever aucune fortification sur le Galgenberg, à la rive droite du Necker.

„4º. La présente convention n'aura son exécution qu'autant que les articles additionnels seront acceptés de pare et d'autre.

Au quartier-général de Manheim, le 14 frimaire, an 8 de la république française.


AVIS

A vendre à la chambre d'Uccle, une belle maison toute meublée avec boiseries, trumeaux, miroirs, alcove et jardin, etc., située en cette commune de Bruxelles, en entrant la ci-devant place de St.-Micbel, présentement place de la blanchisserie, en face de la rue des Boiteux, occupée par le citoyen Goubeau, N.593, Section 3: cette maison se vendra avec paumée et hausses, en 4 jours de séance, dont la mise-à-prix se fera le 22 nivôse, et la vente absolue le 2 pluviôse an 8. L'on pourra voir cette maison tous les jours depuis onze jusqu'à douze heures.

Vente de meubles es marchandises.

Le 25 frimaire et jours suivans à 2 heures après-midi, l'on vendra dans les salles d'exposition publique rue de l'Amitié, ci devant rue des MINIMES à Bruxelles de beaux meubles en tout genre, litteries, services à café de porcelaine de France, des glaces encadrées de toute grandeur, toiles, satins, bas de soie, draps, kotings, &c.

ENGELS, Commissionnaire, reçoit tous les jours dans ces salles toute espèce de meubles, effets et marchandises pour les vendre de la main à la main ou publiquement. Il vient de recevoir une partie draps et des toiles de toutes les qualités à des prix très-modiques, dont il peut fournir tel nombre de pièces que l'on désire : il a également des vins de Bourgogne, Bordeaux et Champagne, des vaches corroyées, veaux, cuirs forts etc. Le magasin et les salles sont ouverts tous les jours de 9 à 5 heures.

CONCERT

Nous croyons faire plaisir an public de lui communiquer le programme du grand concert de ce jour, qu'on nous annonce donner au ci-d. Concert-Noble.

PREMIERE PARTIE.

Ouverture nouvelle de Guiglielmi.
Introduction de la flûte enchantée de Mozant à trois voix.
Andante du même.
Duetto buffe de Cimarosa, pour basse et dessus.
Concerto de piano-forte.
Quartetto voval de Marco Portogallo.

SECONDE PARTIE.

Nouvelle simphonie turque de Haydn.
Duo de Nazolini.
Andante de la simphonie.
Air de basse d'Anfossi.
Suite de la simphonie.
Quarletto vocal de Cimarosa.
Finale de la simphonie.

Si l'on observe quels sont les grands maîtres qui ont composé les morceaux annoncés, on doit se promettre le choix d'une musique exquise.


SPECTACLE

Aujourd'hui 23, relâche. — Demain 24, Zoraïme et Zulnar, opéra en trois actes ; précèdé de la Famille de tous les Pointus, comédie ; le spectacle commencera par le Mariage de Scarron, comédie mêlée de chants. — incessamment, la première représentation des Apparences, comédie en 5 actes, du citoyen Patrat. — En attendant l'Enfant du Bonheur et le Souper de Famille.

Change d’Anvers, du 21 Frimaire an 8.

Paris à court ... 56 1/16 à 1/8.
Idem à 2/m ... 55.
Hamb. à court ... 35 7/8 à 36.
Amst. court à c. ... 3/4 à 5/8 avan.
Idem. à 2/m ... 100.
Rotterdam ... 3/4 à 5/8 avan.
Idem. à 2/m ... 100.
Bruxelles ... 1/4 perte.
Gand ... 1/4 perte.
Bruges ... 1/4 perte.