Justice aux Canadiens-Français !/Chapitre V

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
◄  IV
VI  ►

V


Rappelant les débuts de l’université McGill à Montréal, vous écrivez « …Monsieur McGill devinait quel rôle l’instruction publique allait jouer dans le dix-neuvième siècle, et il était pressé d’en assurer le développement au Canada. Son projet fut étouffé, grâce à la vigilance et à l’énergie du clergé catholique, a dit depuis Monseigneur Langevin, assez aveugle pour ne pas comprendre les heureux résultats qu’il contenait en germe. »

Pour tous ceux qui connaissent l’histoire du développement de l’instruction publique au Canada, ces paroles établiront clairement le peu de soin avec lequel vous avez contrôlé l’exactitude de vos renseignements.

Il ne paraît pas possible, en effet, que de gaieté de cœur et uniquement pour les besoins de votre cause, vous ayez maltraité, à ce point, la vérité historique.

Le clergé catholique avait mille fois raison de s’opposer à la fondation d’une université protestante, à une époque où le fanatisme de la minorité anglaise du pays ne tendait à rien moins qu’au complet anéantissement de l’élément catholique, pourtant en majorité.

Ignorez-vous qu’en 1801, la chambre d’Assemblée, pressée par le parti des « bureaucrates », avait sanctionné, sous le nom « d’Institution royale, » une loi inique destinée à angliciser le pays, en le couvrant d’écoles protestantes ?

À la mort de monsieur McGill, la situation faite à l’église catholique restait la même. Faut-il s’étonner, dès lors, que le clergé se soit opposé au vœu du défunt, tant que ses propres droits n’auraient pas été reconnus.

Adopter une politique de laisser-faire eût été non seulement compromettre de la manière la plus grave, les intérêts religieux des Canadiens-Français, mais aussi s’enlever pour l’avenir tout espoir d’indépendance en ce qui touchait les questions d’éducation.

Ce que vous appelez de l’aveuglement n’était, en réalité, que la marque d’un admirable esprit, je ne dirai pas seulement de patriotisme, mais aussi et surtout de nationalisme.

Revenant à votre sujet favori, vous constatez que, « dans toutes les associations athlétiques du pays, les quelques Canadiens-Français qui aiment les exercices physiques et le plein air y trouvent généralement un accueil très sympathique, mais qu’on n’y parle qu’anglais, et que tout ce qui est anglais y domine. »

Je relève, dans ces paroles, une erreur doublée d’une injustice. À Montréal même, en dehors des clubs athlétiques anglais, il en est de français, admirablement organisés, avec leurs centres de réunion et leurs insignes distinctifs.

Les membres de ces clubs luttent d’adresse et d’entrain avec leur confrères de race britannique.

Quant à ce qui concerne l’usage de la langue anglaise, vous ne placez pas la question sur son véritable terrain : On ne parle qu’anglais dans les réunions de « sport, » pour la bonne raison que tout Canadien-Français sait manier cette langue, tandis qu’il est peu d’Anglais qui connaissent la nôtre, en dépit de leur « éducation virile. »



----