Là-bas/Chapitre XX

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Tresse & Stock (p. 384-412).


XX


Il ne s’embête pas, le chanoine, dit des Hermies, lorsque Durtal lui eut conté les détails de la Messe Noire. C’est un véritable sérail d’hystéro-épileptiques et d’éthéromanes qu’il s’est formé ; mais tout cela manque d’ampleur. Certes, au point de vue des contumélies et des blasphèmes, des besognes sacrilèges et des galimafrées sensorielles, ce prêtre semble exorbitant, presque unique ; mais le côté sanglant et incestueux des vieux sabbats fait défaut. Docre est, au demeurant, fort au-dessous de Gilles De Rais ; ses œuvres sont incomplètes, fades, molles, si l’on peut dire.

— Tu es bon, toi ; ce n’est pas facile de se procurer des enfants que l’on puisse impunément égorger, sans que des parents chiaillent et sans que la police ne s’en mêle !

— Sans doute et c’est à des difficultés de ce genre qu’il convient évidemment d’attribuer la célébration pacifique de cette messe. Mais, je repense, pour l’instant, à ces femmes que tu m’as décrites, à celles qui se jettent la face sur des réchauds afin de humer la fumée des résines et des plantes ; elles usent des procédés des Aïssaouas qui se précipitent également la tête sur des braseros, alors que la catalepsie, nécessaire à leurs exercices, tarde ; quant aux autres phénomènes que tu me cites, ils sont connus dans les hospices et, sauf l’effluence démoniaque, ils ne nous apprennent rien de neuf ; — maintenant, autre chose, reprit-il, pas un mot de tout cela devant Carhaix, car s’il savait que tu as assisté à un office en l’honneur du Diable, il serait capable de te fermer sa porte !

Ils descendirent du logis de Durtal et s’acheminèrent vers les tours de Saint-Sulpice.

— Je ne me suis pas inquiété des victuailles puisque tu t’en chargeais, dit Durtal, mais j’ai envoyé, ce matin, à la femme de Carhaix, en sus des desserts et du vin, de vrais pains d’épices de Hollande et deux liqueurs un peu surprenantes, un élixir de longue vie que nous prendrons, en guise d’apéritif, avant le repas, et un flacon de crème de céleri. Je les ai découverts chez un distillateur probe.

— Oh !

— Oui, mon ami, probe ; tu verras, cet élixir de longue vie est fabriqué, suivant une très ancienne formule du Codex, avec de l’aloès socotrin, du petit cardamome, du safran, de la myrrhe et un tas d’autres aromates. C’est inhumainement amer, mais c’est exquis !

— Soit ; au reste, c’est bien le moins que nous fêtions la délivrance de Gévingey.

— Tu l’as revu ?

— Oui ; il se porte à ravir ; nous lui ferons raconter sa guérison.

— Je me demande avec quoi il vit encore celui-là ?

— Mais avec les ressources que lui procure sa science d’astrologue.

— Il y a donc des gens riches qui se font tirer des horoscopes ?

— Dame, il faut le croire ; — à te dire vrai, je pense que Gévingey n’est pas très à son aise. Sous l’Empire, il fut l’astrologue de l’Impératrice qui était fort superstitieuse et ajoutait foi autant que Napolèon, du reste, aux prédictions et aux sorts ; mais depuis la chute de l’Empire, sa situation a bien baissé. Il passe cependant pour être le seul en France qui ait conservé les secrets de Cornélius Agrippa et de Crémone, de Ruggiéri et de Gauric, de Sinibald le spadassin et de Trithème.

Ils étaient arrivés, tout en discourant, dans l’escalier, à la porte du sonneur.

L’astrologue était installé déjà et la table était prête. Tous firent un peu la grimace lorsqu’ils goûtèrent l’active et noire liqueur que leur versa Durtal.

Joyeuse de retrouver ses anciens convives la maman Carhaix apporta la soupe grasse.

Elle emplit les assiettes et comme l’on servait un plat de légumes et que Durtal choisissait un poireau, des Hermies dit, en riant :

— Prends garde, Porta, un thaumaturge de la fin du xvie siècle nous apprend que ce légume, longtemps considéré tel qu’un emblème de la virilité, perturbe la quiétude des plus chastes !

— Ne l’écoutez pas, fit la femme du sonneur. Et vous ? Monsieur Gévingey, une carotte ?

Durtal regardait l’astrologue. Il avait toujours sa tête en pain de sucre, ses cheveux de ce brun tourné, sale, qu’ont les poudres d’hydroquinone et d’ipéca, ses yeux effarés d’oiseau, ses énormes mains cerclées de bagues, ses manières obséquieuses et solennelles, son ton de sacerdoce, mais sa mine était presque fraîche ; sa peau s’était déplissée, ses yeux semblaient plus clairs, mieux vernis, depuis son retour de Lyon.

Durtal le félicita de l’heureuse issue de sa cure.

— Il était temps, monsieur, que je recourusse aux bons soins du Dr Johannès, car j’étais bien bas. Ne possédant point le don de la voyance et ne connaissant aucune cataleptique extralucide qui pût me renseigner sur les préparatifs clandestins du chanoine Docre, j’étais dans l’impossibilité, pour me défendre, d’user de la loi des contresignes et du choc en retour.

— Mais, fit des Hermies, en admettant que vous ayez pu, par l’intermédiaire d’un esprit volant, suivre les opérations de ce prêtre, comment seriez-vous parvenu à les déjouer ?

— Voici : la loi des contresignes consiste, lorsqu’on sait le jour, l’heure de l’attaque, à la devancer, en fuyant de chez soi, ce qui dépayse et annule le vénéfice ; ou à dire, une demi-heure auparavant : frappez, me voici ! Ce dernier moyen a pour but d’éventer les fluides et de paralyser les pouvoirs de l’assaillant. En magie, tout acte connu, publié, est perdu. Quant au choc en retour, il faut également être avisé, si l’on veut, sans être tout d’abord atteint, refouler les sorts sur la personne qui les dépêche.

J’étais donc certain de périr ; un jour s’était écoulé déjà depuis mon envoûtement ; deux de plus, et je laissais à Paris mes os.

— Pourquoi cela ?

— Parce que tout individu, frappé par la voie magique, n’a que trois jours pour se garantir. Passé ce délai, le mal devient très souvent incurable. Aussi, lorsque Docre m’annonça qu’il me condamnait, de sa propre autorité, à la peine de mort et lorsque, deux heures après, je me suis senti, en rentrant chez moi, bien malade, je n’ai pas hésité à boucler ma valise et à me rendre à Lyon.

— Et là ? questionna Durtal.

— Là, j’ai vu le Dr Johannès ; je lui ai raconté la menace de Docre, le mal dont je souffrais. Il m’a dit simplement : ce prêtre sait enrober les plus virulents des poisons dans les plus effroyables des sacrilèges ; la lutte sera têtue, mais je le vaincrai ; et il a aussitôt appelé une dame qui habite chez lui, une voyante.

Il l’a endormie et elle a, sur ses injonctions, expliqué la nature du sortilège que j’ai subi ; elle a reconstitué la scène, m’a littéralement vu empoisonner par le sang des menstrues d’une femme nourrie d’hosties poignardées et de drogues habilement dosées et mêlées à ses boissons et à ses mets ; cette sorte d’envoûtement est si terrible qu’à part le Dr Johannès, aucun thaumaturge en France n’ose tenter ces cures !

Aussi, le Docteur a-t-il fini par me dire : votre guérison ne peut être obtenue que par une Puisinfrangible ; il n’y a pas à lanterner, nous allons, et tout de suite, recourir au sacrifice de gloire de Melchissédec.

Et il a fait dresser un autel, composé d’une table, d’un tabernacle de bois, en forme de maisonnette, surmonté d’une croix, cerclé sous le fronton, comme d’un cadran d’horloge, par la figure ronde du Tétragramme. Il a fait apporter le calice d’argent, les pains azymes et le vin. Lui-même a revêtu ses habits sacerdotaux, passé à son doigt l’anneau qui a reçu les bénédictions suprêmes, puis il a commencé de lire sur un missel spécial les prières du sacrifice.

Presque aussitôt, la voyante s’est écriée : — Voici les esprits évoqués pour le maléfice et qui ont porté le poison, selon le commandement du maître de la goétie, du chanoine Docre !

Moi, j’étais assis près de l’autel. Le Dr Johannès a placé sa main gauche sur ma tête et, étendant vers le ciel son autre main, il a supplié l’archange Saint Michel de l’assister, il a adjuré les glorieuses légions des Glaivataires et des Invincibles, de dominer, d’enchaîner ces Esprits du Mal.

Je me sentais allégé ; cette sensation de morsure étouffée, qui me torturait à Paris, diminuait.

Le Dr Johannès a continué de réciter ses oraisons, puis quand est venu le moment de la prière déprécatoire, il m’a pris le main, l’a posée sur l’autel et, par trois fois, il a clamé :

« Que les projets et que les desseins de l’ouvrier d’iniquité qui a fait l’envoûtement contre vous soient anéantis ; que toute résomption obtenue par la voie satanique soit foulée aux pieds ; que toute attaque dirigée contre vous soit nulle et dénuée d’effets ; que toutes les malédictions de votre ennemi soient transformées en bénédictions des plus hauts sommets des collines éternelles ; que ses fluides de mort soient transmués en ferments de vie… enfin, que les Archanges des Sentences et des Châtiments décident du sort de ce misérable prêtre qui a mis sa confiance dans les œuvres de Ténèbres et de Mal ! »

« Pour vous, a-t-il repris, vous êtes délivré, le ciel vous a guéri ; que votre cœur en rende au Dieu vivant et au Christ Jésus les plus ardentes actions de grâce, par la glorieuse Marie !»

Et il m’a offert un peu de pain azyme et de vin. J’étais, en effet, sauvé. Vous qui êtes médecin, Monsieur Des Hermies, vous pouvez attester que la science humaine était impuissante à me guérir ; — et maintenant, voyez-moi !

— Oui, fit des Hermies embarrassé, je constate, sans en discuter les moyens, les résultats de cette cure, et, je l’avoue, ce n’est pas la première fois qu’à ma connaissance, de pareils effets se produisent ! — Non, merci, répondit-il à la femme de Carhaix qui l’invitait à reprendre d’un plat de purée de pois sur laquelle des saucisses au raifort étaient couchées.

— Mais, dit Durtal, permettez-moi de vous poser quelques questions. Certains détails m’intéressent. Comment étaient les ornements sacerdotaux de Johannès ?

— Son costume se composait d’une longue robe de cachemire vermillon, serrée à la taille par une cordelière blanche et rouge. Il avait par-dessus cette robe un manteau blanc de même étoffe, découpé sur la poitrine, en forme de croix, la tête en bas.

— La tête en bas ! s’écria Carhaix.

— Oui, cette croix renversée comme la figure du Pendu dans le Tarot, signifie que le prêtre Melchissédec doit mourir au vieil homme et vivre dans le Christ, afin d’être puissant de la puissance même du Verbe fait chair et mort pour nous.

Carhaix parut mal à l’aise. Son catholicisme farouche et défiant se refusait à admettre des cérémonies imprescrites. Il se tut, ne se mêla plus à la conversation, se borna à remplir les verres, à assaisonner la salade, à faire circuler les plats.

— Et cette bague dont vous avez parlé, comment était-elle ? demanda des Hermies.

— C’est un anneau symbolique d’or pur. Il a l’image d’un serpent dont le cœur en relief et piqué d’un rubis, est relié par une chaînette à un petit annelet qui scelle les mâchoires de la bête.

— Ce que je voudrais bien savoir, moi, fit Durtal, c’est l’origine et le but de ce sacrifice. Qu’est-ce que Melchissédec vient faire là-dedans ?

— Ah ! dit l’astrologue, Melchissédec est une des plus mystérieuses figures qui traversent les Livres Saints. Il était Roi de Salem, Sacrificateur du Dieu Fort. Il bénit Abraham et celui-ci lui octroya la dîme des dépouilles des Rois vaincus de Sodome et de Gomorrhe. Tel est le récit de la Génèse. Mais Saint Paul le cite aussi. Il le déclare sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours, ni fin de vie, étant ainsi fait semblable au Fils de Dieu et Sacrificateur pour toujours.

D’autre part, Jésus est appelé dans l’Écriture non seulement Prêtre éternel, mais encore, dit le Psalmiste, à la façon et selon l’ordre de Melchissédec.

Tout cela est assez obscur, comme vous voyez ; les exégètes reconnaissent, en lui, les uns, la figure prophétique du Sauveur, les autres, celle de Saint Joseph et tous admettent que le sacrifice de Melchissédec offrant à Abraham le pain et le vin dont il avait tout d’abord fait oblation au Seigneur, préfigure, suivant l’expression d’Isidore de Damiette, l’exemplaire des mystères divins, autrement dit de la Sainte Messe.

— Bien, fit des Hermies, mais cela ne nous explique point les vertus d’alexipharmaque, d’antidote, qu’attribue à ce sacrifice le Dr Johannès.

— Vous m’en demandez tant ! s’exclama Gévingey. Il faudrait que ce fût le Docteur même qui vous répondît ; néanmoins, vous pouvez admettre ceci, Messieurs :

La théologie nous enseigne que la Messe, telle qu’elle se célèbre, est le renouvellement du Sacrifice du Calvaire ; mais le Sacrifice de Gloire n’est point cela ; c’est, en quelque sorte, la Messe future, l’Office glorieux que connaîtra sur la terre le Règne du divin Paraclet. Ce sacrifice est offert à Dieu par l’homme régénéré, rédimé par l’effusion de l’Esprit Saint, de l’Amour. Or, l’être hominal dont le cœur a été ainsi purifié et sanctifié est invincible et les enchantements de l’Enfer ne sauraient prévaloir contre lui, s’il fait usage de ce Sacrifice pour dilapider les Esprits du Mal. Cela vous explique la puissance du Dr Johannès dont le cœur s’unifie, dans cette cérémonie, avec le divin cœur de Jésus.

— Cette démonstration n’est pas très limpide, objecta tranquillement le sonneur.

— Il faudrait admettre alors, reprit des Hermies, que Johannès est un être amendé, en avance sur les temps, un apôtre que l’Esprit Saint vivifie.

— Et cela est, affirma fermement l’astrologue.

— Tenez, voulez-vous me passer le pain d’épices, demanda Carhaix.

— Voici comment il faut l’apprêter, dit Durtal ; vous en coupez une tranche, en dentelle, puis vous prenez une tranche de pain ordinaire également mince, vous les enduisez de beurre, les couchez l’une sur l’autre et les mangez ; vous me direz si ce sandwich n’a point le goût exquis des noisettes fraîches !

— Enfin, s’enquit des Hermies, à part cela, que devient, depuis si longtemps que je ne l’ai vu, le Dr Johannès ?

— Il mène une existence tout à la fois douillette et atroce. Il vit chez des amis qui le révèrent et qui l’adorent. Il se repose auprès d’eux des tribulations de toute sorte qu’il a subies. Ce serait parfait s’il n’avait à repousser presque quotidiennement les assauts que tentent contre lui les magiciens tonsurés de Rome.

— Mais pourquoi ?

— Ce serait trop long à vous expliquer. Johannès est missionné par le ciel pour briser les manigances infectieuses du Satanisme et pour prêcher la venue du Christ glorieux et du divin Paraclet. Or la Curie diabolique qui cerne le Vatican a tout intérêt à se débarrasser d’un homme dont les prières entravent ses conjurations et réduisent à néant ses sorts.

— Ah ! s’exclama Durtal. Et serait-il indiscret de vous questionner pour savoir comment cet ancien prêtre prévoit et réfrène ces étonnants attentats ?

— Pas le moins du monde. — C’est par le vol et le cri de certains oiseaux que le Docteur est averti de ces chocs. Les tiercelets, les éperviers mâles sont ses sentinelles. Il sait, selon qu’ils volent vers lui ou s’éloignent, selon qu’ils se dirigent vers l’Orient ou l’Occident, selon qu’ils poussent un seul ou plusieurs cris, l’heure du combat et il se met en garde. Ainsi qu’il me le racontait, un jour, les éperviers sont facilement influencés par les Esprits et il use d’eux, comme le magnétiseur se sert de la somnambule, comme les spirites se servent des ardoises et des tables.

— Ils sont les fils télégraphiques des dépêches magiques, fit des Hermies.

— Oui, au reste, ces procédés ne sont point neufs, car ils se perdent dans la nuit des temps ; l’ornithomancie est séculaire ; on en trouve trace dans les livres saints et le Sohar atteste que l’on peut recevoir de nombreux avertissements, si l’on sait observer les vols et les cris des oiseaux.

— Mais, dit Durtal, pourquoi l’épervier est-il choisi de préférence aux autres volucres ?

— Parce qu’il a toujours été, depuis les âges les plus désuets, le messager des charmes. En Égypte, le dieu à tête d’épervier était le dieu qui possédait la science des hiéroglyphes ; autrefois, dans ce pays, les Hiérogrammates avalaient le cœur et le sang de cet oiseau, pour se préparer aux rites magiques ; aujourd’hui encore, les sorciers des Rois Africains plantent dans leur chevelure une plume d’épervier ; et ce volucre, ainsi que vous l’appelez, est sacré dans l’Inde.

— Comment votre ami s’y prend-il, demanda la femme de Carhaix, pour élever et loger des bêtes qui sont, en somme, des bêtes de proie ?

— Il ne les élève, ni ne les loge. Ces éperviers ont fait leurs nids dans ces hautes falaises qui bordent la Saône, près de Lyon. Ils viennent le voir quand besoin est.

C’est égal, pensait, une fois de plus, Durtal, en regardant cette salle à manger si tépide et si seule, et en se rappelant les extraordinaires conversations qui s’étaient tenues dans cette tour, ce qu’on est loin ici des idées et du langage du Paris moderne ! — Tout cela nous réfère au Moyen Âge, dit-il, en complétant sa pensée tout haut.

— Heureusement ! s’écria Carhaix qui se leva pour aller sonner ses cloches.

— Oui, fit des Hermies, et ce qui est aussi, à cette heure de réalité positive et brutale, bien étrange, ce sont ces batailles qui se livrent, dans le vide, au delà des humains, au-dessus des villes, entre un prêtre de Lyon et des prélats de Rome.

— Et, en France, entre ce prêtre et les Rose-Croix et le chanoine Docre.

Durtal se rappela que Mme Chantelouve lui avait, en effet, assuré que les chefs des Rose-Croix s’efforçaient de nouer commerce avec le Diable et d’apprêter des malengins.

— Vous croyez que ces individus satanisent ? demanda-t-il à Gévingey.

— Ils le voudraient, mais ils ne savent rien. Ils se bornent à reproduire tels que des mécaniques, quelques opérations fluidiques et vénénifères que leur ont révélées les trois brahmes qui sont venus, il y a quelques années, à Paris.

— Moi, jeta la femme de Carhaix qui prit congé de ses hôtes et s’alla coucher, je suis bien satisfaite de ne pas être mêlée à toutes ces aventures qui me font peur et de pouvoir prier et vivre en paix.

Alors, tandis que des Hermies préparait, ainsi que d’habitude, le café et que Durtal apportait les petits verres, Gévingey bourra sa pipe et, quand le bruit des cloches mourut, dispersé, comme bu par les pores du mur, il huma une longue bouffée de tabac et dit :

— J’ai passé quelques jours délicieux dans cette famille où vit le Dr Johannès, à Lyon. Après les secousses que je reçus, ce fut pour moi un inégalable bienfait que de parfaire ma convalescence dans ce milieu de dilection, très doux. Et puis, Johannès est un des hommes les plus savants en théologie et en sciences occultes que je connaisse. Personne, sinon son antipode, l’abominable Docre, n’a ainsi pénétré les arcanes du Satanisme ; l’on peut même dire qu’ils sont, tous les deux, en France, à l’heure qu’il est, les seuls qui aient franchi le seuil terrestre et obtenu, au point de vue du surnaturel, chacun dans son camp, des résultats certains. Mais, en sus de l’intérêt de sa conversation si habile et si pleine, qu’elle me surprenait même lorsqu’elle abordait cette Astrologie judiciaire où pourtant j’excelle, Johannès me ravissait par la beauté de ses aperçus sur la transformation future des peuples.

Il est bien vraiment, je vous le jure, le prophète dont la mission de souffrance et de gloire a été entérinée, ici bas, par le Très-Haut.

— Je veux bien, moi, fit, en souriant Durtal, mais cette théorie du Paraclet, c’est, si je ne me trompe, la très ancienne hérésie de Montanus qu’a formellement condamnée l’Église.

— Oui, mais tout cela dépend de la façon dont on conçoit la venue du Paraclet, jeta le sonneur qui rentrait. C’est aussi la doctrine orthodoxe de Saint Irénée, de Saint Justin, de Scot Érigène, d’Amaury de Chartres, de Sainte Doucine, de l’admirable mystique qu’était Joachim De Flore ! Cette croyance a été celle du Moyen Âge tout entier et j’avoue qu’elle m’obsède, qu’elle me ravit, qu’elle répond aux plus ardents de mes souhaits. Au fait, reprit-il, en s’asseyant et se croisant les bras, si le troisième Règne est illusoire, quelle consolation peut-il bien rester aux chrétiens, en face du désarroi général d’un monde que la charité nous oblige à ne pas haïr ?

— Je suis, d’ailleurs, obligé d’avouer que, malgré le sang du Golgotha, je me sens personnellement très peu racheté, dit des Hermies.

— Il y a trois règnes, reprit l’astrologue, en tassant la cendre dans sa pipe, avec son doigt. Celui de l’Ancien Testament, du Père, le règne de la crainte. — Celui du Nouveau Testament, du Fils, le règne de l’expiation. — Celui de l’Évangile Johannite, du Saint-Esprit, qui sera le règne du rachat et de l’amour. — C’est le passé, le présent et l’avenir ; c’est l’hiver, le printemps et l’été ; l’un, dit Joachim de Flore, a donné l’herbe, l’autre les épis, le troisième donnera le froment. Deux des personnes de la Sainte Trinité se sont montrées, la Troisième doit logiquement paraître.

— Oui, et les textes de la Bible abondent, pressants, formels, irréfutables, dit Carhaix. Tous les prophètes, Isaïe, Ézéchiel, Daniel, Zacharie, Malachie en ont parlé. Les Actes des Apôtres sont, sur ce point, très nets. Ouvrez-les, vous y lirez au premier chapitre, ces lignes : — « Ce Jésus qui, en se séparant de vous, s’est élevé jusqu’au ciel, viendra de la même manière que vous l’y avez vu monter. » — Saint Jean annonce aussi cette nouvelle dans l’Apocalypse qui est l’Évangile du second avènement du Christ : — « Le Christ viendra, dit-il, et règnera mille ans. » — Saint Paul ne tarit pas en révélations de cette nature. Dans l’épître à Timothée, il évoque le Seigneur, — « qui jugera les vivants et les morts, au jour de son avènement glorieux et de son règne. » — Dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens, il écrit, après la venue du messie : — « Jésus vaincra l’Antéchrist par l’éclat de son avènement. » — Or, il déclare que cet Antéchrist n’est pas encore venu ; donc l'avènement qu'il prophétise n'est pas l’avènement déjà réalisé par la naissance à Bethléem du Sauveur. Dans l’Évangile selon Saint Mathieu, Jésus répond à Caïphe qui lui demande s’il est bien le Christ, fils de Dieu : « Tu l’as dit et même je vous dis que vous verrez après le Fils de l’homme, assis à la droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées du ciel. » — Et, dans un autre verset, l’apôtre ajoute : — « Tenez-vous toujours prêt parce que le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas. »

Et il y en a bien d’autres dont je retrouverais le texte, en ouvrant le Saint Livre. Non, il n’y a pas à discuter, les partisans du Règne glorieux s’appuient avec certitude sur des passages inspirés et ils peuvent, sous certaines conditions et sans crainte d’hérésie, soutenir cette doctrine qui, Saint Jérôme l’atteste, était, au ive siècle, un dogme de foi reconnu par tous. — Mais, voyons, si nous goûtions un peu à ce flacon de crème de céleri que vante Monsieur Durtal.

C’était une liqueur épaisse, sucrée autant que l’anisette, mais encore plus féminine et plus douce ; seulement, quand on avait avalé cet inerte sirop, dans les lointains des papilles, un léger fumet de céleri passait.

— Ce n’est pas mauvais, s’exclama l’astrologue, mais c’est bien moribond et il versa dans son verre une vivante lampée de rhum.

— Quand on y songe, reprit Durtal, le troisième règne est aussi annoncé par ces mots du Pater « que votre Règne arrive ! »

— Certes, dit le sonneur.

— Voyez-vous, jeta Gévingey, l’hérésie existerait surtout et alors elle deviendrait tout à la fois démente et absurde, si l’on admettait, comme le font quelques Paraclétistes, une incarnation authentique et charnelle. Tenez, rappelez-vous le Fareinisme qui a sévi, depuis le xviiie siècle, à Fareins, un village du Doubs, où se réfugia le Jansénisme chassé de Paris, après la fermeture du cimetière de Saint-Médard. Là, un prêtre, François Bonjour, recommence les crucifixions des miraculées, les scènes galvaniques qui infestèrent la tombe du diacre Pâris ; puis, cet abbé s’éprend d’une femme qui prétend être enceinte des œuvres du prophète Élie, lequel doit, d’après l’Apocalypse, précéder la dernière arrivée du Christ. Cet enfant vient au monde, puis un second qui n’est autre que le Paraclet. Celui-là exerça le métier de négociant en laines à Paris, fut colonel de la Garde Nationale sous le règne de Louis-Philippe et mourut dans l’aisance, en 1866. C’était un Paraclet de magasin, un Rédempteur à épaulettes et à toupet !

Après lui, en 1866, une dame Brochard, de Vouvray, affirme à qui veut l’entendre que Jésus s’est réincarné en elle. En 1889, un bon fol du nom de David fait paraître à Angers, une brochure intitulée « la Voix de Dieu », dans laquelle il se décerne le modeste titre de « Messie unique de l’Esprit Saint Créateur » et nous révèle qu’il est entrepreneur de travaux publics et qu’il porte une barbe blonde d’une longueur de 1 mètre 10. À l’heure actuelle, sa succession n’est pas tombée en déshérence ; un ingénieur nommé Pierre Jean a récemment parcouru à cheval les provinces du Midi, en annonçant qu’il était le Saint-Esprit ; à Paris, Bérard, un conducteur d’omnibus, de la ligne de Panthéon-Courcelles, atteste également qu’il corporise le Paraclet, tandis qu’un article de revue avère que l’espoir de la Rédemption fulgure en la personne du poète Jhouney ; enfin, en Amérique, de temps à autre, des femmes paraissent qui soutiennent qu’elles sont le Messie et qui recrutent des adhérents parmi les illuminés des revivals.

— Cela vaut, fit Carhaix, la théorie de ceux qui confondent Dieu et la création. Dieu est immanent dans ses créatures ; il est leur principe de vie suprême, la source du mouvement, la base de leur existence, dit Saint Paul ; mais il est distinct de leur vie, de leur mouvement, de leur âme. Il a son Moi personnel, il est Celui qui est, dit Moïse.

Le Saint-Esprit aussi, par le Christ en gloire, va être immanent dans les êtres. Il sera le principe qui les transforme et les régénère ; mais cela n’exige point qu’il s’incarne. Le Saint-Esprit procède du Père par le Fils ; il est envoyé pour agir mais il ne peut se matérialiser ; soutenir le contraire c’est de la folie pure ! c’est choir dans les schismes des Gnostiques et des Fratricelles, dans les erreurs de Duclin de Novare et de sa femme Marguerite, dans les immondices de l’abbé Beccarelli, dans les abominations de Ségarelli de Parme qui, sous prétexte de se rendre enfant pour mieux symboliser l’amour simple et naïf du Paraclet, se faisait emmaillotter, coucher entre les bras d’une nourrice qu’il tétait, avant de se vautrer dans les bas-fonds !

— Mais enfin, dit Durtal, tout cela me semble peu clair. Si je vous comprends, l’Esprit Saint agira par une effusion en nous ; il nous transmuera, nous rénovera l’âme, par une sorte de purgation passive, pour parler la langue théologique.

— Oui, il doit nous purifier et l’âme et le corps.

— Comment le corps ?

— L’action du Paraclet, reprit l’astrologue, doit s’étendre au principe de la génération ; la vie divine doit sanctifier ces organes qui, dès lors, ne peuvent plus procréer que des êtres d’élection, exempts des boues originelles, des êtres qu’il ne sera plus nécessaire d’éprouver dans le fourneau de l’humiliation, comme dit la Bible. Telle était la doctrine du prophète Vintras, cet extraordinaire illettré qui a écrit de si solennelles et de si ardentes pages. Elle a été continuée, amplifiée, après sa mort, par son successeur, par le Dr Johannès.

— Mais alors c’est le Paradis terrestre ! s’écria des Hermies.

— Oui, c’est le règne de la liberté, de la bonté, de l’amour !

— Voyons, voyons, fit Durtal, je m’y perds, moi. D’une part, vous annoncez l’arrivée du Saint-Esprit, de l’autre l’avènement glorieux du Christ. Ces deux règnes se confondent-ils ou doivent-ils se succéder ?

— Il convient de distinguer, répondit Gévingey, entre la venue du Paraclet et le retour victorieux du Christ. L’une précède l’autre. Il faut d’abord qu’une Société soit recréée, embrasée par la troisième Hypostase, par l’Amour, pour que Jésus descende, ainsi qu’il l’a promis, des nuées, et règne sur des peuples formés à son image.

— Et le Pape qu’en faites-vous dans tout cela ?

— Ah ! c’est là un des points les plus curieux de la doctrine Johannite. Les temps, depuis la première apparition du Messie, se divisent, vous le savez, en deux périodes, la période du Sauveur victimal et expiant, celle où nous sommes, et l’autre, celle que nous attendons, la période du Christ, lavé de ses crachats, flamboyant dans la suradorable splendeur de sa Personne. Eh bien ! il y a un pape différent pour chacune de ces ères ; les Livres Saints annoncent, ainsi que mes horoscopes, du reste, ces deux Souverains Pontificats.

C’est un axiome de la théologie que l’esprit de Pierre vit en ses successeurs. Il y vivra, plus ou moins effacé, jusqu’à l’expansion souhaitée du Saint-Esprit. Alors Jean qui a été mis en réserve, dit l’Évangile, commencera son Ministère d’amour, vivra dans l’âme des nouveaux Papes.

— Je ne comprends pas bien l’utilité d’un pape, alors que Jésus sera visible, fit des Hermies.

— Il n’a, en effet, de raison d’être et il ne peut exister que pendant l’époque réservée aux effluences du divin Paraclet. Le jour où dans le tourbillon des glorieux météores, Jésus paraît, le pontificat de Rome cesse.

— Sans approfondir ces questions sur lesquelles on pourrait discuter pendant des ans, j’admire, s’écria Durtal, la placidité de cette utopie qui s’imagine que l’homme est perfectible ! — Mais non, à la fin, la créature humaine est née égoïste, abusive, vile. Regardez donc autour de vous et voyez ! une lutte incessante, une société cynique et féroce, les pauvres, les humbles, hués, pilés par les bourgeois enrichis, par les viandards ! partout le triomphe des scélérats ou des médiocres, partout l’apothéose des gredins de la politique et des banques ! et vous croyez qu’on remontera un courant pareil ? Non, jamais, l’homme n’a changé ; son âme purulait au temps de la Genèse, elle n’est, à l’heure actuelle, ni moins fétide. La forme seule de ses péchés varie ; le progrès, c’est l’hypocrisie qui raffine les vices !

— Raison de plus, riposta Carhaix ; si la Société est telle que vous la dépeignez, il faut qu’elle croule ! Oui, moi aussi, je pense qu’elle est putréfiée, que ses os se carient, que ses chairs tombent ; elle ne peut plus être, ni pansée, ni guérie. Il est donc nécessaire qu’on l’inhume et qu’une autre naisse. Dieu seul peut accomplir un tel miracle !

— Évidemment, fit des Hermies, si l’on admet que l’ignominie de ces temps est transitoire, l’on ne peut compter pour la faire disparaître que sur l’intervention d’un Dieu, car ce n’est pas le socialisme et les autres billevesées des ouvriers ignares et haineux, qui modifieront la nature des êtres et réformeront les peuples. C’est au-dessus des forces humaines, ces choses-là !

— Et les temps attendus par Johannès sont proches, clama Gévingey. En voici des preuves bien manifestes. Raymond Lulle attestait que la fin du vieux monde serait annoncée par la diffusion des doctrines de l’Antéchrist, et ces doctrines, il les définit : ce sont le Matérialisme et le réveil monstrueux de la Magie. Cette prédiction s’applique à notre temps, je pense. D’autre part, la bonne nouvelle doit se réaliser, à dit saint Mathieu, lorsque « le comble de l’abomination sera constaté dans le Lieu Saint ». Et il y est ! voyez ce Pape peureux et sceptique, plat et retors, cet épiscopat de simoniaques et de lâches, ce clergé jovial et mou. Voyez combien ils sont ravagés par le Satanisme, et dites, dites, si l’Église peut dégringoler plus bas !

— Les promesses sont formelles, elle ne peut périr, et, accoudé sur la table, d’un ton suppliant, les yeux au ciel, l’accordant murmura : Notre Père, que votre règne arrive !

— Il se fait tard, partons, jeta des Hermies. Alors, pendant qu’ils endossaient leurs paletots, Carhaix questionna Durtal.

— Qu’espérez-vous si vous n’avez pas foi dans la venue du Christ ?

— Moi je n’espère rien.

— Je vous plains, alors ; vrai, vous ne croyez à aucune amélioration pour l’avenir ?

— Je crois, hélas ! que le vieux Ciel divague sur une terre épuisée et qui radote !

Le sonneur leva les bras et hocha tristement la tête.

Lorsqu’ils eurent quitté Gévingey, au bas de la tour, des Hermies, après avoir marché quelque temps en silence, dit :

— Cela ne t’étonne point que tous les événements dont on a parlé, ce soir, se soient passés à Lyon. — et comme Durtal le regardait :

— C’est que, vois-tu, je connais Lyon ; les cerveaux y sont fumeux ainsi que les brouillards du Rhône qui couvrent, le matin, les rues. Cette ville semble superbe aux voyageurs qui aiment les longues avenues, les préaux gazonnés, les grands boulevards, toute l’architecture pénitentiaire des cités modernes ; mais Lyon est aussi le refuge du mysticisme, le havre des idées préternaturelles et des droits douteux. C’est là qu’est mort Vintras, en lequel s’était, paraît-il, incarnée l’âme du prophète Élie ; c’est là que les Naundorff ont gardé leurs derniers partisans ; là que les envoûtements sévissent, car à la Guillotière, on fait maléficier, pour un louis, les gens ! Ajoute que c’est également, malgré sa foison de radicaux et d’anarchistes, un opulent magasin, d’un catholicisme protestant et dur, une manufacture janséniste, une bourgeoisie bigote et grasse.

Lyon est célèbre par ses charcuteries, ses marrons et ses soies ; et aussi par ses églises ! Tous les sommets de ses voies en escalade sont sillonnés par des chapelles et des couvents de Notre-Dame de Fourvière les domine tous. De loin, ce monument ressemble à une commode du xviiie siècle, renversée, les pieds en l’air, mais l’intérieur qu’on parachève encore, déconcerte. — Tu devrais aller le visiter, un jour. — Tu y verrais le plus extraordinaire mélange d’Assyrien, de Roman, de Gothique, tout un je ne sais quoi, inventé, plaqué, rajeuni, soudé, par Bossan, le seul architecte qui ait, en somme, su élever un intérieur de cathédrale, depuis cent ans ! Sa nef fulgure d’émaux et de marbres, de bronzes et d’or ; des statues d’anges coupent les colonnes, interrompent avec une grâce solennelle, les eurythmies connues. C’est asiatique et barbare ; cela rappelle les architectures que Gustave Moreau élance, autour de ses Hérodiades, dans son œuvre.

Et des files de pèlerins se succèdent sans trève. On prie Notre-Dame pour l’extension des affaires ; on la supplie d’ouvrir de nouveaux débouchés aux saucissons et aux soies. On fait l’article à la Vierge ; on la consulte sur les moyens de vendre les denrées défraîchies et d’écouler les pannes. Au centre de la ville même, dans l’église de Saint-Boniface, j’ai relevé une pancarte où l’on invite les fidèles à ne pas distribuer, par respect pour le Saint Lieu, d’aumônes aux pauvres. Il ne convenait pas, en effet, que les oraisons commerciales fussent troublées par les ridicules plaintes des indigents !

— Oui, dit Durtal, et ce qui est bien étrange aussi, c’est que la démocratie est l’adversaire le plus acharné du pauvre. La Révolution, qui semblait, n’est-ce pas, devoir le protéger, s’est montrée pour lui le plus cruel des régimes. Je te ferai parcourir un jour, un décret de l’an II ; non seulement, il prononce des peines contre ceux qui tendent la main, mais encore contre ceux qui donnent !

— Et voilà pourtant la panacée qui va tout guérir, fit des Hermies, en riant. Et il désigna du doigt, sur les murs, d’énormes affiches dans lesquelles le général Boulanger objurguait les Parisiens, de voter aux prochaines élections, pour lui.

Durtal leva les épaules. Tout de même, dit-il, ce peuple est bien malade. Carhaix et Gévingey ont peut-être raison, lorsqu’ils professent qu’aucune thérapeutique ne serait assez puissante pour le sauver !