L’Ève future/Avis au lecteur

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Bibliothèque-Charpentier ; Eugène Fasquelle, éditeur (p. i-iii).



AVIS AU LECTEUR


Il me paraît de toute convenance de prévenir une confusion possible relativement au principal héros de ce livre.

Chacun sait aujourd’hui qu’un très illustre inventeur américain, M. Edison, a découvert, depuis une quinzaine d’années, une quantité de choses aussi étranges qu’ingénieuses ; ― entre autres le Téléphone, le Phonographe, le Microphone ― et ces admirables lampes électriques répandues sur la surface du globe ; ― sans parler d’une centaine d’autres merveilles.

En Amérique et en Europe une légende s’est donc éveillée, dans l’imagination de la foule, autour de ce grand citoyen des États-Unis. C’est à qui le désignera sous de fantastiques surnoms ― tels que le « Magicien du siècle, le Sorcier de Menlo Park, le papa du Phonographe », etc., etc. L’enthousiasme ― des plus naturels ― en son pays et ailleurs, lui a conféré une sorte d’apanage mystérieux, ou tout comme, en maints esprits.

Dès lors, le Personnage de cette légende, ― même du vivant de l’homme qui a su l’inspirer, ― n’appartient-il pas à la littérature humaine ? ― En d’autres termes, si le docteur Johannes Faust, se trouvant contemporain de Wolfgang Goethe, eût donné lieu à sa symbolique légende, le « Faust » n’eût-il pas été, quand même, licite ?

Donc, lEdison du présent ouvrage, son caractère, son habitation, son langage et ses théories sont ― et devaient être ― au moins passablement distincts de la réalité.

Il est, ainsi, bien établi que j’interprète une légende moderne au mieux de l’œuvre d’Art métaphysique dont j’ai conçu l’idée, qu’en un mot le héros de ce livre est, avant tout, le « Sorcier de Menlo Park, » etc., ― et non M. l’ingénieur Edison, notre contemporain.

Je n’ai pas d’autre réserve à notifier.


Villiers de l’Isle-Adam