L’Église chrétienne (Renan)/XI. Dernière révolte des Juifs

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Calmann Lévy (p. 186-213).


CHAPITRE XI.


DERNIÈRE RÉVOLTE DES JUIFS.


Après un séjour de deux ans à Rome, Adrien se fatigua du repos et se mit de nouveau à rêver de voyages. Il visita d’abord la Mauritanie, puis se dirigea pour la seconde fois vers la Grèce et l’Orient[1]. Athènes le retint près d’un an ; il consacra les édifices dont il avait, dans son premier voyage, ordonné la construction ; la Grèce fut en fête et vécut de lui. Les souvenirs classiques revivaient de toutes parts ; Adrien les fixait par des monuments, par des cippes, fondait des temples, des chaires, des bibliothèques. Le vieux monde, avant de mourir, faisait son pèlerinage à ses lieux d’origine et semblait célébrer ses dernières panégyries. L’empereur présidait, comme un pontife, à ces solennités inoffensives, qui n’amusaient plus guère que les têtes creuses et les oisifs.

L’auguste voyageur reprit ensuite sa course à travers l’Orient, visita l’Arménie, l’Asie Mineure, la Syrie, la Judée. À s’en tenir aux dehors, il était partout accueilli comme une providence. Des monnayages faits exprès[2] lui souhaitaient la bienvenue dans chaque province[3]. On a ceux de Judée. Hélas ! quel mensonge ! Au-dessous de la légende adventvi avg. ivdaeae, on voit l’empereur, dans une noble et digne attitude, recevant avec bonté la Judée, qui lui présente ses fils. L’empereur a déjà la belle et douce mine philosophique des Antonins et semble la personnification de la civilisation calme morigénant le fanatisme. Des enfants vont au-devant de lui, portant des palmes. Au milieu, un autel païen et un taureau symbolisent la réconciliation religieuse ; la Judée, une patère à la main, semble participer au sacrifice qui s’apprête[4]. Voilà comment l’optimisme officiel renseigne les souverains. Au fond, l’opposition de l’Orient et de l’Occident ne faisait que s’accentuer de plus en plus, et des signes certains ne permettaient pas à l’empereur d’en douter. Son éclectisme bienveillant était parfois singulièrement ébranlé.

De Syrie, Adrien se rendit en Égypte par Petra. Son mécontentement, sa mauvaise humeur contre les Orientaux augmentaient à chaque pas. L’Égypte avait été peu auparavant fort troublée. La renaissance des vieux cultes, qui s’opérait de tous les côtés, y amena quelque fermentation. Il y avait très-longtemps qu’on n’avait vu un Apis ; on commençait à oublier ces vieilles chimères, quand tout à coup une clameur s’éleva : on avait trouvé l’animal miraculeux ; on se l’arrachait, tout le monde voulait l’avoir[5]. Le christianisme lui-même n’avait pas en Égypte une tenue aussi sévère qu’ailleurs ; il s’y mêlait beaucoup de superstitions païennes. Adrien s’amusa de toutes ces folies. Une jolie lettre, qu’il écrivit vers ce temps à son beau-frère Servien, nous a été conservée[6] :


« Cette Égypte que tu me vantais, mon cher Servien, je l’ai trouvée légère, suspendue à un fil, voltigeant à chaque souffle de la mode. Là, ceux qui adorent Sérapis sont en même temps chrétiens, et ceux qui se disent évêques du Christ sont dévots à Sérapis. Pas un président de synagogue juive, pas un samaritain, pas un prêtre chrétien qui ne cumule ses fonctions avec celles d’astrologue, de devin, de charlatan. Le patriarche lui-même[7] quand il vient en Égypte, est forcé par les uns à adorer Sérapis, par les autres à adorer le Christ. Engeance séditieuse, vaine, impertinente ! Ville opulente, riche, productrice, où personne ne vit oisif[8] ! Les uns soufflent le verre, les autres fabriquent le papier, d’autres sont teinturiers. Tous professent quelque métier et l’exercent. Les goutteux trouvent de quoi faire ; les myopes ont à s’employer ; les aveugles ne sont pas sans occupation ; les manchots même ne restent point oisifs. Leur dieu unique, c’est l’argent[9]. Voilà la divinité que chrétiens, juifs, gens de toute sorte adorent. On regrette de trouver si peu de mœurs dans une ville digne assurément, par sa production et sa grandeur, d’être la capitale de l’Égypte. Je lui ai tout accordé, je lui ai rendu ses anciens privilèges, j’en ai ajouté de nouveaux ; je les ai forcés à me remercier, pendant que j’étais là ; mais à peine étais-je parti, qu’ils se sont mis à jaser sur mon fils Verus[10] et à dire sur Antinoüs[11] ce que tu sais, je crois. Pour toute vengeance, je leur souhaite de manger à perpétuité leurs poulets, fécondés d’une façon qui n’est pas belle à dire. Je t’ai fait passer les verres allassontes [aux couleurs changeantes], que le prêtre du temple m’a offerts ; ils sont spécialement dédiés à toi et à ma sœur. Fais-les servir aux dîners des jours de fête ; veille cependant à ce que notre Africanus ne se laisse pas aller à en faire trop usage. »


D’Égypte, Adrien revint en Syrie[12]. Il trouva des dispositions mauvaises. On s’enhardissait. Antioche le reçut mal[13] ; il regagna Athènes, où il était adoré. Là, il apprit de graves événements. Les juifs en appelaient pour la troisième fois aux armes[14]. L’accès de folie furieuse de l’an 117 semblait recommencer. Israël répugnait plus vivement que jamais à la police romaine. Tout malfaiteur en révolte contre l’autorité était un saint, tout brigand devenait un patriote. Arrêter les voleurs paraissait une trahison : « Vinaigre, fils de vin, dit un rabbin à un juif qui avait pour fonction de rechercher les malfaiteurs, pourquoi dénonces-tu le peuple de Dieu ? » Élie rencontre ce bon gendarme et lui conseille également d’abandonner au plus tôt son odieux métier[15].

Il semble que de son côté l’autorité romaine eut plus d’un tort. L’administration d’Adrien devenait chaque jour moins tolérante envers les sectes orientales, dont l’empereur se moquait. Plusieurs légistes pensaient que la circoncision était, comme la castration[16], un sévice punissable[17]. Elle fut interdite[18]. Les cas où ceux qui avaient pratiqué l’épispasme étaient forcés par les fanatiques à se faire circoncire de nouveau[19] pouvaient surtout donner lieu à des poursuites. Jusqu’à quel point la justice impériale s’avança-t-elle dans cette voie fâcheuse et contraire à la liberté de conscience ? Nous l’ignorons. Adrien n’était certes pas l’homme des excès. Dans la tradition juive, tout l’odieux de ces mesures pèse sur Tineius Rufus[20], qui était alors légat propréteur de la province de Judée[21], et dont les mécontents changèrent le nom en Tyrannus Rufus[22].

Ces tracasseries, auxquelles il était facile d’échapper dans les cas qui seuls importaient aux familles pieuses, savoir les cas relatifs à la circoncision des enfants, ne furent pas la principale cause de la guerre. Ce qui réellement mit les armes aux mains des Israélites, ce fut l’horreur que leur causait la transformation de Jérusalem ou, en d’autres termes, les progrès de la construction d’Ælia Capitolina. La vue d’une ville païenne s’élevant sur les ruines de la ville sainte, l’emplacement du temple profané, ces sacrifices païens, ces théâtres élevés avec les pierres mêmes de l’édifice vénéré, ces étrangers habitant la ville que Dieu avait aimée, tout cela leur paraissait le comble du sacrilège et du défi[23].

Loin de vouloir rentrer dans cette nouvelle Jérusalem profane, ils la fuyaient comme une abomination. Le sud de la Judée, au contraire, était plus que jamais une terre juive. Il s’y était formé une foule de gros bourgs, pouvant se défendre, grâce à la disposition des maisons, lesquelles étaient serrées en masse compacte sur le sommet des collines. Béther était devenu pour les Israélites de ces parages comme une seconde ville sainte, un équivalent de Sion[24]. Les fanatiques se procurèrent des armes par un singulier stratagème. Ils devaient fournir aux Romains une certaine quantité d’ustensiles de guerre ; ils les fabriquaient mal exprès pour qu’on les refusât et que ces armes rebutées restassent à leur disposition. Ils faisaient, à défaut de fortifications apparentes, d’immenses souterrains ; les défenses de Béther étaient complétées par des ouvrages avancés en pierraille. Ce qui restait de Juifs en Égypte et en Libye accourait pour grossir la masse des révoltés[25].

Il faut rendre cette justice aux parties éclairées de la nation qu’elles restèrent en dehors d’un mouvement qui supposait une prodigieuse ignorance du monde et un complet aveuglement. En général, les pharisiens se montrèrent défiants, réservés. Beaucoup de docteurs s’enfuirent en Galilée[26], d’autres en Grèce[27], pour éviter l’orage qui s’approchait. Plusieurs ne cachaient pas leur fidélité à l’empire, lui attribuaient même une sorte de légitimité[28]. Rabbi Josué ben Hanania paraît avoir agi jusqu’à son extrême vieillesse dans le sens de la conciliation ; après lui, disent les talmudistes, se perdirent le conseil et la prudence[29]. On vit dans cette circonstance ce qui s’était toujours vu depuis plus de cent ans : le peuple, facile à duper au moindre souffle d’espérances messianiques, allait en avant malgré les docteurs ; ceux-ci ne pensaient qu’à leur casuistique, et, s’ils mouraient, ce n’était pas en combattant, c’était pour se défendre de manquer à la Loi.

Les chrétiens résistèrent encore mieux à la tentation. Bien que la révolte pût flatter les passions de quelques-uns d’entre eux contre l’empire romain, une défiance instinctive à l’égard de tout ce qui venait du fanatique Israël les arrêta sur la pente dangereuse. Le parti des chrétiens était déjà pris. La forme de leur résistance à l’empire était non la révolte, mais le martyre. Ils étaient assez nombreux en Judée ; à la différence des Juifs orthodoxes, ils pouvaient même se permettre d’habiter dans Ælia. Naturellement les Juifs cherchèrent à entraîner ces quasi-compatriotes ; mais les disciples de Jésus étaient déjà bien loin de la politique terrestre. Jésus avait enterré pour toujours les espérances d’un patriotisme et d’un messianisme matériels. Le règne d’Adrien était loin d’être défavorable aux Églises. Elles ne bougèrent pas[30]. Il se trouva même des voix pour prédire aux Juifs les conséquences de leur obstination et l’extermination qui les attendait[31].

Toutes les révoltes juives s’étaient rattachées plus ou moins à des espérances messianiques ; mais jamais on n’avait encore vu un personnage se donner pour le Messie. C’est ce qu’on vit cette fois. Sans doute sous l’influence des idées chrétiennes, et à l’imitation de Jésus, un personnage se donna pour l’envoyé céleste tant attendu, et réussit à séduire le peuple. L’histoire de cet étrange épisode ne nous apparaît qu’à travers une pénombre. Les Juifs, qui seuls auraient pu nous dire quels furent la pensée intime et le mobile secret des agitateurs, ne nous ont livré à cet égard que des images confuses, comme les souvenirs d’un homme qui a traversé la démence. Il n’y avait plus de Josèphe. Barcochébas, comme l’appellent les chrétiens, reste un problème insoluble et sur lequel l’imagination elle-même ne peut s’exercer avec aucune chance de toucher la vérité.

Le nom de son père ou de l’endroit où il était né[32] était Coziba, et on ne l’appelait jamais que « le fils de Coziba » (Bar ou Ben-Coziba[33]). Son vrai nom propre est inconnu[34]. Peut-être ses partisans furent-ils amenés à dissimuler exprès son nom et celui de sa famille, dans l’intérêt de son rôle messianique. Il était, ce semble, neveu de R. Éléazar de Modin, agadiste de grande renommée, qui avait beaucoup vécu avec R. Gamaliel II et ses compagnons[35]. On se demande si les souvenirs des Macchabées, encore vivants à Modin et consacrés par un superbe monument, n’excitèrent point chez Bar-Coziba l’héroïsme patriotique. Son courage paraît devoir être mis hors de doute ; mais la pénurie de renseignements historiques ne permet pas d’en dire davantage. Y eut-il chez lui du sérieux, de l’enthousiasme religieux, du fanatisme ? Fut-il un messianiste attardé mais sincère ? Ou bien ne faut-il voir en ce personnage équivoque qu’un charlatan, un imitateur à contre-sens de Jésus, un grossier imposteur, un scélérat même, comme le veulent Eusèbe[36] et saint Jérôme[37] ? Nous l’ignorons. La seule circonstance qu’on puisse faire valoir en sa faveur, c’est qu’il obtint l’adhésion du principal docteur juif de l’époque, de celui qui, par ses habitudes d’esprit, devait être le plus éloigné des chimères d’un imposteur : nous voulons parler de Rabbi Aquiba.

Rabbi Aquiba était depuis des années la première autorité des Juifs. On le comparait à Esdras et même à Moïse. En général, les docteurs étaient peu portés vers les agitateurs populaires. Occupés de leurs discussions, ils plaçaient dans l’observation de la Loi toute la destinée d’Israël ; les rêves messianiques se bornaient pour eux à l’idéal mosaïque réalisé par de scrupuleux dévots. Comment Aquiba put-il engager le peuple dont il avait la confiance à un véritable acte de folie ? Peut-être son origine populaire et sa tendance démocratique à contredire la tradition sadducéenne contribuèrent-elles à l’égarer. Peut-être aussi l’absurdité de son exégèse lui enleva-t-elle toute rectitude pratique. Ce n’est jamais impunément qu’on joue avec le bon sens et qu’on met les ressorts de l’esprit à l’épreuve, au risque de les casser. Le fait, en tout cas, paraît certain. Quoiqu’on ait peine à le concevoir, Aquiba reconnut la messianité de Bar-Coziba. Il lui donna en quelque sorte l’investiture devant le peuple, en lui remettant solennellement le bâton de commandement et en lui tenant l’étrier, quand il monta sur le cheval de guerre pour inaugurer son règne de Messie. Ce nom de Bar-Coziba était malheureux ; il prêtait à des allusions fâcheuses[38]. Regardant celui qui le portait comme le sauveur prédestiné d’Israël, Aquiba lui fit, dit-on, l’application du verset Nombres, xxiv, 17 : « Une étoile (kokab) s’élèvera de Jacob », verset auquel on prêtait un sens messianique. Le nom de Bar-Coziba se trouva de la sorte changé en Bar-kokaba[39] « le fils de l’étoile[40] ».

Bar-Coziba, ainsi reconnu par l’homme qui, sans titre officiel il est vrai, mais en vertu d’une sorte d’acceptation générale, passait pour le guide religieux du peuple israélite, devint le chef de la révolution[41], et la guerre fut décidée. Les Romains négligèrent d’abord ces folles agitations. Béther, dans une position écartée, loin des grandes routes, attirait peu leur attention ; mais, lorsque le mouvement eut envahi toute la Judée, et que les Juifs commencèrent partout à former des groupes menaçants, il fallut ouvrir les yeux. Les attaques, les embuscades contre la force romaine se multipliaient et devenaient meurtrières. En outre, le mouvement, comme il arriva en 68 et en 117, tendait à se communiquer à tout l’Orient. Les brigands arabes, voisins du Jourdain et de la mer Morte, rendus à l’anarchie par la destruction du royaume nabatéen de Petra, entrevirent la perspective du pillage de la Syrie et de l’Égypte. L’ébranlement était général[42]. Ceux qui avaient pratiqué l’épispasme, pour échapper à la capitation, se soumirent de nouveau à une opération douloureuse pour ne pas être exclus des espérances d’Israël[43]. Quelques-uns croyaient les temps messianiques si bien venus, qu’ils se regardaient comme autorisés à prononcer le nom de Jéhovah tel qu’il est écrit[44].

Pendant qu’Adrien fut en Égypte et en Syrie, les conjurés dissimulèrent ; mais, dès qu’il fut parti pour Athènes, la révolte éclata. On fit, à ce qu’il semble, courir le bruit que l’empereur était malade et atteint de la lèpre[45]. Ælia, avec sa colonie romaine, était fortement gardée[46] ; la Legio Decima Fretensis continuait d’y tenir garnison[47] ; sans doute la route entre Ælia et Césarée, ville qui était le centre de la domination romaine[48] demeura libre également. Ælia, de la sorte, ne fut jamais cernée par l’insurrection. Le maintien des communications était facile, grâce à une ceinture de colonies établies à l’ouest et au nord de la ville[49], et surtout grâce aux places de Nicopolis, de Lydda, assurées aux Romains.

Il est donc probable que la révolte, dans sa marche vers le nord, ne dépassa pas Béther, et qu’elle n’atteignit pas Jérusalem[50]. Mais tous les bourgs de Judée, qui n’avaient pas de garnison, proclamèrent l’indépendance d’Israël. Béther, en particulier[51], devint une sorte de petite capitale, une Jérusalem en expectative, à côté de la grande, qu’on espérait bientôt conquérir. La situation de Béther était des plus fortes. C’était une tête de ligne, commandant toutes les vallées du pays insurgé, et rendue presque imprenable par d’énormes travaux dont les restes se voient encore aujourd’hui[52].

Le premier soin des insurgés fut la question monétaire. Un des supplices des juifs fidèles était d’être obligés de manier une monnaie sur laquelle se trouvaient l’effigie de l’empereur et des images idolâtriques. Pour les offrandes religieuses, en particulier, on recherchait soit les pièces des princes asmonéens, encore courantes dans le pays[53], soit celles de la première révolte, qui elle-même avait imité le monnayage asmonéen. L’insurrection nouvelle était trop pauvre et trop mal outillée pour émettre des types nouveaux. Elle se contenta de retirer de la circulation les pièces au type des Flavius et de Trajan, et de les surfrapper de types orthodoxes[54], que le peuple connaissait et qui avaient pour lui un sens national. Quelques anciens coins furent peut-être retrouvés et facilitèrent l’opération. On choisit surtout pour cette contrefaçon les belles pièces de Simon Macchabée, le premier prince juif qui eût battu monnaie[55]. Par leur ère, qui était celle « de la liberté d’Israël » ou « de Jérusalem », ces pièces semblaient faites exprès pour la circonstance. Mieux appropriées encore étaient celles où l’on voyait le temple surmonté d’une étoile et celles qui présentaient dans le champ la simple image des deux trompettes destinées, selon la Loi[56], à convoquer Israël à la guerre sainte[57]. La surfrappe fut faite grossièrement, et, dans un grand nombre de pièces, le type romain primitif est encore visible. Cette monnaie s’appela « l’argent de Coziba » ou « l’argent de la révolte ». Comme elle était en partie fictive, elle perdit plus tard beaucoup de sa valeur[58].

La guerre fut longue et terrible. Elle dura plus de deux ans ; les meilleurs généraux paraissent s’y être usés. Tineius Rufus, se voyant débordé, demanda du secours ; son collègue Publicius Marcellus, légat de Syrie, accourut[59] ; tous deux échouèrent. Il fallut, pour écraser la révolte, faire venir de son commandement, en Bretagne, le premier capitaine du temps, Sextus Julius Severus[60]. Celui-ci fut revêtu du titre de légat de la province de Judée, à la place de Tineius Rufus[61]. Quintus Lollius Urbicus le seconda en qualité de légat d’Adrien[62].

Les révoltés ne se montraient jamais en rase campagne ; mais ils étaient maîtres des hauteurs ; ils y élevaient des fortifications et creusaient entre leurs bourgs crénelés des chemins couverts, des communications souterraines, éclairées d’en haut par des soupiraux, qui y donnaient l’air et le jour. Ces couloirs secrets leur servaient de refuge, quand ils étaient refoulés, et leur permettaient d’aller défendre un autre point. Pauvre race ! Chassée de son sol, elle semblait vouloir s’enfoncer dans ses entrailles plutôt que de le quitter ou de le laisser profaner. Cette guerre de taupes fut extrêmement meurtrière. Le fanatisme atteignait en intensité celui de 70. Julius Severus n’osa nulle part en venir à un engagement avec ses adversaires ; voyant leur nombre et leur désespoir, il craignait d’exposer les lourdes masses romaines aux dangers d’une guerre de barricades et de mamelons fortifiés. Il attaquait les rebelles séparément ; grâce au nombre de ses soldats et à l’habileté de ses lieutenants, il réussissait presque toujours à les affamer et à les cerner dans leurs tranchées.

Bar-Coziba, acculé à l’impossible, devenait chaque jour plus violent. Sa domination était celle d’un roi[63]. Il ravageait tout le pays aux alentours. Quant à son rôle de Messie, il paraît que, pour le soutenir, il ne reculait pas devant de grossières impostures[64]. Le refus des chrétiens de reconnaître son caractère messianique et de faire cause commune avec lui l’irritait. Il en vint contre eux aux plus cruelles persécutions. La messianité de Jésus était la négation de la sienne et un capital obstacle à ses plans. Ceux qui refusaient de renier et de blasphémer le nom de Jésus étaient mis à mort, flagellés, torturés[65]. Juda, qui semble avoir été alors évêque de Jérusalem, peut avoir été du nombre des victimes[66]. L’indifférence politique des chrétiens, leur fidélité loyale à l’empire devaient être prises par les exaltés comme des manques de patriotisme. Il paraît, du reste, que les juifs sensés témoignaient aussi avec franchise leur mécontentement. Un jour qu’Aquiba, à la vue de Bar-Coziba, s’écriait ; « Voilà le Messie ! » — « Aquiba, lui répondit Rabbi Johanan ben Torla, l’herbe aura poussé entre tes mâchoires avant que vienne le fils de David[67]. »

Rome, comme toujours, finissait par avoir raison. Chaque centre de résistance tombait à son tour. Cinquante des forteresses improvisées[68] que les révoltés s’étaient bâties, neuf cent cinquante-cinq bourgs[69] furent pris et ruinés[70]. Beth-Rimmon, sur la frontière d’Idumée, garda le souvenir d’une affreuse tuerie de fugitifs. Le siège de Béther fut particulièrement long et difficile. On alla jusqu’aux dernières extrémités de la faim et de la soif[71]. Bar-Coziba y périt sans qu’on sache rien des circonstances de sa mort[72].

Le massacre fut horrible. Cent quatre-vingt mille Juifs furent tués dans les diverses rencontres. Le nombre de ceux qui périrent par la faim, le feu la maladie, ne se put calculer[73]. On égorgea de sang-froid les femmes, les enfants. La Judée devint à la lettre un désert[74] ; les loups et les hyènes entraient dans les maisons avec des hurlements. Beaucoup de villes du Darom furent ruinées pour toujours[75], et l’aspect désolé qu’offre aujourd’hui le pays est encore le signe vivant de la catastrophe arrivée il y a dix-sept siècles et demi.

L’armée romaine aussi avait été fortement éprouvée[76]. Adrien, écrivant d’Athènes au sénat, ne se sert pas du préambule ordinaire aux empereurs : Si vos liberique vestri valetis, bene est ; ego quidem et exercitus valemus. Severus fut récompensé comme il le méritait de cette campagne si bien conduite. Le sénat, sur la proposition d’Adrien, lui décerna les ornements triomphaux ; il fut élevé à la dignité de légat de Syrie[77]. L’armée de Judée fut comblée de récompenses[78]. L’empereur reçut la salutation impériale pour la seconde fois[79].

Ce qu’on ne tua pas fut vendu au même prix que les chevaux à la foire annuelle du Térébinthe, près d’Hébron. C’était l’endroit où Abraham était censé avoir campé quand il reçut la visite des trois personnages divins. Le champ de foire, délimité par une enceinte rectangulaire soignée, existe encore[80]. Un souvenir funeste s’attacha désormais pour les Juifs à cet endroit, jusque-là sacré à leurs yeux. Ils ne parlèrent plus de la foire du Térébinthe qu’avec horreur. Ceux qui ne trouvèrent pas d’acheteurs à cet endroit furent menés à Gaza, et là exposés en vente à une autre foire qu’Adrien y avait établie. Quant aux malheureux dont on ne put se défaire en Palestine, on les transporta en Égypte ; beaucoup firent naufrage ; d’autres moururent de faim ; d’autres furent tués par les Égyptiens, qui n’avaient pas oublié les atrocités commises par les Juifs en ces mêmes parages, dix-huit ans auparavant[81]. Deux frères qui continuaient encore la résistance à Kafar-Kharouba[82] furent anéantis avec leurs partisans[83].

Les souterrains de la Judée, cependant, contenaient encore une foule de malheureux, qui n’osaient sortir, de peur de trouver la mort. Leur vie était horrible ; chaque bruit insolite leur paraissait l’approche de l’ennemi ; affolés, ils se précipitaient et s’écrasaient alors les uns les autres. Ils n’avaient pour apaiser leur faim que les cadavres de leurs proches, et ils en mangeaient[84]. Il semble que l’autorité romaine empêcha dans certains cas l’enterrement des cadavres, pour rendre l’impression du châtiment encore plus forte[85]. La Judée était comme un vaste charnier. Les malheureux qui réussissaient à gagner le désert s’estimaient favorisés de Dieu.

Certes, tous n’avaient pas mérité ces châtiments sévères[86]. Cette fois, comme il arrive trop souvent, les sages payèrent pour les fous. Une nation est une solidarité ; l’individu qui n’a contribué en rien aux fautes de ses compatriotes, qui même en a gémi, n’en est pas moins puni que les autres. Le premier devoir d’une communauté est de tenir en bride ses éléments absurdes. Or la pensée de se retirer de la grande confédération méditerranéenne que Rome avait créée était l’absurdité même. Autant le juif doux et pacifique, qui ne demandait que la liberté de méditer sur la Loi, est digne des sympathies de l’histoire, autant nos principes nous obligent à être sévères pour un Bar-Coziba, précipitant sa patrie dans un abîme de maux, pour un Aquiba, appuyant de son autorité les folies populaires. Le respect est dû à quiconque verse son sang pour une cause qu’il croit bonne ; mais l’approbation ne lui est pas due pour cela. Les fanatiques d’Israël ne combattaient pas pour la liberté ; ils combattaient pour la théocratie, pour la liberté de vexer les païens, d’exterminer tout ce qui leur semblait le mal[87]. L’idéal qu’ils poursuivaient eût été un état insupportable, analogue pour l’intolérance à la triste époque asmonéenne ; c’eût été le règne des zélotes, radicaux de la pire espèce ; c’eût été le massacre des infidèles, la terreur. Tous les libéraux du iie siècle en jugèrent de la sorte. Un homme fort intelligent, appartenant comme les Juifs à une race noble et vaincue, l’antiquaire Pausanias, s’exprime ainsi : « De mon temps régna cet Adrien, qui montra tant de respect envers tous les dieux et eut si fort à cœur le bonheur de ses sujets. Il n’entreprit aucune guerre sans y être forcé. Quant aux Hébreux voisins de la Syrie, c’est parce qu’ils s’étaient révoltés qu’il les dompta[88]. »

  1. Eusèbe, Chron., p. 166-167, Schœne. Cf. Greppo, Mém. sur les voy. de l’emp. Adrien, Paris, 1842, p. 181 et suiv., et Noël Desvergers, Biogr. génér., art. Adrien ; Clinton, Fasti rom., I, aux années 129-31. Cf. Eckhel, VI, p. 489 et suiv. ; Waddington, Inscr. gr. et lat. de Syrie, n° 2585 ; Vogüé, Inscr. sémit. de Syrie, Palmyre, n° 16.
  2. Ces monnayages, portant S. C., semblent faits à Rome ; peut-être un atelier monétaire portatif suivait-il l’empereur.
  3. Voir la série des adventvi dans Eckhel, Cohen et Greppo. Ces monnaies portent P. P., et sont par conséquent postérieures à l’an 129-130, où Adrien prit le titre de pater patriæ. V. Noël Desvergers, l. c. ; Eckhel, VI, 481 et suiv., 515 et suiv. L’inscription 268 de Guérin (Voy. en Tun., II, p. 75) ne saurait modifier les résultats acquis (cf. n° 269). Les pièces avec P. P. sont toutes de la fin du règne [Longpérier].
  4. Eckhel, VI, p.495-496 ; Cohen, nos  606-610 ; Madden, p. 212-213.
  5. Spartien, Adrien, 12. C’est peut-être l’Apis dont le sarcophage est au sérapéum de Memphis, abandonné à moitié chemin de la cella où il devait reposer.
  6. Vopiscus, Saturninus, 8. Vopiscus l’avait prise dans Phlégon. J’ai suivi l’édition de Peter. Il est inconcevable qu’on ait élevé des doutes contre l’authenticité d’un pareil morceau, d’un style si fin, qui porte si bien le cachet de son auteur, et que personne n’avait intérêt à fabriquer. Comment, d’ailleurs, si la pièce était une fraude chrétienne (!!), eût-elle fait illusion à Phlégon, le secrétaire d’Adrien ? Comment les chrétiens eussent-ils pu introduire leur fraude dans les recueils, essentiellement païens, de Phlégon et de l’Histoire Auguste ?
  7. Probablement l’ab-beth-din juif, qu’Adrien avait pu voir en Palestine.
  8. Il s’agit d’Alexandrie.
  9. Lisez nummus, au lieu de nullus.
  10. L’adoption officielle de Verus n’avait pas encore eu lieu ; mais, en famille, Adrien pouvait appeler Verus son fils, par suite d’engagements secrets que Servien devait connaître. Spartien, Ælius, 3. Le rapprochement avec Antinoüs confirme cette explication.
  11. Les manuscrits portent Antoninus.
  12. On pourrait être tenté de rapporter à cette époque les fragments de papyrus du Louvre, n° 68, et du Musée britannique, n°43 (Not. et extr., XVIII, 2e partie, p. 383 et suiv. ; Greek papyri of the Brit. Mus., p. 69 et suiv.). Je crois cependant que ce document se rapporte plutôt aux affaires juives sous Caligula. Notez καισαρ Καιο[ς]…, et les mots ὅσιοι Ἰουδαῖοι, Ἕλληνες, Κλαυδιανός, καισαριανοί, ἀπὸ σκηνῆς, εὔχας, etc.
  13. Spartien, Adr., 14.
  14. Dion Cassius, LXIX, 12-14 ; Spartien, Adr., 14 ; saint Justin, Apol. I, 31 ; Dial., 1 ; Tertullien Contra Jud. ; Eusèbe, H. E., IV, 6 (d’après Ariston de Pella ; comp. Moïse de Khorène, II, 60) ; Chron., p. 166-169, Schœne (Syncelle, parall.) ; saint Jérôme, In Dan., ix, 27 ; In Zach., viii, xi ; In Joël, i ; In Jerem., xxxi ; In Ezech., v, xxiv ; In Is., ii, vi ; Apol. in Ruf., III, 31 ; De viris ill., 21 ; Jean Chrys., In Jud., orat. v, 11 ; Chron. d’Alexandrie, à l’an 119 ; Orose, VII, 13 ; Chronicon samaritanum, ou Liber Josué (édit. Juynboll), c. 47 ; Mischna, Taanith, iv, 6, 7, 8 ; Aboda zara, i, 8 ; Talm. de Jér., Tannith, iv, 8, fol. 68 d, 69 a ; Talm. de Bab., Gittia, 57 a, b ; Taanith, 29 a ; Sanhédrin, 97 b ; Midrasch Eka, ii, 1, 2 ; Tanhouma, 67 c ; Séder olam, c. 30. Sur la date, voyez Marquardt, Rœm. Staatsverwalt., I, p. 262 ; Eckhel, VI, 482 ; Saulcy, Numism. de la Palest., p. 83. Inscr. dans Renier, Inscr. rom. de l’Alg., n° 2320.
  15. Talm. de Jér., Maaséroth, iii, 8 ; Talm. de Bab., Baba metsia, 84 a. Cf. Derenbourg, dans les Mélanges de l’Ec. des hautes études, 1878, p. 168 et suiv.
  16. Suétone, Dom., 7 ; Dion Cassius, LXVII, 2 ; Eusèbe, Chron., an 2 de Dom. ; Martial, IX, 7 et 9 ; Philostrate, Apoll., VI, 42 ; Ammien Marcellin, XVIII, 4 ; Saint Justin, Apol. I, 29.
  17. Les Romains s’y montrèrent toujours très-contraires en Orient. Bardésane, dans Cureton, Spic. syr., p. 30.
  18. Vetabantur mutilare genitalia. Spartien, Adr., 14. Cf. Spart., Sev., 17. Ce qui porte à prendre ce passage à la lettre et comme impliquant une loi formelle, c’est qu’Antonin permit aux Juifs de circoncire leurs fils : Circumcidere Judæis filios suos tantum rescripto Divi Pii permittitur (Modestin, De sicariis, Dig., XLVIII, viii, 11). Cela suppose une loi antérieure qui défendait de circoncire qui que ce fût.
  19. Talm. de Jér., Schabbath, xix, 2 ; Bereschith rabba, xlv fin ; Talm. de Bab., Jebamoth, 72 a.
  20. Ce nom complet nous est donné par la Chronique d’Eusèbe (dans l’Histoire ecclésiastique, il y a simplement Ῥοῦφος). Saint Jérôme et le Syncelle ont lu Τίννιος ; le manuscrit sur lequel a travaillé le traducteur arménien portait Τικινίου. Saint Jérôme, In Zach., viii (Opp., III, 1753, Mart.), nomme ce personnage T. Annius Rufi filius. Borghesi (Opp., IV, p. 167 ; VIII, 189 et suiv., 581) a tranché la question en faveur de la forme Tineius, et il retrouve notre personnage dans une inscription de Marini, Fr. Arv., p. 664, note 101. La gens Tineia eut de l’importance (Marini, Arv., 653 ; Borghesi, VIII, 189 et suiv. ; Waddington, Fastes, 248 et suiv. ; Médailles, dans Noris, De epoch. Syromaced., p. 399). On trouve un T. Turranius Rufus dans une inscription latine de Dalmatie, n° 2871 du Corpus ; cf. n° 2810. Le célèbre Rufin d’Aquilée s’appelait Tyrannius Rufinus.
  21. Sur ces légats propréteurs, qui avaient succédé aux procurateurs, voir Corpus inscr. gr., nos  4029, 4544, 4616, en tenant compte des corrections de M. Waddington.
  22. Les talmudistes ont confondu les mesures vexatoires et celles qui suivirent la guerre. Mais il résulte de l’inscription de Dalmatie, n° 2830 (Corpus inscr. lat., III, 1e partie, p. 368) que Tineius Rufus ne fut pas légat de Judée après la guerre.
  23. Dion Cassius, LXIX, 12 ; Chronique d’Alexandrie, à l’an 119 ; Eusèbe, Démonstr. évang., VIII, 3, p. 406.
  24. Voir les Évangiles, ch. ii.
  25. Syncelle, 660, Bonn.
  26. Tosiphta Kélim, c. xii ; Derenbourg, Palest., 421, 429.
  27. Justin, Dial., 1.
  28. Talm. de Bab., Aboda zara, 18 a.
  29. Talm. de Bab., Sota, 4 b ; Bereschith rabha, c. 64.
  30. Justin, Apol. I, 31 ; Eusèbe, Chron., à l’année 47 d’Adrien ; Orose, VII, 13.
  31. Καθάπερ που καὶ πρὸ τοῦ πολέμου αὐτοῖς προεδείχθη. Dion Cassius, LXIX, 14.
  32. M. Derenbourg croit qu’il s’agit d’Ecdippa. Mél. de l’École des hautes études, 1878, p. 157 et suiv.
  33. Les livres talmudiques l’appellent toujours ainsi, ce qui suffit pour écarter l’idée que le nom de Bar-Coziba ait été inventé comme un sobriquet malveillant.
  34. C’est par suite de fausses hypothèses numismatiques qu’on a prétendu qu’il s’appelait Siméon. V. l’appendice i, à la fin du volume.
  35. Midrasch Eka, ii, 2 (Derenbourg, p. 424).
  36. Hist. eccl., IV, vi, 2.
  37. In Ruf., III, 31, conçu d’après Isaïe, xi, 4. La jonglerie mise par saint Jérôme à la charge de Bar-Coziba revient souvent dans les traditions de l’Orient. Chron. Samarit., c. 47. p. 239.
  38. La racine kzb, dans toutes les langues sémitiques, veut dire « mentir »
  39. Midrasch Eka, ii, 1, 2 ; Talm. de Jér., Taanith, iv, 7, 8 (68 d). Derenbourg, p. 423 et suiv.
  40. C’est le nom par lequel il est désigné chez les chrétiens et aussi chez les auteurs juifs du moyen âge. V. Carmoly, Itinéraires, p. 252, 253. Je ne sais ce que veut dire l’épithète ὁ μονογενής que lui donne le Syncelle (p. 660), à moins qu’elle n’ait un sens messianique.
  41. Ὁ τῆς ἀποστάσεως ἀρχηγέτης. Saint Justin.
  42. Πάσης ὡς εἰπεῖν κινουμένης ἐπὶ τούτῳ τῆς οἰκουμένης. Dion Cassius. Moïse de Khorène (II, 60), d’après Ariston de Pella (?), prétend que le signal donné par Bar-Coziba eut du retentissement dans tout l’Orient.
  43. Voir ci-dessus, p. 192.
  44. Derenbourg, dans les Mélanges précités, p. 158-160.
  45. Moïse de Khorène, II, 60 (détail censé pris dans Ariston de Pella) ; mais Moïse ne connaît probablement Ariston que par Eusèbe, H. E., IV, 6 ; ce qu’il y ajoute n’a guère de valeur, sauf pourtant ce qui concerne Ardachès.
  46. Voir l’appendice i, à la fin de ce volume.
  47. Comptes rendus de l’Académie des inscriptions, 1872, p. 158 et suiv.
  48. Carmoly, Itin., p. 253-254.
  49. Kulonié à l’ouest (bien connue) et une autre Kulondia, au nord de Jérusalem, près de Rama. Guérin, Judée, I, 393 ; III, 6.
  50. Il est hors de doute, en tout cas, que la guerre ne sortit pas du sud de la Palestine. Voir Midrasch Eka, i, 15 ; ii, 3 (postes établis contre les fuyards au nord de Jérusalem ; cf. Neubauer, Géographie du Talmud, p. 115). La géographie que M. Grætz donne de cette campagne (IV, p. 156 et suiv., 458 et suiv.) est tout arbitraire.
  51. Sur le site de Béther, voir les Évangiles, p. 26 et suiv. ; Derenbourg, Mél. précités, p. 160-165.
  52. Clermont-Ganneau, renseignement oral.
  53. Passages cités dans l’Antechrist, p. 274, note 4. Il faut se rappeler que, dans l’antiquité, la démonétisation n’avait pas lieu comme de nos jours. On se servait habituellement de pièces qui avaient plusieurs siècles d’ancienneté.
  54. Cf. Talmud de Babylone, Aboda zara, 52 b.
  55. Voir l’appendice i à la fin du volume. Ces contrefaçons de types affectionnés du public n’étaient pas rares dans l’antiquité (monnaies de Philippe, légende conob). On en a eu des exemples jusqu’à ces derniers temps en Orient (colonnates de Marie-Thérèse).
  56. Nombres, x, 1 et suiv.
  57. Cf. Saulcy, Num. jud., pl. x-xv, et dans Rev. numism., 1864 et 1865 ; Madden, Jewish coinage, p. 203 et suiv. (cf. p. 161 et suiv.) Voir l’Antechrist, p. 273-274, et ci-après, appendice i, p. 547 et suiv.
  58. Passages cités dans l’Antechrist, p. 274, note 4.
  59. Inscr. d’Ancyre, nos  4033, 4034 du Corpus grec. Ne pas confondre Tiberius Severus de ces inscriptions avec Sextus Julius Severus dont il va être question. Borghesi, Opp., IV, p. 150, 165 et suiv. ; VIII, p. 580-581 ; Waddington, dans Mém. de l’Acad. des inscript., XXVI, première partie, p. 218 et suiv. ; Fastes des prov. asiat., p. 217 et suiv. ; Hübner, dans Rhein. Mus., nouv. série, XII, 58 ; Corpus latin, Dalm., nos  2732 et 2830. Un autre Julius Severus, propréteur de Palestine, Corp. inscr gr., nos  4029, 4030 (Borghesi, III, 118 et suiv.).
  60. Inscript, de Dalmatie, n° 2830 du Corpus inscript. lat., t. III, première partie ; de Bretagne, n° 275 du tome VII (Borghesi, IV, 166). Cf. Mommsen, Inscript. R.N., n° 2559, 1re col., ligne 31.
  61. Inscript, n° 2830, précitée.
  62. Legatus imp. Hadriani in expeditione Judaïca, qua donatus est hasta pura, corona aurea. Renier, Inscr. rom. de l’Alg., nos  2319, 2320. Corp. inscr. lat., VII, nos  1041, 1125 et p. 192. Sur Sextus Attius Senécion, qui prit aussi part à la guerre, voir Corp. inscr. lat., t. VI, part. 1, n° 3505 ; mais il ne résulte pas de là, comme on l’a dit, que des corps gétules aient pris part à la guerre.
  63. Séder olam, 30.
  64. Saint Jérôme, In Ruf., II, 8. Cf. ci-dessus, p. 198, note 3.
  65. Saint Justin. V. ci-après, p. 303.
  66. Eusèbe, H. E., IV, v, 3.
  67. Talm. de Jérusalem, Taanith, iv, 8, fol. 68 d.
  68. Φρουρία. Dion Cassius.
  69. Κῶμαι.
  70. Talm. de Bab., Gittin, 57 a ; Tanhouma, 67 c.
  71. Les fables de l’aratum templum furent répétées à propos de Béther. V. ci-dessus, p. 22, note 1.
  72. La date de la fin de la guerre (135) est donnée par Eusèbe (H. E.) d’après Ariston de Pella. Cette date est confirmée par les inscriptions (note de A. Darmesteter, dans Derenbourg, Pal., p. 415-416, note) et par le Séder olam, 30 (Ewald, Gesch. des V. I., VII, p. 365, note 2 ; Derenbourg, p. 413, note 1). V. Tillemont, Emp., II, Adr., note 9. — Pour la durée de la guerre, la tradition juive donne deux ans et demi ou trois ans et demi (ce dernier chiffre suspect ; on a modelé le siège de Béther sur celui de Jérusalem). Saint Jérôme (In Dan., ix) donne aussi trois ans et demi d’après la tradition des juifs ; mais, dans sa Chronique, il ne donne que deux ou trois ans. Les monnaies supposent seulement que la troisième année de liberté fut commencée (de Saulcy, dans Revue num., 1865, p. 29 et suiv.). Des doutes s’élèvent, d’ailleurs, contre les arguments tirés des monnaies. V. ci-dessus, p. 204, et appendice i, p. 547 et suiv.
  73. Dion Cassius, et Gittin, 57 a.
  74. Justin, Apol. I, 47, 53 ; Dialog., 16, 52 ; Talm. de Jér., Péah, vii, 1.
  75. Midrasch sur Eka, ii, 2 ; Talm. de Jér., Taanith, iv, 8.
  76. Fronton, De bello parthico, p. 200 de l’édition d’Angelo Maï (1823).
  77. Corpus inscript. lat., Dalm., n° 2830.
  78. Greppo, p. 92, 181 et suiv., 189 ; fait de Lollius Urbicus (Borghesi, Œuvr., VIII, p. 581). La pièce exercitus judaïcus, citée par Charles Patin (Eckhel, VI, p. 496), n’a jamais été retrouvée authentique [Longpérier].
  79. Henzen, n° 5457 ; Borghesi, Œuvr., VIII, p. 580.
  80. V. Mission de Phénicie, p. 800-802 ; Itinéraire de Bordeaux, p. 20, Tobler.
  81. Saint Jérôme, In Jerem., xxxi, 15 ; In Zach., xi, 5 ; Chron. d’Alex., à l’an 119 ; Eusèbe, Démonstr. évang., V, 9 ; Sozom., H. E., II, 4.
  82. Probablement l’Oryba de Josèphe, Ant., XIV, i, 4, du côté de l’Arabie.
  83. Talm. de Jér., Tannith, iv, 8 ; Midrasch Eka, ii, 2, p. 71 c.
  84. Talm. de Bab., Schabbath, 60 a ; Talm. de Jér., Schabbath, vi, 2, fol. 8 a ; Midrasch Eka, i, 15.
  85. Talm. de Jérus., Taanith, iv, 8, fol. 69 a ; Talm. de Bab., Berakoth, 48 b ; Taanith, 31 a ; Midrasch Eka, i, 13, ii, 2. Comp. Denys de Telmahar, Chron., édit. Tullberg, p. 153 ; Grætz, IV, p. 179 et suiv., 465 et suiv. C’est à tort qu’on fait ici le rapprochement du livre de Tobie. Voir ci-après, appendice ii, à la fin du volume.
  86. Les récits talmudiques sont loin d’être favorables à Bar-Coziba. Talm. de Bab., Gittin, 57.
  87. Apoc. de Baruch, 61 et 66.
  88. Ἑϐραίους τοὺς ὑπὲρ Σύρων ἐχειρώσατο ἀποστάντας. Pausan., I, v, 5. Comp, Appien, Bell. syr., 50.