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L’Émigration allemande et l’Algérie

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L’ÉMIGRATION ALLEMANDE ET L’ALGÉRIE

Algérien und die Auswanderung dahin, von Max-Maria Freiherrn von Weber. — Der Auswanderer, von H.-F. Muloet. — Neue Briefe aus Algerien, von Economie-Commissionsrath Schramm. — Ein Ausflug nach dem französischen Nordafrika, von Max-Maria Freiherrn von Weber. — Ein Ausflug nach Algier, von Karl von Halles, etc.

L’Algérie n’a pas plus de 200 000 habitants européens. Les colonies qui devinrent le plus prospères, les États-Unis, par exemple, n’en comptaient pas autant après trente années de colonisation. Mais l’Algérie est située dans des conditions exceptionnellement favorables, et l’on a le droit de s’étonner que son peuplement n’ait pas été plus rapide. Si nous recherchons la cause de ce fait, on nous répondra immédiatement que nous ne sommes pas colonisateurs. Soit ! Nous eûmes jadis les plus belles colonies du monde, mais il se peut que nous ayons perdu les qualités qui nous avaient servi à les fonder. Nous avions le goût des aventures, nous aimions à aller chercher au loin les chances souvent périlleuses d’un prompt enrichissement. Il est possible que nos goûts aient changé ou que du moins nous ayons trouvé de plus simples moyens de les satisfaire. À quoi bon aller tenter la fortune au loin quand on peut la trouver chez soi la Bourse enrichit encore plus promptement que ne faisaient les Grandes-Indes. Les chercheurs d’aventures ne courent plus le monde, ils spéculent, et, dans cette vie d’enrichissements subits et de brusques revers, trouvent plus d’émotions que n’en ressentaient les pionniers d’autrefois à travers les richesses et les périls d’un monde inexploré : nous tenons tout cela pour prouvé ; nous sommes tout prêt à reconnaître que la France fournit peu d’émigrants et même à nous en réjouir, car nous ne voyons là qu’un infaillible symptôme de prospérité intérieure ; mais n’y a-t-il donc pour peupler l’Algérie que l’élément français ?

L’Angleterre et l’Allemagne sont les deux pays qui fournissent le plus de colossaux établissements d’outre-mer. Ne parlons pas des Anglais ; ils restent Anglais toujours et partout. Mais les Allemands, pourquoi ne pas les attirer à nous ? Rien ne semblerait plus naturel et plus facile.

Les Allemands sont cultivateurs, et l’Algérie, grâce à son sol merveilleusement fécond, doit être surtout une colonie agricole. Les Allemands sont réputés pour leur amour du travail, leur sobriété, leur patience, et ce sont précisément là les vertus auxquelles est attaché le succès du colon algérien. Si l’Allemand convient à notre colonie, celle-ci ne lui convient pas moins.

Nous n’entrerons pas dans l’inutile détail des cultures algériennes ; l’inventaire a été fait bien des fois, et le lecteur connaît les chiffres éloquents que nous pourrions aligner ici. Mais l’Algérie a d’autres avantages sur lesquels nous voulons brièvement rappeler l’attention.

Rien ne paraît plus simple que d’aller à Naples, et rien plus grave que d’aller en Afrique. Quand on a vu le Vésuve, on n’est qu’un touriste, mais on est un voyageur quand on a vu l’Atlas, Et pourtant la traversée de Naples est de douze heures plus longue que celle d’Alger. Alger est à 750 kilom. de Marseille. Il faut pour y aller vingt fois moins de temps que pour aller à New-York, vingt-huit fois moins que pour aller à la Nouvelle-Orléans, trente fois moins que pour aller au Brésil, et trente-six fois moins que pour aller à Buenos-Ayres. Il est si facile de passer en Algérie, si facile d’en revenir, que s’y établir n’est pas s’expatrier. On peut dire que les deux continents se touchent, puisqu’un télégraphe les relie et que quelques heures le colon peut recevoir des nouvelles de son pays. Le voyage peu coûteux ; de Strasbourg à Alger il revient à 87 fr. 45 cent. Avec ce que coûte aux émigrants du Nouveau-Monde leur longue traversée l’émigrant d’Algérie peut pourvoir aux besoins de son installation. D’ailleurs le ministère accorde, on le sait, assez facilement le passage gratuit à tous ceux dont la sérieuse intention de s’établir est prouvée.

L’étranger qui arrive en Amérique est isolé, perdu, sans maîtres apparents il est vrai, mais sans protecteurs et sans amis. Il est soumis à une législation spéciale et paye un impôt dont sont exempts les citoyens du pays. Sur plusieurs points même, il ne peut prétendre à aucune succession immobilière. Celui qui débarque en Algérie pourrait croire qu’il est encore en France. Partout il trouve l’église et le curé, presque partout le maire et son conseil. Il peut envoyer ses enfants à la salle d’asile d’abord, puis à récole. Des médecins de colonisation nommés par l’État le visitent gratis s’il est indigent, sinon pour un prix fort modique. Quand il a des démêlés avec ses voisins, il trouve des juges de paix, des tribunaux civils et le Code Napoléon pour les régler ; s’il a des économies, il peut les porter à la caisse d’épargne ; s’il a des terres en valeur, il peut emprunter à la société du Crédit foncier ; il peut faire partie des sociétés de secours mutuels, partout organisées ; enfin, s’il meurt et qu’il laisse des enfants sans soutien, ils seront recueillis par des orphelinats.

Les Allemands, puisque c’est d’eux qu’il s’agit ici, ne sont guère plus dépaysés en arrivant en Algérie que ne sont les Français. Dans beaucoup de villages, ils entendront la langue de leur pays natal ; et s’ils sont protestants, ils trouveront dans les principaux centres les temples et les ministres de leur religion, et les sociétés de bienfaisance que ces derniers ont établies.

Cependant, l’émigration allemande ne se dirige pas jusqu’à ce jour vers l’Algérie ! Plus de 200,000 habitants de la Prusse, du Wurtemberg, de la Bavière, du grand-duché de Bade, du duché de Nassau, quittent, chaque année, leur pays pour aller chercher fortune au loin. Dans toute l’Allemagne, la question de l’émigration semble une des plus importantes. Des sociétés y sont fondées pour la diriger, des journaux pour la traiter à l’exclusion de toute autre[1]. Les bureaux d’émigration y sont presque aussi nombreux qu’en Italie les bureaux de loterie. Mais de ce courant, qui coule sans cesse de la vallée du Rhin vers le Nouveau-Monde, notre colonie n’a pu presque rien détourner encore. Les Allemands qui s’y trouvent y sont venus individuellement ou y ont été conduits par le hasard. C’est ainsi que les villages de la Stidia[2] et de Sainte-Léonie furent peuplés par un convoi de Prussiens qui étaient partis pour le Brésil, et que leurs conducteurs avaient abandonnés en route. Mais jamais convoi ne fut spécialement dirigé sur l’Algérie, et jamais journal d’émigration ne conseilla de le faire.

D’où vient cette indifférence ? Quels motifs la peuvent expliquer ? L’insalubrité du climat africain ? Mais les émigrants vont en Amérique. Le climat de l’Algérie ne diffère pas de celui de la Sicile. La chaleur est souvent vive en Algérie, mais jamais accablante comme nos chaleurs de France. Dans le sud, elle est parfois très pénible ; si nos soldats peuvent en souffrir, les colons qui ne vont point de ce côté n’ont pas à s’en préoccuper. Sans doute, on a pu prendre, aux débuts de notre établissement, une fâcheuse idée de la salubrité de l’Algérie, et la mort a fait des vides dans les rangs des premiers occupants. Quelle est la colonie nouvelle qui n’ait à enregistrer un pareil martyrologe ? C’est la loi, la dure loi de toute création. Mais qu’on consulte les tableaux de statistique, et l’on verra qu’à mesure que nous apprenions les lois de l’hygiène et de la thérapeutique algérienne et que se faisaient les travaux d’assainissement, le chiffre de la mortalité baissait dans une proportion régulière et rapide[3]. Il varie aujourd’hui, comme dans les contrées de l’Europe les plus favorisées, de 3 à 4 p. 100.

L’opinion publique serait-elle hostile à l’Algérie ? chercherait-elle à en éloiper l’émigration ? On le croit, et l’on se trompe étrangement, nous espérons le prouver. Par toute l’Allemagne au contraire, les gens sérieux, hommes d’études, économistes, savants, apprécient hautement les ressources de l’Algérie et conseillent à leurs concitoyens d’en profiter. Nous avons sous les yeux presque tous les livres allemands, fort récents pour la plupart, qui s’occupent de l’Algérie. Le Français le plus patriote n’en parlerait pas plus favorablement.

M. Schramm, économiste et botaniste distingué, passait surtout la mer pour étudier la flore d’Afrique. Mais il prend en passant quelques notes sur la colonisation, qu’il consigne dans ses intéressantes Lettres algériennes. Il remarque avant tout combien le climat est doux, combien la vie est facile et peu coûteuse. Il admire la situation prospère de l’église évangélique d’Algérie, « qui a établi des temples, dit-il, jusqu’aux portes du désert, » et termine ainsi son étude : « L’Algérie est un beau pays, fertile, plein de ressources, un pays d’avenir, qui sera pour la France d’une grande importance ; mais elle a besoin de bras et de capitaux. Le taux de l’intérêt est de 12 p. 100[4]. Pour se faire colon en Algérie, il faut avoir de l’argent et du courage, car les cultures offrent souvent de grandes difficultés, qui ont besoin d’être surmontées à des prix élevés. » Les plus chauds amis de l’Algérie ne parlent pas mieux d’elle.

M. le baron de Weber a publié deux ouvrages sur l’Algérie dans l’intervalle d’une année, pour détruire, comme le dit sa préface, les préjugés que nourrit le peuple allemand contre les possessions françaises de ce pays, « qui, par sa beauté, sa fertilité et la constance de son climat, rivalise avec les jardins de l’Europe méridionale, et dans lequel règnent presque exclusivement l’ordre civil, les lois et la sécurité. » L’auteur a écrit ses ouvrages pour attirer en Afrique « non seulement les touristes allemands, mais surtout les émigrants, qui trouveront là, à une très petite distance, tous les avantages matériels qu’ils vont chercher dans des régions éloignées. Il prévoit l’objection de la salubrité et la réfute : « La mortalité n’est pas plus élevée en Algérie qu’en France ou en Allemagne. » Et il termine en s’écriant : « Quel climat enchanteur I Quel pays pour les émigrants ! L’homme laborieux ne peut manquer de s’enrichir ici. »

Nous bornerons ici nos citations ; nous ne nous arrêterons pas aux livres de MM. de Haller et Mullœt. Nous ne ferions que nous répéter. Nous y retrouverions la même admiration du pays, a le plus beau, le plus fertile, du monde, » les mêmes assurances sur sa sécurité, sa salubrité, la douceur de son climat, et, pour conclusion, le même appel à l’émigration allemande.

Les essais d’établissements déjà faits par les colons allemands seraient-ils propres à décourager leurs compatriotes et donneraient-ils un démenti aux appréciations que nous venons de rapporter ? Ils leur donnent au contraire une éclatante confirmation. Les villages de la Stidia et de Sainte-Léonie, que nous avons déjà cités, sont dans la situation la plus prospère, et Bouffarick, l’orgueil de la colonisation algérienne, doit à ses cultivateurs allemands la plus grande part de ses succès. Les colons allemands d’ailleurs prennent eux-mêmes la parole pour célébrer l’Algérie. On peut lire dans les ouvrages dont nous parlions plus haut des lettres adressées par quelques-uns d’entre eux à leur famille. Nous voulons en citer une :

« Je me trouve, Dieu merci ! fort bien, car j’ai toujours été bien portant et je me suis trouvé en fonds jusqu’à présent. Je gagne journellement 4 à 5 fr. Nous habitons la même maison, mon beau-père, Jean Trompffeller et moi. Ils ont obtenu chacun un terrain de vingt-cinq à trente arpens, et nous avons suffisamment d’aliments, même de sucre et de café. Je n’ai jamais bu tant de café qu’ici. Rien ne nous manque, nous avons chaque jour de la viande, du riz et du pain. Depuis que je suis à Guelma, je bois plus de vin rouge que je n’ai bu d’eau chez vous, et je mange plus de bœuf que chez vous je ne mangeais de pommes de terre. Tout est bon marché ici.

» D’impôts, il n’en est pas question comme en Allemagne. Je vous prie donc, mes chers parents de venir nous rejoindre, et si votre âge rend ce voyage trop fatigant, que mon frère et Nicolas Renkel viennent auprès de nous, ils ne s’en repentiront pas. Nous n’avons pas encore ensemencé tout notre champ, attendu que nous sommes arrivés trop tard. On nous fournit pour l’ensemencement des bœufs, des instruments et des graines. Le pays est excellent, l’engrais ne manque pas. On peut faire deux récoltes de pommes de terre ; les autres légumes ne cessent pas de pousser. Nous avons ici tous les fruits de l’Allemagne. La chaleur seulement est un peu plus forte. Ici, les semailles se font en décembre et la moisson commence en juin, et la fenaison au mois de mai. Car tout ici pousse plus vile en hiver qu’en été. Il pleut rarement en été, et la chaleur est grande… »

Comment, après de pareils témoignages, la cause de l’Algérie ne serait-elle pas gagnée en Allemagne ? Il ne faut pas se faire illusion cependant : si elle a de chauds défenseurs, elle a des ennemis plus ardents encore, car ils sont intéressés. Nous voulons parler des propriétaires de navires, des armateurs, de cette classe d’industriels qui vit de l’émigration. « Pour eux, l’émigrant est un colis à transporter, et rien de plus, » a dit M. La volée dans une remarquable étude sur cette matière. Tous les procédés leur sont bons s’ils sont lucratifs. Ils ont des journaux à leurs ordres ; tous les murs sont couverts de leurs affiches attrayantes ; des prospectus, des manuels écrits par eux sont répandus par milliers dans les villages. Leurs agents parcourent même la campagne comme les recruteurs d’autrefois, et s’ils ne mènent plus leurs pauvres dupes au cabaret, ils ne les enivrât pas moins par leurs mensongères promesses. Que l’émigrant trouve sur les plages où ils le conduisent la fortune ou la misère, ils s’en soucient peu, pourvu qu’il parte. Que plus tard il se plaigne, qu’il maudisse ceux qui Tout trompé : l’Amérique est loin et ses cris ne passeront pas la mer. Sans doute quelques-unes de ces victimes de la spéculation quittent parfois ce pays qu’on leur avait peint sous de trompeuses couleurs pour revenir chez eux, et l’on en vit, dit-on, six mille s’embarquer en quelques mois dans le seul port de New-York[5]. Mais ceux qui reviennent ainsi ne sont point précisément les plus misérables, puisqu’ils ont pu payer le voyage. D’ailleurs, pour combattre le témoignage de ces malheureux, les compagnies soudoient la complaisance de quelques pauvres diables, qui, de temps en temps, adressent dans leur pays des lettres enthousiastes. « Elles font mieux, assure M. de Baudicourt dans l’ouvrage que nous citons plus haut, elles choisissent parmi les infortunés colons les meilleurs théoriciens, les mettent à leur solde, et les font retourner dans leur pays pour vanter à leurs compatriotes les avantages de la colonisation américaine, pour devenir une preuve vivante de ce qu’on peut s’y procurer. Elles parviennent ainsi à vaincre toutes les hésitations et à triompher des plus incrédules. On voit alors de malheureux pères de famille vendre tout ce qui leur reste pour réunir la somme nécessaire à leur passage dans l’autre monde, pour payer la barque à Caron qui doit les mener aux rivages du bonheur. Les compagnies n’en demandent pas davantage, elles se soucient fort peu de savoir si leurs nouveaux hôtes ont réglé tous leurs comptes, si leurs papiers sont en règle, s’ils ont de quoi acheter leur pain sur la terre promise. Elles les entassent à fond de cale dans leurs navires avec moins de précautions encore que les négriers n’en apportent pour leurs esclaves. Ils ne répondent pas de leurs marchandises : elles ne leur ont rien coûté ; ils auraient même tout avantage à s’en débarrasser chemin faisant. Quand les malheureux colons peuvent arriver sains et saufs, ils ne sont souvent qu’au commencement d’une carrière beaucoup plus difficile à fournir que celle qu’ils ont quittée. Ils pouvaient au moins, dans leur patrie, trouver encouragement et assistance : à leur arrivée en Amérique, ils sont abandonnés à eux-mêmes sur la plage, sans qu’aucune main charitable les aide à faire le premier pas, sans que la moindre parole de consolation vienne adoucir les accents de leur premier désespoir. »

On comprend maintenant pourquoi les journaux d’émigration ne parlent pas volontiers de l’Algérie et pourquoi tant de contes ridicules, tant d’absurdes préjugés sont encore accrédités sur elle dans les rangs du bas peuple allemand. Jadis c’étaient les vivres et les Arabes que mettaient en avant ces ennemis de l’Algérie. Aujourd’hui, l’argument commence à s’émousser, et ils en invoquent un autre : le régime du sabre. À les croire, tout est mené en Algérie tambour battant ; le conseil de guerre est la juridiction ordinaire et le mot célèbre de Bâtissez maison ! Plantez arbre ! le code de colonisation en vigueur. L’argument est bien choisi du reste, et on comprend qu’il fasse son effet. Car ceux auxquels il s’adresse ne songent pas seulement à quitter leur pays pour fuir la misère, mais aussi, mais surtout, pour se soustraire à une législation tyrannique, intolérante, tracassière. Un rapport officiel publié en Allemagne[6] affirmait que sur cent individus qui émigraient, quatre-vingts y étaient poussés par des motifs politiques.

Sans admettre une aussi forte proportion, nous pouvons dire que ce que les émigrants allemands veulent avant tout trouver loin de chez eux, c’est l’égalité et la liberté. La crainte d’une autorité arbitraire, méprisant tout ce qui ne porte pas comme elle l’uniforme, devait surtout les éloigner, et c’est cette crainte, habilement entretenue par les compagnies d’émigration, qui a neutralisé jusqu’ici les conseils des hommes de la science et les encouragements des colons établis en Afrique.

Mais tous ces bruits tomberont d’eux-mêmes. La vérité se fera connaître, n’en doutons pas, soit qu’il s’établisse des bureaux de renseignements à la frontière d’Allemagne, avec des succursales en Algérie destinées à recevoir les arrivants, à les diriger dans leurs recherches, et à leur indiquer sur quels points on a besoin de bras, soit qu’on laisse le temps agir seul. Les Allemands sauront bientôt qu’on est plus libre en Algérie que chez eux ; que les dernières entraves qui y gênaient l’initiative individuelle viennent d’être renversées par le décret sur l’aliénation des terres domaniales ; que la colonisation officielle n’est plus qu’un mot, le régime du sabre un fantôme ; que l’autorité militaire ne règne plus que là où elle est nécessaire, chez les Arabes ; que de grands travaux se font et que d’autres se préparent ; que bientôt enfin l’Algérie, absolument soumise aux mêmes lois que la France, traversée par un chemin de fer et par de bonnes routes pourvue de vastes ports, pourra librement, facilement exploiter les merveilleuses ressources que le ciel lui a départies, et qu’avaient paralysées jusqu’à ces derniers temps les inévitables embarras de tout établissement nouveau. Pour nous comme pour le peuple allemand, nous souhaitons que ces vérités fassent vite leur chemin. L’Algérie fait parler d’elle en ce moment ; espérons qu’un écho de ses succès, de ses joies, de ses fêtes passera le Rhin, et ira détruire dans les classes émigrantes de la Confédération les derniers préjugés que la spéculation avait répandus chez elle.

Fernand Giraudeau.

  1. Le Journal des émigrants de Brème ; la Gazette universelle de l’émigration de Rudolstadt.
  2. La Stidia, à 17 kilomètres de Mostoganem (province d’Oran).
  3. C’est ainsi qu’on a vu l’un des points les plus insalubres, Bouffarick, devenir l’un des plus sains, et la mortalité tomber du chiffre de 20 p. 100 à celui de 2 1/3. — L’histoire de Stiméli présenterait à peu près les mêmes chiffres.
  4. Depuis le temps où M. Schramm écrivait ces lignes, le Crédit foncier a été installé en Algérie, où il prêtera à 8 p. 0/0.
  5. De Baudicourt, la Colonisation de l’Algérie, ses éléments.
  6. Annales de la colonisation, t. IX, p. 216.