L’Accent dans le gaëlique du Munster

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L’Accent dans le gaëlique du Munster
Joseph Loth

Revue de Phonétique 3, 317-343 (1913)



L’ACCENT
DANS LE GAELIQUE DU MUNSTER[1]


On peut poser comme règle pour l’irlandais, depuis l’époque historique, que l’accent est sur la première syllabe. Cette loi s’appliquait en vieil irlandais à tous les mots formant une unité réelle à l’époque du vieux-celtique (mots simples en y comprenant le verbe, composés nominaux, sans excepter l’infinitif et les participes)[2]. En revanche, des composés relativement récents lui échappent. Actuellement, seul, le dialecte de Munster, dans une certaine mesure, semble avoir innové en ce qui concerne les voyelles longues anciennement atones et restées telles dans les autres dialectes. Les grammaires de l’irlandais moderne, à ce sujet, sont souvent inexactes ou peu précises. C’est ainsi que dans une grammaire justement appréciée, l’Irish Grammar of the Christian Brothers (4e éd., p. 7, 13), on lit que dans les mots dérivés de deux ou plusieurs syllabes, en Munster, l’accent est sur la terminaison ou la seconde syllabe. Les Simple lessons on Irish d’O’Growney ne sont pas plus exactes à ce sujet.

Pedersen a résumé ce que l’on sait de plus certain sur l’accent du Munster dans sa Vergleichende Grammatik der keltischen Sprachen (I, p. 262, Rem., § 167) : « Le déplacement de l’accent (en faveur de la voyelle longue non accentuée) a pris en Munster un grand développement. Une description détaillée des phénomènes manque encore et les conditions de ce déplacement, dans le détail, ne sont pas claires (non seulement la voyelle longue mais encore l’allongement par position peut le provoquer ; c’est ainsi que ‑ach a la valeur d’une longue ; marcách, cavalier, mais gén. márcaigh[3] : cf. Molloy, p. 12 ; Henebry, p. 8 et suiv.). »

Les observations du Dr Henebry dans son consciencieux travail sur les sons de l’irlandais du Munster[4] sont, en général, judicieuses, mais trop sommaires et, sur certains points, peu précises. J’ai profité d’un séjour de sept semaines à Ballingeary, dans le nord-ouest du comté de Cork, pour faire à ce sujet quelques recherches. Mes observations sont loin d’être complètes, mais telles qu’elles, elles élucident, je crois, les points les plus importants du problème. Elles seront facilement complétées par les savants irlandais du pays.

Ma principale autorité est M. Tadhg O’Shea, qui enseigne le gaëlique à Ballingeary et quelques hameaux voisins, avec autant de dévouement que de compétence. Je ne saurais trop le remercier de sa complaisance et, parfois, de sa patience que j’ai mise assez souvent à l’épreuve. Le gaëlique est sa langue maternelle ; il le parle parfaitement, et sa connaissance du vocabulaire est très étendue. Il est natif d’Aghina, à quelques lieues de Ballingeary. J’ai contrôlé sa prononciation, au point de vue de l’accent, par celle de M. J. Crowley, natif des environs du Glengariffe, non loin de Ballingeary, homme de 55 ans qui ne connaît guère la langue littéraire mais parle parfaitement le gaëlique populaire, sa langue maternelle. Il habite aujourd’hui Youghall, comté de Cork. Je n’ai constaté que de rares et peu importantes différences.

Enfin j’ai revu mes collections de mots avec mon savant collègue, le Prof. Bergin, natif de Cork, qui possède à fond le dialecte du Munster. Ses observations m’ont évité plus d’une inexactitude dans ma transcription et m’ont aussi amené à éliminer des mots qui n’étaient pas à leur place ou des formes douteuses.

L’accent du Munster ne paraît différer de celui des autres provinces que par l’attraction exercée par une voyelle longue. Il y a lieu de distinguer entre la longue ancienne constatée en vieil irlandais, simple ou diphtongue ; la longue nouvelle par contraction, et la longue par position. Si l’accent se porte sur la longue ancienne, quelle que soit la place de la longue, il n’en est pas toujours de même pour la longue par contraction, ni surtout pour la longue par position. Il y a donc à considérer la nature de la longue, et sa place dans le mot, J’examine d’abord l’action de la longue dans les mots simples, puis dans les mots composés par préfixe et les composés nominaux.

Comme je l’indique à la fin de cette étude, l’accentuation du Munster comparée à celle des autres provinces a une portée beaucoup plus grande qu’on ne l’a cru. Il se peut que la solution des problèmes qu’elle soulève modifie les idées reçues au sujet de la nature de l’accent en vieil-irlandais et puisse contribuer à jeter une certaine lumière sur le problème aujourd’hui encore si obscur de l’évolution de l’accent en celtique. Les langues brittoniques se séparent, en effet, nettement des langues gaëliques en ce qui concerne l’accent. Il est certain, d’après les emprunts latins, que l’accent dans les langues brittoniques, du ier au ive siècle de notre ère, était sur la pénultième du mot brève ou longue. En gaulois[5], l’accent paraît avoir eu plus de liberté que dans le celtique insulaire : l’antépénultième[6] peut porter l’accent aussi bien que la pénultième et peut-être que la dernière. Il y a malheureusement en ce qui concerne les noms de lieu gaulois, à compter avec l’influence latine.

Les signes dont je me suis servi pour la transcription phonétique sont, en général, ceux qui sont ordinairement employés dans la Revue de phonétique. Comme j’ai à indiquer l’accent dans tous les mots cités, j’ai adopté pour les voyelles ouvertes et fermées les signes en usage dans beaucoup de revues sous les voyelles (ǫ = o ouvert ; = o fermé). Pour les spirantes, les palatales, les nasales, les sons mouillés, j’emploie les signes de la Revue : ĉ, ĝ sont des spirantes gutturales ; , sont des occlusives palatales, est un n mouillé ; ã est un a nasal ; ö indique le son eu français.

Pour figurer une voyelle décolorée atone analogue à l’e français dans petit, je fais usage d’un petit e. J’emploie rarement le signe ə (schwa) dont on me paraît avoir abusé. Je n’en use que lorsque la voyelle est extrêmement réduite et assimilable à un son de transition. Pour la terminaison non accentuée, ‑acha prend un son intermédiaire entre ǫ et ö, j’emploie o e accolés mais non réunis.

Pour e final, je l’ai figuré par , c’est-à-dire e fermé. Cette notation n’est pas parfaitement exacte. Ce son se rapproche de e (e français dans le petit), mais se distingue cependant nettement de a final, qui lui se figure assez exactement par e ou ö très bref. Le son fermé est net, quand un i accentué précède immédiatement : Díẹ (Día, Dieu)[7].

N’ayant nullement l’intention de faire une étude minutieuse de la phonétique du Munster, j’ai réduit les signes phonétiques au strict nécessaire.

Les sons irlandais sont extrêmement variés et souvent d’une notation difficile. Les Irlandais ont à leur disposition un clavier double et complet de sons ; le clavier guttural et le clavier palatal, sans compter des sons intermédiaires. De même qu’ils ont des voyelles larges (a, o, u) et des voyelles minces (e, i), ils ont deux catégories de consonnes correspondantes. Toute consonne irlandaise peut être large ou mince. En règle générale, une consonne irlandaise est large quad elle précède ou suit immédiatement une voyelle large ; elle est mince, quand elle précède ou suit immédiatement une voyelle mince[8]. Une autre source de variété pour les consonnes irlandaises, c’est ce qu’on a appelé l’aspiration et ce que dans la grammaire savante on appelle adoucissement. Dans l’articulation de la consonne, l’occlusion est plus lâche, la bouche plus ouverte. Toutes les consonnes simples entre voyelles ou entre voyelles plus u ou v ; toutes les occlusives, ainsi que m, s, entre voyelles et l, r, n, y sont soumises. Dans les nombreux cas de liaisons syntactiques, c’est-à-dire lorsque deux mots sont intimement unis par le sens et la prononciation, les consonnes initiales sont traitées comme les consonnes médianes et soumises à l’adoucissement dans des conditions analogues[9].

D’une façon générale, je n’ai pas distingué par des signes particuliers r, l, m, n. La voyelle qui les accompagne suffit, en effet, à indiquer leur nature. Il y a dialectalement des exceptions. En Munster, r initial suivi d’une voyelle palatale ne se distingue pas de r large ou r suivi d’une voyelle gutturale[10]. En dehors d’un double nn flanqué de voyelles palatales et de certains groupes de consonnes dans la même situation, par exemple t plus n, ou ‑nd‑[11], il n’y a plus à Ballingeary de sons qu’on puisse appeler proprement mouillés : n dans neam, ciel, n’est pas mouillé : c’est un n mince ou n réduit, qui paraît alvéolaire[12]. L mince est un l alvéolaire ; parfois, devant le groupe voyelle palatale plus voyelle, la première devenant semi-voyelle, l se rapproche de l mouillé : l̬um (liom), avec moi ; de même fli (fliuch) mouillé, humide. Dans ces cas, l, n, r me paraissent voisins de l, n, r mouillés réduits en situation adoucie dans les autres dialectes[13].

Je distingue c vélaire par q : qilā́n (cuileán), jeune chien ; qiŝlán (caisleán), château. En dehors de ces cas où, dans la prononciation, la consonne vélaire est suivie d’une voyelle palatale, je conserve c ; si le c est palatal, le c est distingué par le signe ordinaire  ; de même pour g palatal. Pour g et t vélaires, suivis de voyelles palatales, je les distingue en leur accolant au-dessus de la ligne un petit u : tueršạĉ (tuirseach), fatigué.

J’indique assez rarement le caractère palatal de t : cependant bon-āt̬ (bunáit), principale résidence, fondation.

En dehors de ces cas, je ne distingue par aucun signe t d ; c g ; p b suivis de voyelles d’arrière (a, o, u) ; il en est de même pour t d, p b, suivis de voyelles palatales ; la voyelle qui les suit est une indication suffisante.

Pour caractériser certains sons de transition, j’emploie une voyelle réduite au-dessus de la ligne à la droite de la consonne : int̬óir (múinteóir) professeur. Il va sans dire que r final ici est palatal, même légèrement mouillé, mais j’entends nettement un élément palatal entre la voyelle longue et r. Pour certaines consonnes pour lesquelles le signe palatal ordinaire ne me paraissait pas suffisant, j’ai employé le même artifice : drifiúr (deirbhshiur), sœur.

I. — Accent das les mots simples.
A. — Accent dans les mots qui ont une voyelle longue en vieil irlandais[14] : l’accent est sur la longue, en général, quelle que soit sa place dans le mot.

a) dérivées en ‑ā́n[15] : emedạ̄́n (amadán), un fou — màonteĉạ̄́n (manntachán), qui a les dents ébréchées — O’ Sùleƀáin (nom propre : O’ Súilleabháin) — clieƀạ̄́n (cliabhán), berceau — baləƀạ̄́n (balbhán), muet — begạ̄́n (beagán), un peu, peu — qịlạ̄́n[16] (cuileán) jeune chien — berạ̄́ne et brā́n (biorán), épingle, un rien — bredạ̄́n (bradán), saumon — qišlạ̄́n (caisleán), château — pǫrtạ̄́n (portán), crabe — erạ̄́n (arán), pain — cupạ̄́n (cupán), coupe — ẹlạ̄́n (oileán), île — scạ̄hạ̄́n (scáthán), mirroir, à côté de scehā́n (scathán), buisson — mọ̄rā́n (mórán), beaucoup — awrā́n (abhrán), poème, chant — bǫĉtā́n (bochtán), un pauvre.

b) Dérivés en ‑ín : capelī́n (capaillín), petit cheval ; — laneƀī́n (leanbhín), petit enfant ; — cąlī́n (cailín), fillette ; — gertī́n (guirtin), petit champ ; — trehī́n (troighthín), petit pied ; — ạyntī́n (aintín), tante; — spalpī́n (spailpín), journalier, laboureur errant; — crūšcī́n (crúiscin), cruche ; — cábī́n (cáibín), vieux chapeau; — drōlī́n (dreoilín), roitelet ; — bǭrhī́n (bóithrín), petit sentier ; — trāʰnī́n (tráithnín), brin d’herbe ; — crīƀī́n (craoibhin), petite branche.

c) Dérivés en ‑ó̦g[17] : fįn̬ọ̄́g[18] (fuinneóg), fenêtre ; — fwīn̬šọ̄́g (fuinnseóg), frêne ; — cesọ̄́g[18] (casóg), veston ; — fwišọ́g (fuiseóg), alouette : ən išó̦g (an fhuiseóg), l’alouette.

d) Dérivés en ó̦ir[19] : qīnlọ̄́ir (coinnleóir), chandelier ; dlīdǫ́ir (dligheadóir), homme de loi, — intǭ́ir (múinteóir), professeur ; — āęršoir (aidhbheirseóir), l’adversaire (le diable) ; slānehǭ́ir (slánuightheóir), le sauveur[20] ;

e) Noms divers : šc̬ebǭl (sgioból), grenier ; — mįnạ̄́l (muineál), cou ; cahī́r (cathaoir), siège ; — enạ̄́l (anál), haleine ; — cimā́d[21] (coimeád), garder, protéger ; — lęhẹ̄́d (leithéid), espèce, sorte, de cette sorte ; — mecā́ntoeĉt (macántacht), honnêteté ; — escā́noeĉ (luascạ̄́nach), instable, remuant ; — slā́her (soláthar), provisions, aller aux provisions ; — felā́in (folláin), sain, salubre ; — crṓin (coróin), couronne (pièce de monnaie), règne d’un roi ; — ūlṓid (umhlóid) humilité.

Lorsque le mot accentué sur la longue reçoit une syllabe de plus par dérivation, cette syllabe eût-elle une voyelle longue également, l’accent ne paraît pas changer de place : begā́nī̀n (beagáinín), un petit peu ; — calī́nī (cailínidhe). fillettes ; — rǫhā́nīn (rotháinín), petite roue.

Lorsque deux voyelles longues se suivent dans un dissyllabe, les deux paraissent à l’oreille, à peu près également accentuées. Elles exigent, de fait, sensiblement le même effort de prononciation. Il m’a cependant semblé que la finale était quelque peu avantagée, ce qui m’a déterminé à l’accentuer (ūlóid, scāhā́n, trāʰhnī́n, etc[22]).

Dans le cas d’un allongement par position de la voyelle de la première syllabe, on est également embarrassé : c’est ainsi que pour ūmpọ ou ōmpọ (iompodh), action de tourner, et autres cas du même genre, Henebry (Sounds, p. 9, note) est d’avis que l’accent principal est sur la première syllabe. Pour moi, les deux syllabes, au point de vue de l’accent, me semblent au même niveau. Je serais même porté à donner la préférence à la dernière, au moins dans la plupart des cas : pārdún.

Dans le cas où un dissyllabe ayant une voyelle longue dans chaque syllabe s’accroît par dérivation d’une syllabe à voyelle longue, l’ancienne finale devenue pénultième me paraît légèrement diminuée : cābọ̄g̬īn (cábóigín), vieux-chapeau, rustre.

Les mots empruntés ayant une voyelle longue (ou allongée) se comportent comme les mots indigènes : qīnšī́es[23] (coinsías), conscience ; — pelẹ̄́r (peiléar), pilier ; — pālā́s (pálás), palais ; — sọ̄lā́s (sólás), satisfaction, consolation ; — bagū́n (vieux-français bacōn), lard ; — garsū́n (garsún), garçon ; — cabáštẹ (cabáiste), choux ; — cọlā́štẹ et clā́štẹ (coláiste), collège ; — perṓštẹ (paróiste), paroisse ; — ọráštẹ (oráiste).

B. — Accent dans les mots où il y a une voyelle longue par contraction.

Il y a lieu de faire une catégorie à part pour le cas où la contraction a pour résultat de terminer le mot par une voyelle longue : c’est le cas pour ‑aighe, ‑uighe, ‑ighe, ‑aidhe, ‑uidhe, ‑idhe donnant ī final, et pour ughadh, ‑bhadh, ‑mhadh donnant ‑ū. Dans cette catégorie où la contraction est assez récente, dans les dissyllabes, l’accent est sur la dernière, à moins que la voyelle de la première syllabe ne soit elle-même longue par contraction : ə gōnī[24], (i gcomhnuidhe), habituellement. L’oreille est également impuissante à distinguer nettement où est l’accent principal, lorsque la voyelle de la première syllabe est allongée par un groupement de consonnes : stawmpwī (stampaidhe), timbres-poste ; šīmplī (simplidhe), simple, niais. Dans les trisyllabes de cette catégorie, l’accent est sur la première syllabe quand la voyelle de cette syllabe est longue : díanī̀ (déidheanaighe : le déidheanaighe, dernièrement, récemment. Cette catégorie, mise à part, on peut poser comme règle, que l’accent est sur la voyelle contractée.

a) Terminaisons en ‑aigheacht, ‑uigheacht, ‑igheacht, ‑aidheacht, ‑uidheacht, ‑idheacht, contractées en ‑īĉt : ẹrī́ĉt (aeraidheacht), promenade d’agrément, divertissement en plein air ; — ànəƀī́ĉt (ainmhidheacht), bestial, brutal ; — c̬ạnī́ĉt (ceannuigheacht), action d’acheter ; — cǫšīĉt (coisidheacht), voyage à pied, aptitude à bien marcher ; — qīnī́ĉt (cuimhnigheacht), se rappeler ; — fǫsī́ĉt (fosuigheacht), terre à pâture ; — īqī́ĉt (iocaidheacht), tenir une ferme ; — marqīĉt (marcaidheacht), aller à cheval ; — šc̬ìalī́ĉt (scéalaidheacht), conte, récit, action de raconter.

b) Contraction de ‑mhn‑, ‑m‑, intervocaliques : bihū́noeĉ (bitheamhnach), voleur, malfaiteur ; brehū́nes (breitheamhnas), jument, décision du juge ; — calū́noeĉ (cailleamhnach), qui perd ; — fǫlū́noeĉ (follamhnach), qui soutient ; — šc̬ęnū́noeĉ (sceinneamhnach), qui s’agite, étourdi ; — ẹrū́noeĉ (oireamhnach), opportun, convenable ; — c̬ąnū́loeĉt (ceanamhlacht), affection ; — cesū́loeĉt (cosamhlacht), ressemblance ; — fọ̄rtū́loeĉt (fortamhlacht), force ; fląhū́nes (flaitheamhnas), royaume, domination ; — g̬ąlū́int (geallamhaint), promesse, apparence (pour le temps, par exemple) ; — lęšc̬ū́il[25] (leisceamhail), paresseux, indolent ; — fạrū́il (fearamhail), viril ; — bąnū́il (beanamhail), comme une femme, modestement ; — diəgesū́il (diadhasamhail), dévot ; ìagəsū́loeĉt (éagsamhlacht), diversité, différence ; — lānūin (lánamhain), couple marié ; — dąrūd (dearmhad), oubli ; — sū talū́n (sugha talmhan), fraises.

c) Contractions diverses : bənūs (bunadhas), origine, fondement ; — bənū́soeĉ (bunadhasach), primitif, qui est à l’origine ; — c̬arū́ĉ (cearrbhach), joueur de profession ; — šąrū́s (searbhas), amertume ; — arū́r (arbhar), blé ; g̬alū́n (gealbhan), moineau ; — bąrī́n (bairghean), gâteau, pain ; — bawrī́n (bainríoghain), reine ; — mwirī́n (muirighin), fardeau, famille nombreuse à nourrir ; — fątī́s (faithchios), peur ; — dǫlī́s (doilgheas), affliction, chagrin ; — cūntū́īirt (contabhairt), doute, risque ; génit. cuntūrʰe (contabhartha) ; — inīen (inghean), fille ; — əmyọ̄d (imtheochad), je m’en irai (1re pers. du fut. ind.) ; — dəlū́r (duilleabhar), feuillage.

d) Contractions en ‑ī et ‑ū final :

a) ‑ī (‑aighe, uighe, ‑ighe, ‑aidhe ; ‑uidhe, ‑idhe, ‑ghe (précédé de voyelle irrationnelle) : stǫqī (stocaidhe), plur. de stoca, bas, chaussette ; — pąqī (peacaidhe), péchés ; — g̬ąlī, gén. de gealach, la lune ; — tąsī́ (tasuighe), chaud ; — Córqī, Cork, génitif : nom. sg. Córqįg (Corcaigh) ; prātī́ (prátaidhe), pommes de terre ; — pāštī́ (pastaidhe), enfants ; — bāištī́ (baistighe), ondées de pluie ; — šīmplī[26] (simplidhe), simple, un peu niais ; — sərī́ (suirghe), action de courtiser ; — ẹyrī́ (éirghe), lever, se lever ; — dęrənī́ (deireannaighe), lə deireannaighe, récemment ; — cǫmərī (comraidhe), protection. Mais ə gônī (i gcomhnuidhe), habituellement ; — dīanī (déidheanaighe) : le déidheanaighe, dernièrement ; peut-être stạ̃wmpwī (stampaidhe), timbres-poste.

b) Contraction de : ‑ughadh, ‑bhadh, ‑mhadh en ū : bęrū́ (bearbhadh), bouillir ; — bąlū́ (bailiughadh), ramasser, économiser ; — àhərū́ (athrughadh), changer ; — fįsərụ́ (fiosrughadh), s’informer ; — mą̀həlū (meathlughadh), défaillir, faiblir ; — baləƀū́ (balbhughadh), faire taire, rendre muet ; — qīnū́ (cuimhniughadh), rappeler.

Dans les adjectifs numéraux, où la contraction se fait en ‑ū, l’accent est sur la première syllabe, en exceptant c̬ąrū́ (ceathramhad), quatrième : trī́ū (tríomhadh), cūg̬ū (cúigmhadh), cinquième ; šḗū (sémhadh), sixième ; šąĉtū (seachtmhadh), septième ; ǫ́ĉtū (ochtmhadh), huitième ; nẹ̄́u (naomhadh), neuvième. On remarquera que dans tous ces cas, ou la voyelle de la première syllabe est longue par nature, ou elle est suivie du groupe ĉt qui provoque l’allongement par position. De plus u final est abrégé fréquemment, l’adjectif numéral précédant le substantif. C’est le fait qui se produit aussi pour ‑ī long final, quand un adjectif uni étroitement par le sens et la prononciation suit : calīnī, fillettes, mais calī́nī óge, jeunes filles (cailīnidhe ou cailíní óga).

C. — Accent sur la longue par position.
La seule catégorie importante est celle des noms en ‑aĉ (‑ach, ‑each). D’après le témoignage des langues brittoniques, ce suffixe représenterait le plus souvent un vieux-celtique ‑ācŏ‑s ‑ācā, ‑ācŏ‑n. On pouvait donc se demander, si la présence de l’accent, dans des conditions particulières, il est vrai, sur ce suffixe n’était pas un reste d’une ancienne accentuation, n’était pas due à l’influence de la longue ancienne. L’analogie suffisait à faire rejeter cette hypothèse. Toutes les longues finales du vieux-celtique, en effet, apparaissent déjà abrégées en vieil-irlandais, ce qui était une conséquence de l’accentuation sur la première syllabe[27]. Il est donc sûr qu’à l’époque du vieil-irlandais, en Munster comme ailleurs, ‑āco‑ a été abrégé en ‑ach. L’allongement est donc postérieur. Il est dû uniquement à la présence de la spirante gutturale sourde à la fin du mot. Ce qui le prouve le plus clairement, c’est que ce suffixe ‑ach représente non seulement une terminaison à voyelle longue, vieille-celtique, mais même des terminaisons à voyelle brève. L’irlandais brollach pour bron-lach, qui a tous les sens du latin sinus est, en effet, identique au gallois bron-llech, estomac[28]. Or le gallois avait l’accent sur le deuxième terme et a très sûrement conservé l’ancienne quantité. La syllabe ‑ach ayant été allongée, l’accent s’y est porté comme sur les longues d’origine secondaire du vieil-irlandais, mais à une époque relativement récente. De toutes les syllabes à voyelle nouvellement longue, c’est ‑ach qui exerce sur l’accent l’action la plus faible, comme nous allons le voir : elle n’attire l’accent que dans les dissyllabes, et encore, lorsque la voyelle de la syllabe précédente est brève et ne subit pas d’allongement par position. L’action de l’accent se montre aussi dans la qualité de la voyelle ‑ach. Si ‑ach est accentué, a garde sa qualité et devient simplement plus fermé ; si ‑ach n’est pas accentué, a devient un son difficile à déterminer : c’est un son entre ǫ et ö : je l’ai figuré par petit o accolé à petit e[29].
1º. — ach dans les mots de plus de deux syllabes :
l’accent est sur la première syllabe

ágerhoeĉ (agarthach), vindicatif — áheroeĉ (atharrach), changement — bágeroe (bagarach), menaçant — báheloeĉ (bathalach), hutte, maison mal construite — brǫheloeĉ (brothalach) très chaud, brûlant, en parlant de la température) — cog̬elhoeĉ (coigealtach), économe — cáradoeĉ (caradach), amical — pǫhernoeĉ (putharnach), action de souffler — rágernoeĉ (ragairneach), inconstant — rīəĉtenoeĉ, (ríachtanach), une personne nécessiteuse — Sásenoeĉ (Sasanach), Anglais — clágernoeĉ (clagarnach), pluie battante — dẹ́renoeĉ (deireannach) dernier, tard. — Erenoeĉ (Eireannach), Irlandais — g̬ą́nesoeĉ (geanasach), modeste — ebeloeĉ (giobalach) déguenillé, déchiré (en parlant des vêtements) — męg̬eloeĉ (meigeallach), barbu, barbu comme un bouc — mogeloeĉ (mogallach), luxuriant (en parlant de cheveux), touffu — mǫrsenoeĉ (mursanach), tyrannique — scrupeloeĉ (scrupalach), scrupuleux.

2º. — mots de deux syllabes portés a trois
par une voyelle de résonnance :
l’accent est sur la première syllabe

árəmoeĉ (armach), belliqueux — bácəloeĉ (baclach), grand nombre de gens — bǫləgoeĉ (bolgach), ampoule, pustule ; id. (adjectif) : qui a un gros ventre — cą́dəroeĉ), (caidreach), amical — cąlegoeĉ (cailgeach), piquant, armé de piquants. — c̬ą́ləgoeĉ (cealgach), trompeur — c̬ąngeloeĉ (ceanglach), lien, attache — c̬areboeĉ cearbach), en guenilles, galeux — cǫlegoeĉ (colgach), pointu — cráhəroeĉ (crathrach), fondrière — criəʰroeĉ (criathrach), marais — dąləƀoeĉ (dealbhach), beau — dąləgoeĉ (dealgach), épineux — dąrəƀoeĉ (dearbhach), sûr, que l’on peut prouver — ẹ́təroeĉ (eitreach), sillon ; ancien adjectif : sillonné — fíacəloeĉ (fiaclach), qui a de grandes dents — gáləroeĉ, (galrach) malade (adj. et subst.) — g̬ąrəboeĉ (gearbach), couvert de croûtes — gǫbəloeĉ (goblach), bouchée — lę́rəgoeĉ (leargach), en pente, à pente rapide — lįbəroeĉ (liobrach), aux lèvres épaisses — mąscəhoeĉ[30] (meascthach), qui se mêle facilement — mǫcəloech (muclach), troupeau de porcs — níaƀəroeĉ (niamhrach), brillant — tǫ́ləgoeĉ (tolgach), orgueilleux. Cf. plus bas 3º.

3º. — accent dans les dissyllabes en ‑ach,
avec premier terme a voyelle longue :
l’accent est sur la première syllabe

A. — Dissyllabes à voyelle longue par nature (ou diphtongue ancienne) ou par contraction ou par position dans la première syllabe :

a) longue par nature : frę́əhoeĉ (fraochach)[31], couvert de bruyère — g̬iagoeĉ (géagach), qui a des branches — gnī́ƀoeĉ (gniomhach), actif — íạscoeĉ (iascach), poissonneux — líəhoeĉ (líathach), pâle, blême — lū́boeĉ (lúbach), qui plie, au moral, subtil — šc̬íaƀoeĉ (scíamach), beau — brẹ́ənoeĉ (braonach), humide, qui tombe goutte à goutte (se dit aussi des larmes) — bríagoeĉ (bréagach), menteur, mensonger — ī́loeĉ (aoileach), fumier — ẹ́enoeĉ (aonach), foire, assemblée — ā́roeĉ (árach), garantie, secours — bíətoeĉ (biadhtach), qui nourrit (les pauvres), hospitalier — bī́goeĉ (bíodhgach), vigoureux (en parlant de la voix) — búəcoeĉ (buacach) qui a la tête haute, fier — caẹ́boeĉ (caobach), grossier, gauche — caẹ́loeĉ (caolach), linum silvestre, jeune plant — clúəsoeĉ (clúasach), qui a l’oreille paresseuse — craẹ́soeĉ (craosach), avide — fúədoeĉ (fuadach), action de piller, d’enlever de force — scúəboeĉ (scuabach), qui balaie, qui brosse — taę́ƀoech (taobhach), latéral, qui a des côtés (au moral ; qui a du goût, de l’inclination pour) — tī́šoeĉ (taoiseach), chef, commandant — tṓrəmoeĉ (tórmach), accroissement — túətoeĉ (tuatach), rustique, gauche — úəloeĉ (ualach), fardeau — úənoeĉ (uamhnach), craintif.

b) dissyllabes à voyelles longues par contraction (et vocalisation de consonnes) : šū́loeĉ (siubhlach), voyageur (au sens adj. : rapide) — tī́loeĉ (teimhleach), obscur — qī́loeĉ (coinnleach), chaume — min-ū́roeĉ (min-iubhrach), cruche — g̬īloeĉ (geimhleach), tenu en esclavage — cū́doeĉ (cumhdach), action de couvrir — šáwroeĉ (seabhrach), courageux, vigoureux — mẹ́wloe (meabhlach), trompeur — nī́noeĉ (neimhnach), venimeux — cáwloeĉ tī (cabhlach tighe), maison vide — gáwloeĉ (gabhlach), fourchu — máwntoeĉ (manntach), qui a les dents ébréchées.

c) dissyllabes à voyelle allongée par position : qī́ltoeĉ (coillteach), boisé — õmploeĉ (amplach), avide — g̬ą̄́rcoeĉ (gearrcach), oisillon — šlīn̬toeĉ (slinnteach), ardoises, tuiles.

B. — Dissyllabes avec groupe de consonnes :

a) précédant ‑ach : L’accent est sur la première syllabe : (dans la plupart des cas, la voyelle de la première syllabe est semi-longue).

blą́ĉtoeĉ (bleachtach), vache à lait — cą́ilc̬oeĉ (cailcach), crayeux — flą́scoeĉ (fleascach), jeune homme — yroeĉ (laidhreach), ayant de gros doigts de pied — lọ́ĉtoeĉ (lochtach), fautif — máng̬oeĉ (meangach), subtil, trompeur — fǫ́lʰoeĉ (foltach), chevelu — scǫ́lʰoeĉ (scoilteach), bois qui se fend — šą́sc̮oeĉ (seascach), vache stérile — sẹ́sc̬oe (seascach), abondant en joncs — tǫ́ĉtoeĉ (tochtach), silencieux — trǫ́scoeĉ (troscach), qui jeûne — úĉtoeĉ (uchtach), sein — ū́ltoeĉ (Ultach), homme d’Ulster.

Il semble qu’il y ait flottement pour les groupes ‑rt‑, ‑rc‑ : bą́rtoeĉ (beartach), actif — fǫ́rtoeĉ (feartach), actif, énergique — gǫ́rtoec[32] (gortach), qui a faim — stalcoeĉ (stalcach), raide, entêté. Mais : scertáĉ (scairteach), fourré, taillis — portáĉ et pertáĉ (portach), marais — fǫrcáĉ (forcach), fourchu — mercáĉ (marcach), chevalier, qui va à cheval — elcáĉ (giolcach), espèce de roseaux qui pousse dans un marais.

On peut citer encore tuoeršą́ĉ (tuirseach), fatigué ; mais ici le groupe consonantique est particulier : il se peut que ‑rš- n’ait pas la même influence qu’un groupe où entre une explosive.

b) groupe de consonnes en tête du mot : l’accent est aussi sur la première syllabe : cną́soeĉ (cneasach), à écorce ou à peau — cnǫ́coeĉ (cnocach), montagneux — snǫ́soeĉ (snosach), lustré — slǫ́goeĉ (slogach), abondant en trous — scágoeĉ (scágach), qui fuit, qui fait eau — smógoeĉ (smugach), qui a l’habitude de cracher.

Cependant spedáĉ (spadach), plein de mottes.

c) Quand ‑ach est précédé immédiatement de h représentant une ancienne spirante dentale ou gutturale sourde, l’accent est sur la première syllabe : cáhoeĉ (cathach), frisé, bouclé — clą́hoec (cleathach), à côtes, fait d’entrelacs — cléhoeĉ (cluicheach), qui aime le jeu, qui joue des tours — cráhoeĉ (crathach), qui agite, remue — crǫ́hoeĉ (cruthach), bien fait, bien bâti — fáhoeĉ (fathach), géant — grǫ́hoeĉ (gruthach), caillé — c̬ą́hoeĉ (ceathach), à ondées — gǫ́hoeĉ (gothach), retentissant, qui répond — šc̬ą́hoeĉ (sceathach), couvert de buissons, touffu.

Si d, b ou m, spirantes intervocaliques, précédent ‑ach, il y a contraction par disparition de la spirante : sclạ̃ĉ (sclamhach), avide — úenoeĉ (uamhnach), peureux — tráwĉ (treabhach), un laboureur — lã́ĉ (làmhach), action de tirer — dáwĉ (dabhach), vase — cũəĉ (cumhach), affligé — fiəĉ (fiadhach), action de chasser — blạ̃ĉ (bladhach), renommé — lạ̃ĉ (laghach), aimable, obligeant.
4º. — L’accent est sur ‑ach final dans les dissyllabes où la voyelle de la première syllabe est brève (en dehors des conditions précédentes 3º ; B : a) b) c).

becạ́ĉ (bacach), boiteux, estropié, mendiant — clebạĉ (clabach), aux lèvres épaisses — belạĉ (bealach), route — bįšąĉ (biseach), accroissement — begáĉ (bogach), mou, tendre — bǫgạĉ (bogach), marais — berą́ĉ (biorach), épingle — bretạĉ (bratach), étendard, robe — bremą́ĉ (bromach), poulain — qilạ́ĉ (cailleach), sorcière — c̬įmạ́ĉ (ciomach), torchon, personne malpropre — bredáĉ (bradach), porté à de menus larcins — brelạ́ĉ (breallach), noueux — brǫlạ́ĉ et breláĉ (brollach)[33], sein — etáĉ (ciotach), gaucher — c̬ịšạ́ĉ (ciseach), chaussée — qįlą́ĉ (coileach), coq — cǫlą́ĉ (cullach), verrat.

cerạ́ĉ (corach et corrach), marais — drǫmạ́ĉ (dromach), courroie avec agrafes ou boucles que l’on passe par-dessus la croupe du cheval attelé à la charrue — erạ́ĉ (earrach), printemps — esạ́ĉ (easach), chute d’eau — felą́ĉ (folach), action de cacher, caché (subst. et adj.) — fįsą́ĉ (fiosach), qui connaît, intelligent — g̬ąlą́ĉ (gealach), la lune : génitif g̬ąlī́ (gealaighe) — cresą́ĉ (crosach), rayé, croisé — desą́ĉ (dosach), touffu, qui a des buissons — fresą́ĉ (frasach), à ondées, productif — ebą́ĉ (giobach), velu, rugueux — glebạ́ĉ (gliobach), chevelu, à longs cheveux — glįšạ́ĉ (glaiseach), fondrière — grelą́ĉ (greallach), argile, terre glaise — lecą́ĉ (leacach), abondant en pierres plates — mercạ́ĉ (marcach), cavalier — pecaĉ (peacach), pécheur — prešą́ĉ (praiseach), potage — slạ́ĉ (salach), sale — šerạĉ (searrach), poulain — šemą́ĉ (siomach), truite ressemblant à une anguille, se dit d’un homme grand et mince — šeną́ĉ (sionach), renard — nedạ́ĉ (neadach), qui appartient, se rapporte à un nid — gebạ́ĉ (gobach), à bec — gerœ́ĉ (gorach), inflammable — tǫlạ́ĉ (tollach), troué — tesạ́ĉ (tosach), commencement — treạ́ĉ (troideach), querelleur, combattif.

Il y a quelques exceptions : mǫ́goeĉ (mugach), adonné aux plaisanteries — mášoeĉ (maiseach), beau.

Dans mogach, la voyelle de la première syllabe est semilongue, ce qui suffirait à retenir l’accent. Pour maiseach, il est possible que ce soit un mot plutôt employé en poésie. La poésie est conservatrice. Des mots accentués sur la dernière, dans la langue populaire, sont prononcés avec l’accent sur la première dans la langue poétique : en Munster, en vers, agam, avec moi, agat, avec toi, sont accentués sur la première syllabe, tandis qu’on prononce couramment egúm, egút.

Henebry (Sounds, p. 9, II) paraît poser en principe que dans les substantifs ‑ach serait accentué, mais non dans les adjectifs ; il distingue entre bukách, un boiteux, et bákuch boiteux, qui boite (son u représente dit-il, l’anglais u dans puss, et l’allemand u dans muss (?) p. 7), également écrits bacach. Cette distinction n’existe sûrement pas dans la région de Ballingeary, et paraît bien artificielle.

Il y a, en Munster, une catégorie de terminaisons en ‑ach qui reste toujours atone : c’est la terminaison ‑ach évolution de ‑adh (‑eadh), terminaison de la 3e personne du sing. de l’imparfait et du conditionnel des verbes.

Une première remarque s’impose : la terminaison si fréquente des substantifs verbaux en ‑adh, n’a pas suivi l’évolution de la terminaison verbale personnelle : le dh ne se prononce plus : moladh, louer, se prononce mǫ́le. Il est clair que la différence ici est due à un facteur psychologique. Que la terminaison ‑adh de l’infinitif s’atténue ou disparaisse, le sens n’en souffre pas[34]. C’est le contraire pour ‑adh de l’imparfait et du conditionnel. Il est certain que les formes verbales ne marchent pas toujours du même pas que les formes nominales, et que parfois l’évolution phonétique y est contrariée ou retardée par d’autres facteurs. On comprend a priori que la terminaison ‑aĉ (‑adh) ait pu ne pas évoluer en même temps que la terminaison nominale ‑aĉ. Mais il y a une raison de fait qui doit entrer en ligne de compte, c’est que cette terminaison est généralement atténuée ou abrégée dans la prononciation. Dans la conjugaison impersonnelle, elle est suivie des pronoms-sujets, qui forment une union intime de sens et de prononciation avec elle. Dans la conjugaison personnelle même, la construction à la 3e personne du singulier et à la 2e du pluriel est analytique. Il n’est pas rare même qu’en liaison de syntaxe ou de prononciation avec des mots à initiale consonantique, l’aspirée finale de ‑aĉ ne se prononce pas.

Le suffixe ‑acht paraît avoir la même action que ‑ach : cf. cesaĉt et cesạĉtaoeĉ (casachtach), toux — benaĉt (beannacht), bénédiction — melaĉt (mallacht), malédiction — qidaĉtin (cuideachtain), compagnie.

II. — Accent dans les composés.

D’une façon générale, lorsque dans le second terme, il y a une voyelle longue par nature, contraction ou position, l’accent est sur le second terme. Je ne prétends pas donner ici une étude complète sur un sujet aussi vaste et aussi complexe : je me borne à constater l’action de la voyelle longue par quelques exemples, dans des composés avec des préfixes encore vivants.

A. — L’accent dans la composés avec préfixe.

aith‑ ; ath- [35] :

a) áĉin̬ẹ̄ (ath-chuinghe), requête, demande — áhəriš (aith-ris), action d’imiter, relater — áhənẹ (aithne)[36], connaissance, action de reconnaître — áĉomęr (ath-comair), près — áƀriše (aith-bhriseadh), je brise de nouveau ;

b) aƀę́eloeĉ (aidh-bhéileach), très grand, extraordinaire — áĉianǫv (aith-dhéanam), refaire — alī́ne (aith-líonadh), remplir de nouveau — avíale (aith-méala), regret — avā́r[37] — (ath-bharr), une deuxième récolte.

an., privatif :

a) ąnəƀis (ain-bhfios), ignorance — ąn̬iš (aindeis), peu soigné, misérable, gauche — án-yąrt (ancheart), injuste — íádrǫm (éadtrom), léger ;

b) an-ī́vin̬ (an-aoibhinn), déplaisant — àn-ĝā́ (an-ghábhadh), inutile — ánəĉrī́ (anchroidhe), malveillance — anǭlā́in (an-fhollàin), malsain — ìagṓer[38] (éagcóir), injustice, iniquité — ęgrī́ne (éig-críonna), non sage, imprudent.

as‑, eas‑ : cf. latin ex :

a) ągenẹ (aigne), intention, esprit — ąspe (easbaidh et easba), manque, besoin — ąsnǭƀ (easnamh), manque, insuffisance ;

b) ąscárdẹ̄ ; (eascáirde), ennemis (sg. ą́scere (eascara) — ąsṓrdū (eas-ordughadh), désordre — ąsūle (easumhla), désobéissance — ąslā́n (easlán), mal portant — ąsláintẹ (easláinte), mauvaise santé.

com‑, coim‑[39], con- (avec) :

a) cọ́ale (comhalladh), remplir, accomplir — cọ̃ęr (comhair), présence — cọ́erʰe (comhartha), signe — cū́noƀ (congnamh), secours, assistance — cū́ntoeĉ (congantach), qui secourt, disposé à secourir.

b) cọ̄-ī́šel[40] (coimh-íseal), uni, de même plan — cọ̄rḗir (cóimhréir), conformité, accord — cọ̄-ƀrā́h-er (comh-bhráthair), cousin-germain, confrère — cọ̄-ą́ymšir (cómh-aimsear), le même temps — cọ̄-hyą́ngel (coimh-cheangal), conspiration, alliance, pacte — cūntū́rt (contabhairt), danger (génit. cuntúrʰe = cuntabhartha).

dī, privatif : dī́-ĉrędeƀ (di-chreideamh), incrédulité ; mais : dī-ĉáredoeĉ (dío-cháirdeach), sans ami, non amical — dīƀwī́n (dīo-mhaoin), inutile — dī-ĉī́ne (dio-chuimhne), oubli, manque de mémoire — dįmwíəĉ (díombuidheach), ingrat — dī-ƀǫ́lʰe et dī-ƀǫ́lte (dío-mholta), blâmé, désapprouvé.

do- (péjoratif : cf. grec δυσ) dǫ́-ĝine (do-dhuine), mauvaise personne (homme ou femme) — dǫ́meles (domblas), bile, fiel, mauvais goût ; mais : demláste (domblasta), au sens figuré, méprisantde-ĝnū́soeĉ (do-ghnúiseach), disgracié, laid — deƀī́en (doi-mhian), mauvais désir.

for- (sur, au-dessus, et sens intensif) : fárdǫres (fár-doras)[41], linteau — fǭrlahan (foir-leathan), très large ; mais : fǫr-ẹ̄́ginoeĉ (foir-éigneach), très violent — fǭrlī́ne (for-líonad), remplir, entièrement, compléter.

mí‑, mío- (particule péjorative, idée de mal).

mī-hyąrt (mí-cheart), injuste, incorrect ; mais : mī-víąs (mi- bhéas), mauvaises manières — mī-hástə (mío-shásta), non satisfait, difficile à satisfaire.

neamh- (particule négative) : nā- hǭleƀ (neamh-ollamh), non préparé, qui n’est pas prêt — -ną̄́-ĝlan (neam-ghlan), pas propre, sale ; mais : ną-ĉṓer (neamh-chóir), injustice, tort — -ną-vláste (neamh-bhlasta), insipide, sans goût.

so- (bon, idée de bien) : sǫ́-ƀiliš (soi-milis), très doux ; mais : se-rẹ̄́g (soi-réidh), agréable, condescendant — se-ƀwī́n (so-mhaoin), grande fortune, richesse — se-yíante (soi-dhéanta), facile à faire — se-ƀíasoeĉ (so-bhéasach), de bonnes manières, bien élevé — se-ƀláste (so-bhlasta), bien goûté, savoureux.

B. — Accent dans les composés nominaux.

bą́n-ĉare (ban-chara), amie, femme.
bąnə-ĉṓrse (ban-chomharsa), voisine.
bąn-ĉū́ (ban-chú), chienne.
bár-ĝores (barr-dhoras), haut du linteau d’une porte.
bār-ĝlóroeĉ (barr-ghlorach), bruyant, à la voix forte.
bīn̬-hyṓl (binn-cheol), mélodie, musique suave.
blā́-hǫlte (bláth-fholta), aux chevaux blonds.
bǫ́le-ĉǫsoeĉ (bolg-chosach), à la jambe torse.
bǫ̀leg-hū́loeĉ (bolg-shuileach), aux yeux saillants.
bǫn-ā́t̬ (bun-áit), fondement, principale résidence.
bǫn-ƀán (bun-bhean), grosse femme de petite taille.
cáom-ĉǫsaĉ (cam-chosach), bancal, aux jambes arquées.
caom-hrṓn (cam-shrón), au nez crochu.
cīadī́n (céadaoin), le mercredi (le 1er jeume).
c̬ąrt-lā́r (ceart-lár), le milieu précis, le centre.
cruə-ĉás (cruadh-chás), situation dangereuse, embarrassante.
dą́-vlas (deagh-bhlas), bon goût, saveur.
dą́-ĝinẹ (deagh-dhuine), homme bon.
dą́-ǫber̯ (deagh-obair), bonne œuvre.
dą́-hǫel (deagh-thoil), bienveillance, bonne volonté.
dą-nṓs (deagh-nos), bonne habitude.
dą-ĝnū́šoeĉ (deagh-ghnúiseach), de bonne complexion, avenant.
drįháir (dearbh-bhráthair), frère.
drįfiúr (deirbh-shiur), sœur.
dróƀlas (droch-bhlas), mauvais goût, mépris.
droƀláste (droch-bhlasta), qui a mauvais goût.
drǫĉáel (droch-cháil) ; mauvaise réputation.
drǫĉáynt (droch-chaint), langage injurieux, mauvais propos.
drǫĉrī́ (droch-chroidhe), méchanceté, mauvaise disposition.
dū́-ĝorem (dubh-ghorm), bleu sombre.
dū́hǫle (dubh-chodladh), profond sommeil.
du-hlā́n (dubh-shlán), cartel, provocation.
fī́r-ĉare (fíor-chara), vrai ami.
fīr-hrū́e (fíor-thrúagh) vraiment digne de pitié.
íl-dahoeĉ (iol-dathach), de diverses couleurs.
il-ƀíasoeĉ (il-bhéasach), versatile, astucieux.
ildā́noeĉ (iol-dánach), habile en plusieurs métiers, ingénieux.
lą-ĉḗeĉ (leath-caoch), borgne.
lą-ĉlū́es (leath-chlúas, une oreille.
líe-ĝorom (liath-ghorm), bleu-pâle.
lie-ƀā́n (liath-bán), pâle.
lue-ĝaer (luath-gháir), allégresse, rire.
lue-lā́ĉ (luath-lámhach), adroit, à la main prompte.
mín-face (min-pheacadh), péché véniel.
min-ĉlóĉ [42] (min-chloch), caillou.
šą́n-ǫcel (sean-fhocal), proverbe, vieux dicton.
šą́n-dinẹ (sean-duine), vieillard.
šąn-dī́nẹ (sean-daoine), vieillards.
šanə-ƀā́hẹr̯ (sean-mháthair), grand-mère.
šąn-rā́ (sean-rádh), proverbe.
šīĉā́in (síoth-cháin), paix.

conclusions.

L’attraction exercée par la voyelle longue sur l’accent varie suivant la place de la voyelle et sa nature.

La longue, par position, à la finale, n’attire l’accent que dans les dissyllabes, et, même dans ce cas, son action est limitée : la syllabe initiale garde l’accent, si elle a une voyelle longue, ou certains groupes consonnantiques ou une spirante gutturale sourde même réduite.

La longue par contraction a une action plus étendue : elle s’exerce même dans les mots de plus de deux syllabes. Dans ce cas cependant, à la finale, il n’est pas sûr qu’elle porte toujours l’accent le plus intense.

C’est l’ancienne longue, la longue constatée en vieil-irlandais, qui exerce l’attraction la plus nette, en toute situation, sur l’accent.

L’accentuation sur la longue par contraction, ne peut être plus ancienne que les contractions elles-mêmes, et par conséquent, est relativement récente. Pour la longue par position, nous avons vu qu’elle est due à la spirante gutturale sourde qui termine la syllabe ; la terminaison ‑aĉ non seulement représente un suffixe à voyelle longue vieux-celtique, mais encore des terminaisons à voyelle brève.

Il est d’ailleurs évident que ‑aĉ = ‑ācŏ‑, avait une voyelle brève en vieil-irlandais, ainsi qu’en moyen-irlandais. Ce genre d’accentuation ne peut être bien ancien.

Reste l’accentuation sur la voyelle constatée longue en vieil-irlandais. Si le dialecte de Munster, à ce point de vue, est isolé, il y a de fortes présomptions que cette accentuation n’est pas archaïque. En Ulster et dans le gaélique d’Écosse, la longue même est abrégée : erā́n (arán), pain (Munster) ; árăn (gaël. d’Écosse et de Donegal). En revanche, en Connaught, l’accent d’intensité, dans ce cas, est sur la première syllabe, mais la longue est conservée : árān[43]. Il semblerait donc que le Connaught ait conservé l’accentuation que l’on suppose au vieil-irlandais. Or, certaines dégradations vocaliques sur lesquelles mon collègue de l’University College de Galway, O’Maille, a attiré mon attention prouvent que là aussi (c’est son opinion) antérieurement, l’accent principal a été sur la longue : Munster : scədā́n (scadàn), hareng ; Connaught : scə́dān ou sgə́dān. Il est de toute évidence que l’accent s’est reporté de la terminaison sur la première syllabe, après que la voyelle de cette syllabe avait été réduite par suite de l’atonie. Comme la voyelle longue n’est nullement abrégée, il paraît certain que l’accent sur la première syllabe est un accent de hauteur. Un fait analogue s’est produit en vieux-gallois : le pluriel de llwch, étang (vieux-breton luh pour luch) est en vieux-gallois lichou avec accent évidemment sur ‑ou. En moyen-gallois, au moins à l’époque la plus ancienne, la diphtongue était conservée, mais i était accentué : llýcheu, (löĉęy) ce qui prouve qu’à cette époque, l’accent de la première syllabe était surtout un accent de hauteur. En gallois-moderne, ‑eu (au) est réduit à a̦ ou , mais cette voyelle, d’après des expériences faites au laboratoire de phonétique du Collège de France, est plus longue souvent que la voyelle dite accentuée de la syllabe qui la précède.

Dans ces conditions, on est en droit de se demander si l’accentuation sur la longue n’est pas très ancienne et si l’accentuation du Munster, loin d’être une innovation, ne représente pas l’ancien état de chose, et ne remonte pas à une certaine époque du vieil irlandais, où toutes les longues simples avaient déjà été réduites. L’état de la voyelle de la syllabe initiale dans les mots à voyelle longue finale, en vieil-irlandais, ne paraît pas en faveur de cette hypothèse, mais il ne faut pas oublier que l’initiale jouit souvent d’un accent secondaire.

Il serait nécessaire d’étudier à fond l’accent dans les différents dialectes gaëliques, aussi bien dans les composés que dans les mots simples. Il n’est pas impossible que ces études amènent à des résultats inattendus ou tout au moins de nature à éclairer l’histoire de l’accent en irlandais et à nous fixer sur sa véritable nature. Pour l’accent en Munster, cette étude est très loin d’épuiser la question. Il sera facile à des savants irlandais comme Henebry et Bergin, pour ne citer qu’eux, de la compléter, et au besoin de la rectifier. Les recherches expérimentales que je compte poursuivre au laboratoire de phonétique du Collège de France sur cet accent comparé à celui du Connaught pourront peut-être permettre de déterminer ses caractères essentiels et sa vraie nature.

J. Loth.



Notes[modifier]

  1. La forme irlandaise pour Munster est au nominatif Mumha, au génitif Mumhan. C’est la forme Mumhan qui a prévalu (prononcez Mw̄n). Suivant la situation géographique, la province se divise en Thomond ou Nord-Munster (Tuə-mūn, exactement Tuəvūn = Tuath-mhumhan), Desmond ou Sud-Munster (Dąs-vw̄n : Deas-mhumhan) ; Ormond ou Est-Munster (ur-vw̄n ou Ervūn= Ur-mhumhan ou Or-mhumhan), et Iar-vūn ou Ouest-Munster (Iar-mhumhan). Au point de vue linguistique, on ne fait que trois divisions : 1º Thomond (Clare, Limerick) ; 2º Desmond (Cork, Kerry) ; 3º le pays des Dési (Waterford et la partie sud de Tipperary. Cf. Henebry, Sounds, p. 4.
  2. Dans les verbes composés avec une ou plusieurs prépositions ou préverbes, c’est le second élément qui porte l’accent. Les composés véritables où le préverbe est accentué rentrent, en somme, dans la règle générale (cf. Pedersen, Vergleichende Grammatik der keltischen Sprachen, p. 257-259 ; cf. Thuneysen. Handbuch der Alt-irischen, 1, p. 25-29).
  3. On prononce mərcáĉ, mais márcig.
  4. The sounds of Munster Irish. Dublin, 1898.
  5. Cf. Meyer-Lübke, Die Betonung des Gallischen (Sitzungsberichte d. Kais. Ak. d. W. in Wien, phil., hist. Kl. CXLIII, II).
  6. Il est douteux que l’accent ait été sur le quatrième avant la fin.
  7. Henebry figure aussi bien a final que e par ə.
  8. Cf. Abbé Rousselot. Les articulations irlandaises étudiées à l’aide du palais artificiel (tirage à part de la Parole, 1899). — Pedersen, Vergl. grammatik der kelt. Sprachen, I, passim, particul. p. 9 et 10 ; on y trouvera une bibliographie du sujet. — Pour le Munster spécialement, v. Henebry, Sounds (déjà cité). An Cónggar, Irish simplified, compiled bv R. O’ Daly, O. J. Bergin, and Shán O’ Cuív, Dublin, 1910.
  9. Sur ce phénomène, v. Pedersen, Aspiration in Irsk, et Vergl. Grammatik, I, p. 427 et suiv. ; cf. Thurneysen, Handbuch, I, p. 68.
  10. Cf. Henebry, Sounds, p. 74 L’i qui suit cet r initial (ruí, roi) tend à ü.
  11. Par exemple, tąn̬eƀ (taithneamh), briller, plaire ; ąn̬iš (aindeis), peu soigné, gauche.
  12. Cf. Henebry, Sounds, p. 67-2. Chez les Dési n dans le groupe initial n + y (nea‑), par exemple, est mouillé (Ibid., p. 67, 4).
  13. Irish Grammar by the Christian Brothers, p. 10-18 ; lyouar, livre (leabhar) mais mo lowar (mo leabhar), mon livre.
  14. On entend par vieil irlandais, la période qui va du viiie au x-xie siècle. Le moyen irlandais part du xi-xiie siècle et s’étend jusqu’au commencement du xvie siècle.
  15. Cet a long, dans l’Est du Munster, et même en Kerry, semble-t-il, est plus fermé qu’à Ballingeary, et est voisin de ǫ.
  16. La terminaison ‑én- du vieil irlandais a été supplantée par ‑án.
  17. L’o long est moins fermé que ne l’est o fermé en français et en breton ; il ressemble à l’o long gallois.
  18. a et b Régulièrement, on devrait avoir fwin̬ọ̄g. C’est un effet du voisinage immédiat de la terminaison longue accentuée ; cf. plus bas minā́l (muineál). Dans les exemples contraires, c’est la tradition qui l’emporte. Bergin croit que f mince peut aussi être dû au fait qu’en cas d’adoucissement f disparaît et amène ainsi l’intrusion d’un f incorrect.
  19. óir représente la terminaison latine ‑ārius et est venu aux Irlandais par le brittonique.
  20. Il est assez difficile de décider où est l’accent principal dans ce mot, en raison de la voyelle longue dans la syllabe initiale. Dans le génitif slānehọ̄́re (slánuightheóra), l’accent principal est sur la pénultième.
  21. Contrairement à l’orthographe le c n’est pas vélaire ; il est palatal : cf. le son de l’anglais k dans kin et de l’allemand k dans kind ; cf. note 2.
  22. Dans naoidheanán, petit enfant, l’accent est nettement sur la première syllabe : nī́nān (vieil irl. nóidenán). Mais, il faut remarquer que la voyelle de la 1re syllabe est une diphtongue et qu’elle a bénéficié d’une contraction.
  23. Henebry (Sounds, p. 14) : kawnšīs.
  24. Il semble que ū final se comporte autrement dans ce cas, à en juger par qīnū́ (cuimhniughadh), rappeler.
  25. L’ū contracté est quelque peu nasal.
  26. Henebry (Sounds, p. 24, 4) donne šaimplī qui est sans doute une prononciation particulière aux Dési.
  27. Lorsqu’une longue se montre, en syllabe atone, en vieil-irlandais, on peut être sûr qu’elle n’est pas vieille-celtique : sur ce point, cf. Thurneysen, Grammatik, p. 29-32, §§ 41-46.
  28. V. J. Loth, Bronlach, broullech, dans Mémoires de la Soc. de Ling., de Paris, 1913.
  29. Henebry (Sounds, p. 63, 5) ne paraît pas distinguer entre ‑ach accentué et ‑ach atone ; pour lui, ĉ change a en à (son à est le son de l’anglais a dans what (ibid., p. 6). C’est sans doute une inadvertance, car, p. 9, II, il fait nettement cette distinction : accentué ‑ach se prononce ‑àch ; atone, il se prononce ‑œch. L’a de ‑ach accentué, dans certaines parties du Munster et, semble-t-il, du Kerry, est voisin de ‑ǫ.
  30. C est large, ə (et e) étant une voyelle d’arrière.
  31. On donne généralement ao en Munster comme équivalent à (Heneby, Sounds, p. 34, §§ 23, 1) : tẹ́v, côté (taobh). Pour moi, j’entends un son très atténué après  : tẹeƀ dans certaines monosyllabes. En revanche j’entends seulement dans canahẹƀ, pourquoi, pour quel motif (cad n‑a thaobh).
  32. Henebry (Sounds, p. 9, II) donne un exemple en vers de gortách accentué à la pause.
  33. Génitif brólig. En poésie, d’après Henebry (Sounds, p. 75, 5), on trouve bọrloeĉ.
  34. La terminaison passive ‑adh ; se prononce ‑ag (ög) : mǫlög (moladh). C’est peut-être un fait d’analogie. La terminaison verbale ‑idh devient régulièrement ‑ig̬ après avoir passé par ‑iy (évolution bien connue, et qui notamment atteint yod dans le vannetais maritime (Ile-aux-moines). Bergin me dit que beaucoup de gens à Bailingeary même prononcent ‑eƀ, ‑uƀ et que c’est la prononciation habituelle de là à l’ouest, sur tout le district de Béarra.
  35. Gaulois ate : a le sens du latin re : aussi de dis‑.
  36. La composition n’est plus sentie dans ce mot. Dans presque tous les exemples que je donne, elle est nu contraire sentie.
  37. En Munster, la double liquide se réduit et la voyelle s’allonge.
  38. Dans íagesūl (éagsamhail), différent, dissemblable, varié, il est difficile de dire où est l’accent principal. Dans iagesū́loeĉt (éagsamhlacht), variété, diversité, l’accent principal paraît bien être sur la pénultième. Le son de transition e dans iagōer est entre i et ę.
  39. Sur la qualité de la voyelle des préfixes, en particulier com‑, originairement non accentués, cf. Henebry, Sounds, p. 15. Il y a des différences pour la qualité de o entre le sud et l’est du Munster.
  40. L’o de co- est semi-long et légèrement nasal.
  41. fárdoras : la voyelle est régulièrement allongée dans le groupe r + consonne.
  42. Le groupe ĉl suivi de ĉ à la finale a donné à ĉloĉ la valeur d’une syllabe longue.
  43. Bergin me fait remarquer que, dans certaines parties du Connaught on prononce ərā́n, rān et que cette prononciation a été relevée par Finck (Araner Mundart).