L’Administration de l’agriculture en France

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L’Administration de l’agriculture en France


DE L'ADMINISTRATION


DE


L'AGRICULTURE


EN FRANCE.




Si jamais un art a été l’objet de panégyriques, d’encouragemens oratoires, de louanges poétiques, c’est celui de l’agriculture, et depuis la Bible, qui le déclare une création du Très-Haut, jusqu’à Sully, qui y voyait les mamelles de l’état, et jusqu’au XVIIIe siècle, où, en pleine académie, on applaudissait à Choiseul agricole et à Voltaire fermier, le concert approbateur ne lui a pas manqué. L’agriculture est un peu dans le cas de ces robustes enfans qui nourrissent toute leur famille de leur travail ; les parens en font volontiers l’éloge, tandis qu’ils réservent leur amour et leurs caresses à l’enfant infirme dont la frêle existence est un enchaînement de maladies et de crises. Chez nous, en effet, le robuste enfant est abandonné à la force de sa constitution ; l’enfant frêle et délicat, qui donne des inquiétudes continuelles, dont la vie est sans cesse compromise, l’industrie commerciale et manufacturière, est l’objet de tous les soins ; c’est pour elle que se font les lois, les traités ; on stipule de ses intérêts aux dépens de son frère qui la fait vivre et qui n’obtient que des phrases officielles, encens annuel que l’on croit devoir suffire à sa grossière simplicité.

Est-ce la bonne volonté qui manque au gouvernement pour protéger efficacement l’agriculture ? Nous ne lui faisons pas cette injure. Tous nos hommes d’état connaissent l’importance de cet art, tous voudraient lui être utiles. Et comment en serait-il autrement ? La plupart de nos législateurs ne sont-ils pas appelés par des électeurs qui cultivent le sol ? Eux-mêmes ne quittent-ils pas la charrue, ou n’y tiennent-ils pas de près ? Quand le général Bugeaud, un des plus dignes représentans des intérêts agricoles, demanda l’augmentation des fonds d’encouragement, l’opposition qui se manifesta était-elle hostile à l’agriculture ? Eh ! mon Dieu non ! On craignait le mauvais usage que l’on pourrait faire du crédit demandé, on craignait de le voir livré à des mains inexpérimentées qui en feraient la proie de l’intrigue et de la faveur ; mais, si on lui avait donné d’avance une destination utile dans l’intérêt du sol français, la chambre aurait été unanime pour le voter. C’est qu’en effet ce n’est pas la bonne volonté pour l’agriculture qui manque ; c’est sans le savoir qu’on lui fait quelquefois beaucoup de mal, on voudrait toujours lui faire du bien ; seulement, disons-le avec franchise, ce bien, on ne sait pas le faire ; on marche en hésitant, parce qu’on craint de ne pas être dans la bonne route. La première chose dont il se faut préoccuper aujourd’hui, c’est de bien établir les vrais besoins de l’agriculture française, c’est de faire naître la conviction sur l’efficacité des remèdes proposés pour guérir ses maux : cela fait, tout sera facile, parce que tout le monde veut lui être propice.

Malheureusement, dans la confusion où sont les idées agricoles en France, ce n’est pas chose facile que d’entraîner cette conviction ; il faut remonter bien haut et bien loin, il faut remuer bien des systèmes, rappeler bien des faits, combattre bien des préjugés, contrarier peut-être bien des intérêts ; il faut autre chose encore, il faut être lu et lu avec attention ; réclamer l’attention de ceux qui ont hâte, de ceux devant qui s’entassent les feuilles et les brochures, et qui ne peuvent suffire à la tâche quotidienne de les lire, n’est-ce pas déjà une des difficultés de l’entreprise ? J’essaie cependant, espérant qu’au moins quelques esprits sérieux m’entendront, et que leur autorité déterminera la conviction des autres. Sans entrer aujourd’hui dans le fond d’un sujet délicat, et qui demanderait une discussion approfondie, je me bornerai à parcourir rapidement l’ensemble des questions agricoles, afin d’en tirer un programme propre à diriger le gouvernement et les chambres dans le choix des mesures à prendre pour protéger efficacement l’agriculture. Nous prendrons parmi ces questions celles dont la solution est la plus grave et celles qui préoccupent et divisent le plus l’opinion. Au nombre de ces dernières se trouve sans contredit le morcellement progressif de la propriété. Je remarquerai d’abord que la loi ne peut y apporter que trois genres de restriction, l’institution du droit d’aînesse, la création de substitutions et de majorats, la fixation d’une limite dans la subdivision des parcelles. La restauration, qui par politique, plus que par des considérations agricoles, voulait reconstituer et conserver la grande propriété, opta pour le droit d’aînesse. Ce droit était encore vivant dans les souvenirs de la nation, les pères de famille et les aînés l’accueillaient avec faveur ; c’était avoir une majorité certaine parmi ceux qui font la loi, et cependant la mesure qu’on présentait fut repoussée. Mais ce fut l’impopularité du gouvernement qui fit seule échouer la proposition. Qui ne sait, en effet, que le droit d’aînesse existe encore de fait au milieu de nous, quoique avec ce degré d’atténuation que lui impriment, non la volonté des pareils, mais les entraves de la loi ? Il n’est pas de ruse, pas de détour que les pères n’emploient pour grossir la part disponible au profit de leur aîné, et il n’est pas d’effort laborieux qu’ils ne tentent pour lui former un pécule qui puisse le mettre en état de conserver le champ paternel en désintéressant ses frères. Si ce sentiment s’efface au sein de la classe moyenne, qui vit de ses rentes et dont l’industrie pourrait trop difficilement se former un semblable capital, si cette classe paraît céder à la force des circonstances, il n’en est pas de même de nos paysans propriétaires ; chez eux, l’esprit de famille est encore dans toute sa vigueur. Et cependant quel gouvernement voudrait aujourd’hui proposer à la France le rétablissement du droit d’aînesse ? D’abord, selon moi, il tenterait une chose mauvaise, et ensuite ceux même qui s’accommodent le mieux de la pratique s’élèveraient contre la théorie ; le sentiment public, qui ne flétrit point l’injustice du père de famille, ne souffrirait pas qu’elle fût rendue légale. On y verrait le projet de rétablir une aristocratie nouvelle, on y verrait tous les fantômes que l’esprit de parti sait si bien évoquer ; ce serait courir un danger inutile pour obtenir un effet incertain.

Le faible reste du système des substitutions, renouvelé par l’empereur sous la forme de majorats, est venu finir devant la révolution de juillet. Ce système d’ailleurs est jugé. C’est l’asservissement de la famille, de la mère, des oncles, des frères, au fils aîné ; c’est la ruine de celui qui jouit de la substitution, et qui, ne pouvant être exproprié, dépense sans prévoyance ; c’est celle de ses créanciers, à qui tout gage échappe par la mort de leur débiteur ; c’est la ruine encore de la propriété, que l’on épuise à dessein quand la substitution doit changer de ligne. moins que l’état social n’offre d’abondantes ressources pour doter les cadets, des places opulentes accordées à leur nom, des carrières ouvertes pour eux seuls, un riche commerce qu’ils puissent exploiter, ce système crée une caste de parias dangereux, prêts à se révolter contre la société. C’est seulement par les ressources que nous venons d’énumérer que se conserve l’aristocratie anglaise. Quand le commerce manqua à Venise, le nombre des barnabotes (patriciens pauvres) s’accrut au point que la principale occupation de l’inquisition d’état était de mettre un frein à leur insolence envers le peuple.

Si ces deux moyens sont impraticables, il ne resterait que celui de fixer une limite au-dessous de laquelle la propriété ne fût plus divisible ; mais qui oserait la fixer aujourd’hui ? qui saurait la fixer ? Avant de le tenter, consultons au moins les faits.

Je conçois très bien les terreurs de ceux qui craignent, selon leur expression, que le sol français ne tombe en poussière, résultat infaillible, à leur avis, de l’absence de toute règle dans le partage et la vente parcellaire des propriétés. Ils se représentent le cultivateur remplaçant la grande culture par la bêche, ne pouvant plus produire que ce qui suffit à sa famille, n’ayant plus rien de disponible à porter au marché, d’où suit l’exclusion de tout travail industriel, qui ne peut plus être alimenté par l’agriculture (le bétail de vente disparaissant en même temps que les bêtes de travail). Dès-lors aussi plus d’engrais, décadence rapide des facultés productives du sol, et appauvrissement de la nation.

Telle est la chaîne de raisonnemens qu’une logique inflexible nous présente chaque fois qu’on entame la question agricole, raisonnemens qui remplissent les livres, les journaux, et qui se produisent même à la tribune nationale. S’il était vrai que rien ne pût arrêter cette progression décroissante de l’étendue des propriétés, s’il était vrai que, dans trois générations, l’hectare de terre possédé par le père fût réduit à un neuvième ou à un douzième pour les petits-fils et qu’après trois générations, chaque Français ne put plus posséder qu’un deux cent quarante-troisième d’hectare, nous devrions partager toutes ces alarmes et adopter, en dépit des principes de justice et d’égalité, en dépit de toutes les résistances, un parti décisif qui fermât le livre d’or de la propriété. Qui ne voit cependant que ce raisonnement a le même défaut que celui de Malthus, très vrai, mathématiquement parlant, mais considérablement modifié et atténué dans l’application ? Sans doute, la possibilité légale de la division à l’infini existe en France ; toutefois, comment use-t-on de cette possibilité ? Le nombre des cotes, et par conséquent celui des propriétaires, augmente chaque année ; mais ce que l’on ne remarque pas, c’est que cette division se fait aux dépens des grandes propriétés, qui se vendent, et non au détriment des petites, qui ne se morcellent pas autant qu’on le pourrait croire. Si, dans le partage des successions de nos paysans, quelques entêtés exigent leur parcelle d’une parcelle, le plus grand nombre comprend très bien le désavantage d’avoir un grand périmètre pour une petite surface, car les lisières des champs sont peu productives. On transige donc ; généralement la parcelle demeure à un seul, et puis le paysan voisin, qui est dans l’aisance, l’achète, l’agglomère à son champ et recompose ce que le partage avait décomposé. Je ne sais pas ce qui se fait dans les pays où la petite propriété est nouvelle et où l’expérience manque encore ; mais dans le mien, où elle date des époques les plus anciennes, et où l’expérience est acquise, la grande propriété se divise, tandis que la petite propriété s’agrandit, et la terre tend ainsi à prendre des proportions moyennes adaptées aux circonstances locales et aux véritables intérêts des possesseurs : limite naturelle qui nous dispense d’en chercher une artificielle dans la loi.

Quelle est donc cette limite fixée par la concurrence des propriétaires, et qui doit pleinement nous rassurer, car elle finira par s’établir partout, à moins de supposer le pays tout entier atteint de démence ? Elle est mesurée par le capital disponible pour la culture, capital qui n’est autre chose que ce que possède la moyenne des fermiers et des propriétaires français pour l’appliquer annuellement à la culture du sol. Sans doute, la grande culture bien exploitée, pourvue de capitaux suffisans, est plus productive que la petite culture privée des mêmes ressources. C’est dans cette situation relative qu’elle est envisagée par les Anglais, et ils ont mille fois raison de lancer l’anathème sur ces petites fermes dont les fermiers sont dépourvus de capitaux ; mais aussi la petite culture, avec des moyens suffisans, l’emporte incontestablement sur la grande culture, qui en manque, et c’est ainsi qu’elles luttent en France, ou nous voyons nos petites propriétés florissantes, productives, se vendant à de hauts prix et remboursant leurs acheteurs, et les grandes fermes, couvertes de jachères, exploitées par des cultivateurs malaisés : lutte qui conduit nécessairement à la vente et à la division des grandes propriétés.

Sur deux terres d’égale nature, la rente est proportionnelle au capital d’exploitation. Or, ce capital est divisé en grands lots en Angleterre, et chaque possesseur d’un de ces lots peut cultiver une grande terre ; il est divisé en petits lots en France : chacun de ceux qui en sont nantis ne peut cultiver utilement qu’une petite ferme ; s’il en cultive une grande, ce qui n’arrive que trop souvent, il le fait mal et improductivement. Voilà toute la question selon nous. Ainsi, voulez-vous arrêter le fractionnement du sol, n’en cherchez plus les moyens dans ces lois surannées et impopulaires qui violentent tyranniquement l’exercice du droit de propriété ; mais travaillez à augmenter le capital agricole, facilitez aux cultivateurs les moyens de se le procurer. Or, qui ne sait que jusqu’à présent tout a tendu à concentrer les capitaux disponibles sur d’autres entreprises, et que les bourses des capitalistes ne se sont ouvertes pour l’agriculteur qu’à des conditions qui lui en interdisaient l’usage ? Il y a sans doute de justes causes à cette préférence : le devoir du gouvernement est de les rechercher, de trouver les moyens de rétablir la confiance entre le capitaliste et l’agriculteur. On a proposé, pour atteindre ce but, un assez grand nombre de solutions toutes plus ou moins incomplètes : je me borne à dire que le ministre qui résoudra complètement ce grand problème aura plus fait pour la consolidation de la propriété que celui qui ferait adopter, en dépit du sentiment national, toutes les lois d’aînesse, de substitution et de limitation. Soustraire la charrue à l’usure, égaliser sous le rapport des capitaux la condition du travail agricole à celle des autres industries, c’est le plus grand service qu’un ministre de l’agriculture puisse rendre à son pays.

Un des moyens les plus assurés pour favoriser l’accroissement du capital agricole se trouve dans l’application des caisses d’épargne aux campagnes. C’est dans les villes seulement et dans un petit nombre de villes que le travailleur économe peut déposer ses épargnes ; aussi les campagnards n’entrent-ils pour rien dans les sommes accumulées à la caisse des dépôts. Ils continuent à amasser leurs petites économies jusqu’à ce qu’elles puissent payer le champ voisin qu’ils ont convoité. Des sommes énormes, attendu le grand nombre de ces petites bourses, doivent être ainsi soustraites à la circulation, sans que leurs possesseurs en retirent aucun intérêt. Commencer à donner à nos cultivateurs le goût de placemens mobiliers, c’est combattre le penchant excessif qui les porte à payer outre mesure les terres qui sont à leur convenance, faute d’un autre emploi de leur argent ; c’est ensuite les disposer à en faire un emploi productif, parce qu’ayant un dépôt sûr, ils ne craindront plus, en manifestant leur pécule par des emplois variés, de l’exposer à être volé. Cette crainte porte les cultivateurs à cacher, à dissimuler leurs fortunes, à affecter les dehors de la misère ; avec l’usage de la caisse d’épargne, les causes du mal disparaîtraient.

Il faudrait donc qu’une succursale de la caisse fût établie dans chaque commune, que des employés y fissent une tournée hebdomadaire ou mensuelle pour recueillir les dépôts, que les percepteurs, par exemple, en fussent chargés, et, si l’on pouvait intéresser le clergé à cette bonne œuvre, le succès serait certain. Je crains pourtant que l’on n’obtienne pas ce dernier point. Une partie du clergé confond les caisses d’épargne dans l’anathème qu’il porte contre le prêt à intérêt, et j’ai trouvé de la répugnance à protéger ces caisses chez un de nos plus saints et de nos meilleurs évêques.

Maintenant, la petite propriété est-elle un bien, est-elle un mal ? Du moment que l’on ne peut agir sur elle que par des voies indirectes, qu’elle est une nécessité de position et de circonstances, que d’elle-même elle prend un équilibre subordonné à des conditions que le temps seul peut modifier, la question devient purement théorique, et il serait oiseux de la traiter ici. Cependant la petite propriété est au moins aussi productive que la grande à égalité de capital, mais elle produit autrement et autre chose. Son principal capital consistant dans le travail des bras, elle nourrit des hommes et non des animaux, elle cultive des vivres et non des fourrages ; en fait de cultures industrielles, elle s’attache aux végétaux d’un riche produit et qui exigent beaucoup de main-d’œuvre, la garance, le safran, le lin, le chanvre, la vigne, le mûrier, de préférence à ceux qui peuvent se cultiver en grand et à la charrue. Je ne crains pas la petite propriété sous le rapport économique et agricole ; sous le rapport politique, je crains que, tout en étant une garantie d’ordre, elle n’en soit pas une pour les institutions libres. Quand la propriété est nivelée sous de petites proportions, elle devient incapable de se défendre. L’atelier de la culture est trop vaste et trop disséminé pour que les efforts des ouvriers puissent se combiner, pour que leurs plaintes soient simultanées et unanimes. Les cultivateurs sont isolés, et la tyrannie les prend un à un, sans bruit, sans retentissement, soit qu’elle leur demande leurs enfans, soit qu’elle leur ravisse leur récolte, soit qu’elle s’en prenne à leur conscience. Les grands propriétaires seuls ont la force, l’intelligence, le pouvoir de s’entendre, de se grouper et de former un rempart suffisant pour garantir les droits de tous. En l’absence de grandes fortunes territoriales, les fortunes industrielles, qui continuent à se former, parce que l’industrie, à rebours de l’agriculture, se concentre sans cesse, imposeront des lois peu favorables aux cultivateurs, qui subiront le joug. Le danger est là, et non dans une prétendue aristocratie de propriétaires que l’école qui usurpe le nom de libérale voudrait faire passer sous le niveau, comme si une égalité de faiblesse pouvait être un appui pour la liberté. Selon nous, il serait utile, même à la petite propriété, que la grande propriété qui existe encore pût se sauver. Le saura-t-elle ? le voudra-t-elle ? Nous l’avons dit, qu’elle applique à chaque hectare du vaste domaine un capital égal à celui qu’emploie la petite propriété sur le même espace : alors la grande propriété deviendra productive à l’égal de la petite, et il n’y aura plus intérêt à la briser.

Ce dernier conseil ne sera pas combattu, mais il sera difficilement suivi. Le désir du progrès ne manque ni chez nos petits ni chez nos grands propriétaires, mais il est entravé, chez les uns et chez les autres, d’un côté par le manque de capitaux, de l’autre par une prudence excessive, qualité estimable, utile jusqu’à une certaine limite, et qui me semble caractériser très fortement notre nation. À travers les idées plus ou moins fantastiques que l’on se fait de nous, je ne pense pas que jamais ce trait de caractère ait été assez remarqué, et cependant c’est un de ceux qui opposent le plus d’obstacles à nos succès dans le commerce, dans l’industrie, dans l’agriculture. Le Français, qui expose si facilement, si gaiement, sa vie dans les entreprises les plus difficiles, n’y compromet sa fortune qu’avec la plus grande circonspection ; il semble qu’il craigne moins la mort que la misère. Il n’est pas joueur, ou il veut mettre de petits enjeux avec une chance, même éloignée, de gagner beaucoup, comme à la loterie. Ce sont les hommes qui n’ont que leur courage et leur intelligence qui tentent au loin la fortune ; nos capitalistes n’engagent leurs capitaux qu’autour d’eux, sous leurs yeux, et laissent échapper toutes les occasions de fortune que présentent le commerce et les établissemens éloignés. Dans les emplois que j’ai remplis, j’ai été à portée d’observer toutes les classes de notre population, et j’ai le plus souvent vu les hommes les plus capables de se créer une position par l’industrie offrir leur temps et leurs peines, mais non leur argent. Les mises de fonds leur étaient odieuses. J’ai vu les mêmes hommes briguer une chétive place administrative sans avenir, plutôt que de faire courir la moindre chance à leur petite fortune. En agriculture, il faut vingt essais heureux accomplis autour de lui pour décider un fermier à tenter l’expérience qu’il a vu réussir. Ce n’est que une à une que les innovations sont adoptées, et l’on commence toujours par les plus économiques, par celles dont les rentrées sont les plus immédiates, par celles qui font subir le moins de transformations au capital, et où par conséquent on peut le suivre plus facilement dans sa marche. C’est ce trait de caractère qui retient non-seulement notre agriculture, mais l’ensemble de notre industrie, dans leur médiocrité, et leur refuse cette force ascensionnelle des nations d’origine anglaise. Cette prudence excessive a d’ailleurs son beau côté moral, et s’unit toujours à la modération, à l’amour du foyer domestique. C’est aux causes qui produisent ce phénomène moral qu’il faut attribuer sans doute le préjugé qui confond le malheur avec le crime en fait de commerce. En Angleterre, en Amérique, on se relève facilement d’une faillite, résultat d’une fausse spéculation ou d’une crise ; en France, presque jamais. Sans examiner ce qui a entraîné la chute d’un négociant, on lui retire toute confiance ; c’est un fripon ou un incapable, il n’y a pas de milieu ; il ne trouve plus de crédit pour se relever. Chez nos voisins, surtout chez les Américains, on juge souvent celui qui a échoué dans une spéculation hardie comme un homme de talent qui rencontrera plus tard une meilleure chance. De ces deux dispositions différentes dépend la destinée du commerce des deux pays. Ici on ne s’expose pas à un malheur irréparable que tous fuient comme une contagion, là on ne perd pas les bonnes occasions faute de hardiesse, parce qu’on sait que, si l’on perd la partie, on pourra plus tard en jouer une autre.

Avec ces dispositions timides, il faut mettre le succès en évidence aux yeux de nos agriculteurs, pour qu’ils soient tentés d’imiter les bonnes pratiques ; il faut ensuite répandre la saine instruction agricole dans la classe des propriétaires pour qu’ils puissent juger les innovations et se mettre en garde contre les projets hasardeux sans s’exposer à rejeter ceux qui sont bons. C’est ce que l’on a essayé de faire par les fermes-modèles et les écoles d’agriculture pratique. On a réuni généralement ces deux genres d’institutions : l’école proprement dite, qui a pour but de former des jeunes gens à la pratique et à la théorie de l’agriculture ; la ferme-modèle, qui doit servir d’exemple de culture, soit sous le rapport de la perfection, soit sous celui du choix des végétaux appropriés au climat, au sol, aux débouchés de la contrée environnante, soit enfin sous celui de l’organisation administrative des exploitations rurales. Ces deux buts sont incompatibles, et ils sont mal remplis tous les deux, quand l’un des deux n’est pas sacrifié à l’autre. En effet, pour instruire convenablement des jeunes gens venus de tous les points d’un grand pays, il faut mettre sous leurs yeux des exemples variés des différentes cultures, il faut faire devant eux des expériences que l’on sait devoir être malheureuses pour les mettre en garde contre certains dangers, il faut leur expliquer l’art de faire ces expériences, et par conséquent les multiplier sous toutes les formes ; il faut enfin dépenser dans le but de l’instruction et non dans celui du produit : voilà l’école d’agriculture qui achèvera l’éducation d’hommes déjà faits à la pratique. Au contraire, la ferme-modèle doit former son plan de culture sur les convenances et les nécessités économiques de la contrée où elle est établie, sur son sol, sur son climat, sur le genre de demandes de ses marchés ; elle doit nécessairement cultiver avec profit, si elle veut être imitée : il faut que le fermier son voisin soit convaincu qu’en adoptant tel instrument, en cultivant telle plante, en élevant tel genre d’animaux à l’imitation de la ferme-modèle, il fait une œuvre profitable. Il ne me paraît donc pas que l’école et la ferme puissent marcher ensemble sans se nuire réciproquement. Quant à faire de l’école un moyen financier pour soutenir la ferme, c’est une combinaison qui ne peut être moralement approuvée, parce qu’elle sacrifie à des considérations subalternes le haut intérêt de l’instruction agricole, qu’elle jette un nuage sur les vrais résultats de l’agriculture de la ferme, et que le public pensera toujours que par elle-même, et sans le secours du bénéfice de l’école, elle ne pourrait exister. C’est ainsi que, pour se dispenser d’imiter la ferme, on attribue à l’école tout ce qu’elle produit de plus parfait et de plus avantageux pour la culture du pays.

La ferme-modèle, étant le choix, le résumé, le perfectionnement des pratiques propres à un pays déterminé, est un établissement spécial aux localités, qui semble devoir être formé et entretenu par les départemens. Le gouvernement peut sans doute accorder ses secours pour aider à la fondation d’une ferme ; mais si, un capital suffisant constitué, l’établissement ne donne pas de bénéfices, ce n’est pas l’allocation qu’il faut augmenter, c’est le directeur qu’il faut changer ; il va contre le but de l’institution. Je sais que jusqu’à présent on a vu peu de fermes-modèles se suffire à elles-mêmes, mais c’est que partout on les charge de frais étrangers à la culture, on en fait un établissement mixte d’instruction et d’agriculture, on modifie les pratiques les plus lucratives pour les faire tourner un peu à l’avantage de la science ; ce système bâtard porte ses fruits, qui se révèlent par les dépenses de l’établissement. Qu’il me soit permis de citer avec éloge la ferme-modèle de Louhans, dirigée par M. l’abbé Marmorat, comme la première que j’ai vu se solder à bénéfice dès ses premières années. Quant aux écoles d’agriculture pratique, en admettant que l’on soit d’accord sur le but, la tendance, le genre d’élèves que l’on doit y admettre et les résultats que l’on en peut attendre, questions qui nous semblent encore mal résolues, nous croyons que le gouvernement doit les secourir par des subventions efficaces, car il s’agit ici des progrès de la science, utiles à toute la société ; nous croyons qu’il doit demander seulement aux élèves la pension qui représente leur entretien, mais que tout ce qui concerne l’instruction, une instruction aussi nouvelle, aussi peu populaire, tout ce qui regarde les expériences à faire doit être à sa charge ; et si le directeur est un homme habile et savant qui sache choisir et varier les sujets de ces expériences, il en sortira des résultats qui, par leur importance pour notre agriculture, dédommageront des sacrifices qu’ils auront coûtés. Pour s’en convaincre, que l’on songe à ceux qui ont été produits dans l’arboriculture par Duhamel, et dans l’économie agricole par Arthur Young, résultats qui ont été conçus et obtenus par deux particuliers sans aucun concours du gouvernement. Si M. Vilmorin pouvait dérober quelques instans à ses travaux pour en écrire l’histoire, il nous donnerait l’occasion d’ajouter un troisième nom aux deux que nous venons d’inscrire ici.

Mais les institutions dont nous venons de parler ne sont pas encore l’éducation agricole, large, étendue, telle que la réclame un pays essentiellement voué à l’agriculture ; il s’agit d’enseigner le métier, l’art et la science. Il faut apprendre le métier aux ouvriers, aux valets de ferme ; la pratique y suffit quand elle est bien dirigée, dans une ferme bien administrée. Ce que je sais de l’école pratique du Grand-Jouan, de l’habileté de M. Rieffel, son directeur, et ce que j’ai pu observer sur quelques sujets qui en sont sortis, me porte à croire que le but ne peut être atteint ailleurs d’une manière plus parfaite. Les ouvriers et les maîtres-valets qui en sortent savent obéir et commander ; ils sont sobres, endurcis à la fatigue, et exécutent les travaux avec perfection. Voilà pour le métier. À Roville, sous la direction du savant et habile M. Mathieu de Dombasles, avec le secours de son expérience, avec ses vastes connaissances en agriculture, en industrie, en économie politique, les élèves apprenaient l’art autant qu’il peut être appris dans une seule localité. Ceux qui y sont devenus experts ont perfectionné leur talent par de nombreux voyages et de longs séjours dans des pays divers ; c’est ce que conseillait Arthur Young, qui voulait que le jeune fermier préludât à ses exploitations par plusieurs années d’apprentissage dans des fermes placées dans des positions variées. Aux portes de Paris, Grignon, qui serait une magnifique ferme-modèle par la perfection de sa culture, si le public pouvait croire à des résultats économiques rendus obscurs par l’association d’élémens divers de prospérité, Grignon forme aussi des élèves qui ont besoin de faire plusieurs voyages avant que leur éducation agricole soit terminée. Dans ces deux établissemens, la majorité des élèves n’est malheureusement pas composée de fils de fermiers ou de propriétaires exploitant par eux-mêmes, mais de jeunes gens qui manquent de capitaux et cherchent de l’emploi ; ce n’est point avec un brevet que ces écoles ou le gouvernement peuvent leur assurer ce qu’ils demandent. Il faut un capital pour devenir fermier, et pour placer comme régisseurs tous les élèves qui sortent annuellement de ces écoles, il faudrait avoir en France un plus grand nombre de riches fortunes territoriales dont les possesseurs fissent exploiter par eux-mêmes ; le nombre de ces fortunes territoriales est très restreint. Enfin, l’enseignement de la science exige des cours faits par des savans distingués ayant une suffisante pratique de l’agriculture, et pour élèves tous ceux qui sont appelés par leur position à exercer quelque influence sur l’avenir agricole de notre pays. Quand nos fils, après avoir terminé leur éducation scientifique, reviennent dans leurs foyers, ils possèdent sans doute tous les instrumens d’une étude sérieuse de la science agricole : ils ont appris la physique, la chimie, l’histoire naturelle, l’économie politique ; mais rien n’a porté leurs pensées vers l’application de ces connaissances à l’art qui est la base de leur fortune. Combien ne leur serait-il pas utile d’avoir vu d’habiles professeurs employer les sciences physiques à résoudre les problèmes variés que présentent la végétation et la culture ! Quelle excellente préparation pour jeter de l’intérêt sur les procédés agricoles, pour les relever à leurs yeux, pour leur apprendre à s’en préoccuper et à les juger ! Pourquoi ne pas faire l’essai de ces chaires d’application dans nos facultés ? Si l’on ne peut en donner aux industries diverses, trop multipliées, et pratiquées chacune par un trop petit nombre d’individus, on ne peut les refuser à l’art agricole, qui intéresse le pays tout entier. Or, qu’avons-nous fait encore ? Croit-on que les cours du conservatoire des arts et métiers atteignent le but que nous indiquons ? Sans doute, les professeurs ne peuvent être mieux choisis ni plus habiles ; mais, relégués loin du quartier des études, ils n’attirent pas le genre d’élèves que je voudrais voir à leur cours, ces nombreux étudions en droit et en médecine, dont si peu seront avocats et médecins occupés, mais qui tous retourneront au sein de leurs propriétés rurales, qu’ils n’apprennent pas à cultiver avec le Code civil ou le Manuel d’anatomie. Nous nous plaignons que notre jeunesse déserte de toutes parts les champs pour les professions libérales : sachons lui apprendre tout ce qu’il y a de noble, de relevé, de curieux, d’attachant dans la carrière qu’elle dédaigne ; rappelons-lui qu’à côté du labeur manuel il y a aussi le travail intellectuel ; rattachons-la à la terre par les mobiles qui agissent le plus sur les jeunes esprits.

Si, après avoir parcouru les questions qui touchent au capital et aux hommes qui pratiquent l’agriculture, nous abordons la question du sol, la carrière devient plus vaste encore. En effet, il s’agit ici des moyens de prévenir l’épuisement de la terre et de le réparer, c’est-à-dire de favoriser les produits qui retirent de l’atmosphère plus qu’ils ne prennent au sol et qui lui rendent des débris riches en principes fertilisans, en un mot les cultures destinées à la production et à l’entretien des animaux. C’est dans un travail spécial seulement que l’on pourrait traiter ces vastes questions auxquelles se rattachent celles des douanes et des protections, celles de la multiplication et du perfectionnement des races ; mais je ne puis omettre d’indiquer ici la plus grave, la plus importante des améliorations que notre sol peut recevoir. L’est, le sud et le centre de la France sont sous l’influence d’un climat excessif où la mauvaise répartition des pluies oppose de grands obstacles à une bonne agriculture. En effet, comment faire des élèves de bestiaux, si les années de disette de fourrage succèdent inopinément et fréquemment à celles d’abondance ? Comment avoir des fermiers, si l’inconstance des récoltes ne permet pas de compter sur un produit à peu près certain, s’il faut avoir en avance plusieurs années de fermage pour parer à ces fréquens accidens, si, en un mot, au lieu de produits annuels oscillant légèrement en plus et en moins autour d’une moyenne, celle-ci ne se compose que d’écarts considérables qui dépassent toute prévoyance ? Ainsi, dans ces climats, les bestiaux, peu nombreux, abandonnent les plaines au milieu du printemps pour aller chercher aux montagnes une pâture assurée, heureux quand à leur retour la sécheresse ne les prive pas de leur provision d’hiver ; la disette des bestiaux cause celle des engrais, et renferme le cultivateur dans un cercle étroit de cultures céréales et arbustives. C’est du blé, des vignobles, des mûriers, qu’il doit attendre ses produits, d’autant moins abondans qu’il ne peut pas réparer convenablement les élémens de fécondité naturelle du sol. Enfin le métayage règne invinciblement dans ces contrées, parce qu’il faut que le maître y partage les chances du colon. Au milieu de ces plaines altérées brillent comme des oasis un petit nombre de terrains arrosés, qui alors dépassent autant par la richesse de leur végétation celle des pays les plus favorisés, que les terres sèches qui les environnent leur sont inférieures. N’est-il donc pas en notre pouvoir de multiplier les espaces pourvus par l’intelligence humaine de cette humidité que le ciel leur déniait ? Ces deux élémens, l’eau et la chaleur, qui réunis produisent la végétation, et séparés la détruisent, n’est-il pas possible de les rapprocher dans les proportions les plus convenables aux végétaux ? Sans doute l’homme ne peut suppléer à la chaleur que dans certaines limites, aussi bornées que l’enceinte de ses serres ; s’il ne peut transporter sous le pôle la température de la zone tempérée, presque partout cependant il peut disposer de l’eau. Plus on avance vers le midi, plus le besoin s’en fait sentir ; mais aussi, en associant une quantité d’eau suffisante à une quantité de chaleur considérable, le produit s’élève avec les deux facteurs ; la valeur des terres s’accroît en raison du besoin plus grand de l’irrigation, qui alors en double, triple, centuple quelquefois le prix. Or, ce miracle de la multiplication des produits ne peut être opéré que rarement et difficilement par l’individu privé des secours d’une bonne législation et de ceux du gouvernement. Avec cet appui, au contraire, le revenu agricole peut s’accroître dans des proportions considérables, car, ne nous y trompons pas, nos pays à pluies d’été eux-mêmes sont trop près des limites de la région où elles manquent pour qu’ils n’aient pas aussi à souffrir des oscillations du climat, pour qu’ils ne subissent pas aussi des périodes de sécheresse estivale, et alors la détresse y est d’autant plus grande que le nombre des bestiaux y est plus considérable, et que la disette du fourrage les frappe tous à la fois ; il faut les vendre à perte pour les remplacer chèrement plus tard, causes qui influent gravement sur les approvisionnemens en viande de nos marchés.

Quel bienfait pour l’agriculture du nord comme pour celle du midi si des fléaux naturels qui privent trop souvent le cultivateur du fruit de ses labeurs, on pouvait en éliminer un, le plus redoutable peut-être, si l’on pouvait lui promettre une fraîcheur moyenne de son sol, indépendante des saisons ! Quel est l’agriculteur qui ne bénirait la main qui le dispenserait de s’inquiéter désormais de la marche des vents et de l’absence des nuages, quand ses plantes altérées réclameraient le secours de l’humidité ? C’est donc la France entière qui doit devenir le champ des recherches et des travaux du gouvernement, appelé, par notre organisation sociale et politique, à se mettre à la tête de cette belle opération. Qu’il ne craigne pas de prendre ses modèles chez ces gouvernemens que nous croyons avoir beaucoup dépassés, mais qui ont encore des leçons à nous donner ; ces gouvernemens qui ont fait pulluler les hommes et les richesses sous les climats les plus ardens, ces gouvernemens de l’inde, de l’Égypte, de la Perse, de l’Espagne maure, dont on admire encore les aqueducs, les canaux, les moyens d’irrigation, trop souvent, il est vrai, dans les débris qui en restent ; pays dont la prospérité aurait résisté à la conquête, comme la Chine, si avec l’indépendance n’avaient disparu aussi ces travaux qui leur apportaient la vie. Enfin, que notre gouvernement s’empare des moyens qui font la richesse de cette vallée du Pô, où, sans fabriques, sans commerce, sans industrie, cette richesse renaît sans cesse de ses cendres, dans ce pays, théâtre et victime éternelle des guerres de ses voisins. Voilà une grande œuvre à mettre à côté de nos chemins de fer ; elle reproduira les capitaux qu’ils nous auront coûtés, elle tempérera ce que l’autre a de trop hardi. Le jeune gouvernement de juillet montrera par là que on ardeur peut s’associer à une sage maturité, et que, s’il a beaucoup fait jusqu’ici pour l’industrie, il veut aussi payer sa dette à l’agriculture.

Afin d’accomplir les prodiges que nous appelons de tous nos vœux, il faut le double concours de l’intérêt privé et de celui de l’état ; mais pour que les individus se mettent à l’œuvre, il nous manque une législation qui aplanisse les obstacles qui s’élèvent toujours sous leurs pas ; il faut l’emprunter aux peuples qui ont eu les mêmes besoins que nous. Cette législation des peuples méridionaux nous manque encore ; on voit trop que nos lois sont faites au quarante-huitième degré de latitude, et que nos pays agricoles les plus riches sont encore au nord de la capitale. Sans cela, nous aurions mis depuis long-temps les travaux destinés à conduire l’eau par l’irrigation au nombre des travaux d’utilité publique, fussent-ils l’œuvre d’un simple particulier. La législation du Milanais accorde à tout individu le droit de conduire l’eau qui lui appartient partout où il le juge convenable, même à travers la propriété d’autrui, pourvu qu’il paie au propriétaire une indemnité proportionnée au terrain emprunté pour le canal ; les jardins et les maisons de campagne sont seuls exceptés de cette mesure. Ces lois sont réunies dans le recueil publié sous Charles V, et intitulé : Constitutiones Domini mediolanensis, etc. La république de Venise admettait le même droit. Les statuts particuliers qui régissaient la principauté d’Orange étaient bien plus larges encore que cette législation : tout canal de dérivation pouvait, sans indemnité, traverser les propriétés voisines pour servir à l’irrigation. On devait par le plus court chemin le passage à l’eau, comme le code civil admet que l’on doit le passage pour le service des propriétés enclavées. Ces deux lois dérivent du même principe. Chacun doit pouvoir parvenir à son champ pour le cultiver, pour l’amender, pour le récolter ; il doit y parvenir par le plus court chemin et le moins dommageable, et, si je puis traverser la terre de mon voisin pour charrier de la marne, par exemple, pourquoi n’en serait-il pas de même de l’eau, qui est aussi un amendement et le principal de tous ? J’entends bien l’objection, c’est que ce droit n’existe que pour les terres enclavées. Mais pourquoi cela ? Parce que celles où l’on aboutit par un chemin n’en ont pas besoin. Ce qui est vrai pour tout ce qui peut se transporter par les moyens ordinaires ne l’est plus quand il s’agit de l’eau, qui n’a qu’une seule direction à suivre, celle de son niveau. Dans ce cas, le champ est toujours isolé, excepté dans la direction de ce niveau ; il est dans la position de champ enclavé, si on lui ferme cette direction. D’ailleurs, outre cette raison d’équité qui veut que, sans porter préjudice à son voisin ou en l’indemnisant de ce préjudice, chacun puisse jouir de ce qui lui appartient, l’intérêt public commande de protéger des entreprises qui tendent à l’amélioration du sol ; il veut que l’on puisse vaincre le caprice du propriétaire qui, en empêchant une dérivation d’eau, stérilise toutes les propriétés inférieures. Aurait-on quelque scrupule de faire intervenir la loi, s’il s’agissait d’une mine placée sous le terrain de ce propriétaire ? En pareil cas, elle autorise l’exploitant à s’y établir, à percer le sol, à le creuser sous la surface, moyennant indemnité, pour que la richesse souterraine profite à la société ; et cette autre richesse qui coule à flots sur la surface, que nous voulons solidifier et convertir en or par la culture, cette richesse que nous avons trop méconnue, nous ne pourrions la saisir, parce que l’industrie que nous exerçons s’appelle agriculture et non métallurgie ! Mon frère a proposé un projet de loi fondé sur ce principe dans la conférence agricole de la chambre des députés ; ce projet a été bien accueilli. Les amis de la prospérité du pays regretteront comme moi que, dégoûté de la stérilité de nos débats politiques, il se soit retiré de la députation ; mais ses anciens collègues restés à la chambre ne répudieront pas cet héritage.

Nous venons de dire ce que la législation devait faire pour fournir aux individus et aux associations les facilités qui seules peuvent étendre et généraliser l’irrigation ; mais le gouvernement peut faire plus encore. Quand on pense que chaque dizaine de milliers de mètres cubes d’eau qui s’écoule à la mer pendant l’été peut, dans nos climats les plus chauds, soustraire un hectare de terre à toutes les vicissitudes du climat, et, dans ceux qui sont plus tempérés, une plus grande étendue encore ; quand on songe que, dans le midi, on n’hésite pas à payer annuellement 40 et 50 francs par hectare pour obtenir le bénéfice de l’eau, on s’étonnera que l’on n’ait pas cherché depuis long-temps à généraliser ce moyen d’amélioration. Pour avoir une idée de ce qu’il y aurait, à faire, prenons pour exemple le département des Bouches-du-Rhône. C’est un de ceux où les canaux d’irrigation ont été adoptés avec le plus de faveur, et cependant ce département, qui n’arrose que 44,500 hectares sur 260,000, est loin d’arroser encore tout ce qui peut l’être ; le nouveau canal des Alpines, celui de Marseille, vont accroître sa surface arrosable ; toute l’île de Camargue soupire après le moment où elle sera abondamment pourvue d’eau. Je n’hésite pas à croire que, si l’on utilisait partout les eaux courantes, on parviendrait facilement à l’état où se trouve actuellement ce département. On peut donc le regarder comme représentant l’état moyen qu’on atteindra partout aisément. On pourrait donc opérer cette métamorphose sur 4,450,000 hectares qui paieraient pour droit d’arrosage une somme de 200 millions, en laissant un large bénéfice aux propriétaires. Ce serait plus de 300 millions de produit ajoutés à la richesse de la France [1]. Quel est le commerce extérieur le plus favorisé, le plus soigneusement protégé, qui donne de pareils résultats ? Ce but peut être atteint par un gouvernement intelligent qui comprendrait bien les vrais intérêts du pays, et je fais l’honneur au nôtre de le croire capable de vouloir tenter cette grande œuvre. Pour l’accomplir, l’agriculture ne demandera pas le milliard des chemins de fer, elle n’attend qu’une direction et des encouragemens.

Une direction : c’est au gouvernement à s’en emparer en faisant étudier toutes nos rivières sous le rapport de l’irrigation. Qu’une division d’ingénieurs soient chargés sans délai de cette vaste reconnaissance ; ils savent si bien trouver le moindre filet d’eau pour l’alimentation des canaux de navigation, ils trouveront sans peine, à partir de la source d’une rivière, les différens étages de niveau où il faut arrêter l’eau pour en faire profiter les vallées et les plaines qui l’avoisinent. Quand il se présentera des torrens dont les eaux tarissent dans la saison chaude, ils examineront s’il n’est pas possible de les barrer et de faire une réserve de l’excédant de leurs eaux d’hiver et de printemps pour s’en servir dans les temps de sécheresse, ou si au moins on ne peut utiliser ces torrens, même pendant l’hiver, pour les forcer à déposer sur les terres inférieures les limons qu’ils entraînent ; industrie qui enrichit en ce moment le territoire de plusieurs communes de Vaucluse, bordées par la rivière d’Ouvèze.

Les plans et les devis de cette vaste opération ayant été réunis, communiqués aux communes et aux départemens, et approuvés, le gouvernement pourra proposer une loi qui l’autorise à former des associations et à concéder des entreprises pour l’exécution, au moyen d’un secours quand cela sera nécessaire. J’espère que ce mot de secours n’effraiera personne. Si nous sommes les derniers venus, si nous avons eu la discrétion de laisser nos cadets prendre les premiers leur part de la fortune commune, on ne peut vouloir que nous soyons déshérités. Quand on subventionne les chemins de fer, les canaux de navigation, les ports, la pêche maritime, les fabriques de draperie, l’agriculture des colonies, il semble que l’agriculture de la métropole a aussi quelques droits à obtenir de justes encouragemens. Et quelle est celle de ces industries qui puisse rembourser avec usure le prêt que lui fera l’état, comme peut le faire l’agriculture française ? D’ailleurs, il faut bien le dire, la réussite du plan est à cette condition, et l’exposé succinct des difficultés que présente l’opération ne laissera aucun doute à cet égard.

Le lendemain du jour ou un chemin de fer, un pont, sont terminés, la recette commence immédiatement, et l’expérience a prouvé que les premières années n’étaient pas celles qui produisaient le moins. Il n’en est pas de même d’un canal d’irrigation ; pour que les cultivateurs puissent profiter des eaux, il faut qu’ils changent leur mode de culture, et ce changement est une grande affaire. Il faut des capitaux pour l’opérer, il faut niveler le terrain, le fumer ; il faut modifier toute l’économie de l’exploitation, acheter des bestiaux, si l’on transforme le terrain en prairie ; il faut enfin quelquefois sacrifier des capitaux qui avaient une autre destination, comme quand il s’agit d’arroser une surface consacrée auparavant aux vignes ; alors les nombreux bâtimens destinés à cette culture, celliers, caves, etc., les foudres, tonneaux et autres ustensiles, deviennent inutiles, et il faut les remplacer par des greniers à foin et des étables. On a toujours vu que ce n’est que plusieurs années après l’ouverture d’un canal, qu’il distribue une quantité d’eau suffisante pour payer l’intérêt de ses frais de construction. Aucun capitaliste sensé n’entreprendra donc une telle opération s’il n’est suffisamment aidé, et les associations de propriétaires ne pourront elles-mêmes la tenter qu’avec l’appât d’une subvention. C’est donc le chiffre de cette subvention qui doit devenir la base de l’adjudication du canal. Une fois largement entrés dans cette voie, les départemens, les communes les particuliers, viendront en aide à l’opération ; mais c’est au gouvernement de soutenir l’enfant par les lisières jusqu’à ce qu’il marche.

Autant l’eau dispensée avec juste mesure sur les terres sèches est un bienfait, autant la surabondance est un fléau qu’il faut conjurer. Les eaux stagnantes couvrant des bassins peu profonds dont les bords se dessèchent en été deviennent des foyers de maladies et des causes de dépopulation. Combien ne reste-il pas à faire pour rendre à la santé des contrées entières que la fièvre désole ! Sera-t-il jamais possible d’assainir complètement nos côtes maritimes ? Les épidémies de la Zélande, malgré le génie déployé par les Hollandais dans les desséchemens, semblent faire craindre que le problème ne soit de long-temps complètement résolu ; mais il est une foule de positions sur lesquelles on peut agir avec succès, et il faut les rechercher. Le grand-duc de Toscane nous en donne l’exemple par ses travaux dans les maremmes ; la France ne peut hésiter à le suivre dans cette voie. Quant aux étangs artificiels de l’intérieur, ils doivent être abolis. Aucune considération d’intérêt privé ne peut prévaloir quand il s’agit de la santé de populations entières. Ce n’est pas user, c’est abuser du droit de propriété que de faire produire la peste à son champ. Que sera-ce quand on saura que l’intérêt bien entendu du propriétaire est précisément le dessèchement ? L’exemple de plusieurs propriétaires éclairés, l’a prouvé dans le département de l’Ain, et M. Nivière est à l’œuvre pour confirmer et populariser cette expérience parmi les élèves qui l’entourent à la Saussaye. Les riches récoltes obtenues sur ces étangs desséchés contrastent trop fortement avec les produits que l’incurie et la routine attendent de l’exploitation actuelle pour ne pas devenir le signal d’un heureux changement dans ces contrées. Espérons que l’on comprendra partout l’opportunité d’un pareil changement, et qu’on préviendra ainsi l’adoption de mesures législatives sévères, quelquefois promulguées par nos devanciers, mais toujours éludées ou tombées en désuétude. Une étude attentive de la matière montrera peut-être que le principal obstacle au dessèchement est dans la lutte qui peut s’engager d’abord entre les intérêts souvent différens des propriétaires de l’eau et du terrain, puis dans le désaccord qui peut exister entre les propriétaires des divers étangs placés en échelons l’un sur l’autre et ayant l’un à l’égard de l’autre la servitude de fournir et de recevoir leurs eaux. Une disposition législative qui ferait cesser cette indivision par une licitation serait probablement la première mesure à prendre.

Les eaux stagnantes ne sont pas les seules qui nuisent à l’industrie agricole. Ces rivières, ces torrens que nous voulons utiliser, lui causent quelquefois de grands dommages, quand, dans des crues, ils sortent de leur lit, renversent leurs digues et se répandent sur la campagne. Si les fleuves qui ont des crues régulières comme le Nil, le Gange, répandent tant de bienfaits, c’est parce que les récoltes précèdent l’époque des inondations, qui est suivie des semailles, et qu’ainsi la fertilité de leurs limons, l’humidité qu’ils entretiennent dans le sol profitent à la culture sans pouvoir lui nuire. Il en est autrement quand les crues sont irrégulières et imprévues. Le premier sentiment des populations est alors de s’en garantir au moyen de digues insubmersibles, sans tenir compte des dépôts fertilisans que les eaux abandonnent. Mais quand ces digues sont renversées sur un seul point, la masse d’eau, contenue jusque-là à un niveau supérieur aux terres, s’élance, ravage tout devant elle, creuse le sol, détruit les habitations, renverse les arbres, et par sa force d’impulsion entraîne le gravier de son lit, qu’elle dépose sur son passage en échange du terreau qu’elle dissout et enlève. La contrée est stérilisée et ruinée. Ces malheurs, trois fois répétés sur les rives du Rhône, indiquent assez que la puissance publique a un autre rôle à remplir que celui de réparer le mal quand il est arrivé : elle doit chercher à le prévenir, car ce n’est pas seulement la fortune privée qui souffre de ces catastrophes ; les subventions pour réparer les travaux emportés, les dégrèvemens pour récoltes perdues, les changemens de classe des propriétés cadastrées portent une atteinte profonde aux finances de l’état.

Étudions les malheurs de la vallée du Rhône, ils sont les plus récens, les plus complets ; ils seront les plus instructifs et nous éclaireront sur les mesures à prendre pour régulariser l’administration de nos rivières.

On ne peut pas reprocher à une digue qui est surmontée par les eaux de périr par défaut de solidité, la construction la plus habile et la plus soignée ne résiste pas à un tel accident ; on ne peut pas reprocher non plus aux riverains de n’avoir point élevé leurs digues à une hauteur qui excède de beaucoup les plus hautes crues connues, car alors il n’y aurait plus de limite. Cherchons plutôt à ces malheurs des causes que nous puissions atteindre et conjurer. On a cru que l’élévation extraordinaire du Rhône, dans ces dernières inondations, pourrait être due à un exhaussement de son lit ; il y a beaucoup de preuves du contraire, mais on ne réduit pas seulement le débouché d’un fleuve en exhaussant son fond, on le réduit aussi en diminuant outre mesure la largeur de son cours, et je pense que c’est ce qui est arrivé en beaucoup de lieux. On a construit depuis cinquante ans un grand nombre de nouvelles digues ; le lit du fleuve a été resserré. L’autorité qui veille sur le cours du Rhône, morcelée entre les préfets des deux rives, a été sans efficacité ; de plus elle a nui à la conservation du lit du fleuve, chaque rive se regardant comme rivale et cherchant à conquérir sur l’autre. De là, rétrécissement du fleuve, mauvaise direction des travaux, trop souvent entrepris dans un but d’hostilité réciproque. Telles me semblent les grandes causes des malheurs qui ont eu lieu sur le Rhône, et qui peuvent se reproduire partout. Ainsi, pour parer aux inconvéniens signalés, la première mesure à prendre est d’instituer une autorité unique qui décidera toutes les questions administratives soulevées par le cours des fleuves. Cette autorité, investie de pouvoirs suffisans, aurait dans ses attributions tout ce qui est relatif à la conservation du lit des rivières, à celle des rives et à la navigabilité, questions que par une loi on soustrairait au jugement des préfets et des conseils de préfecture pour les soumettre à un préfet du fleuve, afin qu’il trouvât dans les lois antérieures les droits et les pouvoirs qui lui seraient nécessaires. Un conseil de préfecture jugerait les questions contentieuses. Sans cette nouvelle centralisation des intérêts de la navigation et des riverains, que la division par départemens a éparpillés outre mesure en un trop grand nombre de mains, on ne fera rien d’efficace ni de durable. Un corps d’ingénieurs hydrauliciens chargés des travaux compléterait cette organisation. Ces ingénieurs acquerraient l’expérience que leurs fonctions, si diverses dans les départemens, ne leur permettent pas d’atteindre. Ce serait une spécialité dans le corps des ponts-et-chaussées, comme on a reconnu tacitement qu’il fallait en établir une pour les travaux à la mer.

Si nous continuons à nous servir de l’expérience de ce qui s’est passé sur le Rhône pour rechercher quelle serait l’organisation la plus convenable à nos rivières, nous trouverons encore que les travaux d’une même rive, exécutés par des syndicats de commune, étaient mal conçus pour la défense générale ; qu’obligés de garantir un seul territoire, ils devenaient plus coûteux, faute de se raccorder avec les travaux supérieurs ; enfin, que les ressources d’un grand nombre de petites communes étant trop faibles, les ouvrages étaient mal construits, surtout mal entretenus, et point surveillés. Le moyen de parer à ces inconvéniens est de faire de grands syndicats, formés de toutes les communes d’une même rive, dans chaque bassin du fleuve. Ces bassins, indiqués par des resserremens successifs de montagnes, comprennent évidemment des territoires solidaires l’un de l’autre, et il est juste que les communes inférieures, garanties par les ouvrages supérieurs, concourent au perfectionnement des travaux. Ces syndicats étendus et riches formeraient une caisse d’assurance mutuelle qui rendrait les malheurs partiels faciles à réparer, sans trop grever la partie qui a souffert et qui travaille dans son intérêt sans doute, mais aussi dans l’intérêt des territoires inférieurs, si les travaux sont conçus dans un bon esprit. On créerait dans chacune de ces sections des gardes de chaussée, on établirait sur les digues des corps-de-garde et des cloches pour annoncer le danger, et enfin la loi réglerait l’obligation, pour les habitans des communes, de se porter au secours des chaussées comme pour le cas d’incendie, avec une sanction pénale de cette obligation. Le décret insuffisant et applicable à une seule localité, du 15 mai 1813, reconnaissait le besoin de telles dispositions.

On peut le voir par ce que nous venons de dire, l’administration de l’agriculture est une des plus vastes et des plus importantes carrières qui puissent s’offrir à la louable ambition d’un homme d’état, et cependant je n’ai pas encore parlé des reboisemens de montagnes, des défrichemens de landes, de l’amélioration de nos races d’animaux, du bon emploi des produits de tous genres et de la première main-d’œuvre, d’où dépend quelquefois toute la valeur de ces produits, de la répartition de l’impôt et des lois de douane considérées soit comme protectrices, soit comme hostiles pour l’agriculture, et enfin des moyens de diriger l’esprit public vers cette base première de la fortune de la France. Qui ne voit le rang que pourrait prendre dans l’état et dans l’opinion un ministre qui imprimerait un vif mouvement à de si grands intérêts, et qui, placé à leur tête, viendrait développer devant les chambres des plans dignes du pays ? Il en serait compris, il en serait appuyé ; elles mettraient à son service toutes les forces qu’il leur demanderait, et il compléterait l’œuvre d’un règne que l’on appréciera mieux un jour que ne le fait l’esprit frondeur des contemporains.


CTE de Gasparin.

  1. Nos rivières de France portent chaque année à la mer un tribut de près de 1,400 milliards de mètres cubes d’eau, sur lesquels les mois d’été ne débitent pas plus d’un cinquième de cette quantité (un septième seulement pour la vallée du Rhône) ou 280 milliards, pouvant arroser 28 millions d’hectares. On ne peut pas prétendre à absorber complètement cette quantité d’eau, mais, on voit qu’en l’utilisant convenablement, la bonification pourrait s’étendre beaucoup plus que nous le supposons ici.