L’Amateur de Chansons

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Loisirs lyriques d’un amateur de chansons
E. Vert (pp. 1-3).

L’AMATEUR DE CHANSONS


Air du Pas redoublé.


Je n’ai jamais fait de chanson,
Que Phœbus me pardonne !
Mais j’en ai de toute façon
Que je collectionne.
J’ai toujours trouvé Désaugiers
Plus joyeux que Sénèque ;
Et je n’ai que des chansonniers
Dans ma bibliothèque.

Quand certain poète toqué
Avec effort rimaille,
De vers bien meilleurs sur le quai
Je fais mainte trouvaille ;
On m’offre en vain de beaux psautiers,
Aux armes d’un évêque :
Moi, je n’ai que des chansonniers
Dans ma bibliothèque.


Si chez moi vient un amateur
Des études classiques,
Pour m’emprunter un grand auteur
Ou quelques vieux lexiques,
Il cherche à tort sur mes casiers
Œuvre latine ou grecque :
Moi, je n’ai que des chansonniers
Dans ma bibliothèque.

Je possède des manuscrits
D’une grande importance,
Mais, ce ne sont pas des écrits
Sur l’histoire de France,
Ni de symboliques papiers
De Rome ou de la Mecque :
Moi, je n’ai que des chansonniers
Dans ma bibliothèque.

Les prêtres ne sont pas jaloux
D’avoir mes catéchismes !
D’Hippocrate désirez-vous
Lire les aphorismes ?
Ne montez pas mes escaliers,
Allez où l’on dissèque :
Moi, je n’ai que des chansonniers
Dans ma bibliothèque.

Enfin, je suis un homme heureux,
Heureux en conscience ;
Vu que je suis très amoureux
De ma propre science.
Chez moi, bien peu de financiers
Voudraient prendre hypothèque
Car, je n’ai que des chansonniers
Dans ma bibliothèque.