L’Amateur des beaux-arts en Belgique

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L’Amateur des Beaux-Arts en Belgique.


Un ministre, qu’on dit le Mecenas flamand,
Me promenait un jour dans son appartement,
Interrogeant mes yeux devant chaque peinture,
Parlant un peu de l’art, beaucoup de la nature,
Vantant le paysage, expliquant le sujet,
Et surtout me marquant le prix de chaque objet.
— Mais voilà qu’arrivé devant un portrait d’Ingres,
(Pédant dont j’aime peu les facultés malingres)
Je fus pris tout à coup d’une sainte fureur
De célébrer David, le grand peintre empereur !

— Lui, se tourne vers son fournisseur ordinaire,
Qui se tenait debout comme un factionnaire,
Ou comme un chambellan qui savoure avec foi
Les sottises tombant des lèvres de son roi,
Et lui dit, avec l’œil d’un marchand de la Beauce :
« Je crois, mon cher, je crois que David est en hausse ![1] »


  1. Variante :
    — vrai propos d’un marchand de la Beauce ;
    — « Dites-moi, savez-vous si David est en hausse ? »

    Variante pour les six derniers vers :

    Il m’écouta fort bien, muet, automatique,
    Solennel ; puis soudain, d’un air diplomatique,
    Sortant d’un de ces longs sommeils si surprenants,
    Que tout Belge partage avec les ruminants,
    Avec le clignement d’un marchand de la Beauce,
    Me dit : « Je crois, d’ailleurs, que David est en hausse ! »