L’Amitié (Nemo)/Épître dédicatoire

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Nemo
Petrot-Garnier (p. 1-2).


Très cher Ami,

Je te transmets un petit travail de ma façon.

Je te voudrais pouvoir offrir une perle de quelque prix, tant en est beau le sujet ; je n’ai rien qui soit digne de toi.

En cela seulement je rougis de ma pauvreté.

Ce ne sont que quelques réflexions sur l’amitié, non pas l’amitié médiocre, qui cependant a ses plaisirs et ses avantages ; mais la vraie, bonne, sainte amitié qui, sur le scabreux théâtre du monde, nous aide, suivant la belle expression du tant spirituel Xavier de Maistre, à glisser comme une ombre paisible et n’est le partage que d’un petit nombre d’âmes illustres.

Plus d’une fois, elles te rappelleront et les lectures que, si souvent, aux beaux jours d’été, nous fîmes ensemble, et nos longues et délicieuses soirées d’hiver.

Il n’entre point dans ma pensée de plaire à beaucoup ; je n’écris que pour toi.

Il plut au ciel que des jours marquassent dans ma vie. Jusques à ton départ pour le pays des Pharaons, mon cœur a respiré à l’aise, un rayon de bonheur a lui sur mon existence.

S’il ne m’est donné de te revoir au soleil du temps, ces lignes fugitives seront, pour un pauvre exilé, un souvenir de plus.

Moi, je soulagerai mon cœur, en écrivant avec ma jolie plume, don de ta main, un nom qui m’est doux et me sera éternellement cher.


Au monde meilleur ! Adieu !


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