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L’Amour et le Sablier/Départ

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L’Amour et le SablierFrançois Bernouard (p. 23-24).
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Départ


 
La nuit d’hiver était si douce
Qu’on cherchait l’odeur des bourgeons :
Pourtant les branches étaient nues,
Et pourtant, nos cœurs angoissés.

Un ciel strié de noirs rameaux
Mûrissait l’instant du départ,
Et nos yeux amassaient, avides,
Un fugitif trésor d’images.


Une écluse menait dans l’ombre
Sa rumeur, pareille à la mer ;
Au coin du pont, la maison blanche
Me fit le signe de rester.

Les collines nous enserraient
De leur tendre barrière ;
Mais derrière elle, rougeoyaient
Les feux troubles de la gare.

Une goutte de pluie amère
A roulé le long de ta joue ;
Puis l’ombre en sifflant s’est ouverte
Devant ma course solitaire.

Mais un vent tiède s’est levé
À travers les arbres sans feuilles
Et m’a laissé de ton adieu
Un goût de printemps sur les lèvres.