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L’Anatomie de l’œil

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L’Anatomie de l’œil
Recueil des vers de Pierre de Marbeuf, Texte établi par Alexandre HéronLéon Gy (p. 95-96).

L’Anathomie de l’œil.



L’Oeil eſt dans vn chaſteau que ceignent
les frontieres
De ce petit valon clos de deux bouleuars :
Il a pour põt-leuis les mouuãtes paupieres,
Le cil pour garde-corps, les ſourcils pour rampars.


Il comprend trois humeurs, l’aqueuſe, la vitrée,
Et celle de criſtal qui nage entre les deux :
Mais ce corps delicat ne peut ſouffrir l’entrée
A cela que nature a fait de nebuleux.


Six tuniques tenant noſtre œil en conſiſtance,
L’empêche de gliſſer parmy ſes mouuemens,
Et les tendons poreux apportent la ſubſtance
Qui le garde, & nourrit tous ſes compartimens.


Quatre muſcles ſont droits, & deux autres obliques,
Communiquans à l’œil ſa promte agilité,
Mais par la liaiſon qui joint les nerfs optiques,
Il eſt ferme touſiours dans ſa mobilité.


Bref, l’œil meſurant tout d’vne meſme meſure,
A ſoy meſme inconneu, connoit tout l’vniuers,
Et conçoit dans l’enclos de ſa ronde figure
Le rond & le carré, le droit & le trauers.


Toutesfois ce flambeau qui conduit noſtre vie,
De l’obſcur de ce corps emprunte ſa clarté :
Nous ſerons donc ce corps, vous ſerez l’œil, Marie,
Qui prenez de l’impur voſtre pure beauté.