L’Antéchrist (Renan)/XVI. L’Apocalypse

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Michel Lévy (p. 380-453).


CHAPITRE XVI.


L’APOCALYPSE.


Après l’envoi aux sept Églises, le cours de la vision se déroule[1]. Une porte s’ouvre dans le ciel ; le Voyant est ravi en esprit, et, par cette ouverture, son regard pénètre jusqu’au fond de la cour céleste. Tout le ciel de la cabbale juive se révèle à lui. Un seul trône existe, et sur ce trône, qu’entoure l’arc-en-ciel, est assis Dieu lui-même, semblable à un rubis colossal dardant ses feux[2]. Autour du trône sont vingt-quatre sièges secondaires, sur lesquels sont assis vingt-quatre vieillards, vêtus de blanc, portant sur leur tête des couronnes d’or. C’est l’humanité représentée par un sénat d’élite, qui forme la cour permanente de l’Éternel[3]. Au-devant, brûlent sept lampes, qui sont les sept esprits de Dieu (les sept dons de la sagesse divine)[4]. Alentour sont quatre monstres, formés de traits empruntés aux chérubs d’Ézéchiel et aux séraphes d’Isaïe[5]. Ils ont, le premier la forme d’un lion, le deuxième la forme d’un veau, le troisième la forme d’un homme, le quatrième la forme d’un aigle aux ailes ouvertes. Ces quatre monstres figurent déjà dans Ézéchiel les attributs de la Divinité : « sagesse, puissance, omniscience et création ». Ils ont six ailes et sont couverts d’yeux sur tout le corps[6]. Les anges, créatures inférieures aux grandes personnifications surnaturelles dont il vient d’être parlé[7], sortes de domestiques ailés, entourent le trône par milliers de milliers et myriades de myriades[8]. Un éternel roulement de tonnerre sort du trône. Au premier plan, s’étend une immense surface azurée semblable à du cristal (le firmament)[9]. Une sorte de liturgie divine se poursuit sans fin. Les quatre monstres, organes de la vie universelle (la nature), ne dorment jamais et chantent nuit et jour le trisagion céleste : « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est et qui sera[10]. » Les vingt-quatre vieillards (l’humanité) s’unissent à ce cantique, en se prosternant et en mettant leurs couronnes au pied du trône où réside le Créateur.

Christ n’a pas figuré jusqu’ici dans la cour céleste. Le Voyant va nous faire assister à la cérémonie de son intronisation[11]. À droite de celui qui est assis sur le trône, se voit un livre, en forme de rouleau, écrit des deux côtés[12], fermé de sept sceaux. C’est le livre des secrets divins, la grande révélation. Personne ni au ciel ni sur la terre n’est trouvé digne de l’ouvrir, ni même de le regarder. Jean alors se met à pleurer ; l’avenir, la seule consolation du chrétien, ne lui sera donc point révélé ! Un des vieillards l’encourage. En effet, celui qui doit ouvrir le livre est bientôt trouvé ; on devine sans peine que c’est Jésus. Au centre même de la grande assemblée céleste, au pied du trône, au milieu des animaux et des vieillards, sur l’aire cristalline, apparaît un agneau égorgé. C’était l’image favorite sous laquelle l’imagination chrétienne aimait à se figurer Jésus : un agneau tué, devenu victime pascale, toujours avec Dieu[13]. Il a sept cornes[14] et sept yeux, symboles des sept esprits de Dieu, dont Jésus a reçu la plénitude, et qui vont se répandre par lui sur toute la terre. L’Agneau se lève, va droit au trône de l’Éternel, prend le livre. Une immense émotion remplit alors le ciel ; les quatre animaux, les vingt-quatre vieillards tombent à genoux devant l’Agneau ; ils tiennent à la main des cithares et des coupes d’or pleines d’encens (les prières des saints[15]), et chantent un cantique nouveau : « Toi, tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux ; car tu as été égorgé, et avec ton sang tu as gagné à Dieu une troupe d’élus de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute race[16], et tu as fait d’eux un royaume de prêtres, et ils régneront sur la terre[17]. » Les myriades d’anges se joignent à ce cantique, et décernent à l’Agneau les sept grandes prérogatives (puissance, richesse, sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction[18]). Toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, dans la mer, s’associent à la cérémonie céleste, et s’écrient : « À celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau soient la bénédiction, et l’honneur, et la gloire, et la force, dans tous les siècles des siècles. » Les quatre animaux, représentant la nature, de leur voix profonde disent amen ; les vieillards tombent et adorent.

Voilà Jésus introduit au plus haut degré de la hiérarchie céleste. Non-seulement les anges[19], mais encore les vingt-quatre vieillards et les quatre animaux, qui sont supérieurs aux anges, se sont prosternés devant lui. Il a monté les marches du trône de Dieu, a pris le livre placé à la droite de Dieu, que personne ne pouvait même regarder. Il va ouvrir les sept sceaux du livre ; le grand drame commence[20].

Le début est brillant. Selon une conception historique des plus justes, l’auteur place l’origine de l’agitation messianique au moment où Rome étend son empire à la Judée[21]. À l’ouverture du premier sceau, un cheval blanc[22] s’élance ; le cavalier qui le monte tient un arc à la main ; une couronne ceint sa tête ; il remporte partout la victoire. C’est l’Empire romain, auquel, jusqu’à l’époque du Voyant, rien n’avait pu résister. Mais ce prologue triomphal est de courte durée ; les signes avant-coureurs de l’apparition brillante du Messie seront des fléaux inouïs, et c’est par les plus effrayantes images que se continue la tragédie céleste[23]. Nous sommes au commencement de ce qu’on appelait « la période des douleurs du Messie[24] ». Chaque sceau qui s’ouvre désormais amène sur l’humanité quelque horrible malheur.

À l’ouverture du deuxième sceau, un cheval roux s’élance. À celui qui le monte il est donné d’enlever la paix de la terre et de faire que les hommes s’égorgent les uns les autres ; on lui met en main une grande épée. C’est la Guerre. Depuis la révolte de Judée et surtout depuis le soulèvement de Vindex, le monde n’était, en effet, qu’un champ de carnage, et l’homme pacifique ne savait où fuir.

À l’ouverture du troisième sceau, bondit un cheval noir ; le cavalier tient une balance. Du milieu des quatre animaux, la voix qui tarife au ciel le prix des denrées pour les pauvres mortels dit au cavalier : « Un chœnix de froment, un denier[25] ; trois chœnix d’orge, un denier ; l’huile et le vin, n’y touche pas[26]. » C’est la Famine[27]. Sans parler de la grande disette qui eut lieu sous Claude, la cherté en l’an 68 fut extrême[28].

À l’ouverture du quatrième sceau, s’élance un cheval jaune. Son cavalier s’appelait la Mort ; le Scheol le suivait, et il lui fut donné puissance de tuer le quart de la terre par le glaive, par la faim, par la peste et par les bêtes féroces.

Tels sont les grands fléaux[29] qui annoncent la prochaine venue du Messie. La justice voudrait que sur-le-champ la colère divine s’allumât contre la terre. En effet, à l’ouverture du cinquième sceau, le Voyant est témoin d’un touchant spectacle. Il reconnaît sous l’autel les âmes de ceux qui ont été égorgés pour leur foi et pour le témoignage qu’ils ont rendu à Christ (sûrement les victimes de l’an 64). Ces saintes âmes crient vers Dieu[30], et lui disent : « Jusques à quand, Seigneur, toi le saint, le véridique, ne feras-tu point justice, et ne redemanderas-tu point notre sang à ceux qui demeurent sur la terre ? » Mais les temps ne sont pas encore venus ; le nombre des martyrs qui amènera le débordement de colère n’est pas atteint. On donne à chacune des victimes qui sont sous l’autel une robe blanche, gage de la justification et du triomphe futurs, et on leur dit de patienter un peu, jusqu’à ce que leurs coserviteurs et confrères, qui doivent être tués comme eux, aient rendu témoignage à leur tour.

Après ce bel intermède, nous rentrons, non plus dans la période des fléaux précurseurs, mais au milieu des phénomènes du dernier jugement. À l’ouverture du sixième sceau[31], a lieu un grand tremblement de l’univers[32]. Le ciel devient noir comme un sac de crin, la lune prend une couleur de sang, les étoiles tombent du ciel sur la terre, comme les fruits d’un figuier agité par le vent ; le ciel se retire comme un livre qu’on roule[33] ; les montagnes, les îles sont jetées hors de leur place. Les rois et les grands de la terre, les tribuns militaires et les riches et les forts, les esclaves et les hommes libres se cachent dans les cavernes et parmi les rochers, disant aux monlagnes : « Tombez sur nous, et sauvez-nous du regard de celui qui est assis sur le trône et de la colère de l’Agneau. »

La grande exécution va donc s’accomplir[34]. Les quatre anges des vents[35] se placent aux quatre angles de la terre ; ils n’ont qu’à lâcher la bride aux éléments qui leur sont confiés pour que ceux-ci, suivant leur furie naturelle, bouleversent le monde. Tout pouvoir est donné à ces quatre exécuteurs ; ils sont à leur poste ; mais l’idée fondamentale du poëme est de montrer le grand jugement sans cesse ajourné, au moment où il semblait qu’il dût avoir lieu. Un ange, portant en main le sceau de Dieu (sceau qui a pour légende, comme tous les sceaux de rois, le nom de celui à qui il appartient, [36]ליהוה), s’élève de l’Orient. Il crie aux quatre anges des vents destructeurs de retenir quelque temps encore les forces dont ils disposent, jusqu’à ce que les élus qui vivent actuellement aient été marqués au front de l’estampille qui, comme cela eut lieu pour le sang de l’agneau pascal en Égypte[37], les préservera des fléaux. L’ange imprime alors le cachet divin sur cent quarante-quatre mille personnes, appartenant aux douze tribus d’Israël. Cela ne veut pas dire que ces cent quarante-quatre mille élus sont uniquement des juifs[38]. Israël est ici certainement le vrai Israël spirituel, l’« Israël de Dieu », comme dit saint Paul[39], la famille élue embrassant tous ceux qui se sont rattachés à la race d’Abraham, par la foi en Jésus et par la pratique des rites essentiels. Mais il y a une catégorie de fidèles qui est déjà introduite dans le séjour de la paix ; ce sont ceux qui ont souffert la mort pour Jésus. Le prophète les voit sous la figure d’une foule innombrable d’hommes de toute race, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue, se tenant devant le Trône[40] et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, portant des palmes à la main, et chantant à la gloire de Dieu et de l’Agneau. Un des vieillards lui explique ce que c’est que cette foule : « Ce sont des gens qui viennent d’une grande persécution[41], et ils ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau[42]. Voilà pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et ils l’adorent nuit et jour dans son temple, et celui qui est assis sur le trône habitera éternellement sur eux[43]. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ils ne souffriront plus de la chaleur. L’Agneau les fera paître et les conduira aux sources de la vie, et Dieu lui-même essuiera toute larme de leurs yeux[44]. »

Le septième sceau s’ouvre[45]. On s’attend au grand spectacle de la consommation des temps[46]. Mais, dans le poëme comme dans la réalité, cette catastrophe fuit toujours ; on s’y croit arrivé, il n’en est rien. Au lieu du dénoûment final, qui devrait être l’effet de l’ouverture du septième sceau, il se fait dans le ciel un silence d’une demi-heure, indiquant que le premier acte du mystère est terminé, et qu’un autre va commencer[47].

Après le silence sacramentel, les sept archanges qui sont devant le trône de Dieu, et dont il n’a pas été question jusqu’ici[48], entrent en scène. On leur donne sept trompettes, dont chacune va servir de signal à d’autres pronostics[49]. L’imagination sombre de Jean n’était pas satisfaite ; cette fois, c’est aux plaies d’Égypte que sa colère contre le monde profane va demander des types de châtiments. Des phénomènes naturels arrivés vers l’an 68, et dont se préoccupait l’opinion populaire, lui offraient d’apparentes justifications pour de tels rapprochements.

Avant toutefois que le jeu des sept trompettes commence, a lieu une scène muette d’un grand effet. Un ange s’avance vers l’autel d’or qui est en face du Trône, portant à la main un encensoir d’or. Des masses d’encens sont versées sur les charbons de l’autel, et s’élèvent en fumée devant l’Éternel. L’ange alors remplit son encensoir des charbons de l’autel et les jette sur la terre[50]. Ces charbons, en atteignant la surface du globe, produisent des tonnerres, des éclairs, des voix, des secousses. L’encens, l’auteur lui-même nous le dit, ce sont les prières des saints. Les soupirs de ces pieuses personnes s’élevant en silence devant Dieu, et appelant la destruction de l’empire romain, deviennent des charbons ardents pour le monde profane, qui l’ébranlent, le déchirent, le consument, sans qu’il sache d’où viennent les coups.

Les sept anges alors se préparent à emboucher la trompette.

À l’éclat de la trompette du premier ange, une grêle mêlée de feu et de sang tombe sur la terre. Le tiers de la terre est brûlé ; le tiers des arbres est brûlé[51] ; toute herbe verte est brûlée. En 63, 68 et 69, on fut en effet fort effrayé par des orages, où l’on vit quelque chose de surnaturel[52].

Au son de la trompette du second ange, une grande montagne incandescente est lancée dans la mer ; le tiers de la mer se change en sang ; le tiers des poissons meurt ; le tiers des navires est détruit. Il y a ici une allusion aux aspects de l’île de Théra[53], que le prophète pouvait presque apercevoir à l’horizon de Patmos, et qui ressemble à un volcan noyé. Une île nouvelle était apparue au milieu de son cratère, en l’an 46 ou 47. Dans les moments d’activité, on voit aux environs de Théra des flammes sur la surface de la mer[54].

Au son de la trompette du troisième ange, une grande étoile tombe du ciel, brûlant comme un falot ; elle atteint le tiers des fleuves et les sources. Son nom est « Absinthe » ; le tiers des eaux se change en absinthe (c’est-à-dire qu’elles deviennent amères et empoisonnées[55]) ; beaucoup d’hommes en meurent[56]. On est porté à supposer ici une allusion à certain bolide, dont la chute fut mise en rapport avec une infection qui put se produire dans quelque réservoir d’eau et en altérer la qualité. Il faut se rappeler que notre prophète voit la nature à travers les récits naïfs des conversations populaires de l’Asie, le pays le plus crédule du monde. Phlégon de Tralles, un demi-siècle plus tard, devait passer sa vie à compiler des inepties de ce genre. Tacite, à chaque page, en est préoccupé.

Au son de la trompette du quatrième ange, le tiers du soleil et le tiers de la lune et le tiers des étoiles sont éteints, si bien que le tiers de la lumière du monde est obscurci[57]. Ceci peut se rapporter soit aux éclipses qui effrayèrent ces années[58], soit à l’orage épouvantable du 10 janvier 69[59].

Ces fléaux ne sont rien encore. Un aigle volant au zénith pousse trois cris de malheur, et annonce aux hommes des calamités inouïes pour les trois coups de trompette qui restent.

À la voix de la cinquième trompette[60], une étoile (c’est-à-dire un ange[61]) tombe du ciel ; on lui donne la clef du puits de l’abîme (de l’enfer)[62]. L’ange ouvre le puits de l’abîme ; il en sort de la fumée comme d’une grande fournaise[63] ; le soleil et le ciel sont assombris. De cette fumée naissent des sauterelles, qui couvrent la terre comme des escadrons de cavalerie. Ces sauterelles[64], conduites par leur roi, l’ange de l’abîme, qui s’appelle en hébreu Abaddon[65] et en grec Apollyon[66], tourmentent les hommes pendant cinq mois (tout un été). Il est possible que le fléau des sauterelles ait eu vers ce temps-là de l’intensité dans quelque province[67] ; en tout cas, l’imitation des plaies de l’Égypte est ici évidente[68]. Le puits de l’abîme est peut-être la Solfatare de Pouzzoles (ce qu’on appelait le Forum de Vulcain[69]) ou l’ancien cratère de la Somma[70], conçus comme des vomitoires de l’enfer. Nous avons dit[71] que la crise des environs de Naples était alors très-violente. L’auteur de l’Apocalypse, auquel il est permis d’attribuer un voyage de Rome et par conséquent de Pouzzoles, pouvait avoir été témoin de pareils phénomènes. Il rattache les nuées de sauterelles à des exhalaisons volcaniques ; car, l’origine de ces nuées étant obscure, le peuple se trouvait amené à y voir un fruit de l’enfer[72]. Aujourd’hui, du reste, un phénomène analogue se passe encore à la Solfatare. Après une forte pluie, les flaques d’eau qui séjournent dans les parties chaudes donnent lieu à des éclosions extrêmement rapides et abondantes de sauterelles et de grenouilles[73]. Que ces générations en apparence spontanées fussent considérées par le vulgaire comme des émanations de la bouche infernale elle-même, cela était d’autant plus naturel, que les éruptions, ayant d’ordinaire pour conséquence de grandes pluies, qui couvrent le pays de mares, devaient sembler la cause immédiate des nuées d’insectes qui sortaient de ces mares.

Le son de la sixième trompette amène un autre fléau : c’est l’invasion des Parthes, que tout le monde croyait imminente[74]. Une voix sort des quatre cornes de l’autel qui est devant Dieu, et ordonne de délier quatre anges qui sont enchaînés aux bords de l’Euphrate[75]. Les quatre anges (peut-être les Assyriens, les Babyloniens, les Mèdes et les Perses[76]), qui étaient prêts pour l’heure, le jour, le mois et l’année, se mettent à la tête d’une cavalerie effroyable de deux cents millions d’hommes. La description des chevaux et des cavaliers est toute fantastique. Les chevaux qui tuent par la queue sont probablement une allusion à la cavalerie parthe, qui tirait des flèches en fuyant. Un tiers de l’humanité est exterminé. Néanmoins, ceux qui survivent ne font pas pénitence. Ils continuent d’adorer des démons, des idoles d’or, d’argent, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher. Ils s’obstinent dans leurs homicides, leurs maléfices, leurs fornications, leurs vols.

On s’attend à voir éclater la septième trompette ; mais ici, comme dans l’acte de l’ouverture des sceaux, le Voyant semble hésiter, ou plutôt s’arranger de manière à suspendre l’attente ; il s’arrête au moment solennel. Le secret terrible ne peut encore être livré tout entier. Un ange gigantesque[77], la tête ceinte de l’arc-en-ciel, un pied sur la terre, un autre sur la mer, et dont les sept tonnerres[78] répètent la voix, dit des paroles mystérieuses, qu’une voix du ciel défend à Jean d’écrire[79]. L’ange gigantesque alors lève la main vers le ciel et jure par l’Éternel qu’il n’y aura plus de délai[80], et qu’au bruit de la septième trompette s’accomplira le mystère de Dieu annoncé par les prophètes[81].

Le drame apocalyptique va donc finir. Pour prolonger son livre, l’auteur se donne une nouvelle mission prophétique. Répétant un énergique symbole déjà employé par Ézéchiel[82], Jean se fait présenter un livre fatidique par l’ange gigantesque, et le dévore. Une voix lui dit : « Il faut que tu prophétises encore sur beaucoup de races, de peuples, de langues et de rois. » Le cadre de la vision, qui allait se fermer par la septième trompette, s’élargit ainsi, et l’auteur se ménage une seconde partie, où il va dévoiler ses vues sur les destins des rois et des peuples de son temps. Les six premières trompettes, en effet, comme les ouvertures des six premiers sceaux, se rapportent à des faits qui étaient passés quand l’auteur écrivait[83]. Ce qui suit, au contraire, se rapporte pour la plus grande partie à l’avenir.

C’est sur Jérusalem d’abord que se portent les regards du Voyant[84]. Par un symbolisme assez clair[85], il donne à entendre que la ville va être livrée aux gentils ; pour voir cela dans les premiers mois de 69, il ne fallait pas un grand effort prophétique. Le portique et la cour des gentils seront même foulés aux pieds des profanes[86] ; mais l’imagination d’un juif aussi fervent ne pouvait concevoir le temple détruit ; le temple étant le seul endroit de la terre où Dieu peut recevoir un culte (culte dont celui du ciel n’est que la reproduction), Jean n’imagine pas la terre sans le temple. Le temple sera donc conservé, et les fidèles marqués au front du signe de Jéhovah pourront continuer à y adorer. Le temple sera ainsi comme un espace sacré, résidence spirituelle de l’Église entière ; cela durera quarante-deux mois, c’est-à-dire trois ans et demi (une demi-schemitta[87] ou semaine d’années). Ce chiffre mystique, emprunté au livre de Daniel[88], reviendra plusieurs fois dans la suite. C’est l’espace de temps qui reste encore au monde à vivre.

Jérusalem, pendant ce temps, sera le théâtre d’une grande bataille religieuse, analogue aux luttes qui ont de tout temps rempli son histoire. Dieu donnera une mission à « ses deux témoins », qui prophétiseront pendant douze cent soixante jours (c’est-à-dire trois ans et demi), revêtus de sacs. Ces deux prophètes sont comparés à deux oliviers et à deux chandeliers debout devant le Seigneur[89]. Ils auront les pouvoirs d’un Moïse et d’un Élie ; ils pourront fermer le ciel et empêcher la pluie, changer l’eau en sang et frapper la terre de telle plaie qu’ils voudront. Si quelqu’un essaye de leur faire du mal, un feu sortira de leur bouche et dévorera leurs ennemis[90]. Quand ils auront fini de rendre leur témoignage, la bête qui monte de l’abîme[91] (la puissance romaine, ou plutôt Néron reparaissant en Antechrist) les tuera. Leurs corps resteront trois jours et demi étendus sans sépulture sur les places de la grande ville qui s’appelle symboliquement « Sodome »[92] et « Égypte »[93], et où leur maître a été crucifié[94]. Les mondains seront dans la joie, s’adresseront des félicitations, s’enverront des présents[95] ; car ces deux prophètes leur étaient devenus insupportables par leurs prédications austères et leurs miracles terribles. Mais, au bout de trois jours et demi, voilà que l’esprit de vie rentre dans les deux saints ; ils se retrouvent sur leurs pieds, et une grande terreur saisit tous ceux qui les voient[96]. Bientôt ils montent au ciel sur les nuages, à la vue de leurs ennemis. Un effroyable tremblement de terre a lieu en ce moment ; le dixième de la ville tombe ; sept mille hommes sont tués[97] ; les autres, effrayés, se convertissent.

Nous avons déjà rencontré plusieurs fois cette idée que l’heure solennelle serait précédée de l’apparition de deux témoins, qui le plus souvent sont conçus comme étant Hénoch[98] et Élie[99] en personne. Ces deux amis de Dieu passaient, en effet, pour n’être pas morts. Le premier était censé avoir inutilement prédit le déluge à ses contemporains, qui ne voulurent pas l’entendre ; c’était le modèle d’un juif prêchant la pénitence parmi les païens. Quelquefois aussi, les témoins prennent la ressemblance de Moïse[100], dont la mort avait pareillement été incertaine[101], et de Jérémie[102]. Notre auteur semble, en outre, concevoir les deux témoins comme deux personnages importants de l’Église de Jérusalem, deux apôtres d’une grande sainteté, qui seront tués, puis ressusciteront et monteront au ciel comme Élie et Jésus. Il n’est pas impossible que la vision ait pour sa première partie une valeur rétrospective et se rapporte au meurtre des deux Jacques, surtout à la mort de Jacques, frère du Seigneur, qui fut considérée par plusieurs à Jérusalem comme un malheur public, un événement fatal et un signe du temps[103]. Peut-être aussi l’un de ces prédicateurs de pénitence est-il Jean-Baptiste, l’autre Jésus[104]. Quant à la persuasion que la fin n’aura pas lieu avant que les juifs soient convertis, elle était générale chez les chrétiens ; nous l’avons également trouvée chez saint Paul[105]

Le reste d’Israël étant arrivé à la vraie foi, le monde n’a plus qu’à finir. Le septième ange embouche la trompette. Au son de cette dernière trompette[106], de grandes voix s’écrient : « Voici venue l’heure où notre Seigneur avec son Christ va régner sur le monde pour l’éternité ! » Les vingt-quatre vieillards tombent sur la face et adorent. Ils remercient Dieu d’avoir inauguré sa royauté, malgré la rage impuissante des gentils, et proclament l’heure de récompense pour les saints et d’extermination pour ceux qui corrompent la terre. Alors s’ouvrent les portes du temple céleste ; on aperçoit au fond du temple l’arche de la nouvelle alliance. Cette scène est accompagnée de tremblements, de tonnerres et d’éclairs.

Tout est consommé ; les fidèles ont reçu la grande révélation qui doit les consoler. Le jugement est proche ; il aura lieu dans une demi-année sacrée, équivalant à trois ans et demi. Mais nous avons déjà vu l’auteur, peu soucieux de l’unité de son œuvre, se réserver les moyens de la continuer, quand elle semblait achevée. Le livre, en effet, n’est qu’à moitié de son cours ; une nouvelle série de visions va se dérouler devant nous.

La première est une des plus belles[107]. Au milieu du ciel, apparaît une femme (l’Église d’Israël), vêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds et autour de sa tête une couronne de douze étoiles (les douze tribus d’Israël). Elle crie, comme si elle était dans les douleurs de l’enfantement[108], grosse qu’elle est de l’idéal messianique[109]. Devant elle se dresse un énorme dragon rouge, à sept têtes[110] couronnées, à dix cornes[111], et dont la queue, balayant le ciel, entraîne le tiers des étoiles et les jette sur la terre[112]. C’est Satan sous les traits de la plus puissante de ses incarnations, l’empire romain : le rouge figure la pourpre impériale ; les sept têtes couronnées sont les sept Césars qui ont régné jusqu’au moment où écrit l’auteur : Jules César[113], Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba[114] ; les dix cornes sont les dix proconsuls qui gouvernent les provinces[115]. Le Dragon épie la naissance de l’enfant pour le dévorer. La femme met au monde un fils destiné « à gouverner les nations avec une verge de fer », trait caractéristique du Messie[116]. L’enfant (Jésus) est enlevé au ciel par Dieu[117] ; Dieu le place à côté de lui sur son trône. La femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une retraite pour douze cent soixante jours. C’est ici une allusion évidente soit à la fuite de l’Église de Jérusalem et à la paix dont elle doit jouir dans les murs de Pella durant les trois ans et demi qui restent jusqu’à la fin du monde, soit à l’asile que trouvèrent les chrétiens judaïsants et quelques apôtres dans la province d’Asie. L’image de « désert » convient mieux à la première explication qu’à la seconde. Pella, au delà du Jourdain, était un pays paisible, voisin des déserts d’Arabie, et où le bruit de la guerre n’arrivait presque pas.

Alors a lieu dans le ciel un grand combat. Jusque-là Satan, le katigor[118], le critique malveillant de la création, avait ses entrées dans la cour divine. Il en profitait, selon une vieille habitude qu’il n’avait pas perdue depuis l’âge du patriarche Job[119], pour nuire aux hommes pieux, surtout aux chrétiens, et attirer sur eux d’affreux malheurs. Les persécutions de Rome et d’Éphèse ont été son ouvrage. Il va maintenant perdre ce privilège. L’archange Michel (l’ange gardien d’Israël), avec ses anges[120], lui livre bataille. Satan est vaincu, chassé du ciel, jeté sur la terre, ainsi que ses suppôts ; un chant de triomphe éclate, quand les êtres célestes voient précipité de haut en bas le calomniateur, le détracteur de tout bien, qui ne cessait nuit et jour d’accuser et de dénigrer leurs frères demeurant sur la terre[121]. L’Église du ciel et celle d’ici-bas fraternisent à propos de la défaite de Satan. Cette défaite est due au sang de l’Agneau et aussi au courage des martyrs qui ont poussé leur sacrifice jusqu’à la mort. Mais malheur au monde profane ! Le Dragon est descendu dans son sein, et on peut tout attendre de son désespoir ; car il sait que ses jours sont comptés.

Le premier objet contre lequel le Dragon jeté sur la terre tourne sa rage est la femme (l’Église d’Israël) qui a mis au monde ce fruit divin que Dieu a fait asseoir à sa droite. Mais la protection d’en haut couvre la femme ; on lui donne les deux ailes du grand aigle, moyennant lesquelles elle s’envole vers l’endroit qui lui a été assigné, au désert, c’est-à-dire à Pella. Elle y est nourrie trois ans et demi, loin de la vue du Dragon. La fureur de celui-ci est à son comble. Il vomit de sa bouche après la femme un fleuve pour la noyer et l’emporter ; mais la terre vient au secours de la femme ; elle s’entr’ouvre et absorbe le fleuve (allusion à quelque circonstance de la fuite à Pella qui nous est inconnue[122]). Le Dragon, voyant son impuissance contre la femme (l’Église-mère d’Israël), tourne sa fureur contre « le reste de sa race », c’est-à-dire contre les Églises de la dispersion, qui gardent les préceptes de Dieu[123] et sont fidèles au témoignage de Jésus. C’est là une allusion évidente aux persécutions des derniers temps et surtout à celle de l’an 64.

Alors[124] le prophète voit sortir de la mer une bête[125] qui ressemble à beaucoup d’égards au Dragon. Elle a dix cornes, sept têtes, des diadèmes sur ses dix cornes, et sur chacune de ses têtes un nom blasphématoire[126]. Son aspect général est celui du léopard ; ses pieds sont de l’ours, sa bouche du lion[127]. Le Dragon (Satan) lui donne sa force, son trône, sa puissance. Une de ses têtes a reçu un coup mortel ; mais la plaie a été guérie. La terre entière tombe en admiration derrière ce puissant animal, et tous les hommes se mettent à adorer le Dragon, parce qu’il a donné le pouvoir à la Bête ; ils adorent aussi la Bête, disant : « Qui est semblable à la Bête, et qui peut combattre contre elle ? » Et il lui est donné une bouche proférant des discours pleins d’orgueil et de blasphème, et la durée de sa toute-puissance est fixée à quarante-deux mois (trois ans et demi). Alors la Bête se met à vomir des blasphèmes contre Dieu, contre son nom, contre son tabernacle et contre ceux qui demeurent dans le ciel. Et il lui est donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre[128], et puissance lui est accordée sur toute tribu, tout peuple, toute langue, toute race. Et tous les hommes l’adorent, excepté ceux dont le nom est écrit depuis le commencement du monde dans le livre de vie de l’Agneau qui a été égorgé. « Que celui qui a des oreilles entende ! Celui qui fait des captifs sera captif à son tour ; celui qui frappe de l’épée périra par l’épée[129]. Ici est le secret de la patience et de la foi des saints. »

Ce symbole est très-clair. Déjà, dans le poëme sibyllin composé au IIe siècle avant J.-C., la puissance romaine est qualifiée de pouvoir « aux têtes nombreuses[130] ». Les allégories tirées des bêtes polycéphales étaient alors fort à la mode ; le principe fondamental de l’interprétation de ces emblèmes était de considérer chaque tête comme signifiant un souverain[131]. Le monstre de l’Apocalypse est d’ailleurs composé par la réunion des attributs des quatre empires de Daniel[132], et cela seul montrerait qu’il s’agit d’un empire nouveau, absorbant en lui les empires antérieurs. La bête qui sort de la mer est donc l’empire romain, qui, pour les gens de Palestine, semblait venir d’au delà des mers[133]. Cet empire n’est qu’une forme de Satan (du Dragon), ou plutôt c’est Satan lui-même avec tous ses attributs ; il tient son pouvoir de Satan, et il emploie toute sa puissance à faire adorer Satan, c’est-à-dire à maintenir l’idolâtrie, qui, dans la pensée de l’auteur, n’est autre chose que l’adoration des démons. Les dix cornes couronnées sont les dix provinces, dont les proconsuls sont de véritables rois[134] ; les sept têtes sont les sept empereurs qui se sont succédé de Jules César à Galba ; le nom blasphématoire écrit sur chaque tête est le titre de Σεϐαστός ou Augustus, qui paraissait aux juifs sévères impliquer une injure à Dieu. La terre entière est livrée par Satan à cet empire, en retour des hommages que ledit empire procure à Satan ; la grandeur, l’orgueil de Rome, l’imperium qu’elle se décerne, sa divinité, objet d’un culte spécial et public[135], sont un blasphème perpétuel contre Dieu, seul souverain réel du monde. L’empire en question est naturellement l’ennemi des Juifs et de Jérusalem. Il fait une guerre acharnée aux saints (l’auteur paraît en somme favorable à la révolte juive) ; il les vaincra ; mais il n’a plus que trois ans et demi à durer. — Quant à la tête blessée à mort, mais dont la blessure a été guérie, c’est Néron, récemment renversé, sauvé miraculeusement de la mort[136], et qu’on croyait réfugié chez les Parthes. L’adoration de la Bête, c’est le culte de « Rome et d’Auguste », si répandu dans toute la province d’Asie et qui faisait la base de la religion du pays[137].

Le symbole qui suit est loin d’être aussi transparent pour nous. Une autre bête sort de la terre ; elle a deux cornes semblables à celles d’un agneau, mais elle parle comme le Dragon (Satan). Elle exerce toute la puissance de la première bête en sa présence et sous ses yeux : elle remplit à son égard le rôle de délégué, et elle emploie toute son autorité à faire que les habitants de la terre adorent la première bête, « celle dont la plaie mortelle a été guérie[138] ». Cette seconde bête[139] opère de grands miracles ; elle va jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre en présence de nombreux spectateurs ; elle séduit le monde par les prodiges qu’elle exécute au nom et pour le service de la première bête (de cette bête, ajoute l’auteur, qui a reçu un coup d’épée et vit néanmoins). Et il lui fut donné (à la seconde bête) d’introduire le souffle de vie dans l’image de la première bête, si bien que cette image parla[140]. Et elle eut le pouvoir de faire en sorte que tous ceux qui refuseraient d’adorer la première bête fussent mis à mort. Et elle établit en loi que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, porteraient un signe sur leur main droite ou sur leur front. Et elle établit encore que personne ne pourrait acheter ni vendre, s’il ne portait le signe[141] de la Bête, soit son nom en toutes lettres, soit le nombre de son nom, c’est-à-dire le nombre que feraient les lettres de son nom additionnées comme des chiffres. « Ici est la sagesse ! s’écrie l’auteur. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la Bête ; c’est le nombre d’un homme[142]. Ce nombre est 666. » Effectivement, si l’on additionne ensemble les lettres du nom de Néron, transcrit en hébreu, [143]קסר נרון (Νέρων Καῖσαρ), selon leur valeur numérique, on obtient le nombre 666[144]. Nérôn Késar était bien le nom par lequel les chrétiens d’Asie désignaient le monstre ; les monnaies d’Asie portent comme légende : ΝΕΡΩΝ. ΚΑΙΣΑΡ[145]. Ces sortes de calculs étaient familiers aux juifs, et constituaient un jeu cabbalistique qu’ils appelaient ghematria[146] ; les Grecs d’Asie n’y étaient pas non plus étrangers[147] ; au IIe siècle, les gnostiques en raffolèrent[148].

Ainsi l’empereur qui était représenté par la tête frappée à mort, mais non tuée (l’auteur lui-même nous l’apprend), est Néron[149], Néron qui, selon une opinion populaire très-répandue en Asie, vivait encore. Cela est hors de doute. Mais qu’est-ce que la seconde bête, cet agent de Néron, qui a les façons d’un juif pieux et le langage de Satan[150], qui est l’alter ego de Néron, travaille pour le profit de ce dernier, opère des miracles et va jusqu’à faire parler une statue de Néron, persécute les juifs fidèles qui ne veulent pas rendre à Néron les mêmes honneurs que les païens, ni porter la marque d’affiliation à son parti, leur rend la vie impossible, et leur interdit les actes les plus essentiels, vendre et acheter ? Certaines particularités s’appliqueraient à un fonctionnaire juif, tel que Tibère Alexandre, dévoué aux Romains et tenu par ses compatriotes pour un apostat. Le seul fait de payer l’impôt à l’empire pouvait être appelé « une adoration de la Bête », le tribut aux yeux des juifs ayant un caractère d’offrande religieuse, et impliquant un culte envers le souverain[151]. Le signe ou caractère de la Bête (Νέρων Καῖσαρ), qu’il faut porter sur soi pour jouir du droit commun, pourrait être soit le brevet de cité romaine, sans lequel en certains pays la vie était difficile, et qui pour les juifs exaltés constituait le crime d’association à une œuvre de Satan ; soit la monnaie à l’effigie de Néron, monnaie tenue par les Juifs révoltés pour exécrable, à cause des images et des inscriptions blasphématoires qui s’y trouvaient, si bien qu’ils se hâtèrent, dès qu’ils furent libres à Jérusalem, d’y substituer une monnaie orthodoxe. Le partisan des Romains dont il s’agit, en maintenant l’argent au type de Néron comme ayant cours forcé dans les transactions[152], put paraître avoir fait une énormité ; la monnaie au type de Néron devait couvrir le marché, et ceux qui, par scrupule religieux, refusaient d’y toucher étaient mis comme hors la loi.

Le proconsul d’Asie à ce moment était Fonteius Agrippa, fonctionnaire sérieux[153], à qui il nous est interdit de penser pour sortir de notre embarras. Un grand prêtre d’Asie, zélateur du culte de Rome et d’Auguste[154], et usant pour vexer les juifs et les chrétiens de la délégation du pouvoir civil qui lui était faite, répondrait à quelques-unes des exigences du problème. Mais les traits qui présentent la seconde bête comme un séducteur et un thaumaturge ne conviennent pas à un tel personnage. Ces traits font songer à un faux prophète, à un enchanteur, notamment à Simon le Magicien[155], imitateur du Christ[156], devenu dans la légende le flatteur, le parasite et le prestidigitateur de Néron[157], ou à Balbillus d’Ephèse[158], ou à l’Antechrist dont parle obscurément Paul dans la deuxième épître aux Thessaloniciens[159]. Il est probable que le personnage visé ici par l’auteur de l’Apocalypse est quelque imposteur d’Éphèse, partisan de Néron, peut-être un agent du faux Néron ou le faux Néron lui-même. Le même personnage, en effet, est plus loin[160] appelé « le Faux Prophète », en ce sens qu’il est le prôneur d’un faux dieu[161], qui est Néron. Il faut tenir compte de l’importance qu’ont à cette époque les mages, les chaldéens, les « mathématiciens », pestes dont Éphèse était le foyer principal. Qu’on se rappelle aussi que Néron rêva un moment « le royaume de Jérusalem » ; qu’il fut très-mêlé au mouvement astrologique de son temps[162], et que, presque seul des empereurs, il fut adoré de son vivant[163], ce qui était le signe de l’Antechrist[164]. Pendant son voyage de Grèce, en particulier, l’adulation de l’Achaïe et de l’Asie dépassa tout ce qu’il est possible d’imaginer. Enfin, qu’on n’oublie pas la gravité qu’eut en Asie et dans les îles de l’Archipel le mouvement du faux Néron[165]. La circonstance que la seconde bête sort de la terre, et non comme la première de la mer, montre que l’incident dont il s’agit eut lieu en Asie ou en Judée, non à Rome. Tout cela ne suffit pas pour lever les obscurités de cette vision, qui eut sans doute dans l’esprit de l’auteur la même précision matérielle que les autres, mais qui, se rapportant à un fait provincial que les historiens n’ont pas mentionné, et qui n’eut d’importance que dans les impressions personnelles du Voyant, reste pour nous une énigme.

Au milieu de flots de colère apparaît maintenant un îlot de verdure[166]. Au plus fort des affreuses luttes des derniers jours, il y aura un lieu de rafraîchissement : c’est l’Église, la petite famille de Jésus. Le prophète voit, reposant sur le mont Sion, les cent quarante-quatre mille rachetés de la terre entière, portant le nom de Dieu écrit sur leur front. L’Agneau repose paisible au milieu d’eux. Des accords célestes de harpes descendent sur l’assemblée ; les musiciens chantent un cantique nouveau, que nul autre que les cent quarante-quatre mille élus ne peut répéter. La chasteté est le signe de ces bienheureux ; tous sont vierges, sans souillure ; leur bouche n’a jamais proféré de mensonge[167] ; aussi suivent-ils l’Agneau partout où il va, comme prémices de la terre et noyau du monde futur.

Après cette rapide échappée sur un asile de paix et d’innocence, l’auteur revient à ses visions terribles. Trois anges traversent rapidement le ciel. Le premier vole au zénith tenant l’Évangile éternel. Il proclame à la face de toutes les nations la doctrine nouvelle, et annonce le jour du jugement. Le second ange célèbre par avance la destruction de Rome : « Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone[168], qui a enivré toutes les nations du vin de feu de sa fornication[169]. » Le troisième ange défend d’adorer la Bête et l’image de la Bête faite par le Faux Prophète : « Ceux qui adoreront la Bête ou son image, qui prendront le caractère de la Bête sur leur front ou sur leur main, boiront du vin brûlant de Dieu, du vin pur apprêté dans la coupe de sa colère[170] ; et ils seront tourmentés dans le feu et le soufre devant les anges et devant l’Agneau ; et la fumée de leurs tourments monte dans les siècles des siècles, et ils n’ont de repos ni nuit ni jour[171], ceux qui adorent la Bête ou son image, et qui prennent sur eux le signe de son nom. C’est ici que brille la patience des saints, qui gardent les préceptes de Dieu[172] et la foi de Jésus. » Pour rassurer les fidèles sur un doute qui les tourmentait quelquefois relativement au sort des frères qui mouraient chaque jour[173], une voix ordonne au prophète d’écrire : « Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’Esprit, ils vont se reposer de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent[174]. »

Les images du grand jugement se pressent dans l’imagination ardente du Voyant. Un nuage blanc passe au ciel ; sur ce nuage est assis comme un Fils de l’homme (un ange semblable au Messie)[175], ayant sur sa tête une couronne d’or et dans sa main une faux aiguë[176]. La moisson de la terre est mûre. Le Fils de l’homme lance sa faux, et la terre est moissonnée. Un autre ange procède à la vendange[177] ; il jette tout dans la grande cuve de la colère de Dieu[178] ; la cuve est foulée aux pieds hors de la ville[179] ; le sang qui en sort monte jusqu’à la hauteur des freins des chevaux, sur un espace de seize cents stades.

Après ces divers épisodes, une cérémonie céleste, analogue aux deux mystères de l’ouverture des sceaux et des trompettes, se déroule devant le Voyant[180]. Sept anges sont chargés de frapper la terre des sept dernières plaies, par lesquelles se consomme la colère de Dieu. Mais d’avance nous sommes rassurés en ce qui touche le sort des élus : sur une vaste mer cristalline mêlée de feu, on reconnaît les vainqueurs de la Bête, c’est-à-dire ceux qui ont refusé d’adorer son image et le chiffre de son nom, tenant entre leurs mains les harpes de Dieu, chantant le cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge et le cantique de l’Agneau. La porte du tabernacle céleste s’ouvre, et l’on en voit sortir les sept anges, vêtus de lin et ceints sur la poitrine de ceintures d’or[181]. Un des quatre animaux leur donne sept coupes d’or, pleines jusqu’au bord de la colère de Dieu[182]. Le temple alors se remplit de la fumée de la majesté divine, et personne n’y peut entrer jusqu’à la fin du jeu des sept coupes[183].

Le premier ange[184] verse sa coupe sur la terre, et un ulcère pernicieux frappe tous les hommes qui portent le caractère de la Bête, et qui adorent son image.

Le deuxième verse sa coupe dans la mer, et la mer est changée en sang, et tous les animaux qui vivent dans son sein meurent.

Le troisième ange verse sa coupe sur les fleuves et sur les sources, et elles sont changées en sang. L’ange des eaux ne se plaint pas de la perte de son élément ; il dit : « Tu es juste, Seigneur, être saint, qui es et qui étais ; ce que tu viens de faire est équitable. Ils ont versé le sang des saints et des prophètes, et tu leur as donné du sang à boire ; ils en sont dignes. » L’autel dit de son côté : « Oui, Seigneur Dieu tout-puissant, tes jugements sont vrais et justes[185]. »

Le quatrième ange verse sa coupe sur le soleil, et le soleil brûle les hommes comme un feu. Les hommes, loin de faire pénitence, blasphèment Dieu, qui a le pouvoir de frapper de telles plaies.

Le cinquième ange verse sa coupe sur le trône de la Bête (la ville de Rome), et tout le royaume de la Bête (l’empire romain) est plongé dans les ténèbres. Les hommes se broient la langue de douleur[186] ; au lieu de se repentir, ils insultent le Dieu du ciel.

Le sixième ange verse sa coupe dans l’Euphrate, qui se dessèche sur-le-champ, pour préparer la voie aux rois venant de l’Orient[187]. Alors, de la bouche du Dragon (Satan), de la bouche de la Bête (Néron), et de la bouche du Faux Prophète (?), sortent trois esprits impurs semblables à des grenouilles[188]. Ce sont des esprits de démons, faisant des miracles. Ces trois esprits vont trouver les rois de toute la terre, et les rassemblent pour la bataille du grand jour de Dieu. (« J’arrive comme un voleur, s’écrie au milieu de tout cela la voix de Jésus[189]. Heureux celui qui veille et qui garde ses vêtements, de peur qu’il ne soit réduit à courir nu et qu’on ne voie sa honte ! ») Ils les rassemblent, dis-je, dans le lieu qui est appelé en hébreu Harmagédon. — La pensée générale de tout ce symbolisme est assez claire. Nous avons déjà trouvé chez le Voyant l’opinion adoptée universellement dans la province d’Asie, que Néron, après s’être échappé de la villa de Phaon, s’était réfugié chez les Parthes, et que de là il allait revenir pour écraser ses ennemis. On croyait, non sans motifs apparents[190], que les princes parthes, amis de Néron durant son règne, le soutenaient encore, et le fait est que la cour des Arsacides fut durant plus de vingt ans le refuge des faux Nérons[191]. Tout cela paraît à l’auteur de l’Apocalypse un plan infernal[192], conçu entre Satan, Néron et ce conseiller de Néron qui a déjà figuré sous la forme de la seconde bête. Ces créatures damnées sont occupées à former en Orient une ligue, dont l’armée passera bientôt l’Euphrate et écrasera l’empire romain. Quant à l’énigme particulière du nom de Harmagédon, elle est pour nous indéchiffrable[193].

Le septième ange verse sa coupe dans l’air ; un cri sort de l’autel : « C’en est fait ! » Et il y eut des éclairs, des voix, des tonnerres, un tremblement de terre comme jamais on n’en vit, par suite duquel la grande ville (Jérusalem[194]) se brise en trois morceaux ; et les villes des nations s’écroulent, et la grande Babylone (Rome) revient en mémoire devant Dieu, qui se prépare enfin à lui faire boire la coupe du vin de sa colère. Les îles fuient, les montagnes disparaissent ; des grêlons du poids d’un talent tombent sur les hommes, et les hommes blasphèment à cause de ce fléau.

Le cycle des préludes est achevé ; il ne reste plus qu’à voir se dérouler le jugement de Dieu. Le Voyant nous fait d’abord assister au jugement du plus grand de tous les coupables, la ville de Rome[195]. Un des sept anges qui ont versé les coupes s’approche de Jean et lui dit : « Viens, et je vais te montrer le jugement de la grande courtisane qui est assise sur de grandes eaux[196], avec laquelle ont forniqué les rois de la terre[197], et qui a enivré le monde du vin de sa fornication. » Jean voit alors une femme assise sur une bête toute semblable à celle qui, sortie de la mer, figurait par son ensemble l’empire romain, par une de ses têtes, Néron. La bête est écarlate, couverte de noms de blasphème ; elle a sept têtes et dix cornes. La prostituée porte le costume de sa profession ; vêtue de pourpre, couverte d’or, de perles et de pierres précieuses, elle tient à la main une coupe pleine des abominations et des impuretés de sa fornication. Et sur son front est écrit un nom, un mystère : « La grande Babylone, la mère des prostituées et des abominations de la terre. »


Et je vis la femme enivrée du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. Et j’étais frappé d’un étonnement extrême. Et l’ange me dit : « Pourquoi t’étonnes-tu ? Je vais te dire ce que signifient et la femme et la bête qui la porte. La bête que tu as vue était et n’est plus, et elle doit remonter de l’abîme[198], puis aller à la perdition ; et les habitants de la terre dont le nom n’est pas écrit dans le livre de vie depuis le commencement du monde seront frappés de stupeur en voyant reparue la bête qui avait été et qui n’était plus. C’est ici qu’il faut un esprit intelligent ! Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. Elles représentent aussi sept rois : cinq de ces rois sont tombés, un d’eux règne actuellement, l’autre n’est pas encore venu, et, quand il viendra, il durera peu de temps[199]. Quant à la bête qui était et qui n’est plus, elle est le huitième roi, et en même temps elle fait partie des sept rois, et elle va droit à la perdition. Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois, qui n’ont pas reçu précisément la royauté, mais qui reçoivent pour une heure un pouvoir égal à celui des rois et l’exercent conjointement avec la Bête. Ces dix rois n’ont tous qu’un même avis, et ils font hommage de leur puissance à la Bête. Ils combattront contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra ; car il est le seigneur des seigneurs et le roi des rois, et ceux qui ont été appelés et élus avec lui, ses fidèles enfin, les vaincront aussi. » Et il ajouta : « Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la courtisane est assise, sont les peuples et les nations et les races et les langues. Et les dix cornes que tu as vues, ainsi que la Bête elle-même[200], poursuivront de leur haine la courtisane, et la rendront déserte et nue, et ils mangeront ses chairs[201], et ils la brûleront ; car Dieu leur a mis au cœur, pour accomplir sa volonté, de suivre une pensée unique[202] et de donner leur royaume à la Bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu soient accomplies. Et la femme que tu as vue est la grande ville qui exerce la royauté sur les rois de la terre. »


Voilà qui est clair. La courtisane, c’est Rome, qui a corrompu le monde[203], qui a employé son pouvoir à propager et à fortifier l’idolâtrie[204], qui a persécuté les saints, qui a fait couler à flots le sang des martyrs. La Bête, c’est Néron, que l’on a cru mort, qui reviendra, mais dont le second règne sera éphémère et suivi d’une ruine définitive. Les sept têtes ont deux sens : elles sont les sept collines sur lesquelles Rome est assise ; mais elles sont surtout les sept empereurs : Jules César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba[205]. Les cinq premiers sont morts ; Galba règne pour le moment ; mais il est vieux et faible ; il tombera bientôt. Le sixième, Néron, qui est à la fois la Bête et un des sept rois[206], n’est pas mort en réalité ; il régnera encore, mais peu de temps[207], sera ainsi le huitième roi, puis périra. Quant aux dix cornes, ce sont les proconsuls et les légats impériaux des dix provinces principales, qui ne sont pas de vrais rois[208], mais qui reçoivent de l’empereur leur pouvoir pour un temps limité[209], gouvernent conformément à une seule pensée, celle qui leur vient de Rome, et sont pleinement soumis à l’empire, dont ils tiennent leur pouvoir. Ces rois partiels sont tout aussi malveillants pour les chrétiens que Néron lui-même[210]. Représentants d’intérêts provinciaux, ils humilieront Rome, lui enlèveront le droit de disposer de l’empire, dont elle a joui jusque-là[211], la maltraiteront, y mettront le feu, se partageront ses débris[212]. Cependant Dieu ne veut pas encore le démembrement de l’empire ; il inspire aux généraux commandants des armées de province, et à tous ces personnages qui eurent tour à tour le sort de l’empire entre leurs mains (Vindex, Verginius, Nymphidius Sabinus, Galba, Macer, Capiton, Othon, Vitellius, Mucien, Vespasien), de se mettre d’accord pour reconstituer l’empire, et, au lieu de s’établir en souverains indépendants, ce qui semblait à l’auteur juif le parti le plus naturel, de faire hommage de leur royauté à la Bête[213].

On voit à quel point le pamphlet du chef des Églises d’Asie entre dans le vif d’une situation qui, pour des imaginations aussi faciles à frapper que celles des Juifs, devait sembler étrange ; en effet, Néron, par sa scélératesse et sa folie d’un genre à part, avait jeté la raison hors des gonds. L’empire, à sa mort, se trouva comme en déshérence. Après l’assassinat de Caligula, il y avait encore un parti républicain ; en outre, la famille adoptive d’Auguste avait tout son prestige ; après l’assassinat de Néron, il n’y avait presque plus de parti républicain, et la famille d’Auguste était finie. L’empire se trouva entre les mains des huit ou dix généraux qui exerçaient de grands commandements. L’auteur de l’Apocalypse, ne comprenant rien à la chose romaine, s’étonne que ces dix chefs, qui lui paraissent des rois, ne se soient pas déclarés indépendants, qu’ils aient formé un concert[214], et il attribue ce résultat à une action de la volonté divine[215]. Il est évident que les Juifs d’Orient, pressés par les Romains depuis deux ans, et qui se sentaient mollement serrés depuis juillet 68, parce que Mucien et Vespasien étaient absorbés par les affaires générales, crurent que l’empire allait se dissoudre, et triomphèrent un moment. Ce n’était pas là une vue aussi superficielle qu’on pourrait le croire. Tacite, entamant le récit des événements de l’année au seuil de laquelle fut écrite l’Apocalypse, l’appelle annum reipublicæ prope supremum[216]. Ce fut pour les Juifs un grand étonnement, quand ils virent les « dix rois » revenir « à la Bête » (à l’unité de l’empire), et mettre leurs royautés à ses pieds. Ils avaient espéré que la conséquence de l’indépendance des « dix rois » serait la ruine de Rome ; antipathiques à une grande organisation centrale de l’État, ils pensaient que les proconsuls et les légats haïssaient Rome, et, les jugeant d’après eux-mêmes, ils supposaient que ces chefs puissants agiraient comme des satrapes, ou bien comme des Hyrcans, des Jannées, rois exterminateurs de leurs ennemis. Ils savourèrent au moins, en provinciaux haineux, la grande humiliation que la ville reine du monde éprouva, quand le droit de faire les souverains passa aux provinces, et que Rome reçut dans ses murs des maîtres qu’elle n’avait pas acclamés la première.

Quelle fut la relation de l’Apocalypse avec l’épisode singulier du faux Néron, qui, juste au moment où écrivait le Voyant de Patmos, remplissait d’émotion l’Asie et les îles de l’Archipel[217] ? Une telle coïncidence assurément est des plus singulières. Cythnos et Patmos ne sont qu’à une quarantaine de lieues l’une de l’autre, et les nouvelles circulent vite dans l’Archipel. Les jours où écrivait le prophète chrétien furent ceux où l’on parla le plus de l’imposteur, salué par les uns avec enthousiasme, entrevu par les autres avec terreur. Nous avons montré qu’il s’établit à Cythnos en janvier 69, ou peut-être en décembre 68. Le centurion Sisenna, qui toucha à Cythnos, dans les premiers jours de février, venant d’Orient et portant aux prétoriens de Rome des gages d’accord de la part de l’armée de Syrie, eut beaucoup de peine à lui échapper. Très-peu de jours après, Calpurnius Asprénas, qui avait reçu de Galba le gouvernement de la Galatie et de la Pamphylie, et qu’accompagnaient deux galères de la flotte de Misène, arrive à Cythnos. Des émissaires du prétendant essayèrent sur les commandants des navires l’effet magique du nom de Néron ; le fourbe, affectant un air triste, fit appel à la fidélité de ceux qui furent autrefois « ses soldats ». Il les priait au moins de le jeter en Syrie ou en Égypte, pays sur lesquels il fondait ses espérances. Les commandants, soit par ruse, soit qu’ils fussent ébranlés, demandèrent du temps. Asprénas, ayant tout appris, enleva l’imposteur par surprise et le fit tuer. Son corps fut promené en Asie, puis porté à Rome, afin de réfuter ceux de ses partisans qui auraient voulu élever des doutes sur sa mort[218]. Serait-ce à ce malheureux que feraient allusion les mots : « la Bête que tu vois était et n’est plus, et elle va sortir de l’abîme, et elle court à sa perte ;… l’autre roi n’est pas encore venu, et, quand il sera venu, il durera peu[219] » ? Cela est possible. Le monstre s’élevant de l’abîme serait une vive image du pouvoir éphémère que le sagace écrivain voyait sortir de la mer à l’horizon de Patmos. On ne saurait se prononcer là-dessus avec certitude, car l’opinion que Néron était chez les Parthes suffit pour tout expliquer ; mais cette opinion n’excluait pas la croyance au faux Néron de Cythnos, puisqu’on pouvait supposer que l’apparition de celui-ci était bien le retour du monstre, coïncidant avec le passage de l’Euphrate par ses alliés d’Orient[220]. En tout cas, il nous paraît impossible que ces lignes aient été écrites après le meurtre du faux Néron par Asprénas. La vue du cadavre de l’imposteur, promené de ville en ville, la contemplation de ses traits éteints par la mort, eussent parlé trop évidemment contre les appréhensions du retour de la Bête, dont l’auteur est possédé[221]. Nous admettons donc volontiers que Jean, dans l’île de Patmos, eut connaissance des événements de l’île de Cythnos[222], et que l’effet produit sur lui par ces rumeurs étranges fut la cause principale de la lettre qu’il écrivit aux Églises d’Asie, pour leur apprendre la grande nouvelle de Néron ressuscité.

Interprétant les événements politiques au gré de sa haine, l’auteur, en juif fanatique, a prédit que les commandants de province, qu’il croit pleins de rancune contre Rome, et jusqu’à un certain point d’accord avec Néron, ravageront la ville, la brûleront. Prenant maintenant le fait pour accompli, il chante la ruine de son ennemie[223]. Il n’a pour cela qu’à copier les déclamations des anciens prophètes contre Babylone, contre Tyr[224]. Israël a jalonné l’histoire de ses malédictions : à tous les grands États profanes il a dit : « Heureux qui te rendra le mal que tu nous as fait ! » Un ange brillant descend du ciel, et, d’une voix formidable : « Tombée, tombée, dit-il, est la grande Babylone, et elle n’est plus qu’une demeure de démons[225], un séjour d’esprits impurs, un refuge d’oiseaux immondes, parce que toutes les nations ont bu du vin de sa fornication, et que les rois de la terre se sont souillés avec elle, et que les marchands de la terre se sont enrichis de son opulence. » Une autre voix du ciel se fait entendre :


Sortez d’elle, vous qui êtes mon peuple, de peur de vous rendre complices de ses crimes et d’être atteints par les plaies qui vont la frapper. Ses abominations sont arrivées jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses iniquités. Rendez-lui ce qu’elle a fait aux autres ; payez-la au double de ses œuvres ; versez-lui le double de la coupe qu’elle a versée aux autres. Autant elle a eu de gloire et de bien-être, autant donnez-lui de tourment et d’affliction. « Je suis assise en reine, disait-elle en son cœur ; je ne connaîtrai jamais le deuil. » Voilà pourquoi ses châtiments viendront tous en un même jour, mort, désolation, famine, incendie ; car puissant est le Dieu qui la juge. Et l’on verra pleurer sur elle les rois de la terre qui ont participé à ses impuretés et à ses débauches[226]. À la vue de la fumée de son embrasement : « Malheur ! malheur ! » diront ses compagnons de débauche, se tenant à distance frappés de terreur. « Quoi ! la grande, la puissante Babylone !… En une heure est venu son jugement !… » Et les marchands de la terre se lamenteront ; car personne n’achète plus leurs marchandises. Objets d’or et d’argent, pierres précieuses, perles, fin lin, pourpre, soie, écarlate, buis de thuia, ivoire, airain, fer, marbre, cinname, amome, parfums, huiles aromatiques, encens, vin, huile, fleur de farine, froment, bétail, brebis, chevaux, chars, corps[227] et âmes d’hommes ;… les marchands de toutes ces choses, qui s’étaient enrichis d’elle, se tenant à distance par crainte de ses tourments : « Malheur ! malheur ! diront-ils. Quoi ! c’est là cette grande ville qui était vêtue d’écarlate, de pourpre, de fin lin, qui était décorée d’or, de pierres précieuses et de perles ! En une heure ont péri tant de richesses ! » Et les marins qui venaient vers elle, et tous ceux qui trafiquent de la mer, s’arrêtant à distance, à la vue de la fumée de son incendie, jettent de la poussière sur leur tête, se répandent en cris, en pleurs et en lamentations : « Malheur ! malheur ! disent-ils. La grande ville qui enrichissait de ses trésors tous ceux qui avaient des vaisseaux sur la mer, voilà qu’en une heure elle a été changée en désert. »

Réjouis-toi de sa ruine, ô ciel ; réjouissez-vous, saints, apôtres et prophètes ; car Dieu a jugé votre cause et vous a vengés d’elle.


Alors un ange d’une force extraordinaire saisit une pierre grosse comme une meule, et la lance dans la mer, disant :


Ainsi sera précipitée Babylone, la grande ville, et on ne retrouvera plus sa trace ; et la voix des joueurs de cithare et des musiciens, le son de la flûte et de la trompette ne résonneront plus dans ses murs ; les métiers se tairont, et la meule sera muette ; la lumière de la lampe ne brillera plus, et la voix du fiancé et celle de la fiancée[228] ne se feront plus entendre. Car ses marchands étaient les grands de la terre[229], et ce sont ses philtres qui ont égaré toutes les nations. Et à son compte a été trouvé le sang des prophètes et des saints et de tous ceux qui ont été égorgés sur la terre.


La ruine de cette ennemie capitale du peuple de Dieu est l’objet d’une grande fête dans le ciel[230]. Une voix comme celle d’une multitude innombrable se fait entendre et crie : « Alleluia ! Salut, gloire, puissance à notre Dieu ; car ses jugements sont justes, et il a jugé la grande courtisane, qui a corrompu la terre par sa prostitution, et il a vengé le sang de ses serviteurs versé par elle. » Et un autre chœur répond : « Alleluia ! la fumée de son incendie monte dans les siècles des siècles. » Alors les vingt-quatre vieillards et les quatre monstres se prosternent et adorent Dieu, assis sur le trône, disant : Amen ! alleluia ! Une voix sort du trône, chantant le Psaume inaugural du royaume nouveau : « Louez notre Dieu, vous tous qui êtes ses serviteurs et qui le craignez, petits et grands[231]. » Une voix comme celle d’une foule, ou comme celle des grandes eaux, ou comme le bruit d’un fort tonnerre, répond : « Alleluia ! C’est maintenant que règne le Seigneur Dieu tout-puissant. Réjouissons-nous et livrons-nous à l’allégresse, et rendons-lui gloire ; car voici l’heure des noces de l’Agneau[232] : la toilette de la fiancée[233] est prête ; il lui a été donné de revêtir une robe de fin lin d’un éclat doux et pur. » (Le fin lin, ajoute l’auteur, ce sont les actes de vertu des saints.)

Délivrée, en effet, de la présence de la grande prostituée (Rome), la terre est mûre pour l’hymen céleste, pour le règne du Messie. L’ange dit au Voyant : « Écris : Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau ! » Alors le ciel s’ouvre, et Christ, appelé ici pour la première fois de son nom mystique, « le Verbe de Dieu[234] », apparaît en vainqueur[235], monté sur un cheval blanc. Il vient fouler le pressoir du vin de la colère de Dieu, inaugurer pour les païens le règne du sceptre de fer. Ses yeux étincellent. Ses habits sont teints de sang ; il porte sur sa tête plusieurs couronnes, avec une inscription en caractères mystérieux[236]. De sa bouche sort une épée aiguë, pour frapper les gentils ; sur sa cuisse est écrit son titre : Roi des rois, seigneur des seigneurs. Toute l’armée du ciel le suit sur des chevaux blancs, revêtue de fin lin. On s’attend à un triomphe pacifique ; mais il n’en est pas temps encore. Quoique Rome soit détruite, le monde romain, représenté par Néron l’Antechrist, n’est pas anéanti. Un ange debout sur le soleil crie d’une voix forte à tous les oiseaux qui volent au zénith : « Venez, assemblez-vous pour le grand festin de Dieu ; venez manger la chair des rois, et la chair des tribuns, et la chair des forts, et la chair des chevaux et de leurs cavaliers, et la chair des hommes libres et des esclaves, des grands et des petits[237]. » Le prophète voit alors la Bête (Néron) et les rois de la terre (les généraux de province, presque indépendants) et leurs armées, réunis pour faire la guerre à celui qui est assis sur le cheval. Et la Bête (Néron) est saisie et avec elle le Faux Prophète[238] qui faisait des miracles devant elle ; tous deux sont jetés vivants dans l’étang sulfureux qui brûle éternellement[239]. Leurs armées sont exterminées par le glaive qui sort de la bouche de celui qui est assis sur le cheval, et les oiseaux sont rassasiés de la chair des morts.

Les armées romaines, le grand instrument de la puissance de Satan, sont vaincues ; Néron l’Antechrist, leur dernier chef, est enfermé en enfer ; mais le Dragon, le Serpent antique, Satan existe encore. Nous avons vu comment il fut jeté du ciel sur la terre[240] ; il faut maintenant en délivrer la terre à son tour[241]. Un ange descend du ciel, tenant la clef de l’abîme et ayant à la main une grande chaîne. Il saisit le Dragon, le lie pour mille ans, le précipite dans l’abîme[242], ferme à clef l’ouverture du gouffre et la scelle d’un sceau[243]. Pendant mille ans, le diable restera enchaîné. Le mal moral et le mal physique, qui en est la conséquence, seront suspendus, non détruits. Satan ne peut plus séduire les peuples ; mais il n’est pas anéanti pour l’éternité.

Un tribunal est établi pour proclamer ceux qui doivent faire partie du règne de mille ans[244]. Ce règne est réservé aux martyrs. La première place y appartient aux âmes de ceux qui ont été frappés de la hache pour rendre témoignage à Jésus et à la parole de Dieu (les martyrs romains de 64) ; puis viennent ceux qui ont refusé d’adorer la Bête et son image, et qui n’ont pas reçu son caractère sur leur front ni sur leurs mains (les confesseurs d’Éphèse, dont le Voyant fait partie[245]). Les élus de ce premier royaume ressuscitent et règnent mille ans sur la terre avec le Christ. Ce n’est pas que le reste de l’humanité ait disparu, ni même que le monde entier soit devenu chrétien ; le millenium est au centre de la terre comme un petit paradis. Rome n’existe plus ; Jérusalem l’a remplacée dans son rôle de capitale du monde ; les fidèles y font un royaume de prêtres[246] ; ils servent Dieu et Christ ; il n’y a plus de grand empire profane, de pouvoir civil hostile à l’Église ; les nations viennent à Jérusalem rendre hommage au Messie, qui les maintient par la terreur. Pendant ces mille années, les morts qui n’ont pas eu part à la première résurrection ne vivent pas ; ils attendent. Les participants du premier royaume sont donc des privilégiés ; outre l’éternité dans l’infini, ils auront le millenium sur la terre avec Jésus ; aucune mort ne les atteindra plus.

Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera délivré de sa prison pour quelque temps. Le mal recommencera sur la terre. Satan déchaîné égarera de nouveau les nations, les poussera d’un bout à l’autre du monde à des guerres épouvantables ; Gog et Magog (personnifications mythiques des invasions barbares[247]) conduiront au combat des armées plus nombreuses que le sable de la mer. L’Église sera comme noyée dans ce déluge. Les barbares assiégeront le camp des saints, la cité aimée, c’est-à-dire cette Jérusalem, terrestre encore, mais toute sainte, où sont les fidèles amis de Jésus ; le feu du ciel tombera sur eux et les dévorera. Alors Satan, qui les avait séduits, sera jeté dans l’étang de soufre enflammé, où sont déjà la Bête (Néron) et le Faux Prophète (?), et où tous ces maudits vont désormais être tourmentés nuit et jour dans les siècles des siècles.

La création a maintenant accompli sa tâche ; il ne reste plus qu’à procéder au dernier jugement[248]. Un trône éclatant de lumière apparaît, et sur ce trône le juge suprême. À sa vue, le ciel et la terre s’enfuient ; il n’y a plus nulle part de place pour eux. Les morts grands et petits ressuscitent. La Mort et le Scheol rendent leurs proies ; la mer de son côté rend les noyés qui, dévorés par elle, ne sont pas descendus régulièrement dans le Scheol[249]. Tous comparaissent devant le trône. On apporte les grands livres, où est tenu le compte rigoureux des actions de chaque homme[250] ; on ouvre aussi un autre livre, le « livre de vie », où sont écits les noms des prédestinés. Alors tous sont jugés selon leurs œuvres. Ceux dont les noms ne sont pas trouvés écrits dans le livre de vie sont précipités dans l’étang de feu. La Mort et le Scheol y sont jetés également[251].

Le mal étant détruit sans retour, le règne du bien absolu va commencer[252]. La vieille terre, le vieux ciel ont disparu ; une terre nouvelle, un ciel nouveau leur succèdent[253] ; il n’y a plus de mer[254]. Cette terre, ce ciel ne sont pourtant qu’un rajeunissement de la terre actuelle, du ciel d’aujourd’hui, et de même que Jérusalem était la perle, le joyau de l’ancienne terre, de même Jérusalem sera encore le centre rayonnant de la nouvelle. L’apôtre voit cette Jérusalem nouvelle descendre du ciel d’auprès de Dieu, vêtue comme une fiancée parée pour son époux. Une grande voix sort du trône : « Voici le tabernacle où Dieu habitera avec les hommes. Les hommes seront désormais son peuple, et il sera toujours présent au milieu d’eux[255], et il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni douleur, ni cris, ni peine[256] ; car tout ce qui était a disparu. » Jéhovah prend lui-même la parole pour promulguer la loi de ce monde éternel. « C’en est fait. Voilà que je renouvelle toute chose[257]. Je suis l’Α et l’Ω, le commencement et la fin. Celui qui a soif, je le ferai boire gratuitement à la source de vie[258]. Le vainqueur possédera tous ces biens, et je serai son Dieu, et il sera mon fils[259]. Quant aux timides, aux incrédules, aux abominables, aux meurtriers, aux fornicateurs, aux auteurs de maléfices, aux idolâtres, aux menteurs, leur part sera l’étang de soufre et de feu. »

Un ange s’approche alors du Voyant, et lui dit : « Viens ; je vais te montrer la fiancée de l’Agneau. » Et il le transporte en esprit sur une montagne élevée, d’où il lui montre en détail la Jérusalem idéale[260], pénétrée et revêtue de la gloire de Dieu. Son éclat est celui d’un jaspe cristallin. Sa forme est celle d’un carré parfait[261] de trois mille stades de côté, orienté selon les quatre vents du ciel et entouré d’un mur haut de cent quarante-quatre coudées, percé de douze portes. À chaque porte veille un ange, et au-dessus est écrit le nom d’une des douze tribus d’Israël. Le soubassement du mur a douze assises de pierres ; sur chacune des assises resplendit le nom d’un des douze apôtres de l’Agneau[262]. Chacun de ces lits superposés est orné de pierres précieuses[263], le premier de jaspe, le second de saphir, le troisième de calcédoine, le quatrième d’émeraude, le cinquième de sardoine, le sixième de cornaline, le septième de chrysolithe, le huitième d’aigue-marine, le neuvième de topaze, le dixième de chrysoprase, le onzième d’hyacinthe, le douzième d’améthyste. Le mur lui-même est de jaspe ; la ville est d’un or pur semblable à un verre transparent ; les portes sont composées d’une seule grosse perle[264]. Il n’y a pas de temple dans la ville ; car Dieu lui-même lui sert de temple, ainsi que l’Agneau. Le trône que le prophète, au début de sa révélation, a vu dans le ciel est maintenant au milieu de la ville, c’est-à-dire au centre d’une humanité régénérée et harmoniquement organisée. Sur ce trône sont assis Dieu et l’Agneau. Du pied du trône sort le fleuve de vie, brillant et transparent comme le cristal, qui traverse la grande rue de la ville[265] ; sur ses bords fleurit l’arbre de vie[266], qui pousse douze espèces de fruits, une espèce pour chaque mois ; ces fruits paraissent réservés aux Israélites ; les feuilles ont des vertus médicinales pour la guérison des gentils. La ville n’a besoin ni de soleil ni de lune pour l’éclairer[267] ; car la gloire de Dieu l’éclaire, et son lustre est l’Agneau. Les nations marcheront à sa lumière[268] ; les rois de la terre lui feront hommage de leur gloire, et ses portes ne se fermeront ni jour ni nuit, tant sera grande l’affluence de ceux qui viendront y porter leur tribut. Rien d’impur, rien de souillé n’y entrera[269] ; seuls ceux qui seront inscrits au livre de vie de l’Agneau y trouveront place. Il n’existera plus de division religieuse ni d’anathème[270] ; le culte pur de Dieu et de l’Agneau ralliera tout le monde. À chaque heure, ses serviteurs jouiront de sa vue, et son nom sera écrit sur leurs fronts. Ce règne du bien durera dans les siècles des siècles.

  1. Apoc., c. iv.
  2. Tous les traits de la description de la majesté divine sont empruntes à Ézéchiel, i et x. Comp. Dan., vii, 9 et suiv.
  3. Le chiffre 24 est emprunté aux classes de prêtres qui desservaient le sanctuaire. I Chron., xxvi. Comp. Isaïe, xxiv, 23, Ps. lxxxix, 8 ; Tanhuma, sections schemini et kedoschim.
  4. Cf. Isaïe, xi, 2.
  5. Ézéch., i ; Isaïe, vi.
  6. Ézéch., i, 18 ; x, 12.
  7. Comp. Hebr., i, 4 et suiv., 14.
  8. Apoc., v, 11 ; vii, 11. Comp. Dan., vii, 10 ; Ps. lxviii, 18.
  9. Exode, xxiv, 10 ; Ézéchiel, i, 22 et suiv.
  10. Cf. Isaïe, vi, 3.
  11. Apoc., c. v.
  12. Cf. Ézéchiel, ii, 10.
  13. Jean, i, 29, 30 ; I Petri, i, 19 ; Act., viii, 32. Comp. Jérémie, xi, 19 ; Isaïe, liii, 7.
  14. Cf. Daniel, vii, 20 et suiv. La corne, dans la vieille poésie hébraïque, est toujours le symbole de la force.
  15. Comp. Apoc., viii, 3 et suiv. ; Ps. cxli, 2 : Ézéch., viii, 11 ; Tobie, xii, 12 ; Luc, i, 10.
  16. La découverte du manuscrit Sinaïticus a confirmé la leçon de l’Alexandrinus, et prouvé que ἡμᾶς du texte reçu est une correction.
  17. Le Sinaïticus a βασιλεύσουσιν.
  18. Cf. vii, 12.
  19. Comparez l’Épître aux Hébreux, ci-dessus, p. 213.
  20. Apoc., c. vi.
  21. Comp. l’Assomption de Moïse, dans Hilgenfeld, Nov. Test. extra can., I, p. 113-114.
  22. Le cheval blanc est le symbole de la victoire et du triomphe. Iliade, X, 437 ; Plutarque, Camille, 7 ; Virg., Æneid., III, 538, et Servius sur ce vers.
  23. Comp. Zacharie, i, 7-17, et vi, 1-8 ; Jérémie, xxi, 9 ; xxxii, 36 ; IV d’Esdras, v, 6 et suiv. ; vi, 22 et suiv., ix, 3 (Vulg.).
  24. Ἀρχὴ ὠδίνων. Matth., xxiv, 8 ; Marc, xiii, 9.
  25. Le chœnix de blé était la ration journalière d’un homme. Thes, de H. Étienne, au mot χοῖνιξ. Le denier était le salaire d’un journalier. Matth., xx, 2 ; Tacite, Annales, I, 17. Le prix ordinaire du chœnix de froment était bien moins élevé. Cic., In Verrem, III, 81.
  26. Comp. Suétone, Domitien, 7.
  27. Matthieu, xxiv, 7 ; Marc, xiii, 7.
  28. Voir ci-dessus, p. 328.
  29. Comp. Ezech., xiv, 21 ; Matth., xxiv, 6-8 ; Marc, xiii, 8-9. Dans les Évangiles, λοιμός paraît, comme dans l’Apocalypse, rejeté au second plan.
  30. Des imaginations analogues avaient cours, même en dehors du cercle chrétien. Dion Cassius, LXIII, 28 : αἱ τῶν πεφονευμένων ὑπ’αὐτοῦ ψυχαί. Apoc., vi, 9 : τάς ψυχὰς τῶν ἐσφαγμένων.
  31. Toute la description de la catastrophe finale est composée de traits empruntés à Isaïe, ii, 10, 19 ; xxxiv, 4 ; l, 3 ; lxiii, 4 ; Ézéchiel, xxxii, 7-8 ; Joël, iii, 4 ; Osée, x, 8 ; Nahum, i, 6 ; Malachie, iii, 2. Les anciens prophètes croyaient que le jugement de Dieu, même s’exerçant sur un peuple isolé, était accompagné de phénomènes naturels (Joël, i, 15 ; ii, 1 et suiv.). Comp. Matth., xxiv, 7, 29 ; Marc, xiii, 8, 24 ; Luc, xxi, 11, 25-26 ; xxiii, 30.
  32. Matth., xxiv, 7 ; Marc, xiii, 8 ; Luc, xxi, 1.
  33. Isaïe, xxxiv, 4.
  34. Apoc., c. vii.
  35. Cf. Zacharie, vi, 5 ; Hénoch, ch. xviii.
  36. Comp. Is., xliv, 5 ; Apoc., xiv, 1. Tous les sceaux sémitiques présentent le nom du possesseur du sceau précédé de ל. Cf. Hérodote, II, cxiii, 2 ; Ézéchiel, ix, 4. L’usage était de marquer les esclaves du nom de leur maître.
  37. Exode, xii, 13.
  38. L’opposition des cent quarante-quatre mille ἐσφραγισμένοι des douze tribus et de l’ὄχλος πολύς du verset 9 porterait à le croire. Mais l’ὄχλος πολύς est composé de martyrs (comp. vii, 9, 14), non de païens convertis. Les cent quarante-quatre mille élus paraissent au chapitre xiv comme choisis pour leur vertu dans la terre entière (οἱ ἠγορασμένοι ἀπὸ τῆς γῆς). Comp., en outre, Apoc., v, 9. La distinction des païens convertis et des judéo-chrétiens n’existe pas pour l’auteur de l’Apocalypse. Les païens qui n’ont pas préalablement adopté les règles du judaïsme sont ces disciples de Balaam pour lesquels il se montre si sévère (ch. ii et iii). Tout chrétien fait pour lui partie d’Israël et a sa capitale spirituelle à Jérusalem (xviii, 4 ; xx, 9 ; xxi, 2, 12 ; comp. Matth., xix, 28 ; Jac., i, 1). Les gentils viennent simplement, comme de bons étrangers soumis et conquis, rendre leurs hommages à Dieu dans Sion (xv, 3-4).
  39. Gal., vi, 16.
  40. L’auteur évite de nommer l’être ineffable. Les juifs plus ou moins cabbalistes se servent aussi pour désigner Dieu d’expressions comme « le Nom », « le Trône », « le Ciel ».
  41. Θλίψεως μεγάλης, mot ordinaire pour exprimer la catastrophe de l’an 64. Voir ci-dessus, p. 167, note 1, et p. 217, note 1.
  42. C’est-à-dire ils les ont teintes de sang par le martyre.
  43. Lévitique, xxvi, 11 ; Isaïe, iv, 5-6 ; Ézech., xxxvii, 27 ; Apoc., xxi, 3.
  44. Isaïe, xxv, 8 ; xlix, 10.
  45. Apoc., c. viii.
  46. Comparez la suspension analogue qui a lieu après l’ouverture du cinquième et du sixième sceau (ci-dessus, p. 388-389), et au son de la septième trompette (ci-après, p. 399-400). Voir surtout Apoc., x, 7.
  47. La même chose se remarque dans le Cantique des cantiques. Les cinq actes de ce petit drame ne se font pas suite. À chaque acte, le jeu recommence et finit. En général, la littérature hébraïque ignore tout à fait la règle de l’unité.
  48. Daniel, x, 13 ; Tobie, xii, 15 ; Luc, i, 19 ; I Thess., iv, 16.
  49. Cette idée de sons de trompe successifs, annonçant la fin des temps, se retrouve dans ἐσχάτη σάλπιγξ de I Cor., xv, 52, supposant des σάλπιγγες antérieures. C’est à tort cependant qu’on a vu une tertia tuba dans IV Esdr., v, 4 (voir Hilgenfeld). « Le jour de Jéhovah, » chez les anciens prophètes, est aussi annoncé par des trompettes (Joël, ii, 1, 15). L’origine première de cette image venait des trompettes annonçant les fêtes d’Israël. Cf. IV Esdr., vi, 23.
  50. Imité d’Ézéchiel, x.
  51. Pour cette manière de procéder par tiers, v. Zach., xiii, 8-9.
  52. Vis fulgurum non alias crebrior. Tacite, Ann., XV, 47 ; Hist., 1, 3, 18. Comp. Exode, ix, 24 ; Isaïe, xxviii, 2.
  53. Voir ci-dessus, p. 336 et 377. Comparez Exode, vii, 17 et suiv., et Jérémie, li, 25 ; Hénoch, xvii, 13.
  54. Pline, II, lxxxvii (89) ; ; IV, xii (23) ; Sénèque, Quæst. nat., II, 26 ; VI, 21 ; Dion Cassius, LX, 29 ; Aurélius Victor, De Cæs., Claude, 14 ; Philostrate, Apoll., IV, xxxiv, 4 ; Orose, VII, 6 ; Cedrenus, I, p. 197, Paris ; Ross, Reisen auf den griech. Inseln, I, 90 et suiv. Comp. Comptes rendus de l’Acad. des sciences, 19 février 1866, p. 392 et suiv.
  55. Cf. Exode, xv, 23 et suiv.
  56. Comp. Isaïe, xiv, 12 ; Daniel, viii, 10 ; Carmina sibyllina, V, 157-158.
  57. Exode, vi, 25 ; x, 21-22 ; Joël, iii, 4 ; Amos, viii, 9.
  58. Voir ci-dessus, p. 326.
  59. « Fœdum imbribus diem tonitrua et fulgura et cælestes minæ ultra solitum turbaverant. » Tac., Hist., I, 18 ; Plut., Galba, 23.
  60. Apoc., c. ix.
  61. Hénoch, xviii, 13 ; xxi, 3 ; lxxxvi ; xc, 21 (Dillmann).
  62. Séjour des démons, non des morts : Luc, viii, 31 ; Apoc., xi, 7 ; xvii, 8 ; xx, 1, 3.
  63. Cf. Gen., xix, 28.
  64. La description étrange de ces sauterelles, si l’on tient compte des procédés du style oriental, n’a rien qui ne réponde à la sauterelle ordinaire. V. Niebuhr, Descr. de l’Arabie, p. 153 (trad. franc., 1774) ; Joël, ii, 4-9. Les sauterelles à Naples s’appellent encore cavaletti. Elles y seraient fort nuisibles, si l’on ne prenait des précautions pour détruire les œufs. Cf. Pline, XI, xxix (35) ; Tite-Live, XXX, 2.
  65. אבדון, « la destruction. »
  66. Ἀπολλύων, « le destructeur. »
  67. Des traits comme ix, 10, porteraient à voir dans la nuée de sauterelles l’invasion de la cavalerie parthe ; mais c’est là le sujet de la sixième trompette, et l’habitude de l’auteur n’est pas de symboliser deux fois le même fait dans un même septénaire.
  68. Exode, x, 12 et suiv. ; Joël, ii ; Sagesse, xvi, 9.
  69. Strabon, V, iv, 6.
  70. Beulé, Le drame du Vésuve, p. 62-63.
  71. Ci-dessus, p. 329-335.
  72. « Latent quinis mensibus. » Pline, Hist. nat., IX, xxx (50). Cette imagination existe encore. Œdman, Samml. aus der Naturkunde, II, 147.
  73. Renseignement de M. S. de Luca. Les sauterelles se voient en très-grand nombre dans le cratère de la Solfatare.
  74. Voir ci-dessus, p. 318. Comp. Tacite, Hist., IV, 51 ; Jos., B. J., VI, vi, 2.
  75. Comp. Virg., Georg., I, 509.
  76. Les auteurs d’apocalypses adoptent la vieille géographie biblique, même quand cette géographie ne s’applique plus à leur temps. Voir Commodien, Instr., II, i, 15 ; Carmen, vers 884 et suiv., 900. ; S. Épiph., hær. li, 34. Comp. Daniel, vii, 6 ; Hénoch, lvi, 5-8.
  77. Apoc., c. x.
  78. Cf. Ps. xxix, 3-9. Peut-être les tonnerres des sept cieux.
  79. Daniel, viii, 26 ; xii, 4, 9.
  80. Daniel, xii, 7.
  81. Les prophètes qui, comme Isaïe, Joël, ont annoncé le « jour de Jéhovah ».
  82. Ézech., ii, 8 à iii, 3. Cf. Jérém., xv, 16.
  83. La sixième trompette semble faire exception, puisque l’invasion n’eut pas lieu ; mais il est probable que l’auteur la tenait déjà pour un fait accompli.
  84. Apoc., c. xi.
  85. Cf. Ézéchiel, xl ; Zacharie, ii.
  86. Daniel, viii, 13. Cf. Luc, xxi, 24.
  87. Une schemitta ou période de sept années est souvent prise pour unité de temps, la période jubilaire se composant de sept schemitta. Voir le livre des Jubilés, et la Chronique samaritaine publiée par M. Neubauer, Journal Asiatique, déc. 1869.
  88. vii, 25 ; ix, 27 ; xii, 7, 11. Cf. Luc, xxi, 24. Comp. τὰς ἡμέρας τῆς προφητείας αὐτῶν (Apoc., XI, 6) avec ἔτη τρία καὶ μῆνας ἕξ de Luc, iv, 25 ; Jacques, v, 17. Comp. Hénoch, x, 12 ; xci ; xciii ; sans oublier les semaines apocalyptiques des Ismaéliens, héritiers en cela de formules persanes.
  89. Zacharie, iv.
  90. II Rois, i, 10-12.
  91. Voir Apoc., xvii, 8, en comparant Daniel, vii, 7 et suiv. La leçon erronée du Codex alexandrinus, τὸ θηρίον τὸ τέταρτον ἀναϐαῖνον, s’explique par celle du Codex sinaïticus : τὸ θηρίον τότε ἀναϐαῖνον.
  92. Isaïe, i, 10 ; iii, 9 ; Jérémie, xxiii, 14 ; Ézéchiel, xvi, 48.
  93. L’Égypte est par excellence le pays ennemi du peuple de Dieu, qui l’opprime, le réduit en esclavage.
  94. Il s’agit notoirement de la Jérusalem rebelle, qui tue les prophètes. Matth., xxiii, 37.
  95. Néhémie, viii, 10, 12 ; Esther, ix, 19, 22.
  96. Cf. Ézéch., xxxvii, 10 ; II Rois, xiii, 21.
  97. Cela porte le chiffre de la population de Jérusalem à 70,000 âmes, ce qui est assez exact.
  98. Voir Vie de Jésus, 13e édit., p. 207 ; Eccli., xliv, 16 (texte grec) ; Hebr., xi, 5. Cf. Irénée, Adv. hær., IV, xvi, 2 ; V, v, 1 ; Tertullien, De anima, 50 ; Évang. de Nicodème, 25 ; Hippolyte, p. 21-22, 104, 105, édit. Lagarde ; saint Jérôme, Ep. ad Marcellam, Opp., IV, 1re partie, col. 165-166 ; André de Crète et Arétha de Césarée, ad h. l. ; Not. et extr., t. XX, 2e partie, p. 236.
  99. Voir Vie de Jésus, 13e édit., p. 100, 105-106, 206 ; Malachie, iii, 23 ; Eccli., xlviii, 10 ; Matth., xvi, 14 ; xvii, 12 ; Jean, i, 21 ; Justin, Dial. cum Tryph., 49. Sur le rôle d’Élie dans les mystères de la fin des temps, voir Séder olam rabba, c. 17 ; Mischna, Sota, ix, 15 ; Schekalim, ii, 5 ; Baba metzia, i, 8 ; ii, 8 ; iii, 4, 5 ; Eduïoth, viii, 7 ; Carm. sib., II, 187 et suiv. ; Comp. Commodien, Carmen, v. 826 et suiv. Toute la mythologie d’Hénoch et d’Élie est recueillie dans le livre IX du De Antechristo de Malvenda. Voir aussi Berichte de la Soc. de Leipzig, 1866, p. 213 et suiv. ; Sitzungsberichte de l’Acad. de Munich, 1871, p. 462.
  100. Apoc., xi, 6. Notez dans la transfiguration de Jésus « Moïse et Élie causant avec lui ». Matth., xvii, 3.
  101. Comp. l’Assomption de Moïse.
  102. Vie de Jésus, 13e édit., p. 207 ; Victorin de Pettau, dans la Bibl. max. Patrum, Lugd., III, p. 418 ; Thilo, Codex apocr. N. T., I, p. 761 et suiv.
  103. Voir ci-dessus, p. 67-69.
  104. Comp. Matth., xvii, 9-13.
  105. Saint Paul, p. 472-474. Cf. Commodien, Carmen, v. 832 et suiv., 930 et suiv.
  106. Ἐσχάτη σαλπίγξ. I Cor., xv, 52.
  107. Apoc., c. xii.
  108. Ὠδίνουσα. Se rappeler les ὠδῖνες du Messie, חבלי המשיח.
  109. Comp. Michée, iv, 10.
  110. Talm. de Bab., Kiddaschin, 29 b. Cf. Daniel, vii, 6.
  111. Daniel, vii, 7 ; Apoc., v, 6.
  112. Comp. Daniel, viii, 10.
  113. Jules César est toujours compté par Josèphe comme empereur. Auguste est pour lui le second, Tibère le troisième, Caïus le quatrième (Jos., Ant., XVIII, ii, 2 ; vi, 10). Il en est de même dans le 4e livre d’Esdras, xi, 12 et suiv, (la deuxième aile, xi, 17, est notoirement Auguste). Suétone, Aurélius Victor, Julien (Cæs., p. 308 et suiv., Sp.) comptent de même. Saint Béat (VIIIe siècle) ne connaît pas d’autre calcul : Usque in tempus quo hæc Joanni revelata sunt, quinque reges ceciderunt ; sextus fuit Nero, sub quo hæc vidit in exilio (p. 498 de l’édition rarissime de Florez ; cf. Didot, Des apoc. fig., p. 77). Béat enseigne ailleurs (p. 438) une autre doctrine ; ces contradictions viennent peut-être de ce qu’il copiait des auteurs plus anciens, qui n’étaient pas d’accord entre eux.
  114. C’est l’auteur de l’Apocalypse lui-même qui, plus loin (xvii, 10), nous donne cette explication.
  115. Voir ci-après, p. 433, et Apoc., xvi, 14 ; xvii, 12 ; xix, 19. L’image est empruntée à Dan., vii, 7, 24. L’auteur de l’Apocalypse croit voir l’empire romain dans la quatrième bête de Daniel, qui est en réalité l’empire des Grecs.
  116. Ps. ii, 9. Cf. Apoc., ii, 27 ; xix, 15.
  117. L’auteur de l’Apocalypse croit à l’ascension de Jésus. Cf. xi, 12 (ce qui concerne les deux témoins est calqué sur ce que l’auteur sait de la légende de Jésus). Voir les Apôtres, p. 54-55.
  118. Cette forme rabbinique du mot grec κατήγορος est adoptée par notre auteur (xii, 10).
  119. Livre de Job, prologue ; I Chron., xxi, 1. Cf. le zabulus (διάϐολος) de l’Ass. de Moïse, c. 10.
  120. Daniel, x, 13, 21 ; xii, 1 ; Jude, 9.
  121. Comp. Gen., iii, 1 ; Job, i et ii ; Zacharie, iii, 1.
  122. Voir ci-dessus, p. 297-298. Comp. Jos., B. J., IV, vii, 5-6.
  123. Trait d’exclusion contre les Églises de Paul, lesquelles, selon les judéo-chrétiens, manquaient aux préceptes noachiques et aux conventions de Jérusalem.
  124. Apoc., c. XIII.
  125. Comp. Dan., vii, 3.
  126. Comp. Dan., vii, 8 ; xi, 36. Ὄνομα (Sinaïticus) doit être préféré à ὀνόματα.
  127. Comp. Dan., vii, 3 et suiv.
  128. Dan., vii, 21. Ce membre de phrase manque dans l’Alexandrinus ; mais il se trouve dans le Sinaïticus.
  129. Jérémie, xv, 2 ; Matth., xxvi, 52.
  130. Πολύκρανος. Carm. sib., III, 176.
  131. Tacite, Ann., XII, 64 ; XV, 47 ; Philostrate, Apoll., V, 13. Voir ci-dessus, p. 325. Comparez Dan., vii ; IV Esdras, xi-xii.
  132. Dan., vii.
  133. Comp. Carm. sib., l. c. : ἀφ’ ἑσπερίου τε θαλάσσης.
  134. Italie, Achaïe, Asie, Syrie, Égypte, Afrique, Espagne, Gaule, Bretagne, Germanie. Apoc., xvii, 12, rend ceci clair. Comp. Daniel, vii, 24.
  135. Suétone, Aug., 52.
  136. Voir Sulpice Sévère, Hist., II, 29.
  137. Voir Saint Paul, p. 28-29 ; Waddington, Inscr. de Le Bas, III, no 885.
  138. Il y a ici une sorte de confusion entre la bête aux sept têtes tout entière (l’empire romain) et la tête frappée à mort (Néron).
  139. Cf. Apoc., xix, 20 ; xx, 4.
  140. Sur les statues parlantes chez les Romains, voyez Val. Maxime, I, viii, 3-5 ; Comptes rendus de l’Acad. des inscr., 1872, p. 285.
  141. Χάραγμα.
  142. C’est-à-dire il s’agit d’un nom propre d’homme.
  143. Le mot קסר se trouve écrit de la sorte, sans quiescentes, dans les inscriptions de Palmyre du IIIe siècle (Vogüé, Syrie centrale. Inscr. sémit., p. 17, 20. Comp. ܩܸܣܲܪ dans la Peschito, et Buxtorf, Lex. chald., col. 2081-2082 ; Ewald, Die johann. Schriften, II, p. 263, note. L’inscription nabatéenne de Hébran qui est de l’an 47, porte קיסר (Vogüé, ibid., p. 100). M. de Vogüé lit à tort קיצר, prolongeant trop la barre verticale, et n’ayant pas, reconnu la différence du samech et du sadé en nabatéen (cf. p. 113-114). Voir Journal Asiatique, juin 1868, p. 538 ; avril-mai 1873, p. 316. note 1 ; Zeitschrift der d. m. G., 1871, p. 431. Pour bien discerner ces deux lettres, étudiez les ץ certains des inscriptions de Bosra et de Salkhat (Vogüé, pl. xiv, nos 4 et 6), et observez que le ץ, lettre purement sémitique, n’est guère employé en syriaque pour transcrire les mois grecs et latins. En palmyrénien (Vogüé, p. 18, 20, 21, 25), en talmudique (voyez Buxtorf), le σ de στρατηγός, στρατιώτης est rendu par ס. L’orthographe arabe قيص est d’une époque où le sadé avait perdu son cachet spécialement indigène. L’omission du י peut paraître singulière au ier siècle ; il est probable que l’auteur l’a supprimé à dessein, afin d’avoir un chiffre symétrique, ἑξακόσιοι ἑξήκοντα ἕξ. Avec le י, il aurait eu 676, ce qui avait moins de physionomie. Dans les écrits talmudiques, Césarée s’écrit quelquefois קסריו (Midrasch Esther, i).
  144.  נ  =  50
     ר  = 200
     י  =   6
     ן  =  50
     ק  = 100
     ס  =  60
     ר  = 200
    ——
    666


    La variante 616 mentionnée par saint Irénée (V, xxx, 1) répond à נרו קסר = Nero Cæsar, forme latine.

  145. Mionnet, III, p. 93 ; Suppl., VI. p. 128, note a. M. Waddington m’affirme que cette légende est ordinaire sur les monnaies de la province d’Asie. Comp. l’inscription de Krafft, Topog. Jerus., n° 31 (Corpus inscr. lat., Syria, n° 135).
  146. Γεωμετρία. Comp. Ass. de Moïse, 9 ; Carm. sib., I, 141 et suiv., 326 et suiv. ; V, 28 (à propos de Néron même) ; VIII, 148-150 ; peut-être Jean, XXI, 11. Sur l’usage des ghematrioth à l’époque talmudique, voyez Literaturblatt des Orients, 1849, col. 671-672, 762-764 ; 1850, col. 116-117.
  147. Inscriptions ἰσόψηφοι à Pergame : Corpus inscr. græc., nos 3544, 3545, 3546 ; cf. nos 5113, 5119 ; Boissonade, Anecd. græca, II, p. 459-461.
  148. Irénée, Adv. hær., I, xiv et xv entiers.
  149. Dans les Césars de Julien, Caligula et Domitien sont aussi figurés par deux bêtes (p. 310-311, édit. Spanh.).
  150. Cf. Matth., vii, 15.
  151. Méliton, De veritate, p. xli (7). Méliton, justement, commenta des parties de l’Apocalypse.
  152. On remarqua comme une chose singulière (Zonaras, Ann., XI, 16) que Vitellius laissa courir les monnaies au type de Néron, de Galba et d’Othon même.
  153. Waddington, Fastes des prov. asiat., p. 140-141.
  154. Waddington, Incr. de Le Bas, III, n° 885.
  155. La légende conduit Simon à Rome sous Néron, et lui fait déployer ses talents magiques sous les yeux de l’empereur. Une aventure qui arriva à l’amphithéâtre du Champ de Mars, en présence de Néron (Suétone, Néron, 12 ; Dion Chrysost., orat. xxi, 9 ; Juvénal, iii, 78-80), rappelle beaucoup la fin tragique attribuée à Simon. Les prodiges prêtés au « Faux Prophète » dans l’Apocalypse ne sont pas sans rapports avec ceux que le roman chrétien met sur le compte de Simon (Homélies pseudo-clém., ii, 34 ; iv, 4 ; Recogn., II, 9 ; III, 47, 57 ; Const. apost., VI, 9 ; Acta Petri et Pauli, 32, 35, 52 et suiv., 70-77 ; Pseudo-Hégésippe, III, 2 ; Épiph., hær. xxi, 5 ; saint Maxime, dans la Bibl. max. Patr., VI, p. 36 ; Arnobe, Adv. gentes, II, 12). C’est une des raisons qui ont pu porter à voir dans le Faux Prophète une désignation symbolique de l’apôtre Paul.
  156. De là le trait des cornes d’agneau (verset 11).
  157. Comp. Grégoire de Tours, I, 24. Notez que le faux Icare (Dion Chrys., l. c.) fut aussi domestique de Néron.
  158. Suétone, Néron, 36 ; Dion Cassius, LXVI, 9 ; peut-être Arnobe, Adv. gentes, I, p. 15, édit. Rigault (Bæbulus = Balbillus ?). Pour les jeux établis en son honneur (τὰ ἐν Ἐφέσῳ Βαλϐίλλεια), cf. Corpus inscr. gr., nos 2810, 2810 b, 3208, 3675, 5804, 5913. L’expression ἐνώπιον (Apoc., xiii, 12, 14 ; xix, 20) ne signifie pas nécessairement « en présence de… » dans un sens local. Le prophète qui parle pour le compte d’un autre est censé agir et parler devant lui (לפניו). Cf. Acta Petri et Pauli, 75.
  159. II Thess., ii, 3 et suiv.
  160. Apoc., xvi, 13 ; xix, 20 ; xx, 10. Cf. Matth., xxiv, 24.
  161. Comp. Exode, vii, 1.
  162. Suétone, Néron, 34, 36, 40 ; Pline, H. N., XXX, 2.
  163. Tacite, Ann., XV, 74.
  164. II Thess., ii, 3-4.
  165. « Achaia atque Asia falso exterritæ…, late terror…, multis… erectis…, gliscentem in dies famam. » Tacite, Hist., II, 8-9. Τὴν Ἑλλάδα ὀλίγου πᾶσαν ἐτάραξε. Zonaras, Ann., XI, 15, d’après Dion. L’Asie Mineure resta toujours le pays qui produisait les faux Nérons. Voir Zonaras, XI, 18. On sent que le foyer du néronianisme était là.
  166. Apoc., c. xiv.
  167. Cf. Sophonie, iii, 13.
  168. Sur cette manière de désigner Rome, voyez ci-dessus, p. 122.
  169. Isaïe, xxi, 9 ; Jérémie, li, 7 ; Dan., iv, 27. La fornication signifie ici l’excitation à l’idolâtrie, qui a été, selon le Voyant, le grand crime de l’empire romain. La fornication est, dans le langage prophétique, toujours inséparable de l’idée d’idolâtrie.
  170. Ps. lxxv, 9 ; Carm. sib., proœm., 76-78.
  171. Isaïe, xxiv, 9-10.
  172. Les judéo-chrétiens exacts, qui observent la Loi, ou du moins les convertis qui gardent les préceptes noachiques.
  173. Cf. Saint Paul, p. 249-250 ; 413-414 ; I Thess., iv, 14, 16 ; I Cor., xv, 18. Cf. Phil., i, 23 ; Jean, v, 24 ; Luc, xxiii, 43.
  174. Pirké aboth, vi, 9.
  175. Daniel, vii, 13 ; Matth., xxiv, 30 ; Luc, xxi, 27 ; Apoc., i, 13.
  176. Joël, iv, 13 (iii, 13) ; Jérémie, li, 33.
  177. Joël, iv, 13 ; Isaïe, xvii, 5 ; lxiii, 1-6.
  178. Isaïe, lxiii, 3 ; Michée, iv, 13 ; Habacuc, iii, 12.
  179. Allusion probable à la vallée de Josaphat, Joël, iv, 2, 11-14. On commençait déjà peut-être à identifier ce nom symbolique avec la vallée de Cédron.
  180. Apoc., c. xv.
  181. Costume des prêtres juifs : Ex., xxviii, 39-40 ; Lév., vii, 3.
  182. Ézéchiel, xxii, 31 ; Sophonie, iii, 8 ; Ps. lxxxix, 6. Cf. Ézéch., x, 7.
  183. Exode, xl, 34 ; I Rois, viii, 10-11 ; Isaïe, vi, 4 ; et surtout Eccli., xxxix, 28-31 (Vulg., 33-37). L’analogie est grande avec les plaies d’Égypte : Exode, vii-x.
  184. Apoc., c. xvi.
  185. Comp. Sagesse, xi, 15-16 ; xvi, 1, 9 ; xvii, 2 et suiv.
  186. Sagesse, xvii, 2 et suiv.
  187. Comp. Isaïe, xi, 15-16, et Carmina sib., IV, 137-139.
  188. Les grenouilles désignaient les prestidigitateurs et les arlequins. Artémidore, Onirocrit., II, 15.
  189. Comp. Matth., xxiv, 42 ; Luc, xii, 37-39.
  190. Suétone, Néron, 57.
  191. Tacite, Hist., I, 2 ; Suétone, Néron, 57 ; Zonaras, XI, 18.
  192. Cf. I Rois, xxii, 20 et suiv.
  193. Il y a là sûrement une allusion à Zacharie, xii, 11. L’auteur a probablement en vue un lieu déterminé, qu’il est impossible de découvrir. L’explication הרומה הגדולה = « la grande Rome » est peu vraisemblable. Presque toutes les batailles historiques de la Palestine se livrèrent près de Mageddo (Juges, v, 19 ; II Rois, xxiii, 29 ; Zach., l. c.).
  194. Comp. xi, 8. Notez, en effet, la manière dont ἡ πόλις ἡ μεγάλη est opposé à αἱ πόλεις τῶν ἐθνῶν. En outre, il n’est pas naturel que Rome soit désignée deux fois dans le même verset par des noms différents.
  195. Apoc., c. xvii.
  196. Trait pris de Babylone, Jérém., li, 13, mais qui sera bientôt appliqué métaphoriquement à Rome.
  197. Les Hérodes, Tiridate, roi d’Arménie, etc., tous empressés à visiter Rome, à y donner des fêtes, à lui faire leur cour.
  198. Comp. xi, 7. Ἄϐυσσος, dans l’Apocalypse, est non pas le séjour des morts, mais celui des démons.
  199. Comp. Ass. de Moïse, c. 7. Cf. Hilgenfeld, Nov. Test. extra can., I, p. 113-114.
  200. Le texte reçu porte ἐπὶ τὸ θηρίον ; l’autorité des manuscrits (Alex., Sin., etc.) y est pour καὶ τό.
  201. C’est-à-dire ils la pilleront.
  202. Le Codex sinaïticus porte καὶ ποιῆσαι γνώμην μίαν.
  203. Comp. Carm. sibyllina, III, 182 et suiv., 356 et suiv. ; V, 161 et suiv.
  204. Comparez les deux agadas sur l’origine de Rome : Talm. de Jér., Aboda zara, i, 3 ; Sifré, sect. Ekeb, § 52 (édit. Friedmann, p. 86) ; Talm. de Bab., Schabbath, 56 b ; Midrasch Schir hasschirim, i, 6.
  205. Voir ci-dessus, p. 407, 413.
  206. Καὶ τὸ θηρίον ὃ ἦν καὶ οὐκ ἔστιν… καὶ ἐκ τῶν ἑπτά ἐστιν.
  207. L’auteur, en effet, veut que la catastrophe finale ne soit éloignée que de trois ans et demi.
  208. Comparez le sens du mot dux dans le Midrasch rabba, Eka, i, 5.
  209. Μίαν ὥραν.
  210. Comp. Commodien, v. 864 et suiv.
  211. « Evulgato imperii arcano posse principem alibi quam Romæ fieri. » (Tacite, Hist., I, 4.)
  212. Le projet de l’affamer fut au moins bien réel dans le parti de Mucien. Josèphe, B. J., IV, x, 5.
  213. Δοῦναι τὴν βασιλείαν αὐτῶν τῷ θηρίῳ. Peut-être l’auteur suppose-t-il un moment que les généraux des différentes provinces s’entendront pour rétablir Néron. Les règnes d’Othon et de Vitellius furent en effet des réactions en faveur de Néron.
  214. Μίαν γνώμην (xvii, 13, 17).
  215. Verset 17.
  216. Tacite, Hist., I, 11. Cf. Jos., B. J., IV, xi, 5.
  217. Voir ci-dessus, p. 351-353.
  218. Tacite, Hist., II. 8-9.
  219. Apoc., xvii, 8, 10, 11. Comparez θαυμασθήσονται οἱ κατοικοῦντες ἐπὶ τῆς γῆς ὅτι ἦν καὶ οὐκ ἔστιν καὶ παρέσται avec Achaïa atque Asia falso exterritæ velut Nero adventaret… late terror, multis ad celebritatem nominis erectis, et autres passages cités ci-dessus, p. 421, note 5.
  220. Dans les deux passages (sixième trompette et sixième coupe) relatifs à l’invasion des Parthes, il n’est pas dit que Néron soit avec eux, mais seulement que l’invasion se fait d’accord avec lui.
  221. Ceci réfute l’opinion de ceux qui croient voir dans l’Apocalypse des allusions aux dernières luttes d’Othon et de Vitellius.
  222. Les mots οὔπω ἦλθεν conviendraient bien au moment où l’imposteur ne s’était pas encore dévoilé par des actes publics, quoiqu’on parlât de lui.
  223. Apoc., xviii.
  224. Comp. surtout Isaïe, xiii, xxiii, xxiv, xxxiv, xlvii, xlviii, lii ; Jérémie, xvi, xxv, li ; Ézéch., xxvi, xxvii.
  225. Les bêtes étranges qui habitent dans les ruines passaient pour des démons. Isaïe, xiii, 21 ; xxxiv, 14.
  226. Allusion aux Hérodes, dont les complaisances pour les Romains blessaient profondément les Juifs, surtout depuis la révolte de l’an 66.
  227. Quand il s’agissait d’esclaves, on comptait par σώματα : inscriptions de Delphes (v. Journ. asiat., juin 1868, p. 530-531) ; Démosthène, Contre Everge et Mnésibule, § 11 ; Tobie, x, 10 ; II Macch., viii, 11 ; version grecque de Gen., xxxvi, 6 ; comp. Gen, xii, 5 ; Ézéchiel, xxvii, 13 ; Jos., Vita, 75. Cf. Wescher, dans l’Ann. de l’ass. des études grecques, 1872, p. 88.
  228. Chanson dialoguée dans le genre du Cantique des cantiques, prise comme exemple des chansons populaires en général.
  229. Ce trait, qui convient médiocrement à Rome, est emprunté comme presque tout ce qui précède aux invectives des anciens prophètes contre Tyr.
  230. Apoc., c. xix.
  231. Comp. Ps. cxv, 13 ; cxxxiv, 1.
  232. Comp. Matth., xxii, 2 et suiv. ; xxv, 1 et suiv.
  233. L’Église.
  234. Ὁ λόγος τοῦ θεοῦ traduction du chaldéen מימוריא די ײ.
  235. Toutes ces images sont empruntées à Is., lxiii, 1-3 ; Ps. ii, 9 ; cf. Apoc., i, 16 ; vi, 2 ; xiv, 19.
  236. Ὀνόματα γεγραμμένα paraît la vraie leçon. Cf. Codex sinaïticus et Tischendorf.
  237. Comp. Ézéch., xxxix, 17-20.
  238. Voir ci-dessus, p. 414-422.
  239. Les exhalaisons sulfureuses, comme celles de la Solfatare de Pouzzoles, de Callirrhoé et de la mer Morte, étaient tenues pour des émanations d’un lac infernal. V. ci-dessus, p. 333-335.
  240. Apoc., xii, 7 et suiv.
  241. Apoc., c. xx.
  242. Cf. Jud., 6.
  243. Comp. Talm. de Bab., Gittin, 68 a.
  244. Daniel, vii, 9, 22, 27.
  245. Comp. Apoc., 1, 9.
  246. Isaïe, lxi, 6.
  247. Ce mythe vient d’Ézéchiel, ch. xxxviii et xxxix. Chez certaines tribus parlant l’ossète, Gogh « montagne » et Mughogh « la grande montagne » désignent deux massifs du Caucase. On appliqua ensuite ces deux mots aux populations scythiques de la mer Noire et de la mer Caspienne. Dans Ézéchiel (xxxviii et xxxix), ils personnifient l’invasion scythique ou barbare en général. Comparez Coran, xviii, 94 et suiv. ; xxi, 96. L’application messianique de ce mythe géographique commence à poindre dans les vers sibyllins (III, 319, 512) ; elle est bien plus expresse dans le Targum du Pseudo-Jonathan, Lévitique, xxvi, 44 ; Nombres, xi, 27 (ou Targ. de Jérus., mêmes endroits). Cf. Talm. de Bab., Sanhedrin, 94 a, 97 b ; Aboda zara, 1 b. V. Zeitschrift der d. m. G., 1867, p. 575.
  248. Comp. Daniel, vii, 9.
  249. Cf. Achille Tatius, V, p. 116-117, édit. Jacobs, et la curieuse mosaïque (encore inédite) de Torcello.
  250. Malachie, iii, 16 ; Daniel, vii, 10. Comp. Talm. de Bab, Rosch has-schana, 16 b.
  251. Comp. Daniel, vii, 11 ; Luc, xvi, 23 ; I Cor., xv, 26.
  252. Apoc., xxi.
  253. Comp. Isaïe, lxv, 17 ; lvi, 22. Cf. II Petri, iii, 13.
  254. La mer est une annulation, une stérilisation d’une partie de la terre, un reste du chaos primitif (תהום), souvent un châtiment de Dieu, engloutissant des pays coupables. Elle est abîme (ἄϐυσσος) ; or l’abîme est le domaine de Satan (comp. xi, 7; xiii, 1). Dans le paradis (Gen., ii), il n’y avait pas de mer. Comp. Job, vii, 12.
  255. Ézéchiel, xxxvii, 27. Comp. II Cor., vi, 16.
  256. Isaïe, xxv, 8 ; lxv, 19.
  257. Isaïe, xliii, 19 ; Jérém., xxxi, 22. Comp. II Cor., v, 17.
  258. Isaïe, lv, 1.
  259. II Samuel, vii, 14.
  260. Tout ce qui suit est emprunté à Ézéchiel, xl, xlvii, xlviii. Comparez Hérodote, I, 178.
  261. Τὸ ὕψος, au verset 16, ne peut être pris que comme un écart d’imagination ou une inadvertance de rédaction. Comparez cependant Talm. de Bab., Baba bathra, 75 b.
  262. L’imagination peu précise des juifs se décèle ici. Le symbolisme entraîne l’auteur à un tableau qui n’est pas satisfaisant pour l’esprit. On entend d’ordinaire les δώδεκα θεμελίους comme les douze secteurs de soubassement qui vont d’une porte à l’autre. Nous croyons qu’il vaut mieux superposer les δώδεκα θεμελίους et en faire des assises, en retrait les unes sur les autres, au-dessous du mur proprement dit. Les versets 18-20 impliquent presque nécessairement cette hypothèse. Comparez la construction des murs du haram de Jérusalem, telle qu’elle ressort des fouilles anglaises. Palestine exploration fund, n° 4 (voir aussi Mém. de l’Acad. des inscr., t. XXVI, 1re partie, pl. 2, 5, et Les dern. jours de Jér., p. 246). Notez l’emploi du mot θεμέλιος dans Josèphe (Ant., VII, xiv, 10 ; VIII, ii, 9 ; XV, xi, 3 ; B. J., V, v, 2) pour désigner le soubassement du temple.
  263. Exode, xxvii, 17-20 ; xxxix, 10-14.
  264. Isaïe, liv, 11-12.
  265. Apoc., xxii.
  266. Genèse, ii, 10-14.
  267. Daniel, vii, 27.
  268. Isaïe, lx, 3, 5-7, 19-20.
  269. Isaïe, lii, 1.
  270. Zacharie, xiv, 11.