L’Antisémitisme (Lazare)/XIV

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CHAPITRE XIV


LES CAUSES ÉCONOMIQUES DE L'ANTISÉMITISME


L’antisémitisme économique — Les griefs — Le grief moral — La malhonnêteté juive — L’astuce et la mauvaise foi du Juif — La corruption talmudique — Les mesures restrictives et la fourberie juive — La dégradation par le mercantilisme et l’usure — L’or et l’abaissement moral — Le grief économique — Le Juif et l’état social actuel — La part du Juif dans la constitution de la société capitaliste — Le Juif agioteur et industriel — Le Juif détenteur du capital — Comment le Juif pâtit de l’état actuel — Les Juifs prolétaires, en Europe et en Amérique — Les Juifs dans la classe bourgeoise — La suprématie relative du Juif — Les causes de cette suprématie — L’appui mutuel et l’individualisme bourgeois — La solidarité juive — Comment elle naquit dans l’Antiquité — Les synagogues — Le moyen âge — Les ghettos — Les temps modernes — Le Kahal des pays d’Orient — Les minorités de l’Occident et la solidarité de classes — L’opposition des formes du capital et l’antisémitisme — Capital agricole et capital industriel — L’agio juif et la petite bourgeoisie commerçante — La concurrence et l’antisémitisme — Concurrence capitaliste et concurrence ouvrière — Les préventions contre les Juifs et l’antisémitisme économique — L’antisémitisme et les luttes intestines du capital.


Après avoir attaqué le Juif comme sémite, comme étranger, comme révolutionnaire et comme antichrétien, on l’a attaqué comme agent économique. De tous temps d’ailleurs il en a été ainsi, depuis la dispersion. Déjà, avant notre ère, les Romains et les Grecs enviaient les privilèges qui permettaient aux Juifs d’exercer leur commerce dans des conditions meilleures que les nationaux[1], et, pendant le moyen âge, l’usurier fut haï tout autant, sinon plus, que le déicide [2]. Si la situation des Juifs a changé à la fin du dix-huitième siècle, elle a changé d’une façon qui leur était trop favorable pour que les sentiments qu’on éprouvait à leur égard puissent sensiblement se modifier, au contraire. Aujourd’hui l’antisémitisme économique existe plus fort que jamais, parce que, plus que jamais, le Juif apparaît puissant et riche. Jadis, on ne le voyait pas, il restait enfermé dans son ghetto, loin des yeux chrétiens, et il n’avait qu’un souci : cacher son or, cet or dont la tradition et la législation même le regardaient comme le collecteur et non comme le propriétaire. Du jour où il fut délivré, lorsque les entraves mises à son activité tombèrent, le Juif se montra ; il se montra même avec ostentation. Il voulut, après les siècles de carcère, après les ans d’outrage, paraître un homme, et il eut une vanité naïve de sauvage ; ce fut sa façon de réagir contre les séculaires humiliations. On l’avait quitté à la veille de 1789 humble, minable, objet de mépris pour tous, offert aux insultes et aux avanies ; on le retrouva après la tempête affranchi, libéré de toute contrainte et, d’esclave, devenu maître. Cette rapide ascension choqua ; on fut offusqué par cette richesse que le Juif avait acquis le droit d’étaler, et on se souvient du vieux grief des pères, du grief de l’antijudaïsme social : l’or du Juif est conquis sur le chrétien ; il est conquis par le dol, la fraude, la déprédation, par tous les moyens et principalement par les moyens condamnables. C’est ce que j’appellerai le grief moral de l’antisémitisme, il se résume ainsi : le Juif est plus malhonnête que le chrétien ; il est dépourvu de tous scrupules, étranger à la loyauté et à la franchise.

Ce grief est-il fondé ? Il l’a été et il l’est encore dans tous les pays où le Juif est maintenu hors de la société, où il reçoit exclusivement l’éducation talmudique, où il est en butte aux persécutions, aux insultes, aux outrages, où l’on méconnaît en lui la dignité et l’autonomie de l’être humain. L’état moral du Juif a été fait par lui-même et par les circonstances extérieures, son âme a été pétrie par la loi qu’il s’est donnée et par la loi qu’on lui imposa. Or, il fut doublement esclave pendant des siècles : il fut le serf de la thorah et le serf de tous. Il fut un paria, mais un paria que ses docteurs et ses guides maintinrent dans une servitude plus étroite que l’antique servitude d’Égypte. Au-dehors, mille restrictions entravèrent sa marche, arrêtèrent son expansion, s’opposèrent à son activité ; il rencontra devant lui des codes ennemis, des réglementations dures ; au-dedans il se heurta à tout un système compliqué de défenses. Hors du ghetto il trouva la contrainte légale, dans le ghetto il trouva la contrainte talmudique. S’il tentait d’échapper à l’une, mille châtiments l’attendaient ; s’il voulait se soustraire à l’autre, il s’exposait au hérem, à l’excommunication redoutable qui le laissait seul au monde. Il ne fallait pas songer à attaquer de front ces deux puissances, aussi le Juif essaya-t-il de triompher d’elles par la ruse et l’une et l’autre développèrent en lui l’instinct de cautèle. Il devint d’une ingéniosité rare, d’une peu commune subtilité ; sa finesse naturelle s’accrut, mais elle fut employée bassement : à tromper un dieu rigoriste et d’inflexibles souverains. Le Talmud et les législations antijuives corrompirent profondément le Juif. Conduit par ses docteurs d’une part, par les légistes étrangers de l’autre, par maintes causes sociales aussi[3], à l’exclusive pratique du commerce et de l’usure, le Juif fut avili ; la recherche de l’or, recherche poursuivie sans trêve, le dégrada, elle affaiblit en lui la conscience, elle l’abaissa, elle lui donna des habitudes de fourberie. Dans cette guerre que, pour vivre, il dut livrer au monde et à la loi civile et religieuse, il ne put sortir vainqueur que par l’intrigue, et ce misérable, voué aux humiliations, aux insultes, obligé de baisser la tête sous les coups, sous les avanies, sous les invectives, ne put se venger de ses ennemis, de ses tortureurs, de ses bourreaux, que par l’astuce. Pour lui, le vol, la mauvaise foi devinrent des armes, les seules armes dont il lui fut possible de se servir ; aussi il s’ingénia à les aiguiser, à les compliquer et à les dissimuler.

Quand les murailles de ses ghettos s’écroulèrent, ce Juif, tel que l’avaient fait le Talmud et les conditions civiles, législatives et sociales, ne changea pas brusquement. Au lendemain de la révolution, il vécut absolument comme la veille, il ne modifia pas ses coutumes, ses habitudes, et surtout son esprit, aussi promptement qu’on modifia sa situation, Affranchi, il garda son âme d’esclave, cette âme qu’il perd tous les jours, en même temps que s’effacent un à un les souvenirs de son abjection. Aujourd’hui, pour trouver le Juif que nous représentent les antisémites, il faut aller en Russie, en Roumanie, en Pologne où sévissent les lois d’exception, en Hongrie, en Galicie, en Bohême, où dominent les écoles exclusivement hébraïques. Dans l’Europe occidentale, si, par atavisme, les Juifs d’une certaine catégorie, les Juifs marchands et les Juifs agioteurs, sont encore cauteleux, roués, enclins à la tromperie, ils ne le sont pas sensiblement plus que les agioteurs et les marchands chrétiens rendus peu scrupuleux par l’habitude du trafic.

En présence de cette assertion, les antisémites ont une réponse toute prête : les Juifs ont perverti les chrétiens ; si l’on constate, chez la classe possédante, exploitante et trafiquante, la dureté, la rapacité, l’avarice, la déloyauté envers l’exploité, la faute en est aux Juifs qui sont responsables de l’état social actuel, mieux encore qui en sont la cause et voici le grief économique proprement dit.

Là encore les antisémites sont victimes d’une illusion. Le Juif n’est pas la cause de l’état actuel qui est le résultat d’une longue évolution. Il a contribué à la révolution économique, dont l’avènement de la bourgeoisie a été le couronnement, mais il ne l’a pas provoquée ; il a été un des facteurs de cette transformation, mais non le facteur unique ni même le facteur principal [4]. Certes, je l’ai montré déjà [5], la bourgeoisie trouva dans le Juif, au cours des âges, un auxiliaire merveilleux et puissamment doué. Pendant quelques siècles, dans la société barbare du Moyen Âge, le Juif, déjà vieux trafiquant, mieux armé, d’une culture supérieure, en possession d’une séculaire expérience, fut le représentant du capital commercial et du capital usuraire, ou il aida à leur constitution ; toutefois, ces modes capitalistes n’arrivèrent au pouvoir que lorsque le travail des siècles eut préparé leur domination et les eut transformés en capital industriel et capital agioteur. Pour cela, il fallut ces deux grands mouvements d’expansion des Croisades et de la découverte de l’Amérique, que complétèrent les multiples colonisations de l’Espagne, du Portugal, de la Hollande, de l’Angleterre et de la France, et tout l’effort du régime commercial ; il fallut l’établissement du crédit public et l’extension des grandes banques ; il fallut le développement des industries manufacturières, les progrès scientifiques qui amènent la création et le perfectionnement du machinisme ; il fallut toute l’élaboration législative concernant le salariat, jusqu’au moment où les prolétaires furent dépouillés même du droit d’association et de coalition ; il fallut tout cela et bien d’autres causes encore, causes historiques, religieuses ou morales, pour faire la société actuelle. Ceux qui présentent les Juifs comme les créateurs de cet état ne parviennent qu’à prouver leur absolue et stupéfiante ignorance.

Cependant, nous venons de le dire, le rôle des Israélites fut considérable, mais il est peu connu ou du moins trop imparfaitement, surtout des antisémites, et ce n’est pas à cette connaissance très rudimentaire de l’histoire économique du judaïsme qu’il faut attribuer l’antisémitisme. On sait mieux comment les Juifs agirent depuis leur émancipation. En France, sous la Restauration et sous le Gouvernement de Juillet, ils furent à la tête de la finance et de l’industrialisme, ils furent parmi les fondateurs des grandes compagnies, d’assurances, de chemins de fer, de canaux. En Allemagne, leur action fut énorme ; ils provoquèrent la promulgation de toutes les lois favorables au commerce de l’or, à l’exercice de l’usure, à la spéculation. Ce furent eux qui profitèrent de l’abolition (en 1867) des anciennes lois restrictives du taux de l’intérêt, ils poussèrent à la loi de Juin 1870 qui affranchit les sociétés par actions de la surveillance de l’État ; après la guerre franco-allemande, ils furent entre les plus hardis spéculateurs et, dans la fièvre d’associationnisme qui saisit les capitalistes allemands, ils agirent comme avaient agi les Juifs français de 1830 à 1848 [6], jusqu’après la ruine financière de 1872, époque où, parmi les hobereaux et les petits bourgeois dépouillés dans cette Gründer période [7], pendant laquelle domina le Juif, naquit le plus violent antisémitisme : celui qu’engendrent les intérêts lésés.

Lorsqu’on eut constaté cette action incontestable du Juif, on en conclut que le Juif était le détenteur par excellence du capital. Ce fut une cause d’animosité de plus contre lui. Les Juifs possèdent tout, déclara-t-on ; et juif, après avoir été l’équivalent de fourbe, de trompeur, d’usurier, devint le synonyme de riche. Tout Juif est possesseur, voilà la commune croyance. Il y a là une erreur profonde. L’immense majorité des Juifs, près des sept huitièmes, sont d’une extrême pauvreté. En Russie, en Galicie, en Roumanie, en Serbie en Turquie leur misère est affreuse. Ils sont pour la plupart des artisans, et, en cette qualité, ils pâtissent de l’état social actuel, tout comme les salariés chrétiens. Ils sont même parmi les prolétaires les plus déshérités. À Londres, dans cette compacte agglomération juive de l’East-End, composée de réfugiés polonais, les tailleurs juifs occupés dans les ateliers de confection travaillent douze heures par jour et gagnent en moyenne 62 centimes par heure, mais la majorité chôme trois jours par semaine, une partie ne travaille que deux à trois jours, et, en tout temps, dix à quinze mille Juifs non embauchés meurent de faim dans une détresse abominable. À New York, ils sont au nombre de deux cent mille, et, avant la fondation de l’Union des Tailleurs, beaucoup étaient astreints à vingt heures de travail par jour et touchaient un salaire de cinq à six dollars par semaine ; depuis, si leur salaire n’a pas été augmenté, la durée de la journée a été réduite à dix-huit heures et, dans quelques établissements, à seize heures [8]. En Russie, leur condition est pire. À Vilna, des Juives occupées dans les manufactures de bas tricotés gagnent quarante kopeks [9] par journée de quatorze heures de travail ; cinquante kopeks est le salaire moyen des hommes dans toutes les industries, pour des journées variant de quatorze à vingt heures ; l’immense majorité des ouvriers entassés dans les villes du territoire ne trouvent même pas à s’employer [10]. En Galicie, la situation pour la population ouvrière n’est pas meilleure : et il en est de même en Roumanie.

Il reste donc environ deux millions de Juifs qui, soit dans l’Europe occidentale, soit aux États-Unis d’Amérique, appartiennent à la classe bourgeoise. Or, il est incontestable que si ces deux millions de Juifs n’étaient rien il y a cent ans, ils sont beaucoup aujourd’hui. Par leur développement, par leurs richesses, par leur situation, ils occupent une place qui paraît peu proportionnée à leur importance numérique. Comparativement au gros de la population, ils sont une poignée, et cependant ils tiennent un rang tel qu’on les aperçoit partout et qu’ils semblent être légion. Il est vrai qu’il ne faut pas, ce qu’on fait en général, les comparer à la population totale, puisqu’ils n’habitent généralement pas les campagnes, et vivent dans des villes d’une relative importance ; si on veut des éléments exacts de la statistique, il faut les rapprocher de ceux de leur classe, c’est-à-dire de la bourgeoisie commerçante, industrielle et financière, mais, même en réduisant la comparaison à ces deux termes : juifs et bourgeois, cette comparaison est à l’avantage du Juif [11]. Pourquoi cette prépondérance ? Quelques Juifs se plaisent à dire qu’ils doivent leur suprématie économique à leur supériorité intellectuelle. Cela n’est pas exact ou, du moins, il faudrait s’entendre sur cette supériorité. Dans cette société bourgeoise, fondée sur l’exploitation du capital et sur l’exploitation par le capital, où la force de l’or est dominante, où l’agio et la spéculation sont tout-puissants, le Juif est certainement doué mieux que tout autre pour réussir. S’il a été dégradé par la pratique du mercantilisme, cette pratique l’a armé, au cours des âges, de qualités qui sont devenues prépondérantes dans la nouvelle organisation. Il est froid et calculateur, énergique et souple, persévérant et patient, lucide et exact, et toutes ces qualités, il les a héritées de ses ancêtres, les manieurs de ducats et les trafiquants. S’il s’applique au commerce, à la finance, il bénéficie de son éducation séculaire et atavique, qui ne l’a pas rendu plus ouvert, comme sa vanité le déclare, mais plus apte à certaines fonctions.

Dans la lutte industrielle, il est mieux doué individuellement — je parle d’une façon générale — que ses concurrents, et, toutes choses égales, il doit réussir parce que ses armes sont meilleures ; il n’a pas besoin d’user de la fraude, je veux dire d’en user plus que ceux qui l’entourent, ses capacités spéciales et héréditaires sont suffisantes pour lui assurer la victoire.

Mais ces dons personnels ne suffisent encore pas à expliquer la prépondérance juive. Il y a aussi des lignées de marchands chrétiens ; une partie de la bourgeoisie a reçu en héritage des qualités fort semblables à celles que possèdent les Juifs, et, ainsi, semble-t-il, pourrait les mettre en échec. Il est d’autres causes plus profondes, qui tiennent à la fois au caractère juif et à la constitution des nations contemporaines.

La société bourgeoise est tout entière fondée sur la concurrence individualiste ; dans le champ des journalières luttes pour la vie, elle nous offre le spectacle d’individus combattant âprement les uns contre les autres, d’unités isolées se disputant avec ardeur la victoire par des procédés purement individuels. Dans cette société, l’étroit struggle for life darwinien domine, c’est son esprit qui gouverne chaque homme, et il est tacitement reconnu que le triomphe doit appartenir au plus fort, à celui qui est le mieux organisé, dont l’esprit et le corps sont plus parfaitement adaptés aux conditions sociales d’existence. Tout l’effort de solidarité, d’union, d’entente, se fait en dehors de cette classe, dont les historiens, les philosophes, les économistes n’admettent que l’effort individuel, et la bourgeoisie capitaliste et possédante ne retrouve cet instinct de solidarité que contre les ennemis communs à tous ses membres, contre le prolétariat et contre ceux qui attaquent le capital. Supposez, dans ces organisations égoïstes, des collectivités fortement agencées, des citoyens dotés depuis des siècles de l’esprit d’association, chez qui a été développé par les âges le sentiment de l’union et qui savent ataviquement et pratiquement, tous les avantages qu’ils peuvent retirer de cette union, il est certain que ces fédérations seront, si elles exercent leur activité dans le même sens que les individus séparés et désunis qui les entourent, dans des conditions meilleures et qui pourront leur assurer une plus facile victoire. Or, c’est exactement la situation des bourgeois juifs dans les états modernes. Ils veulent conquérir les mêmes biens que le bourgeois chrétien, ils évoluent dans le même champ d’action, ils ont les mêmes ambitions, ils sont tout aussi âpres, tout aussi avides, tout aussi désireux de jouir, tout aussi étrangers à la justice qui n’est pas la justice de caste et la justice de défense contre les classes dominées, ils sont enfin aussi profondément immoraux, en ce sens qu’ils ne considèrent que les avantages qu’ils peuvent se procurer, et que leur seule règle de vie est la conquête des biens matériels, au maximum desquels chacun prétend et aspire. Mais, dans cette quotidienne bataille, le Juif qui est déjà individuellement mieux doué, comme nous l’avons vu, unit ses vertus semblables, accroît ses forces en les formant en faisceaux, et fatalement il doit arriver avant ses rivaux au but poursuivi. Au milieu de la bourgeoisie désunie, dont les membres sont en lutte perpétuelle, les Juifs sont des êtres solidaires, voici le secret de leur triomphe. Cette solidarité est chez eux d’autant plus forte qu’elle est plus ancienne ; on l’a niée souvent, et cependant elle est indéniable ; les anneaux en ont été soudés au cours des âges, depuis des siècles, et la pratique a fini par en devenir inconsciente. Il est bon de voir comment elle s’est formée et comment elle s’est perpétuée.

C’est de la dispersion que date la solidarité juive. Les Juifs immigrants et colons, qui arrivaient en pays étrangers, se groupaient dans des quartiers spéciaux et, partout où ils abordaient, ils constituaient une société. Leurs communautés étaient réunies autour des maisons de prière qu’ils avaient bâties dans chaque ville où ils avaient formé un noyau ; elles avaient[12], de nombreux et importants privilèges. Les Juifs dispersés avaient été les aides précieux des Grecs dans l’œuvre de colonisation orientale et, chose étrange, ces Juifs qui s’hellénisèrent contribuèrent à helléniser l’Orient ; en retour, ils obtinrent partout à Alexandrie, à Antioche, dans l’Asie Mineure, dans les villes grecques de l’Ionie, de garder leur autonomie nationale et de s’administrer, formèrent dans presque toutes les villes des associations corporatives à la tête desquelles était placé un ethnarque ou un patriarche qui exerçait sur eux, avec l’aide d’un collège d’anciens et d’un tribunal particulier, l’autorité civile et la justice. Les synagogues furent de "vraies petites républiques [13]", elles furent de plus un centre de vie religieuse et publique. Les Juifs se réunissaient dans leurs oratoires non seulement pour y écouter la lecture de la loi, mais encore pour causer de leurs affaires, pour échanger leurs vues pratiques. Toutes les synagogues étaient reliées les unes aux autres, en une vaste association fédérative qui étendit son réseau sur le monde antique, à partir de l’expansion macédonienne et hellénique ; elles s’envoyaient réciproquement des messagers, se tenaient mutuellement au courant des événements dont la connaissance leur était utile, elles se conseillaient et s’entraidaient. En même temps, elles étaient unies par un puissant lien religieux : elles gardaient leur indépendance, mais elles se sentaient sœurs ; elles tournaient chacune leurs regards vers Jérusalem et vers le temple à qui elles envoyaient leur tribut annuel, et l’amour qu’elles ressentaient pour la cité sainte, l’attachement qu’elles avaient pour le culte, leur rappelaient leur commune origine et cimentaient leur alliance. Ces petites synagogues des cités grecques et ces puissantes colonies d’Antioche ou d’Alexandrie créèrent la solidarité locale et cosmopolite d’Israël. Dans chaque cité, le Juif était aidé par la communauté, il était accueilli fraternellement lorsqu’il arrivait comme immigrant et colon, on le secourait et on le secondait. On lui permettait de s’établir et il bénéficiait du travail de l’association qui mettait à sa disposition toutes ses ressources ; il n’arrivait pas comme un étranger qui va entreprendre une difficile conquête, mais comme un homme bien armé, ayant à côté de lui des protecteurs, des amis et des frères. Par toute l’Asie Mineure, par les Îles par la Cyrénaïque par l’Égypte, le Juif pouvait voyager en sécurité, il était en tout lieu traité en hôte, et il venait droit à la maison de prière où il trouvait un accueil bienveillant. Les Juifs Esséniens ne procédaient pas autrement dans leur propagande. Ils avaient eux aussi créé de petits centres solidaires, de petites sociétés au sein même des communautés, et ainsi ils allaient de ville en ville, en vagabonds sûrs du lendemain.

À Rome, où leur nombre fut considérable[14], les Juifs étaient aussi unis, aussi attachés que dans les cités d’Orient. « Ils sont liés les uns aux autres par un attachement invincible, une commisération très active », dit Tacite[15]. Grâce à cette union, ils avaient acquis, comme à Alexandrie, une puissance, à tel point que les partis s’appuyaient sur eux et les redoutaient. « Tu sais, dit Cicéron[16], quelle est la multitude de ces Juifs, quelle est leur union, leur entente, leur savoir-faire et leur empire sur la foule des assemblées. »

Quand tomba l’empire romain et que les barbares envahirent le vieux monde, quand le catholicisme triomphant se répandit, les communautés juives ne varièrent pas. Elles étaient des organismes très vivaces, et avaient une vie collective extrêmement active qui leur permit de résister. De plus au milieu du bouleversement général, elles gardèrent cette unité religieuse et cette unité sociale inséparables l’une de l’autre, auxquelles elles furent redevables de leur prospérité. Tous ces membres des synagogues juives s’accrochèrent plus étroitement encore. Ils durent à ce mutuel appui de ne point souffrir des changements extérieurs, et, lorsque les royaumes goths et germains se furent assis, les communautés juives conservèrent quelque temps encore une certaine autonomie, elles jouirent d’une juridiction spéciale, et dans ces organisations nouvelles, elles constituèrent des groupements commerciaux, dans lesquels se perpétua encore la séculaire solidarité. À mesure que les peuples devinrent plus hostiles aux Israélites, à mesure que s’aggravèrent pour eux les législations, à mesure que la persécution grandit, cette solidarité augmenta. Les procès parallèles, l’un extérieur, l’autre intérieur, qui aboutirent à parquer Israël dans l’étroite enceinte de ses juiveries, renforcèrent son esprit d’association. Retirés du monde, les Juifs augmentèrent la force des liens qui les unissaient, la vie commune accrut leur désir et leur besoin de fraternité : les ghettos développèrent l’associationnisme juif. D’ailleurs les synagogues avaient gardé leur autorité. Si les Juifs étaient soumis aux dures lois édictées par les royaumes et les empires, ils avaient un gouvernement propre, des conseils d’anciens, des tribunaux aux décisions desquels ils se soumettaient, et leurs synodes généraux défendaient même, sous peine d’anathème, à un Israélite de traduire un coreligionnaire devant un tribunal chrétien[17]. Tout les poussa à s’unir pendant ces siècles du moyen âge, si atroces et si épouvantables pour eux. Isolés, ils eussent souffert davantage ; en s’aidant mutuellement, ils purent se défendre plus facilement, ils purent éviter les calamités qui les menaçaient sans cesse ; dans cette vie que leur rendaient si pénible les réglementations qu’on leur imposait, l’aide fraternelle leur permit souvent de se soustraire aux mille charges qui les accablaient. De même, ils avaient gardé, de synagogue à synagogue, les relations coutumières et ainsi le cosmopolitisme des Juifs se rattache à leur solidarité. Les communautés s’entraidaient, elles se soutenaient et se secouraient, et les exemples de cette entente abondent, tels que celui, si caractéristique, des Juifs levantins qui, après le martyre des Juifs d’Ancône, s’entendirent pour cesser toute relation avec cette ville et pour diriger le mouvement commercial vers Pesaro où Guido Ubaldo avait accueilli les fugitifs d’Ancône. Les docteurs, les rabbins encouragèrent cette solidarité, que l’exclusivisme talmudique augmenta. Ils engagèrent et ils contraignirent leurs fidèles à ménager leurs intérêts respectifs. Au onzième siècle le synode rabbinique de Worms défendit à un propriétaire israélite de louer « à un non-israélite, ou à un israélite, une maison occupée par un coreligionnaire, sans le consentement de ce dernier »[18] et un synode du douzième siècle interdit à un Juif, sous peine d’anathème, de traduire un coreligionnaire devant un tribunal chrétien. La communauté juive, le Kahal, était armée contre ceux qui manquaient au devoir de la solidarité ; elle les frappait d’anathème et prononçait contre eux le Cherem-Hakahal[19]. Cette excommunication atteignait tous ceux qui se dérobaient à leurs obligations envers la collectivité : ceux qui refusaient d’avouer leur avoir pour échapper à la contribution que devait payer la synagogue, ceux qui, passant un acte avec un coreligionnaire, ne faisaient pas signer cet acte par le notaire de la communauté, ceux qui ne voulaient pas se soumettre à la décision que le Kahal avait prise dans l’intérêt commun[20], ceux enfin qui attaquaient par leurs écrits la Bible et le Talmud et travaillaient à la destruction de l’unité d’Israël ; Mardochée Kolkos, Uriel Acosta, Spinoza furent parmi ces derniers.

Les siècles, l’action des lois hostiles, l’influence des prescriptions religieuses, le besoin de la défense individuelle, accrurent donc, chez les Juifs, le sentiment de la solidarité. De nos jours encore, dans les pays où les Juifs sont sous un régime d’exception, l’organisation puissante du Kahal subsiste. Quant aux Juifs émancipés, ils ont rompu les cadres étroits des anciennes synagogues, ils ont abandonné la législation des communautés d’antan, mais ils n’ont pas désappris la solidarité[21]. Après en avoir acquis le sens, après l’avoir conservé par l’habitude, ils n’ont pu le perdre même en perdant la foi, car c’était devenu chez eux un instinct social, et les instincts sociaux, lentement formés, sont lents à disparaître. Il faut aussi remarquer que, s’ils étaient entrés dans les nations avec des droits égaux à ceux des nationaux, ils étaient cependant une minorité. Or, le développement de l’associationnisme dans les minorités est une loi, une loi qui peut se ramener à celle de la conservation. Tout groupe, en présence d’une masse, comprend que, s’il veut subsister à l’état de groupe, il doit unir toutes ses forces ; pour résister à la pression extérieure, qui menace de le désagréger, il faut qu’il forme un tout compact, en un mot qu’il devienne une minorité organisée. La minorité juive est une minorité organisée ; non pas qu’elle ait des chefs, des princes théocratiques, un gouvernement et des lois, mais parce qu’elle est une association de petits groupes, groupes fortement assemblés, et se soutenant mutuellement. Tout Juif trouvera, lorsqu’il la demandera, cette assistance de ses coreligionnaires, à condition qu’on le sente dévoué à la collectivité juive, car, s’il paraît hostile, il ne recueillera que l’hostilité. Le Juif, même lorsqu’il a quitté la synagogue, fait encore partie de la franc-maçonnerie juive[22], de la coterie juive, si l’on veut.

Constitués en un corps solidaire, les Juifs se font place plus facilement dans la société actuelle, relâchée et désunie. Les millions de chrétiens par lesquels ils sont entourés pratiqueraient l’appui mutuel au lieu de la lutte égoïste, que l’influence du Juif serait immédiatement anéantie, mais ils ne la pratiquent pas et le Juif doit, sinon dominer, c’est le terme des antisémites, avoir le maximum des avantages sociaux, et exercer cette sorte de suprématie contre laquelle proteste l’antisémitisme, sans pouvoir, pour cela, l’abolir, car elle dépend non seulement de la classe bourgeoise juive, mais aussi de la classe bourgeoise chrétienne.

Lorsque le capitaliste chrétien se voit évincer ou supplanter par le capitaliste juif, il en résulte une animosité violente, et cette animosité se traduit par les griefs déjà énumérés ; toutefois, ces griefs ne sont pas le fondement réel de l’antisémitisme économique, fondement que je viens d’établir.

Si on a toujours présents à l’esprit cette idée de la solidarité juive et ce fait que les Juifs sont une minorité organisée, on en conclura que l’antisémitisme est en partie une lutte entre les riches, un combat entre les détenteurs du capital. C’est en effet le chrétien riche, le capitaliste, le commerçant, l’industriel, le financier qui sont lésés par les Juifs, et non les prolétaires, qui ne subissent pas le patronat juif plus durement que le patronat catholique, au contraire, car là, c’est le nombre des patrons qui importe, et ce ne sont pas les Juifs qui sont le nombre. Voilà ce qui explique pourquoi l’antisémitisme est une opinion bourgeoise, et pourquoi il est si peu répandu, sinon à l’état de vague préjugé, dans le peuple et dans la classe ouvrière.

Cette guerre capitaliste ne se manifeste pas de la même façon partout ; elle présente deux aspects selon qu’elle provient d’une opposition entre deux formes du capital, ou de la concurrence entre les possesseurs du capital industriel et financier.

Le capital foncier, dans sa lutte contre le capital industriel, est devenu antisémite, parce que le Juif est pour le propriétaire territorial le représentant le plus typique du capitalisme commercial et industriel. Ainsi, en Allemagne, les agrariens protectionnistes sont hostiles aux Juifs qui sont au premier rang des libres-échangistes. Les Juifs sont opposés par essence et par intérêt à la théorie physiocratique qui attribue la souveraineté politique aux possesseurs de la terre, et ils soutiennent la théorie industrielle qui fait du pouvoir l’apanage de l’industrie. Certes, Juifs et agrariens sont peut-être, individuellement, inconscients du rôle qu’ils jouent dans cette bataille économique, mais leur animosité réciproque n’en vient pas moins de là.

Le petit bourgeois, le menu commerçant que l’agio dévore a une plus nette conscience des raisons de son antisémitisme. Il sait que la spéculation effrénée et que les krachs successifs l’ont ruiné, et pour lui encore les plus terribles accapareurs du capital financier et agioteur sont les Juifs, ce qui est d’ailleurs fort exact. Ceux-là mêmes dont la ruine n’est pas venue de la participation à des spéculations dans lesquelles ils auraient été vaincus attribuent quand même leur décadence à l’agio qui a éliminé une grande partie du capital commercial et du capital industriel. Seulement, comme toujours, ils rendent le Juif responsable d’un état de choses dont il est loin d’être l’unique cause.

Quant à l’autre forme de l’antisémitisme économique, elle est plus simple : elle est provoquée par la concurrence directe entre les manieurs d’argent, les commerçants et les industriels juifs et chrétiens. Les capitalistes chrétiens, isolés généralement, se trouvent en face des capitalistes Juifs unis, sinon associés, dans un état de manifeste infériorité, et dans le combat journalier ils sont très fréquemment vaincus par eux. Ils ont donc à souffrir directement du développement de l’industrie et du grand commerce juif, de là, chez eux, une animosité extrême et le désir de réduire la puissance de leurs rivaux heureux. C’est la manifestation la plus violente de l’antisémitisme, la plus âpre, la plus rude, parce qu’elle est l’expression de la défense des intérêts immédiats et égoïstes.

On pourrait voir aussi un signe de l’antisémitisme par suite de la concurrence immédiate et directe, dans les manifestations ouvrières contre les Juifs de Londres ou de New York, mais ce ne serait pas rigoureusement exact. L’émigration russe et polonaise en Angleterre et aux États-Unis, émigration qui a amené dans les centres industriels et manufacturiers un nombre considérable d’artisans, a eu pour conséquence un abaissement extrême des salaires, et une application plus dure du Sweating système dans les ateliers et les usines de l’East-End londonien ou de New York. Il en est résulté un mouvement contre les prolétaires juifs, surtout contre les ouvriers tailleurs qui sont en majorité parmi les immigrants, mais ce mouvement n’a rien de spécialement anti-juif, il est analogue à tous les mouvements dirigés par les travailleurs nationaux contre les travailleurs étrangers, par exemple en France contre les ouvriers italiens et belges, que le patronat embauche à des conditions plus avantageuses pour lui[23]. Il en est de même pour la concurrence bourgeoise. Si elle est nettement antijuive, ce n’est pas seulement parce que les Juifs forment une franc-maçonnerie, une minorité trop bien outillée. En effet, les protestants aussi sont organisés de semblable façon, et cependant, sauf quelques rares cas l’antiprotestantisme ne sévit pas en France, non plus que l’anticatholicisme en Allemagne, où, à leur tour, les catholiques sont une puissante minorité.

Il y a donc une autre cause. Oui, et cette cause est capitale. Les Juifs sont bien une minorité, comme les protestants français, comme les catholiques allemands, mais les protestants en France et les catholiques en Allemagne sont une minorité nationale, tandis que les Juifs sont considérés comme une minorité étrangère et nous ne nous trouvons pas uniquement en présence d’une lutte entre les formes du capital, d’une concurrence entre les possesseurs capitalistes, mais encore nous assistons à une lutte entre le capital national et un capital regardé comme étranger. C’est la permanence de la séculaire lutte. Elle a commencé dans l’antiquité, alors que les villes ioniennes « voulurent obliger les Juifs établis dans leurs murs à renier leur foi ou à supporter le poids des charges publiques [24] », elle s’est perpétuée pendant tout le moyen âge, alors que les Juifs apparurent dans les sociétés naissantes comme un peuple qui avait crucifié Dieu, et quand on s’aperçut que cette tribu étrangère avait capté le capital. Lorsque naquit le commerce chrétien, il voulut, lui aussi, écarter un concurrent qui lui semblait d’autant plus dangereux qu’il n’était pas « autochtone » ; il y arriva en partie par la constitution des jurandes, des corporations, des maîtrises, c’est-à-dire par l’organisation chrétienne du capital.

Aujourd’hui subsiste encore cette prévention contre les Juifs, prévention secrète, non avouée toujours, instinctive plutôt que raisonnée, atavique et non récemment acquise. On ressent toujours contre les déicides cette acrimonie qui faisait considérer leur richesse d’un mauvais œil, car on n’estimait pas que cette tribu de mécréants, de meurtriers et de damnés pût légitimement posséder ; on croyait qu’elle ne pouvait pas acquérir sans dérober le bien de ceux qui étaient les fils du sol — tout détenteur du sol s’en considérant comme le fils — et si l’antisémitisme économique doit être regardé comme une expression des luttes intestines du capital, il ne faut pas perdre de vue qu’il est aussi une manifestation de l’opposition du capital national et du capital étranger.


  1. Ch. II.
  2. Ch. V.
  3. Ch. V.
  4. Ch. V.
  5. Ch. IX.
  6. Otto Glacau : loc. cit.
  7. Période de fondation.
  8. Miss. I. Van Etten : Les Juifs russes comme immigrants (The Forum, n° d’avril 1893).
  9. Le kopek vaut quatre centimes.
  10. Léon Errera : Les Juifs russes.
  11. Habituellement on compare les deux millions de Juifs détenteurs de capitaux (à divers degrés) à la totalité des populations chrétiennes. On néglige la majorité ouvrière des Juifs artisans et prolétaires. Si l’on veut considérer les Juifs comme une nation, nation sans territoire fixe, il faut d’abord examiner s’il n’existe pas chez eux une classe de salariés et une classe capitaliste, ce que je viens de montrer, ensuite rapprocher cette classe capitaliste juive de la classe capitaliste chrétienne. De cette façon seulement on arrivera à une statistique comparative exacte et à une juste appréciation des choses.
  12. Voir chap. II et chap. III.
  13. E. Renan : Vie de Jésus, p. 142.
  14. M. Renan évalue le nombre des Juifs romains, sous Néron, à 20 ou 30,000. (L’antéchrist, p. 7, note 2.)
  15. Tacite : Hist. V, 5.
  16. Cicéron : Pro FLacco, XXVIII.
  17. Ces synodes furent réunis à partir du douzième siècle, c’étaient les premières réunions rabbiniques depuis la clôture du Talmud. Jacob Tam (Rabbenou Tam), le fondateur de l’école des Tossafistes, provoqua la réunion de ces synodes, qui délibérèrent sans doute des moyens de résister aux persécutions.
  18. Jost : Hist. des Juifs (Berlin, 1820), t. II.
  19. Anathème de la communauté.
  20. Maurice Aron : Histoire de l’excommunication juive, (Nîmes, A. Catélan, 1882).
  21. L’Alliance Israélite universelle, fondée en 1860 par Crémieux et qui compte plus de trente mille adhérents souscripteurs, n’a pu qu’accroître la solidarité juive. Le but de l’Alliance est de libérer moralement et intellectuellement le Juif des pays orientaux en fondant des écoles, en outre de pallier à leur oppression et de travailler même à leur émancipation totale.
  22. Je ne parle pas là des associations maçonniques ; j’emploie franc-maçonnerie, dans le sens général qu’on attribue à ce mot.
  23. On peut comprendre plus facilement encore l’antisémitisme économique en étudiant la question chinoise aux États-Unis d’Amérique. Minorité de race, de religion et d’aptitudes différentes de celles des Américains, les Chinois puissamment associés, sont de même accusés par les capitalistes de drainer l’or et par les ouvriers de faire baisser les salaires. L’hostilité contre eux tend à provoquer des mesures légales qui les puissent mettre en état d’infériorité, contrebalancer leur influence et diminuer leurs avantages, ainsi le bill contre l’immigration. Des mesures analogues ont du reste été prises contre les immigrants allemands et russes.
  24. Th. Mommsen. Histoire romaine (traduction Cagnat et Toutain), t. XI, p. 63, (Paris, 1889.)