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L’Araignée et l’Hirondelle

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Fables, 2e recueil, livres ix, x, xiClaude Barbin et Denys Thierry4 (p. 122-124).

VI.

L’Araignée & l’Hirondelle.



Ô Jupiter, qui ſceus de ton cerveau,
Par un ſecret d’accouchement nouveau,
Tirer Pallas, jadis mon ennemie,

Entends ma plainte une fois en ta vie.
Progné me vient enlever les morceaux :
Caracolant, friſant l’air & les eaus,
Elle me prend mes mouches à ma porte :
Miennes je puis les dire ; & mon rezeau
En ſeroit plein ſans ce maudit oyſeau ;
Je l’ai tiſſu de matiere aſſez forte.
Ainſi d’un diſcours inſolent,
Se plaignoit l’Araignée autrefois tapiſſiere,
Et qui lors eſtant filandiere,
Pretendoit enlacer tout inſecte volant.
La ſœur de Philomele, attentive à ſa proye,
Malgré le beſtion happoit mouches dans l’air,
Pour ſes petits, pour elle, impitoyable joye,
Que ſes enfants gloutons, d’un bec toûjours ouvert,

D’un ton demy formé, bégayante couvée,
Demandoient par des cris encor mal entendus.
La pauvre Aragne n’ayant plus
Que la teſte & les pieds, artiſans ſuperflus,
Se vid elle-meſme enlevée.
L’hirondelle en paſſant emporta toile, & tout,
Et l’animal pendant au bout.
Jupin pour chaque état mit deux tables au monde.
L’adroit, le vigilant, & le fort ſont aſſis
À la premiere : & les petits
Mangent leur reſte à la ſeconde.