L’Arc d’Ulysse/Oscar Wilde dans la geôle de Reading

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

OSCAR WILDE
DANS LA GEÔLE DE READING

(Ballade).

La haine déchire, Oscar Wilde,
L’œillet de Brummel. Væ solis !
Où sont tes gemmes ? où tes Aldes ?
Tityre fui d’Amaryllis,
On t’a pris le soleil, les lys…
Ta main — qu’on vantait à Capoue, —
Épluche un vieux câble, et s’y troue,
Mais te tisse un lin enchanté,
Pauvre cœur de riche, où s’avoue
La magnifique humilité.

Monarque des mots, Oscar Wilde,
Verbe aux fers du Silence, lis
Au mur de Force un nom de Skalde
Qu’hier sacrait Cosmopolis.
Comme aux Maisons-Dieu sur les lits,
C’est ton mal de forçat qu’on cloue.

Lave aux pleurs ton âme des boues.
Sur ce tombeau numéroté
Sculpte, aux traits du fier qu’on bafoue,
La magnifique humilité.

Souffrir, c’est tout l’Art, Oscar Wilde.
Il moule ses masques aux plis
Tragiques sur les faces pâles d’ ?
Angoisse ; et, s’il lui plaît, élit
Villon, voleur, in vinculis ;
Et tendrement baise à sa joue
Le mau hâle, et — pendu — la moue.
À ses élus la volupté
Des hauts gibets, et sur la roue
La magnifique humilité !

Envoi.

Par dessus le mur écoutez
L’affre des rameaux dévastés,
Comme une vie où le vent froue !
Ô douleurs captives, Beauté
D’homme et d’arbre, où la mort dénoue
La magnifique humilité.