L’Art de greffer/Matériel du greffage

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

G. Masson Éditeur (p. 11-33).

III. — Matériel du greffage

[3.1]

outils

Des outils simples, commodes, tenus en bon état de propreté, pourvus de lames bien acérées, seront préférés aux instruments compliqués, à plusieurs lames, ou hérissés de parties saillantes qui peuvent blesser l’arbuste et l’opérateur.

L’outil à lame fixe présente plus de fermeté dans le manche ; mais un instrument à lame fermante est plus facile à transporter.

[fig1]
Fig. 1. — Sécateur.
[3.1.1]Sécateur (fig. 1). — Le sécateur est un instrument à deux branches de fer ou d’acier, l’une terminée par une lame tranchante, l’autre par un croissant émoussé en biseau, formant point d’appui contre la branche que l’on coupe.

Les manches élargis et évidés en coquille (fig. 1) sont moins lourds, plus faciles à tenir et fatiguent moins la main.

On emploie le sécateur lorsqu’il s’agit de pratiquer les opérations suivantes :

1° Étêter les sujets pour le greffage en tête ;

2° Couper les rameaux-greffons ;

3° Tronquer les sujets au-dessus de la greffe ;

Désongletter les greffes de côté ;

5° Sevrer les greffes en approche ;

6° Tailler les végétaux épineux.

En général, la coupe du sécateur a besoin d’être avivée immédiatement avec la serpette.

[fig2]
Fig. 2. — Scie à main.
[3.1.2]Scie (fig. 2). — Les scies à main, dites scies égohines, anglaises, à lame fixe, à lame fermante, sont employées pour tronquer les fortes branches et les gros sujets destinés au greffage en tête, à haute tige ou à basse tige, et pour désongletter les greffes pratiquées sur le côté du sujet, quand le chicot est sec ou trop gros pour la serpette ou le sécateur.

Lorsqu’il s’agit de scier une forte branche, on commence par en abattre la ramure ; alors le trait de scie se donnera plus aisément, et l’écorce du tronc subira moins le risque de se déchirer. D’ailleurs, l’opérateur modère le mouvement du bras, au moment d’achever le sciage de la branche ; souvent même, il est prudent d’arrêter le coup de scie aux neuf dixièmes de l’amputation et de l’achever avec la serpette. On maintient avec l’autre main le tronçon qui va se trouver abattu par l’opération, sans forcer le mouvement, pour éviter l’éclatement de la partie sciée.

Les couteliers construisent la scie avec une denture simple ou une denture double, le dos de la lame étant plus aminci que le côté de la denture. Les greffeurs emploient d’excellentes scies fabriquées avec des lames de faux ; les dents sont placées sur un seul rang, et la pointe dirigée obliquement en bas par rapport au manche. On ne doit jamais employer la scie sur un arbre vivant, sans aviver le trait de scie et parer ou polir la plaie avec la serpette. Les mâchures du sciage retiennent l’humidité sur la plaie et font obstacle à sa cicatrisation.

[fig3]
Fig. 3. — Serpette.
[3.1.3]Serpette (fig. 3). — La serpette est composée d’un manche en bois ou en corne, droit ou légèrement courbé, et d’une lame crochue au sommet. Le bec de la lame est plus ou moins ouvert ou saillant ; le travailleur se familiarise avec sa forme, à ce point qu’il préfère souvent ses vieux outils tout usés aux instruments plus neufs ou de tournure plus régulière.

La serpette est nécessaire pour rafraîchir la plaie occasionnée par la scie ou le sécateur, pour aviver les tissus mâchés ou déchirés, et aplanir la coupe de façon que l’aire en soit unie, sans inégalités, meurtrissures ni esquilles. Pour bien aplanir, la main qui tient le manche de l’outil aura le pouce arc-bouté contre le tronc, tandis que l’autre main dirigera la lame.

[fig4]
Fig. 4. — Serpette à désongletter.
Sur un sujet de moyenne grosseur, on pratique l’ablation du tronc avec la serpette, sans avoir besoin de la scie.

La serpette est également employée pour fractionner les rameaux-greffons. Si l’on préfère se servir de la serpette pour les tailler, les préparer définitivement, il sera prudent alors d’avoir une seconde serpette, plus fine, tenue en réserve, la première étant destinée aux élagages, recepages et autres gros travaux.

Les greffeurs qui emploient la serpette pour tout le travail du greffage choisiront une lame peu crochue, bien commode lorsqu’il s’agit de fendre le sujet.

On se sert encore de la serpette pour étêter, après le greffage, les sujets qui n’ont pas subi un tronçonnement préalable, et pour enlever le chicot de la greffe après une année de végétation.

[3.1.4]Pour cette dernière opération, et lorsqu’il s’agit de sujets greffés à basse tige, nous recommandons la serpette à désongletter (fig. 4). On tient le manche avec les deux mains, et l’on coupe l’onglet plus facilement. Cet outil a encore son utilité dans les élagages d’arbres épineux.

[fig5][fig6]

Baltet - L'art de greffer - fig5.jpg
Fig. 5. — Greffoir. Fig. 6. — Greffoir anglais.

[3.1.5]Greffoir (fig. 5). — Le greffoir est un outil à lame étroite, ventrue vers le sommet et à pointe recourbée en arrière. Le manche est terminé par une spatule dont l’emploi consiste à soulever les écorces ; la spatule soudée ou faisant corps avec le manche est en ivoire, le métal ayant l’inconvénient de rouiller le liber en sève.

Le greffoir est indispensable pour les greffages par bourgeon, en écusson, pour tailler le greffon des greffes par rameau, pour le soulèvement des écorces, pour les greffages sous verre, la section des ligatures qui étranglent la greffe, etc.

[3.1.6]Le greffoir anglais (fig. 6) a la spatule et le manche du même morceau, os ou ivoire ; la lame en acier fin peu crochue. Il a son usage dans les opérations délicates, greffes sous verre, etc. Nous verrons, au Rétablissement de la Vigne par la greffe, une variante dans la lame du greffoir.

[fig7]
Fig. 7. — Couteau à greffer.
[3.1.7]Couteau à greffer (fig. 7). — Le manche de cet instrument est légèrement arqué pour faciliter le greffage rez-terre ; la lame, en forme de virgule, de larme, sert à fendre les sujets destinés au greffage en fente. Avec un couteau à greffer, on peut fendre le sujet partiellement.

Une fente de part en part s’obtient avec un couteau à lame droite, en forme de couteau de table. L’emmanchure et le dos de la lame seront assez solides pour résister aux efforts de l’opérateur contraint parfois de frapper à coups de maillet pour fendre les sujets trop gros.

[fig8]
Fig. 8. Ciseau à greffer.
[3.1.8]Ciseau à greffer (fig. 8). — La lame et le manche sont d’une seule pièce, fer et acier. Le ciseau offre toute garantie de solidité et de résistance lorsqu’il s’agit de fendre les fortes tiges, avec ou sans le concours du maillet.

La fente étant ouverte, on peut, en retirant le ciseau à demi, s’en servir comme d’un levier ou d’un coin, afin de maintenir la fente entr’ouverte et de faciliter l’introduction du greffon.

Le manche du maillet terminé en bec de cane pourrait avoir ce même emploi.

Le ciseau (fig. 8) employé par les vignerons du Midi mesure 0m,35 d’une extrémité à l’autre. Le tranchant a 0m,07 de long sur 0m,025 de large, avec un dos épais de 0m,012.

[fig9]
Fig. 9. — Gouge à greffer.
[3.1.9]Gouge à greffer (fig. 9). — La gouge à greffer, représentée ci-contre, comprend un manche long de 0m,11 et une tige en fer de 0m,15 ; la partie supérieure, longue de 0m,04 à 0m05, est courbée en dedans et se termine par une gouge curviligne avec laquelle on ouvre sur le sujet la rainure destinée à recevoir le greffon.

Cet instrument est utile dans les greffages en approche, particulièrement appliqués à la Vigne.

En rendant la gouge angulaire, on en faciliterait l’emploi dans les greffages de précision, par incrustation ; mais on en compliquerait inutilement les soins d’entretien.

[3.1.10]Métrogreffe (fig. 10). — Cet outil se compose d’une double spatule adaptée au manche du greffoir ordinaire. Son but est de rendre exacte la coïncidence du rameau-greffon avec le sujet, dans les modes de greffage où les deux parties seront juxtaposées par un simple placage.

[fig10]
Fig. 10. — Métrogreffe.
Le manche (D) porte deux pièces ; d’abord la lame du greffoir (fig. 5 et 6) qui taille le greffon, puis la double spatule dont les deux parties (A et B, fig. 10) sont réunies par une vis (C). Le métrogreffe joue le rôle de compas d’épaisseur pour mesurer le dos du biseau de la greffe, et tracer sur le sujet les limites de son logement.

Tous ces outils ne sont pas indispensables dans la pratique du greffage, mais ils ont chacun un but spécial.

Depuis que le greffage a pénétré dans le vignoble phylloxéré, on a inventé des machines à greffer, assez ingénieuses, mais d’un emploi déterminé et d’un entretien difficile. L’usage des outils ordinaires est désormais préféré.

[3.1.11]Entretien des outils. — Les outils doivent être entretenus avec soin, en bon état de service et de propreté.

Dans les opérations réitérées, ou faites pendant la sève, la crasse s’accumule sur la lame ; on l’enlève au fur et à mesure avec de l’eau ou de la terre humide. La saleté nuit au maniement de l’outil et gâte les couches intérieures de l’arbre. Il est des végétaux dont la sève, chargée d’acides, de tannin ou d’autres substances corrosives, noircit la lame, de manière à en nécessiter l’essuyage après chaque opération.

Il ne faut pas négliger d’affiler souvent les lames tranchantes ; les coupes vives et saines favorisent la cicatrisation des plaies. Quand le taillant est émoussé, on repasse la lame sur la meule de grès, puis on l’adoucit sur une pierre plus tendre pour lui enlever le fil. Le simple repassage à la pierre se répète plusieurs fois pendant la journée, lorsqu’il s’agit de travaux continus.

La pierre dite de Lorraine, et mieux encore la pierre du Levant, dont le grain est plus fin, sont excellentes pour le repassage des serpettes.

La pierre d’ardoise convient pour le greffoir et pour le sécateur.

Il y a encore la pierre douce à rasoir et à canif ; avec une goutte d’huile, on repasse les lames fines destinées aux opérations délicates.

Fort souvent, dans les pépinières, après avoir donné un coup de pierre au greffoir, on l’adoucit sur le cuir des chaussures, ou « à la main ».

La manière de donner le coup de pierre tient à l’habileté et à l’habitude. Le but est d’affiler les parties tranchantes sans les affaiblir ; sinon, dans les gros travaux, le tranchant s’émousserait vite et s’ébrécherait facilement.

La scie simple, à un rang de dents, est entretenue en bon état avec la lime dite tiers-point.

Pour la scie anglaise ou à double denture, on emploie la lime à pignon ; la côte centrale a 0m,004 d’épaisseur, tandis que les deux bords extérieurs, destinés à limer les dents de la scie, n’ont qu’un demi-millimètre d’épaisseur.

Les outils de précision, et même le sécateur, seront confiés au coutelier.

[3.2]

ligatures

Presque tous les systèmes de greffage exigent une ligature qui rapproche les tissus écartés et les écorces soulevées, qui resserre les parties fendues et fixe le greffon sur le sujet.

Si on laissait un intervalle prolongé entre le moment du greffage et l’application de la ligature, l’action des agents atmosphériques ne manquerait pas de se faire sentir défavorablement sur la greffe.

Les meilleures ligatures sont celles qui ne peuvent s’allonger ni se retirer sous les influences hygrométriques, et qui sont douées d’une certaine élasticité leur permettant de se prêter à l’accroissement en diamètre du sujet.

Plus le sujet sera gros, plus solide devra être le lien ; la cicatrisation y est naturellement plus lente, et l’on doit tout faire pour l’accélérer.

Dans les greffages où l’écorce seule a été soulevée, il suffit de rapprocher les couches corticales et de brider le greffon sans le comprimer.

L’application du lien se fait avec les deux mains. On le roule en spirale autour de la partie greffée, en serrant le lien à chaque tour, surtout au premier et au dernier, plus disposés à se relâcher. Les spires sont plus ou moins rapprochées ; l’essentiel est qu’elles maintiennent ferme la greffe. La force de tension s’accroît avec des spires rapprochées et diminue si l’on superpose plusieurs tours de ligature.

Le lien qui vacille quand on passe le doigt dessus n’est pas suffisamment tendu ; alors on le serre à nouveau.

[3.2.1]La laine filée réunit les qualités voulues pour former une bonne ligature ; elle se prête au grossissement de l’arbre, et elle échappe à l’action de l’humidité parce qu’elle a été passée à l’huile lors de sa fabrication. La laine est très employée pour l’écussonnage des branches petites ou moyennes d’arbres fruitiers et d’arbustes, pour les Conifères et les Rosiers, pour les petits sujets greffés dehors, ou en serre ou sous verre.

On réunit deux ou trois brins de laine, sans les cordeler, et d’une longueur calculée sur la grosseur du sujet et l’étendue de la fente ou de la plaie à couvrir. Pour de gros sujets, la laine ne serait pas assez forte.

Le coton filé est insensible aux variations hygrométriques, mais il n’a pas l’élasticité de la laine ; nous le recommandons pour l’écussonnage des tiges fortes ou lentes à grossir et pour les greffages sous verre. Il convient de l’appliquer sur le sujet et de le nouer par une boucle de façon qu’on puisse le délier facilement, quand la strangulation commence, le coton étant difficile à couper en travers. Le même lien peut alors servir à une autre opération.

[3.2.2]La dépense occasionnée par l’achat de la laine et du coton, dans les pépinières importantes, a fait rechercher des ligatures plus économiques. On s’est arrêté à deux plantes aquatiques qui croissent abondamment sur le bord des rivières et des fossés, dans les étangs et les marécages : 1° la Spargaine rameuse, Rubanier d’eau (Sparganium ramosum, fig. 11), plus commune que la Spargaine simple (S. simplex) ; 2° la Massette à large feuille (Typha latifolia, fig. 12), plus répandue et plus ferme que la Massette à feuille étroite (T. angustifolia). Ces deux espèces sont monoïques, de la famille botanique des Typhacées.

Notre dessin en reproduit les organes de floraison et de fructification.

Spargaine (fig. 11). — D, fleur mâle ; E, fleur femelle ; F, fruit.

Massette (fig. 12). — A, fleur mâle ; B, fleur femelle ; C, fruit.

On récolte la plante à son entier développement, dans le cours de l’été, pour l’utiliser aux greffages de l’année suivante. Étant coupée le plus près possible de la souche, on en sépare les feuilles qui se trouvent agglomérées à leur base, et on les met sécher à l’ombre ou au grenier, en les accrochant par paquets liés au sommet du feuillage. Lorsqu’arrive le moment de s’en servir, on coupe les feuilles de la longueur voulue, en moyenne de 0m,30 à 0m,50.

[fig11][fig12]

Baltet - L'art de greffer - fig11.jpg
Fig. 11. — Spargaine rameuse
(Sarganium ramosum).
Fig. 12. — Massette des marais
(Typha latifolia).

Un peu avant le greffage, on plonge dans l’eau la ligature réunie en paquet ; puis on la fait égoutter en pressant avec la main, par une légère torsion, comme s’il s’agissait de tordre du linge. Assez souvent, on se contente de descendre la ligature à la cave pour l’entretenir fraîche, ou de l’exposer à la rosée toute une nuit, et dans les champs où l’on manque d’eau, on la met en terre.

Il faut, à cette ligature végétale, un juste milieu de sécheresse et d’humidité. Trop sèche, la feuille des Typhacées manque de résistance et casse ; trop humide, elle se brise également et pourrait nuire à la soudure de la greffe.

La feuille est généralement assez large pour être fendue dans le sens de sa longueur. Elle serre mieux lorsqu’elle est placée sur son épaisseur — non sur sa largeur — et quand on la tord modérément en l’appliquant sur la greffe.

À l’exception des greffes qui nécessitent la fente des tissus ligneux du sujet, et pour lesquelles la feuille de Spargaine ou de Massette n’aurait pas une ténacité suffisante, nous recommandons cette ligature pour la majorité des procédés de greffage. Elle présente une solidité convenable, et cède au grossissement de la greffe.

De ces deux plantes à utiliser également, la préférence pourrait être accordée à la Spargaine. Cet avantage résulte de la structure anatomique des feuilles, et particulièrement des lacunes et des intersections du tissu cellulaire étoilé qui existe dans leur intérieur.

[3.2.3]Le Raphia s’emploie en longues lanières, tirées probablement des pennules des Palmiers Raphia (Sagus vinifera et tædigera). C’est une bonne ligature pour les greffages par rameau de printemps ou d’été en plein air ou sous verre ; ses inconvénients sont de se desserrer assez facilement par suite de sa surface lisse et de ne pas se prêter au grossissement du sujet, comme la Spargaine. Sur une écorce tendre, le raphia pourrait produire un étranglement ; il est alors prudent de le mouiller avant de l’employer et de terminer la ligature par une boucle, de façon que le lien ne glisse pas et qu’on puisse le desserrer et le retirer, une fois son action terminée.

[3.2.4]La feuille du Tritoma, jolie plante d’ornement, cueillie verte, séchée à l’ombre et mouillée au moment de son emploi, est une bonne ligature.

L’écorce ou plutôt le liber de tilleul, vulgairement tille, préparée pour la fabrication des cordes à puits, fournit un bon lien pour les greffages par rameau, et toutes les fois qu’il faut opposer une certaine force de résistance aux gros sujets ou aux tissus éclatés. Trempée, puis séchée et fendue en long, la tille offre une élasticité convenable et n’étrangle pas le sujet.

La natte d’emballage des denrées coloniales, utilisée dans les pépinières, est le produit des végétaux sus-indiqués ou analogues ; le liber de Tilleul étant la base des nattes de Russie, et les lanières de Raphia entrant dans les emballages et sparteries du Brésil et de Madagascar.

[3.2.5]Les petites bandelettes de caoutchouc conviennent aux greffages de parties herbacées.

La ficelle simple ou dédoublée, la ficelle de marine, la filasse de vieille corde effilochée sont assez souvent employées, parce qu’on se les procure facilement. On les choisit non cordelées, et on les surveille lors du grossissement du sujet.

La ficelle et la natte, rendues imputrescibles par un sulfatage, par un goudronnage ou un enduit spécial, sans perdre toutefois leur souplesse, conviennent aux greffes sous terre.

En général, les textiles, Chanvre, Lin, Aloès, Abutilon, Asclépiade, Mélilot, Houblon, Phormium, etc., manquent d’élasticité.

L’osier fendu n’est guère utilisé qu’à la campagne, dans le greffage des vieux arbres et des souches souterraines de Vigne.

Les écorces d’Orme et de Saule, séchées puis trempées, ont, comme l’osier fendu, le défaut de se rétrécir trop vite, sauf quand elles ont été préparées une année à l’avance ; alors on peut les utiliser. L’écorce de Mûrier, qui sert aux greffeurs d’Oliviers, présente les mêmes caractères.

À Toulouse, on emploie la balle (glume) de maïs ; si la feuille est trop large, on la divise dans le sens de sa longueur ; si elle est trop courte, on la « répond ».

Au Japon, la paille de riz battue est une bonne ligature de greffes.

Dans le greffage, le rôle de la ligature est provisoire ; il cesse quand la soudure est suffisante pour le développement du greffon.

[3.3]

engluements.

[fig13]
Fig. 13. — Greffe en tête terminée par la ligature et l’engluement.

Pour compléter le greffage, il est nécessaire de recouvrir les plaies et les coupes avec un mastic onctueux, qui n’ait pas le défaut de dessécher la plaie, ni de la brûler, ni de couler ou de se fendre par l’action de l’air ou par une mauvaise composition.

Il faut engluer copieusement, sans économie, les plaies, les fentes du sujet et du greffon, quand la greffe est posée. La figure 13 représente une greffe en tête, par rameau, ligaturée et engluée. Le mastic est étendu sur l’amputation (A) du sujet, sur les plaies (E), aux jointures de la greffe (I) et au sommet du greffon (O). Il n’y a aucun inconvénient à mastiquer ou à respecter l’œil terminal (U), et l’œil enchâssé (Y) du greffon.

Une greffe bien faite peut manquer par suite d’un mauvais liniment.

Les greffes qui n’offrent aucune partie tranchée exposée à l’air, l’écussonnage, par exemple, ne réclament aucun onguent.

Malgré les nombreuses inventions, les bons engluements sont encore peu nombreux ; mais ceux que l’on a suffisent.

[3.3.1]Onguent de Saint-Fiacre. — Cet engluement primitif se compose de deux tiers de terre glaise et d’un tiers de bouse de vache. On le maintient sur le moignon greffé au moyen d’une ficelle et d’un linge formant poupée ; il sera facile d’y mélanger de l’herbe hachée menu, pour en augmenter la consistance.

L’onguent de Saint-Fiacre est adopté dans nos campagnes ; il est assez économique pour le greffage des vieux arbres. À son défaut, on emploie l’argile pulvérisée et pétrie pour le greffage sous terre de la Vigne.

[3.3.2]Mastic chaud. — Depuis longtemps, les pépiniéristes fabriquent eux-mêmes leur mastic. La composition en est variée : elle a généralement pour base une combinaison de poix blanche, de poix noire, de cire jaune, de suif et de résine. On y ajoute parfois de l’ocre, du saindoux, des cendres fines. On fond le tout sur le feu, dans un vase de fer, et l’on attend que la composition soit attiédie pour l’employer.

L’habitude fait juger de la proportion des substances à introduire dans le mélange. La poix rend la composition plus épaisse ; le suif, plus légère ; la résine lui donne de la sécheresse ; la cire, de l’onctuosité.

La climature a probablement dicté quelques modes de fabrication. Ainsi, dans les Pays-Bas, MM. Looymans font bouillir 1 kilogramme de résine d’Amérique avec un verre d’huile ou de graisse, jettent le mélange bouillant dans l’eau froide, le reprennent et l’étirent tant qu’il est malléable, puis l’emploient à chaud.

Voici une composition employée dans les pépinières d’Angers, d’Orléans, de Troyes :

1° D’abord faire fondre ensemble :


Résine 
 1k,250
Poix blanche 
 0k,750

2° En même temps faire fondre à part :


Suif 
 0k,250

3° Verser le suif fondu bien liquide sur le premier mélange, en ayant soin d’agiter fortement ;

4° Ajouter ensuite 500 grammes d’ocre rouge, en le laissant tomber par petites portions, et en remuant longtemps le mélange.

Quelle que soit la composition, il faut toujours que le mastic soit onctueux, malléable, exempt de mordant ; il sera employé tiède, plutôt froid que chaud, plutôt liquide encore que déjà solide. On l’entretient à ce degré sur un fourneau portatif chauffé au bain-marie, ou avec la lampe à esprit-de-vin, ou par les procédés vulgaires.

Pour l’appliquer, on se sert d’un pinceau-brosse ou d’un bâton tamponné par un chiffon ; le plus souvent, on prend une spatule de bois.

Le mastic chaud est économique dans une grande exploitation. Il est préférable au mastic froid pour les greffages d’automne, parce que la gelée a moins d’action sur lui.

[3.3.3]Mastic froid. — Le désagrément de fabriquer ou d’employer des engluements chauds a donné la vogue aux mastics froids, qui se ramollissent à la chaleur de la main ou restent onctueux par la nature de leur composition. Le mastic Lhomme réunit ces conditions, et certaines préparations fabriquées à Lyon, à Caen, à Montreuil, etc.

Le mastic froid est livré dans des boîtes en fer-blanc, en pot ou en flacon à pommade, où il se conserve malléable, même étant entamé.

Pour s’en servir, on l’étend avec une spatule ; et s’il faut mettre le doigt, on mouille celui-ci avant de toucher le mastic.

Une fois exposé à l’air, cet onguent durcit un peu ; il ne gerce pas au froid et ne coule pas au soleil ; c’est, jusqu’à ce jour, le meilleur engluement à employer.

M. Lucas, pomologue du Wurtemberg, emploie un liniment froid, assez simple de composition. On fait fondre de la résine blanche sur un feu modéré, on y verse graduellement le tiers de son poids en alcool à 90°, en remuant sans relâche le mélange avec un bâton.

La composition chimique des mastics froids repose évidemment sur le résultat obtenu par le mélange intime de l’alcool avec la résine, provoquant la liquéfaction permanente de cette dernière après le refroidissement ; mais on a eu soin de rechercher les moyens de parer aux inconvénients que présentait le simple mélange de ces deux substances, entre autres celui de couler sous l’ardeur du soleil et de laisser ainsi les plaies à nu. En Hongrie, on a ajouté du suif, de la colophane et de la térébenthine ; en Belgique, on se contente de colophane (300 gr.) et d’axonge (60 gr.) fondues ensemble, et l’on verse dans la bouillie, par parties, 80 grammes d’alcool à 40°.

Un mastic manqué sera remis sur le feu ; on y ajoutera suif ou axonge s’il est cassant, résine s’il coule trop, alcool si la consistance nuit à la malléabilité. Remuer constamment le mélange et éviter d’y introduire l’essence de térébenthine, qui brûle les tissus ligneux.

Il est important que le mastic ne reste pas onctueux sur l’arbre et qu’il s’affermisse à l’air ou sèche assez vite, car la gelée, ayant de la prise sur une substance molle, pourrait fatiguer les tissus du sujet couverts d’onguent insuffisamment durci.

[3.4]

accessoires

Les outils, les ligatures, sont transportés dans un panier plat, élevé sur pieds. Le panier ou la boîte pourrait être mobile, de manière à être enlevé et accroché sur l’échelle simple ou l’échelle double, employée dans les opérations pratiquées à une certaine hauteur.

L’étiquetage par nom ou par numéro des variétés que l’on greffe nécessite un jeu de numéros, du plomb laminé, des étiquettes, des registres de culture et de multiplication qui seront placés dans le panier au greffage.

Le greffage sous verre conduit à l’emploi de divers accessoires : poteries, composts, paillassons, claies, toiles, abris, bien que les sujets greffés puissent être destinés à la culture en plein air.

Au début de la végétation des jeunes greffes, les premiers auxiliaires du dressage consistent en tuteurs, en osier, en jonc ou similaires.

Les tuteurs sont des brins d’arbres résineux, ou de Saule, de Peuplier, de Châtaignier, etc., de plusieurs dimensions. Le bois de brin est plus maniable que le bois fendu. On prolonge la durée des tuteurs en les immergeant, frais coupés et tout confectionnés, pendant huit ou quinze jours, dans un bain de sulfate de cuivre préparé à raison de 2 kilos de sulfate par 100 litres d’eau.

Les baguettes plus ou moins ramifiées servent au palissage des jeunes greffes faites sur les arbres déjà forts ; on les sulfate comme les tuteurs, et les perches, comme les paillassons, les toiles, le coffre des bâches, etc. Les objets sulfatés ne sont pas attaqués par les insectes, les colimaçons et les animaux rongeurs.

L’Osier rouge ou jaune (Salix purpurea ; S. vitellina) se récolte en hiver sur des têtards. On l’emploie à l’état frais ou après séchage, pour attacher les sujets et les branches contre les tuteurs. Les paquets d’osier triés par séries sont rentrés à l’ombre et au sec. On les trempe dans l’eau quelques jours avant de s’en servir.

Le Jonc à palisser (Juncus glaucus) sert à l’accolage des jeunes scions herbacés des greffes. Le jonc se récolte en été ; on le fait sécher modérément et on le rentre au grenier. Il suffira de le plonger dans l’eau au moins 24 heures avant de l’employer.