L’Arum Muscivorum

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L’ARUM MUSCIVORUM

La fécondation constitue pour les plantes l’un des actes les plus importants de leur existence ; aussi la nature a-t-elle dû faire concourir à cette fonction les moyens les plus nombreux et les plus variés.

Au nombre des plantes qui présentent à l’époque de leur floraison les procédés les plus singuliers pour assurer la fécondation, nous placerons l’arum muscivorum.

Cette plante, qui appartient à la famille des aroïdées, croît dans les lieux ombragés ; ses fleurs unisexuées sont portées sur un seul pédoncule ou spadice : les fleurs mâles sont placées à la partie supérieure et les fleurs femelles au-dessous ; le tout est entouré d’une large feuille engaînante, enroulée en cornet qui porte le nom de spathe, et dont l’intérieur est garni de longs poils plongeant vers le fond du cornet. Il est facile de comprendre que le vent et les insectes n’ayant aucune prise sur les fleurs à cause de cet appareil protecteur, il n’y aurait aucun motif pour que le pollen se répandît sur les fleurs femelles au moment de la floraison. Mais la nature prévoyante a donné à l’arum une odeur épouvantable de viande morte, de suif, de telle manière que les mouches, attirées par cette odeur trompeuse, s’approchent de la plante, s’y posent comme sur de la chair en putréfaction, pénètrent dans la spathe et y sont retenues par les poils.

En allant et venant sur le spadice pour s’en échapper, elles transportent le pollen de la partie supérieure à la partie inférieure, et la fécondation étant ainsi effectuée, le fruit et la graine ne tardent pas à se développer.

La Nature - 1873 - Arum muscivorum -p077.png
Arum muscivorum.
1. Individu complet. — 2. Détail du pistil.

L’arum muscivorum présente en outre un phénomène curieux ; au moment de la fécondation, le spadice s’échauffe d’une manière très-sensible ; ce même caractère se retrouve dans deux plantes analogues, l’arum italicum et l’arum maculatum. Ces deux plantes, ainsi que quelques espèces voisines, sont très-dangereuses ; elles contiennent un principe âcre, brûlant, peu ou mal étudié jusqu’ici, mais qui a la singulière propriété de disparaître par la torréfaction.