L’Encyclopédie/1re édition/ÉVENTAIL

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ÉVENTAIL, instrument qui sert à agiter l’air & à le porter contre le visage, pour le rafraîchir dans les tems chauds. La coûtume qui s’est introduite de nos jours parmi les femmes, de porter des éventails, est venue de l’Orient, où la chaleur du climat rend l’usage de cet instrument & des parasols presqu’indispensable. Il n’y a pas long-tems que les femmes européennes portoient des éventails de peau pour se rafraîchir l’été ; mais elles en portent aujourd’hui aussi-bien en hyver qu’en été, mais c’est seulement pour leur servir de contenance.

En Orient on se sert de grands éventails de plumes pour se garantir du chaud & des mouches. En Italie & en Espagne, on a de grands éventails quarrés, suspendus au milieu des appartemens, particulierement au-dessus des tables à manger, qui, par le mouvement qu’on leur donne & qu’ils conservent long-tems à cause de leur suspension perpendiculaire, rafraîchissent l’air en chassant les mouches.

Chez les Grecs on donne un éventail aux diacres dans la cérémonie de leur ordination ; parce que dans l’église greque, c’est une fonction des diacres que de chasser avec un éventail les mouches qui incommodent le prêtre durant la messe.

Vicquefort, dans sa traduction de l’ambassade de Garcias de Figueroa, appelle éventails certaines cheminées que les Persans pratiquent pour donner de l’air & du vent à leurs appartemens, sans quoi les chaleurs ne seroient pas supportables. Voyez-en la description dans cet auteur, pag. 38.

Présentement ce qu’on appelle en France, & presque par toute l’Europe, un éventail, est une peau très-mince, ou un morceau de papier, de taffetas, ou d’autre étoffe legere, taillée en demi-cercle, & montée sur plusieurs petits bâtons & morceaux de diverses matieres, comme de bois, d’ivoire, d’écaille de tortue, de baleine, ou de roseau.

Les éventails se font à double ou à simple papier.

Quand le papier est simple, les fleches de la monture se collent du côté le moins orné de peinture ; lorsqu’il est double, on les coud entre les deux papiers, déjà collés ensemble, par le moyen d’une espece de longue aiguille de laiton, qu’on appelle une sonde. Avant de placer les fleches, ce qu’on appelle monter un éventail, on en plie le papier, ensorte que le pliage s’en fasse alternativement en-de dans & en-dehors.

Ayez pour cet effet une planchette bien unie, faite en demi-cercle, un peu plus grand que le papier d’éventail ; que du centre il en parte vingt rayons égaux, & creusés de la profondeur de demi-ligne ; prenez alors l’éventail, & le posez sur la planchette ; le milieu d’en-bas appliqué sur le centre de la planchette ; fixez-le avec un petit clou puis l’arrêtant de maniere qu’il ne puisse vaciller, soit avec quelque chose de lourd mis par en-haut sur les bords, soit avec une main ; de l’autre pressez avec un liard ou un jetton le papier, dans toute sa longueur, aux endroits où il correspond aux rayes creusées à la planche : quand ces traces seront faites, déclouez & retournez l’éventail la peinture en-dessus ; marquez les plis tracés, & en pratiquez d’autres entre eux, jusqu’à ce qu’il y en ait le nombre qui vous convient : ce pliage fait, déployez le papier, & ouvrez un peu les deux papiers de l’éventail à l’endroit du centre ; ayez une sonde de cuivre plate, arrondie par le bout, & large d’une ligne ou deux ; tatonnez & coulez cette sonde jusqu’en-haut, entre chaque pli formé où vous avez à placer les brins de bois de l’éventail : cela fait, coupez entierement la gorge du papier fait en demi-cercle ; puis étalant les brins de votre bois, présentez en chacun au conduit formé par la sonde entre les deux papiers ; quand ils seront tous distribués, collez le papier de l’éventail sur les deux maîtres brins ; fermez-le ; rognez tout ce qui excede les deux bâtons, & le laissez ainsi fermé jusqu’à ce que ce qui est collé soit sec, après quoi l’éventail se borde.

Les fleches se trouvent prises assez solidement dans chaque pli, qui a environ un demi-pouce de large : ces fleches qu’on nomme assez communément les bâtons de l’éventail, sont toutes réunies par le bout d’en-bas, & enfilées dans une petite broche de métal, que l’on rive des deux côtés : elles sont très-minces, & ont quatre à cinq lignes de largeur jusqu’à l’endroit où elles sont collées au papier ; au-delà, elles ne sont larges au plus que d’une ligne, & presqu’aussi longues que le papier même : les deux fleches des extrémités sont beaucoup plus larges que les deux autres, & sont collées sur le papier qu’elles couvrent entierement, quand l’éventail est fermé : le nombre des fleches ou brides ne va guere au-delà de vingt-deux : les montures des éventails se font par les maîtres Tablettiers, mais ce sont les Eventaillistes qui les plient & qui les montent.

Les éventails médiocres sont ceux dont il se fait la plus grande consommation : on les peint ordinairement sur des fonds argentés avec des feuilles d’argent fin, battu & préparé par les Batteurs d’or : on en fait peu sur des fonds dorés, l’or fin étant trop cher, & le faux trop vilain. Pour appliquer les feuilles d’argent sur le papier, aussi-bien que pour faire des ployés, on se sert de ce que les Eventaillistes appellent simplement la drogue, de la composition de laquelle ils font grand mystere, quoiqu’il semble néanmoins qu’elle ne soit composée que de gomme, de sucre candi & d’un peu de miel, fondus dans de l’eau commune, mêlée d’un peu d’eau-de-vie : on met la drogue avec une petite éponge ; & lorsque les feuilles d’argent sont placées dessus, on les appuie legerement avec le pressoir, qui n’est qu’une pelote de linge fin remplie de coton : si l’on employe des feuilles d’or on les applique de même.

Lorsque la drogue est bien seche, on porte les feuilles aux batteurs, qui sont ou des relieurs ou des papetiers, qui les battent sur la pierre avec le marteau ; ce qui brunit l’or & l’argent, & leur donne autant d’éclat que si le brunissoir y avoit passé. Voyez les figures de l’Eventailliste.

Éventail, en terme d’Orfévre en grosserie, est un tissu d’osier en forme d’écran, qu’on met au-devant du visage, & au milieu duquel on a pratiqué une espece de petite fenêtre, pour pouvoir examiner de près l’état où est la soudure, & le degré de chaleur qui lui est nécessaire.

Éventail, (Jardinage.) est un rideau de charmille qui couvre, qui masque quelqu’objet. On dit, un arbre en éventail. Les arbres fruitiers se mettent aujourd’hui dans les potagers en éventail sur le bord des plates-bandes, pour former des contr’espaliers, ou des espaliers que des treillages entretiennent. Ils ont pris la place des arbres en buissons, qui tenoient beaucoup plus de terrein, & assez inutilement. (K)

Éventail, terme d’Emailleur ; c’est une petite platine de fer-blanc ou de cuivre, de sept ou huit pouces de diametre, qui se termine en pointe par en-bas, où elle est emmanchée dans une espece de queue de bois. Cet éventail empêche l’ouvrier d’être incommodé par le feu de la lampe à laquelle il travaille : il se place entre l’ouvrier & la lampe, dans un trou perce à un pouce ou deux du tuyau de verre, par où le vent du soufflet excite le feu de la lampe. Voyez Email.