L’Encyclopédie/1re édition/AMOME

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 1p. 365-366).

* AMOME, s. m. amomum racemosum, est un fruit sec, en grappe, membraneux, capsulaire, plein de graines, qui a été connu des anciens Grecs, ainsi qu’il est facile de s’en assûrer par la comparaison qu’on en peut faire avec la description de Dioscoride. V. dans la mat. med. de Geoffroy, les sentimens des Botanistes sur l’amome. La grappe de l’amome est composée de dix ou douze follicules ou grains ; ces grains sont membraneux, fibreux, faciles à rompre, & serrés les uns près des autres, sans pédicule ; ils naissent du même sarment ; ce sarment est ligneux, fibreux, cylindrique, de la longueur d’un pouce ; odorant, acre, garni de feuilles entassées, soit petites & disposées en écailles à la partie où ce sarment ne porte point de follicules, soit de six feuilles plus longues qui environnent chaque follicule, comme si elles en étoient le calice. Trois de ces longues feuilles sont de la longueur d’un demi-pouce ; & les trois autres sont un peu plus courtes : elles sont toutes minces, fibreuses, acres, odorantes, souvent retirées à leur sommet, rarement entieres, de sorte qu’à peine s’étendent-elles au-delà des grains de l’amome ; ce qui vient, comme il est croyable, de ce qu’elles se froissent mutuellement, & se brisent à leur extrémité dans le transport. La grosseur & la figure de ces grains d’amome est semblable à celle d’un grain de raisin : ils ont une petite tête, ou plûtôt un petit mammelon à leur pointe, & à leur extérieur des filets très-minces, & des nervures comme des lignes dans toute leur longueur : ils ont encore trois petits sillons, & autant de petites côtes qui répondent aux trois rangs de graines qui remplissent l’intérieur des follicules, & qui sont chacun séparés par une cloison membraneuse. Chaque rang contient beaucoup de graines anguleuses, enveloppées d’une membrane mince, si étroitement que ces trois rangs ne forment que trois graines oblongues. La couleur du bois & des grappes est la même : dans les unes elle est pâle, dans d’autres blanche ou roussâtre ; mais dans les follicules blancs, les graines sont ordinairement avortées, au lieu que dans les roussâtres, elles sont plus solides & plus parfaites. Ces graines sont anguleuses, d’un roux foncé en-dehors, & blanches en-dedans : mais elles sont plus solides que celles du cardamome. Les grappes ont une odeur vive qui approche de celle de la lavande ordinaire, mais plus douce : séparées de leurs follicules, les graines ont une odeur plus forte & plus acre, & qui tient de celle du camphre.

L’amome renferme beaucoup d’huile essentielle aromatique, subtile & volatile, qu’on en tire par la distillation après l’avoir fait macérer dans l’eau.

Il faut choisir le plus récent, le plus gros, assez pesant & rempli de grains bien nourris, de couleur purpurine, odorans, acres au goût ; il en faut séparer la coque blanchâtre, qui n’est bonne à rien, afin d’avoir les grains purs & nets : on nous l’apporte des îles Philippines. Il incise, il digere, résiste au venin, chasse les vents, fortifie l’estomac ; il donne de l’appétit & de la vigueur, & provoque les mois aux femmes.

L’amomum, ou sium aromaticum, sion officinarum, Tourn. Inst. 308. est une semence chaude, seche, atténuante, bonne pour lever les obstructions, chasser le gravier des reins, & exciter l’urine & les regles ; elle passe pour alexipharmaque ; on l’employe quelquefois pour l’amome véritable, celui dont nous avons donné d’abord la description. (N)