L’Encyclopédie/1re édition/BACHA, PASCHA, ou PACHA

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 6).
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BACHA, PASCHA, ou PACHA, subst. m. (Hist. mod.) officier en Turquie. C’est le gouverneur d’une province, d’une ville, ou d’un autre département ; nous disons le bacha de Babylone, le bacha de Natolie, le bacha de Bender, &c.

Dans les bachas sont compris les beglerbegs, & quelquefois les sangiacbegs, quoiqu’ils en soient quelquefois distingués, & que le nom de bacha se donne proprement à ceux du second ordre, c’est-à-dire à ceux devant qui l’on porte deux ou trois queues de cheval, qui sont les enseignes des Turcs ; d’où vient le titre de bacha à trois queues. Ceux-ci sont appellés beglerbegs, & les sangiacbegs ne font porter devant eux qu’une queue de cheval attachée au bout d’une lance. Voyez Beglerbeg & Sangiac.

Le titre de bacha se donne aussi par politesse aux courtisans qui environnent le grand-seigneur à Constantinople, aux officiers qui servent à l’armée, & pour ainsi dire, à tous ceux qui font quelque figure à la cour ou dans l’état.

Le grand-seigneur confie aux bachas la conduite des armées ; & pour lors on leur donne quelquefois le titre de seraskier ou de back-bog, c’est-à-dire général, parce qu’ils ont sous leurs ordres d’autres bachas. Comme on ne parvient communément au titre de bacha que par des intrigues, par la faveur du grand-visir ou des sultanes, qu’on achette par des présens considérables, il n’est point d’exactions que ces officiers ne commettent dans leurs gouvernemens, soit pour rembourser aux Juifs les sommes qu’ils en ont empruntées, soit pour amasser des trésors dont souvent ils ne joüissent pas long-tems, & qu’ils ne transmettent point à leur famille. Sur un léger mécontentement, un soupçon, ou pour s’approprier leurs biens, le grand-seigneur leur envoye demander leur tête, & leur unique réponse est d’accepter la mort. Leur titre n’étant pas plus héréditaire que leurs richesses, les enfans d’un bacha traînent quelquefois leur vie dans l’indigence & dans l’obscurité. On croit que ce nom de pascha vient du Persan pait schats, qui signifie pié de roi, comme pour marquer que le grand-seigneur a le pié dans les provinces où ses bachas le représentent. Cependant ce titre n’est en usage qu’en Turquie ; car en Perse on nommé émirs ou kams les grands seigneurs & les gouverneurs de province. (G)