L’Encyclopédie/1re édition/BAISE-MAIN

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 22-23).
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BAISE-MAIN, s. m. (Hist. anc. & mod.) marque d’honneur ou de respect presqu’universellement répandue par toute la terre, & qui a été également partagée entre la religion & la société. Dès les tems les plus reculés, on saluoit le soleil, la lune, & les étoiles en baisant la main. Job se défend de cette superstition : si vidi solem..... aut lunam..... & osculatus sum manum meam ore meo. On rendoit le même honneur à Baal. Lucien, après avoir parlé des différentes sortes de sacrifices que les personnes riches offroient aux dieux, ajoûte que les pauvres les adoroient par de simples baise-mains. Pline de son tems mettoit cette même coûtume au nombre des usages dont on ignoroit l’origine : In adorando, dit-il, dexteram ad osculum referimus. Dans l’Eglise même, les évêques & les officians donnent leur main à baiser aux autres ministres qui les servent à l’autel.

Dans la société, l’action de baiser la main a toûjours été regardée comme un formulaire muet, pour assûrer les réconciliations, demander des graces, remercier de celles qu’on a reçûes, marquer sa vénération à ses supérieurs. Dans Homere, le vieux Priam baise les mains d’Achille, lorsqu’il le conjure de lui rendre le corps de son fils Hector. Chez les Romains les tribuns, les consuls, les dictateurs donnoient leur main à baiser à leurs inférieurs, ce que ceux-ci appelloient accedere ad manum. Sous les empereurs, cette conduite devint un devoir essentiel, même pour les grands ; car les courtisans d’un rang inférieur étoient obligés de se contenter d’adorer la pourpre en se mettant à genoux, pour toucher la robe du prince avec la main droite qu’ils portoient ensuite à leur bouche : honneur qui ne fut ensuite accordé qu’aux consuls & aux premiers officiers de l’Empire, les autres se contentant de saluer le prince de loin en portant la main à la bouche, comme on le pratiquoit en adorant les dieux.

La coûtume de baiser la main du prince, est en usage dans presque toutes les cours de l’Europe, & sur-tout en Espagne, où dans les grandes céremonies les grands sont admis à baiser la main du roi. Dapper, dans son Afrique, assûre que les Negres sont en possession de témoigner leurs respects pour leurs princes ou chefs par des baise-mains. Et Fernand Cortez trouva cette pratique établie au Mexique, où plus de mille seigneurs vinrent le saluer en touchant d’abord la terre avec leurs mains, & les portant ensuite à leur bouche. (G)

Baise-main, en Droit, signifie l’offrande qu’on donne aux curés. Les curés de Paris, dit-on en ce sens, n’ont point la dixme : ils n’ont que le baise-main. Cette expression vient de ce qu’autrefois en se présentant à l’offrande, on baisoit la main du célébrant. (H)