L’Encyclopédie/1re édition/BEDOUINS

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 189).

* BEDOUINS, s. m. pl. (Géog. & Hist. mod.) peuples d’Arabie, qui vivent toûjours dans les deserts & sous des tentes. Ils ne sont soûmis qu’aux émirs leurs princes, ou aux cheiks, autres seigneurs subalternes. Ils se prétendent descendus d’Ismaël. Celui d’entre leurs souverains, qui a le plus d’autorité, habite le desert, qui est entre le mont Sinaï & la Mecque. Les Turcs lui payent un tribut annuel, pour la sûreté des caravanes. Il y a des Bedouins, dans la Syrie, la Palestine, l’Egypte & les autres contrées d’Asie & d’Afrique. Ils sont Mahométans, ils n’en traitent pas plus mal les Chrétiens. Ils sont naturellement graves, sérieux, & modestes. Ils font bon accueil à l’étranger ; ils parlent peu, ne médisent point, & ne rient jamais ; ils vivent en grande union. Mais si un homme en tue un autre, l’amitié est rompue entre les familles, & la haine est irréconciliable. La barbe est en grande vénération parmi eux ; c’est une infamie que de la raser : ils n’ont point de gens de justice. L’émir, le cheik, ou le premier venu termine leur différend : ils ont des chevaux & des esclaves. Ils font assez peu de cas de leur généalogie ; pour celle de leurs chevaux, c’est toute autre chose. Ils en ont de trois especes ; des nobles, des mésalliés & des roturiers. Ils n’ont ni medecins, ni apothicaires. Ils ont tant d’aversion pour les lavemens, qu’ils aimeroient mieux mourir que d’user de ce remede. Ils sont secs, robustes & infatigables. Leurs femmes sont belles, bien faites & fort blanches. Voyez le Dictionn. géog. de M. de Vosgien. A juger de ces peuples sur ce qu’on nous en raconte, il est à présumer que n’ayant ni medecins, ni jurisconsultes, ils n’ont guere d’autres lois que celles de l’équité naturelle, & guere d’autres maladies que la vieillesse.