L’Encyclopédie/1re édition/BENJOIN

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 204-205).
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BENJOIN, (Hist. nat. & mat. méd.) benzoinum offic. substance résineuse inflammable, quelquefois rougeâtre, d’autres fois d’une couleur pâle, & ordinairement fort sale ; d’une odeur agréable, tant soit peu acre au goût, & fort employée dans les parfums. Elle vient des îles Philippines & de Sumatra : les anciens ne l’ont pas bien connue. Le benjoin convient dans les asthmes, il atténue le phlegme qui embarrasse les poumons, il est salutaire dans les ulceres de ce viscere : mais on donne la préférence à ses fleurs dans les maladies internes.

On doit choisir le benjoin pour & débarrassé de parties hétérogenes, autant qu’il sera possible : on doit rejetter celui qui est noir & sans odeur.

Préparation du Benjoin. La teinture de benjoin se fait en versant sur une quantité de benjoin réduite en poudre de l’esprit-de-vin, & le faisant bouillir jusqu’à ce que la teinture soit fort riche. Cette teinture est chaude, odoriférante, amere, & balsamique ; elle est cordiale, sudorifique, &c. Le lait virginal se prépare en versant quelque goutte de cette teinture sur une grande quantité d’eau ; il en naîtra sur le champ un melange blanc, laiteux, opaque, appellé pour cette raison lait virginal. Ce lait est un cosmétique innocent : si on s’en lave le visage, il prendra une couleur douce & vermeille, & se couvrira d’une peau claire & brillante, si on le laisse sécher dessus.

La résine de benjoin est bonne, prise à l’intérieur, pour fondre & résoudre les obstructions de la poitrine ; elle entre pour cette raison dans les pilules de Morton.

Les fleurs tirées par la sublimation sont pectorales, mais sur-tout dans l’asthme humide : elles atténuent & résolvent les viscosités des bronches : on les prend sous toutes fortes de formes : elles donnent une odeur agréable à toutes les compositions où elles entrent. La dose est depuis trois grains jusqu’à dix ou douze. (N)

* On en trouve de deux sortes dans les boutiques : le premier s’appelle amygdaloïde ; il est pâle, d’un rouge brun, & contient des grains blancs comme des amandes ; l’autre est noirâtre & n’a point de taches, ou très-peu. L’arbre qui donne le benjoin est grand ; il a la feuille du citronier, plus petite cependant, moins luisante, & blanchâtre en-dessous, & la fleur du laurier, & les porte renfermées au nombre de cinq, dans une enveloppe commune qui n’a point de pédicule, composé de quatre feuilles, & assez semblable à celle qui entoure la fleur du cornouiller. Chacune de ces fleurs a un pédicule aussi long que l’enveloppe, avec un calice propre, découpé en six quartiers jaunes & très-étroits, huit ou neuf étamines de la longueur du calice, placées autour d’un embryon ovoïde, surmonté d’un style simple. Cet embryon occupe le fond du calice, & les étamines naissent de ses bords : ses fruits sont des noix de la grosseur des muscades, arrondies, applaties, composées d’une écorce charnue, moins épaisse que celle des noix ordinaires, raboteuses en-dehors, & cendrées, vertes en-dedans, & d’une coque un peu applatie, cendrée, dont la substance est plus mince & plus tendre que celle de la noisette. Cette coque renferme une amande blanchâtre ou verdâtre intérieurement, & couverte d’une peau rougeâtre & ridée.

Quant à la maniere de recueillir sa resine, quand l’arbre a cinq ou six ans, on lui fait des incisions longitudinales & un peu obliques, qui pénetrent jusqu’au bois dans la partie supérieure, à la couronne du tronc, vers l’origine des branches. C’est par ces incisions que coule la résine, d’abord blanche, ténue, glutineuse, transparente ; peu à peu elle se fige se durcit, & devient jaune & rougeâtre. Si on la sépare de l’arbre à tems, elle est belle & brillante ; si l’on tarde trop, elle devient sale & brune. Le même arbre n’en donne pas plus de trois livres, & n’en donne qu’une fois ; on le coupe après la premiere récolte, & l’on en plante un autre, parce que les jeunes arbres donnent plus de résine & la donnent meilleure que celle des vieux arbres.