L’Encyclopédie/1re édition/BRODERIE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 433-434).
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BRODERIE, s. f. ouvrage en or, argent ou soie, formé à l’aiguille d’un dessein quelconque, sur des étoffes ou de la mousseline. Dans les étoffes on fait usage d’un métier qui sert à étendre la piece, qui se travaille d’autant mieux qu’elle est plus étendue. Quant à la mousseline, les ornemens qu’on y applique dépendent de sa qualité : on la bâtit sur un patron dessiné qui se tient à la main ; quelquefois on l’empese avant que de la monter sur ce patron, quand l’ouvriere juge par la qualité qu’elle lui reconnoît, qu’elle sera difficile à manier. Les traits du dessein se remplissent, ainsi que quelques-unes des feuilles, de piqué & de coulé. Voyez ces mots. Les fleurs se forment de différens points-à-jour, au choix de l’ouvriere ; choix toûjours fondé sur le plus ou le moins d’effet que l’on pense qui résultera d’un point ou d’un autre.

La broderie au métier est d’une grande ancienneté. Dieu ordonna qu’on en enrichît l’arche & d’autres ornemens du temple des Juifs. Mais la broderie en mousseline pourroit bien ne pas remonter si haut. Les broderies de cette espece suivant en tout les desseins des belles dentelles, & la plûpart des points des unes ayant pris le nom du pays où les autres se font, car on dit point d’Hongrie, point de Saxe, &c. il y a lieu de croire que la broderie qui n’est vraiment qu’une imitation de la dentelle, n’est venue qu’après elle ; sur-tout, si l’on fait attention que la broderie s’est plus perfectionnée dans les pays où les dentelles sont les plus belles, comme en Saxe, que par-tout ailleurs.

La broderie au métier paroît bien moins longue que l’autre, dans laquelle, du moins pour le remplissage des fleurs, il faut compter sans cesse les fils de la mousseline tant en long qu’en travers : mais en revanche cette derniere est beaucoup plus riche en points, & dès-là susceptible de beaucoup plus de variété. La broderie en mousseline la plus estimée est celle de Saxe : on en fait cependant d’aussi belle dans d’autres contrées de l’Europe, sur-tout en France : mais la réputation des ouvrieres Saxonnes est faite ; les Françoises feroient mieux, qu’on les vanteroit moins. Il seroit bien à souhaiter que la prévention n’eût lieu que dans cette occasion.

Les toiles trop frappées, ne sont guere susceptibles de ces ornemens : & en effet, on n’y en voit point. Les mousselines même doivent être simples. Les plus fines sont les meilleures pour être brodées. Les doubles, à cause de leur tissure pressée & pleine, rentrent pour la broderie dans la classe des toiles, sur lesquelles elle est au moins inutile.

Broderie appliquée, est celle dont les figures sont relevées & arrondies par le coton ou vélin qu’on met dessous pour la soûtenir.

Broderie en couchure, est celle dont l’or & l’argent est couché sur le dessein, & est cousu avec de la soie de même couleur.

Broderie en guipure, se fait en or ou en argent. On dessine sur l’étoffe, ensuite on met du vélin découpé, puis l’on coud l’or ou l’argent dessus avec de la soie. On met dans cette broderie de l’or ou de l’argent frisé, du clinquant, du bouillon de plusieurs façons. On y met aussi des paillettes.

Broderie passée, est celle qui paroît des deux côtés de l’étoffe.

Broderie plate, est celle dont les figures sont plates & unies sans frisures, paillettes, ni autres ornemens.

Broderie, (Jardinage.) c’est dans un parterre, un composé de rinceaux de feuillages, avec fleurons, fleurs, tigettes, culots, rouleaux de graines, &c. le tout formé par des traits de bouis nain, qui renferment du mâche-fer au lieu de sable, & de la brique battue, pour colorer ces broderies & les détacher du fond, qui est ordinairement sablé de sable de riviere. V. Parterre. (P)

Broderie, Doubles, Fleurtis : tout cela se dit, en Musique, de plusieurs notes que le musicien ajoûte à sa partie dans l’exécution, pour varier un chant souvent répété, pour orner des passages trop simples, ou pour faire briller la légereté de son gosier ou de ses doigts. Rien ne montre mieux le bon ou mauvais goût d’un musicien, que le choix & l’usage qu’il fait de ces ornemens. La musique Françoise est fort retenue sur les broderies : les Italiens s’y donnent plus de carriere ; c’est chez eux à qui en fera davantage : les acteurs & actrices de leurs opéra, rassemblent ordinairement, d’après les meilleurs maîtres, des recueils de doubles, qu’ils appellent passi, sur toutes sortes de traits de chant, & ils sont fort jaloux de ces sortes de recueils. (S)