L’Encyclopédie/1re édition/BRYONE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 453-454).

* BRYONE, s. f. (Hist. nat. bot.) bryonia : il y a deux especes de bryone ; la blanche, & le sceau notre-dame. La blanche est encore de deux sortes ; l’une à baies rouges, & l’autre à baies noires.

La bryone à baies rouges a la racine plus grosse que le bras quand elle est jeune, & aussi grosse que la cuisse quand elle est vieille, divisée en grosses fibres, charnue, & fongueuse quand elle est seche. Sa substance est distinguée par des cercles & des rayons ; sa saveur est acre, desagréable, & un peu amere, & son odeur fétide quand elle est fraîche. Ses tiges sont longues, grêles, grimpantes, cannelées, un peu velues, & garnies de mains ou longs filets tortillés : ses feuilles placées alternativement, anguleuses, assez semblables à celle de la vigne, mais plus petites & plus rudes : ses fleurs sortant plusieurs ensemble des aisselles des feuilles, d’une seule piece, en cloche, évasées, partagées en cinq parties, arrondies, d’un blanc verdâtre, parsemées de veines, & tellement adhérentes à leur calice, qu’on ne les en peut séparer. Parmi ces fleurs il y en de stériles, qui sont les plus grandes, & qui ne sont pas portées sur un embryon ; les autres sont plus petites, fécondes, appuyées sur un embryon, se changeant en une baie sphérique de la grosseur d’un pois, verte d’abord, ensuite rouge, molle, pleine d’un suc qui cause des nausées, & des graines arrondies couvertes d’un mucilage. Cette plante se trouve dans les haies & dans les forêts.

La bryone blanche à baies noires ne differe de la précédente que par la couleur de ses racines & de ses baies. Les racines de celle-ci ont intérieurement la couleur de bouis ; les racines de la précédente sont d’un blanc jaunâtre : les baies de celle-ci sont noirâtres ; celles de la premiere sont rouges. On fait moins d’usage de la bryone à baies rouges.

Le sceau notre-dame a la racine épaisse, grosse, longue, tubéreuse, noire en-dehors, blanche en-dedans, remplie d’un suc gluant & visqueux, d’une saveur acre qui n’est pas desagréable ; les tiges sarmenteuses, grosses, longues, grimpantes, ligneuses, rougeâtres, noirâtres, & sans mains ; les feuilles alternes, molles, d’un verd gai, luisantes, assez semblables à celles du smilax, garnies de plusieurs nervures sinuées, & d’une saveur visqueuse ; les fleurs en grappe à l’aisselle des feuilles, petites, d’une seule piece, en cloche, évasées, partagées en six parties, d’un jaune verd, à six étamines, & stériles.

Il y a une autre racine vierge, femelle, & appellée bryonia levis, sive nigra baccifera : elle a la fleur plus grande que la précédente, blanche, garnie d’un pistil qui se change en une baie sphérique, rougeâtre, ou d’un rouge foncé, de la grosseur d’une cerise, & contenant une coëffe membraneuse remplie de graines arrondies.

Les racines des deux premieres especes purgent les sérosités par le ventre & par les urines, levent les obstructions, excitent les mois aux femmes, poussent l’arrierefaix, sont propres contre l’asthme & l’hydropisie : rapées, chauffées, & appliquées sur l’estomac, elles purgent comme si on les avoit prises intérieurement. Elles operent plus violemment récentes que seches.

Onguent de bryone. Prenez racine de bryone blanche une demi-livre, coupez-la par petites tranches, & faites-la frire dans une poêle jusqu’à ce qu’elle soit seche ; passez la liqueur, & donnez-lui la consistance d’onguent, avec la cire à la dose de cinq onces, & demi-livre de résine de sapin. Il résout les écroüelles y étant appliqué soir & matin.

Eau de bryone composée par Lemery. Prenez du suc de racine de bryone 4 livres ; des feuilles de rue, d’armoise, de chaque 2 livres ; des feuilles de sabine seche 3 poignées ; des feuilles de matricaire, d’herbe-à-chat, de pouliot, de basilic, de dictame de Crete, de chacune 2 poignées ; d’écorce d’orange nouvelle quatre onces ; de myrrhe deux onces ; de castoreum une once ; de vin de Canarie six pintes ; laissez le tout en digestion pendant quatre jours dans un vaisseau convenable, puis faites-en la distillation au bain-marie ; quand elle sera à moitié faite, on exprimera ce qui sera resté dans l’alembic, on continuera à distiller la liqueur exprimée, puis on en tirera l’extrait en faisant épaissir ce qui restera de liqueur au fond de la cucurbite.

Remarques. On prend la bryone récente, on la rape, & on en tire le suc par expression. On aura des feuilles de rue & d’armoise récentes, on les pilera bien, & on en tirera le suc de la maniere ordinaire. La sabine, le dictame, seront secs ; on les concassera & mêlera avec de l’écorce extérieure d’orange amere, la myrrhe & le castoreum ; on les mettra dans une cucurbite ; on versera dessus les sucs & le vin de Canarie ; on bouchera le vaisseau exactement ; on le laissera en digestion pendant quatre jours, puis on la distillera au bain-marie. Après en avoir tiré la moitié, on exprimera le résidu, & on redistillera de nouveau ; ensuite on réduira le reste en consistance d’extrait. Ces eaux mêlées feront l’eau de bryone composée.

Cette eau est hystérique, apéritive ; elle excite les regles ; elle est fortifiante, diaphorétique : la dose est depuis demi-once jusqu’à trois onces.

Electuaire de bryone. Prenez du suc de racine de bryone mondée nouvellement tirée, quatre livres ; du meilleur miel deux livres ; cuisez-les en consistance de miel ; puis ajoûtez-y de la poudre de turbith, d’hermodactes, de jalap, d’agaric, du sel de bryone, de chacun six gros ; des fécules de bryone demi-once ; faites-en un électuaire selon l’art, dont la dose sera depuis une dragme jusqu’à une once. Lemery, Pharmac. univ.